Sam se retourna pour la énième fois dans son lit. A quoi servaient les quatre jours de repos que le général Hammond lui avait donnés si elle n'arrivait pas à dormir ? Exaspérée, elle s'assit cherchant quelque chose à faire.
Elle regarda l'horloge. Il était deux heures de l'après-midi mais il aurait très bien pu être plus tard dans la journée tant le temps était mauvais. La pluie se fit plus forte sur les carreaux de sa fenêtre. Il pleuvait depuis son retour sur Terre comme il pleuvait dans son cœur.
Une chanson d'enfance lui revint alors à l'esprit. "Tombe, tombe, tombe la pluie, tout le monde est à l'abri…". Les autres paroles lui échappaient mais elle se souvenait les avoir chantées à tue-tête avec Mark de nombreuses fois pour exaspérer leurs parents. Ces temps d'insouciance étaient loin, trop loin peut-être.
Le bruit d'un moteur de voiture approchant la fit sursauter. On était en pleines vacances scolaires et à cette heure le quartier était désert. Elle s'approcha de la fenêtre et colla sa joue chaude contre le carreau froid. Le véhicule s'arrêta devant chez elle. C'était Jack. Elle aurait dû prévoir cette visite car ils n'avaient pas encore eu l'occasion de parler de ce qu'il s'était passé sur Otupia. Il la vit probablement et se décida à sortir. Elle le regarda rejoindre le porche de sa maison, passant à travers les gouttes, épargné miraculeusement par l'eau tombée du ciel. Elle ne réagit que lorsque la sonnette résonna et se précipita pour aller ouvrir.
Il se tenait sur le seuil, le sourire aux lèvres.
- Bonjour, Carter.
- Bonjour, mon colonel.
Cela lui faisait plaisir qu'il fût venu. Elle aurait eu tendance à croire qu'il aurait attendu leur retour à la base.
- Je passais dans le coin, se justifia-t-il. Alors je me suis dit : "pourquoi ne pas aller rendre visite à Carter ?".
Ils sourirent tous les deux sachant que ce n'était qu'une fausse excuse. S'il avait pris sa voiture aujourd'hui, ce n'était que pour deux raisons : la voir et lui parler.
- Entrez, mon colonel, pria-t-elle.
Elle le laissa passer et le vit s'éventer rapidement de la main.
- Mais il fait une chaleur terrible ici ! s'exclama-t-il. Je vous en prie, laissez la porte ouverte ! On se croirait en plein sauna ou…
Ou en plein désert, pensèrent-il en même temps. Il s'arrêta pourtant, conscient qu'il faisait remonter à la surface des souvenirs douloureux et trop récents.
- Excusez-moi, mon colonel, reprit Sam l'air de rien, je ne m'en étais même pas rendue compte.
- Cela prouve que je vous sers à quelque chose ! répliqua-t-il malicieusement
La jeune femme rouvrit la porte laissant la pluie mouiller le carrelage de l'entrée. Revenant vers Jack, elle l'invita d'un geste à s'asseoir mais il refusa d'un signe de tête. Haussant légèrement les épaules, elle s'assit en tailleur dans son canapé. Elle commençait à ressentir les premiers effets de la présence de Jack non loin d'elle : une envie irrépressible d'arranger ses cheveux ébouriffés et ses vêtements froissés, la sensation de ne plus être seule mais aussi une immense vague de mélancolie.
Jack la fixait ne sachant pas quoi dire. D'ailleurs l'attitude passive de Sam ne l'aidait en rien.
- J'ai été très surpris de savoir que vous étiez sortie de la base, commença-t-il. Vous n'aviez pas du travail sur le réacteur à Naquada à rattraper ?
Sam eut un léger sourire. Et eux, quand rattraperaient-ils le temps perdu ? Elle ne pensait pas que, comme Ghayth et Lorchen, une nuit y suffirait.
- Il me fallait du repos, répondit-elle.
- A vrai dire, moi aussi, avoua-t-il.
Jack soupira et regarda la pluie continuer à tomber au-dehors. Ces derniers jours avaient été difficiles pour lui également. Il avait ressassé leur séjour sur Otupia cherchant inutilement le scénario qui aurait sauvé tous ses habitants et surtout Ghayth et Lorchen. Il savait que Sam devait avoir fait la même chose et lui confia le moyen qu'il avait trouvé pour tromper sa conscience.
- Je m'imagine que ce n'était pas eux. Qu'ils se sont échappé par la Porte des Étoiles et qu'ils sont heureux quelque part.
Cette solution plut à Sam d'autant plus qu'il lui était arrivé de croire que ce n'étaient pas Ghayth et Lorchen qui étaient morts mais Jack et elle.
- Carter ? demanda-t-il plus sérieusement. Est-ce que nous ferions la même chose ?
Sam ferma les yeux. La réponse était tellement évidente. Quand de nouveau son regard se posa sur lui, il sentit une incertitude en elle.
- Est-ce que nous serons un jour heureux ensemble ?
La réponse était moins aisée. Il ne dit rien préférant laisser planer l'espoir. Sam comprit son silence. Plus rien ne serait exactement pareil maintenant. Elle ne pouvait même pas penser que la mission sur Otupia avait été positive. Une partie d'elle était restée là-bas, avec Ghayth et Lorchen.
- Carter ! Regardez !
Jack souriait à pleines dents maintenant. Étonnée, elle se tourna vers la porte, objet de son attention.
- Il fait soleil.
Son bonheur paraissait communicatif et elle regarda avec plaisir la verdure se détremper, les rues lavées commencer à sécher, les oiseaux chanter de nouveau.
- Se promener dans de telles conditions devrait être un péché mortel, certifia Jack en la regardant intensément.
Elle devina tout de suite sa proposition implicite et hésita. Puis elle réalisa qu'elle n'avait pas à tergiverser éternellement. Ghayth et Lorchen lui avait appris malgré tout quelque chose qu'elle n'avait pas assimilé tout de suite. Leur bonheur ne dépendait pas d'un règlement, d'une dérogation ou de quoi que ce soit d'autre. Il dépendait tout simplement d'eux.
Croyant qu'elle n'avait pas compris, il lui tendit sa main .
- Vous me suivez ?
- Jusqu'au bout du monde.
FIN
