Bonjour à tous!
Comme promis, voici la suite de ma petite fic' qui commence à devenir grande. Mine de rien, j'ai 8 chapitres en stock, et mis bout à bout, cette histoire fait quelque 137 pages word, ça commence à devenir conséquent . Sinon, je sais que je vous avais dit que j'aurais un peu de temps pour écrire, mais en fait, ça va s'annoncer de plus en plus tendu. En effet, je suis étudiante en droit en troisième année de licence (le diplôme en juin, bouh! ) et qui dit droit dit beaucoup de travail. De plus, j'ai mon emploi du temps à peu près définitif, sous réserve de modifications, et disons que j'ai cours toute la journée du lundi au samedi inclus, et je n'ai plus que le mercredi de libre. Mercredi qui, vous vous en doutez, va me servir surtout à travailler sur mes TD, mes deux dissertations/commentaires/cas pratiques hebdomadaires ne vont pas se faire comme par magie x) Donc, heureusement que j'ai plusieurs chapitres d'avances. Je vais pouvoir continuer à publier régulièrement, mais à un moment, je vais forcément tomber en rade. Et donc, pour que j'ai envie de continuer à publier, il faut que je sache que mon histoire est lue, appréciée, et attendue. Même si c'est pour poster un commentaire à la con du genre génial ton histoire, vite, la suite! ça me fera quand même très plaisir. Ça ne coûte rien, ça prend deux secondes et ça fait bondir de joie la pauvre auteur que je suis. Donc, avant de cliquer sur la petite croix rouge en haut à droite après avoir lu un chapitre, retournez plutôt en bas de la page, je vous jure que c'est nécessaire, voire même indispensable pour me motiver à continuer et à trouver le temps de continuer. Si vous voulez me balancer des tomates, vous pouvez aussi, j'accepte également les critiques négatives. Les critiques, ça sert à avancer, non? Sinon, je vous laisse sans plus tarder découvrir la suite, et ne me maudissez pas tout de suite, vous aurez bien le temps de me maudire après.
C'était une douleur diffuse, qui s'installait sur le long terme et qui tordait les tripes. C'était une douleur dont on ne parvenait pas à se débarrasser, même avec tous les efforts du monde. Cette douleur était bien plus forte que notre simple volonté, elle ne s'en allait jamais. Jamais. Ça faisait mal, il est vrai. Mais je n'arrivais pas non plus à déterminer si, en même temps, ça faisait du bien. C'était donc ça l'amour ? Alterner l'euphorie et la déprime, être constamment en vrac, papillonner à ses heures perdues pour ensuite tourner en rond et aller droit dans le mur ? Je devais être malade, il n'y avait pas d'autres explications possibles. Durant toutes ces années, mon père s'était évertué à tuer le peu d'humanité qui me restait, je ne pouvais pas être amoureux. Être amoureux, c'était bon pour les gens normaux et je n'en faisais pas partie. Ma carapace ne pouvait pas s'être fendillée à ce point, c'était impossible.
Et pourtant, j'étais là, hagard, en proie à un profond désarroi. Je ne cessais de chuter, de m'enfoncer dans le trou. Je n'avais pas encore touché le fond, mais ça ne saurait tarder. Blaise essayait de me remonter le moral autant que faire se peut, mais je n'avais jamais été aussi bas, aussi démuni. J'avais envie de dire à mon meilleur ami pourquoi j'étais comme ça, mais je n'y arrivais pas. C'était psychologique, je le savais bien, mais je ne pouvais pas. Comme si prononcer ces mots allaient leur conférer toute leur réalité. Puis, je ne pouvais pas dire à Blaise que j'étais tombé amoureux d'Hermione Granger. Simplement parce que d'emblée, il ne serait pas d'accord. Il détestait les sang-de-bourbe et elle plus encore que les autres, allez savoir pourquoi. Mais il la respectait, parce qu'elle était importante pour moi. Et toutes ces années, je l'avais laissée pendre de l'importance, je l'avais laissée s'immiscer dans ma vie et elle avait fini par prendre de la place. Toute la place. Elle faisait partie intégrante de ma personne. Si elle disparaissait, cela revenait à m'amputer d'une partie de mon âme. Elle était moi, c'était aussi simple et compliqué que cela.
Une fois n'était pas coutume, je m'étais réfugié dehors pour faire du tri dans mes idées. Comme dirait Blaise, ce ne serait pas du luxe. Et pourtant, maintenant que j'y étais, je me retrouvais bien incapable de réfléchir. C'était comme si cette partie là de mon cerveau s'était atrophiée et n'était plus capable de fonctionner d'elle-même. J'étais paumé, je crois. Et pas qu'un peu. Pensivement, je tirais une bouffée sur ma sempiternelle cigarette, persuadé que ce simple geste m'aiderait à réfléchir. Mais c'était peine perdue, la cigarette avait surtout un effet placebo, même pas un effet réel. Alors, j'étais assis tout seul, sur ce banc, comme le pauvre fou que j'étais, seul à seul avec ces pensées délétères qui bouillonnaient.
Mon attention fut bientôt détournée par des cris d'enfants. Des cris joyeux, insouciants. Les protestations d'une fille et les ricanements d'un garçon. Matthew Forbes surgit de derrière un buisson, poursuivi par une Katherine Donovan furieuse, qui le traitait de tous les noms d'oiseaux possibles et imaginables. Matthew n'était pas du tout impressionné par le soudain accès de colère de son amie, au contraire, son hilarité ne faisait que croître de façon exponentielle. Lorsqu'il passa devant moi, il était en train de se bidonner. Il s'arrêta net lorsqu'il m'aperçut.
-Hé! Kath! Regarde, c'est Théo!
-Théo qui? Grogna Katherine, toujours furieuse, poings sur les hanches. Si tu espères te soustraire au châtiment qui t'attend, tu te trompes lourdement.
- Théo! S'impatienta Matthew, en écarquillant des yeux effarés. T'es vraiment pas maligne quand tu t'y mets. Mais enfin Katherine, le Théo.
-Ah, le Serpentard dont tu parles tout le temps? Soupira Katherine en levant les yeux au ciel. Tu sais ce que j'en pense, Matty? Tu devrais arrêter d'en parler tout le temps. Sérieusement. Ca ne doit pas être très agréable pour lui d'être considéré comme une bête de foire. Depuis qu'il est rentré, tu ne crois pas qu'il ait suffisamment de personnes sur le dos pour en rajouter?
-Mais…Mais tu ne comprends pas! S'indigna le Serpentard. C'est le genre de mec que…waouh, sérieusement. On dit tellement de choses à son sujet, c'est littéralement captivant. Puis de toute façon, tu es jalouse parce que y'a personne qui s'intéresse à toi.
-Contrairement à toi, riposta la gamine, écarlate, je n'ai pas besoin de me pavaner devant tout le monde pour exister.
-De toute manière, tu n'as pas d'ambition, ricana Matthew, donc forcément, tu n'as pas besoin d'être remarquée de tous puisque tu es condamnée à rester dans l'ombre. Si tu veux faire partie des loosers, c'est ton problème, moi, je vais tout faire pour m'en sortir et j'y arriverai. Foi de Matthew Forbes.
-Hé bien! Cria la fillette ordinairement si calme. Si tu penses que je suis une looseuse, comme tu dis, soit! Mais ne m'adresse plus la parole et ne t'avises surtout pas de me demander mes notes ou quoi que ce soit, tu te les mettras où je pense!
En clignant des yeux, je regardais la scène, ne sachant pas que faire. Intervenir, ou bien laisser la situation dégénérer parce que la dispute entre les deux enfants ne me regardait pas? Je n'en savais rien. J'étais troublé, en réalité. Ils se disputaient exactement comme Hermione et moi le faisions. Sauf que nous nous disputions sans cesse à propos d'un nous qui ne viendrait peut-être jamais. Je soupirai lourdement. Tout était tellement plus simple à cette époque bénie, tout était tellement plus simple…
-Mais Ketty! Supplia Matthew, qui ne semblait pas réaliser la portée de ses mots.
-Va-t-en, je te déteste! S'écria la Gryffondor qui s'en alla en courant.
Je crus entendre un sanglot dans la voix de la gamine. Un sourire teinté d'amertume s'invita sur mes lèvres, tandis que je tirais la dernière bouffée de ma cigarette. Je jetai le mégot incandescent au sol, puis l'écrasai d'un coup de talon. J'eus simplement à lever les yeux pour voir Matthew Forbes planté devant moi, l'air dépité.
-Je peux m'asseoir? Demanda l'enfant, poliment.
Je mis un instant à percuter. Quoi? Il voulait s'asseoir? Hum, pour faire quoi au juste? Je n'avais rien à lui dire. Et pour être franc, je n' étais pas d'humeur à supporter les babillages d'un gamin de onze ans. Les paroles de Blaise me revinrent en mémoire. Tu es son idole, mec. Super. Vraiment super. Je ne savais pas si je devais m'en réjouir ou non. Mais quelque chose me disait, en mon for intérieur, qu'il allait être déçu si je le rejetais. Et qui étais-je pour détruire les illusions de ce gamin que je connaissais à peine? Personne, sans aucun doute. Alors, sans tergiverser plus longtemps, je l'invitai à s'asseoir sur le banc, tout en sachant pertinemment que je n'avais rien à lui dire. Rien de rien. Sans doute la différence d'âge était trop grande, puis nous n'avions pas grand-chose en commun, à part peut-être notre maison d'appartenance.
-Ouais. Je finis par répondre évasivement, perdu dans mes pensées.
Ravi, Matthew Forbes s'installa à mes côtés, alors que j'avais toujours les yeux rivés sur le paysage qui s'étalait à mes pieds. Je n'avais jamais été féru de botanique, mais soudainement, la flore du domaine sembla littéralement me captiver. Le jeune Forbes m'adressa un sourire triste, teinté d'amertume. De la même trempe que ceux que j'adressais aux autres lorsque je venais de me disputer avec Hermione.
-J'ai été nul, hein? S'enquit Matthew finalement en se tournant vers moi. Elle me déteste maintenant, j'en suis sûr.
-N'importe quoi. Soufflai-je en souriant toujours comme un con. Elles disent toutes ça…Mais en fait, elles ne peuvent plus se passer de nous.
-Tu as l'air de savoir de quoi tu parles. Fit remarquer Matthew, sourcils froncés.
-Oh que oui. J'éludai, vaguement. Tu ne peux pas savoir à quel point. C'est…C'est totalement dingue. On s'adore, l'absence de l'autre est insupportable…Mais quand on se voit, on se hurle des horreurs tout en se tapant dessus.
La conversation ne s'y prêtait peut-être pas, mais je souriais comme un con, en pensant à toutes ces disputes qui ne rimaient souvent à rien. Surtout ces temps-ci, à dire vrai. Parce qu'on se hurlait dessus pour s'embrasser langoureusement la seconde d'après. L'appel de sa peau était plus fort que l'éventuelle rancœur que j'aurais pu nourrir à son égard. Mais j'étais trop faible pour lui en vouloir trop longtemps, j'étais incapable de lui faire la tête pendant plus de deux heures. Avec les autres, j'étais rancunier comme jamais, mais avec elle, c'était purement et simplement impossible.
-Les filles c'est nul. Bougonna l'élève de première année en croisant les bras d'un air boudeur. J'y comprendrai jamais rien.
Les filles, c'est nul. Cette phrase fit écho dans mon esprit, tant elle me paraissait familière. Je ne comptais plus les fois où j'étais retourné à la salle commune de Serpentard complètement furibond, pour me plaindre à Blaise jusqu'à ce qu'il me dise clairement que je le gonflais à toujours râler et à récriminer. Pourtant, le métis ne se gênait pas pour faire pareil lorsqu'il rencontrait quelques soucis avec ses conquêtes. Parce qu'évidemment, ce n'était jamais de sa faute.
-C'est ce qu'on dit toujours avec Blaise. Souris-je, content de pouvoir parler au petit Serpentard. On a beau mettre en commun tout ce qu'on sait, l'énigme reste insoluble.
-et vous savez quoi, pour le moment? S'enquit Matthew, vaguement intéressé.
-ça, je ne peux pas te dire, tu sauras de quoi je veux parler quand tu seras plus grand. Je peux te confier un secret?
J'avais posé la question sur un coup de tête, ne sachant pas vraiment ce que je faisais. Mais j'avais réellement besoin de me confier, de vider mon sac, à quelqu'un qui ne soit pas Blaise. Parce que Blaise ne comprendrait pas, lui qui n'est jamais tombé amoureux de qui que ce soit. J'inspirai longuement, prêt à me jeter à l'eau. Mais une dernière petite chose me retint.
-Tu ne le dis à personne, d'accord? Insistai-je, légèrement inquiet.
-Croix de bois, croix de fer, si je mens, je vais en enfer. Jura solennellement Matthew.
-L'autre jour, quand j'ai dit qu'Hermione n'était pas mon amoureuse, j'ai menti. J'avouai dans un souffle, n'osant pas regarder Matthew en face.
Ce que je venais de faire m'atterra complètement. Je venais d'admettre que j'étais amoureux de ma meilleure amie. Je venais d'admettre que moi aussi, j'avais été contaminé par ce virus, ce virus qui se déclarait de façon impromptue. Oui, l'amour pouvait être vu comme une maladie: on avait des poussées de fièvre, des vertiges, chaud et froid, le cœur qui battait anormalement vite, nous faisant craindre la tachycardie. Puis, tous ces symptômes physiques s'accompagnaient de symptômes psychologiques: déprime, montée de stress à l'idée de lui parler, gêne lorsque les mains (ou toute autre partie du corps) se frôlaient, perte d'appétit, re-déprime, se sentir nul et inutile, voir rouge lorsque d'autres garçons lui tournaient autour, avoir envie de l'impressionner par tous les moyens possibles et imaginables, et sourire comme un con lorsqu'elle était là, parce que sa simple présence suffisait à nous rasséréner. L'amour, c'était une putain de maladie dont on ne pouvait pas se débarrasser, même avec tous les efforts du monde.
-Ah bon? S'enquit Matthew, légèrement sarcastique. On ne s'en serait pas doutés.
Ce fut à mon tour de demander ah bon. Ah bon, parce que ça se voyait tant que ça? Si tel était le cas, j'étais vraiment foutu. Tout le monde ne tarderait pas à savoir que j'en pinçais pour la jolie lionne, et ce serait le début de la fin. Mon père ne devait pas savoir. Jamais. Je ne voulais pas revivre l'enfer de mon exil, ces journées passées à m'ennuyer et à essayer de faire taire la douleur désormais familière. Nerveusement, je triturais ma cravate, me fichant bien, sur l'instant, de l'abîmer ou non.
-Ouais, j'ai menti. Repris-je aussitôt, comme pour enfoncer le clou. Je…Je n'arrive pas à savoir si ça fait du mal ou si ça fait du bien. Je crois que je ne suis pas plus avancé qu'avant, le problème est toujours le même. Je suis…amoureux d'elle, elle ne semble pas l'avoir remarqué, et pour elle je suis son meilleur ami, rien de plus. Il faut que je me fasse une raison, je ne serai jamais rien de plus que ces bras qui la consolent quand elle va mal.
-Et tu l'as déjà embrassée? S'enquit Matthew, bien que cette simple idée semblait le révulser.
-Plus d'une fois. Gloussai-je en repensant à la douceur de ses lèvres, à la passion de ses baisers.
-Beurk. Commenta Matthew, clairement dégoûté. Embrasser une fille avec la langue, c'est dégoûtant.
-Ouais, c'est ce qu'on se dit tous à ton âge. Répondis-je en haussant les épaules, légèrement amusé. Mais tu comprendras quand tu auras trois ou quatre années de plus. Ce n'est pas du tout dégoûtant. C'est même…merveilleux.
Je m'étais interrompu, légèrement songeur. C'est que je commençais à devenir sentimental. Si Blaise était là, il me dirait sans aucun doute que j'étais en train de filer du mauvais coton. Un bien mauvais coton. Cependant, entendre Matthew faire allusion à ce genre de baisers m'avait quelque peu choqué. Oh, je n'étais pas né de la dernière pluie non plus, je savais très bien ce que c'était pour l'avoir fait si souvent. Oui mais voilà, Matthew avait onze ans, j'en avais dix-sept. Pour moi, un gosse, c'était encore innocent. Les jeunes garçons rougissaient en parlant des filles et n'avaient même pas notion de ces choses là. Un gosse avait encore un esprit pur. Moi, à son âge, je n'avais jamais envisagé cette possibilité. J'avais toujours eu un train de retard par rapport à tout ça. La première fille que j'avais embrassée, c'était Hermione et j'avais presque seize ans. J'avais le même âge lorsque j'ai goûté pour la première fois aux plaisirs de la chair. Enfin, plaisirs, c'était vite dit. Dans tous les cas, j'avais été le dernier garçon de Serpentard à perdre sa vertu, et je m'en fichais comme d'une guigne d'avoir l'étiquette puceau jusqu'à la fin de ma scolarité. Entre temps, les choses avaient changé, mais au fond, pas tant que ça. J'étais toujours le plus sage, le plus vertueux, le plus pudique et j'étais celui qui avait à son actif le nombre le moins élevé de conquêtes, au grand dam de Blaise d'ailleurs, qui aimerait que je me décoince un peu.
-Mais si tu l'as embrassée, pourquoi vous n'êtes pas ensemble? Me demanda finalement Matthew, me faisant sursauter.
-J'en sais rien. Soupirai-je en fourrant mes mains dans mes poches. Elle n'est pas à moi, elle n'est pas pour moi.
-Moi, dit Matthew avec un grand sourire, je suis sûr qu'elle t'aime.
-Ah bon? M'enquis-je, légèrement sceptique.
-ça fait un moment que je vous observe. M'avoua finalement Matthew. Quand elle te voit, elle est contente. Elle n'arrête pas de te chercher du regard, et l'autre fois, à la cérémonie de la répartition, quand on attendait tous, elle te regardait bizarrement. Elle paraissait en colère mais ce n'est pas du tout le cas. Puis l'autre jour, elle se disputait avec le grand rouquin, là, parce qu'il avait osé avoir un mot de travers envers toi. Elle était aussi rouge que sa cravate.
- Et selon toi, ces signes là suffisent pour dire qu'une personne est amoureuse ou non?
-j'en sais rien. Soupira Matthew. En tout cas, c'est assez…flagrant. Tu devrais tenter ta chance.
-Pardon? M'enquis-je, légèrement interloqué par le fait que ce soit un gamin de onze ans qui me donne ce genre de conseils.
D'accord. Il n'avait que onze ans. Il ne connaissait rien aux filles, et qui plus est, il en était resté au stade les filles, c'est nul. Seulement, il savait se montrer drôlement perspicace, et ça m'effrayait autant que ça m'impressionnait. Dès le premier jour, il avait compris qu'il y avait un truc entre Hermione et moi. Un petit truc, mais un truc quand même. Et les autres aussi l'avaient deviné. Même Potter, qui m'avait fait la même remarque quelques jours plus tôt, c'est peu dire! Alors, je pouvais bien lui laisser le bénéfice du doute, bien que ses assertions me laissaient légèrement amer. Amer et dubitatif. Et puis, paraissait-il qu'on voyait mieux ce qui se passait chez les autres que chez soi-même. Et c'était ce dernier constat qui me faisait légèrement flipper. Finalement, Matthew se leva. Il épousseta légèrement sa robe de sorcier, puis il se tourna vers moi.
-Je vais y aller. Je vais essayer de voir si elle me déteste aussi bien qu'elle le prétend.
-Tu as raison. Acquiesçai-je en souriant faiblement. Je ne suis peut-être pas le mieux placé pour t'aider, mais si tu as besoin de conseils, tu sais où me trouver.
Je ne savais pas pourquoi j'avais proposé cela. Sans doute parce que je ressentais le besoin de lui renvoyer l'ascenseur. Il m'avait écouté, je me devais au moins de lui rendre la pareille pour que nous soyons quittes. Mais ma proposition sembla ravir Matthew, qui me regardait comme si Noël venait d'être avancé. Je ne pus m'empêcher de sourire face à tant d'enthousiasme. L'enfant, désormais, regardait ses pieds, l'instant d'euphorie passé.
-Bon, eh bien, euh…à plus tard. Marmonna Matthew en filant dans demander son reste.
J'acquiesçai une nouvelle fois en silence. Puis, une fois que Matthew fut parti, je m'allumai une seconde cigarette, pour pouvoir continuer à penser tranquillement. Parce que cette fois, j'étais réellement apaisé. Le simple fait d'avoir parlé de mes sentiments pour Hermione m'avait ôté d'un poids certain. Pourtant, les paroles d'Harry, tout comme celles de Matthew, me revenaient en mémoire pour mieux me harceler. La voix du Survivant me conseillait de lui parler, et Matthew me conseillait de tenter ma chance. Lassé d'entendre ces deux voix en boucle dans ma tête, je me baissai pour ramasser une pierre au sol. Je m'approchai prudemment de l'eau, avant de jeter la pierre de toutes mes forces. La roche ricocha plusieurs fois sur l'eau avant de couler dans le lac.
Le cours de défense contre les forces du mal venait de s'achever. Tous les élèves rangeaient leurs affaires. Blaise, comme Tracy, semblaient vouloir m'attendre, mais je leur fis signe d'y aller, je voulais prendre mon temps. De toute manière, c'était le dernier cours de la journée, et je comptais bien me rendre à la bibliothèque pour finir le devoir supplémentaire demandé par Rogue. De temps à autres, je surprenais les regards à la fois inquiets et intrigués de Remus Lupin, notre professeur de défense contre les forces du mal. J'étais choqué de voir à quel point il avait pu prendre un coup de vieux depuis la dernière fois. Pourtant, seulement quatre ans étaient passés. Seul Merlin savait qu'il pouvait s'en passer des choses, en quatre ans, et j'étais bien placé pour le savoir. Moi-même j'avais l'air fatigué, au bout du rouleau, le poids de mes soucis pesait lourdement sur mes épaules et j'avais l'air vraiment malade, plus pâle que jamais. Cela se voyait que je dormais extrêmement mal. Il fallait dire que depuis que je m'étais fait attaquer par le Détraqueur, ces images me revenaient sans cesse en mémoire. Je revoyais la main putride surgir de la cape noire pour aspirer mon âme, pour drainer toute mon essence. Parfois, je voyais ce qu'il y avait sous la cape, et le Détraqueur avait le visage de mon père. Sur ce, je me réveillais souvent en sursaut, en hurlant qui plus est, trempé de sueur. À la longue, ces cauchemars m'épuisaient, aussi bien physiquement que psychologiquement.
Et les supposées leçons avec Hermione n'avaient pas encore eu lieu, par la force des choses. Septembre touchait à sa fin, et je n'avais jamais été aussi crevé, aussi faible. Pas plus tard que Lundi, j'avais fait un malaise, mon corps fatigué n'ayant pas pu trouver de quoi se ressourcer. Il fallait dire que les entraînements intensifs de Quidditch et les heures supplémentaires à la bibliothèque pour boucler mes devoirs n'étaient pas là pour arranger les choses, bien au contraire. Mme Pomfresh m'avait sermonné lorsque j'étais arrivé à l'infirmerie dans les vapes. Il était pourtant clair que je devais me forcer à manger, même si je n'avais prétendument pas faim. Elle m'avait prescrit des potions de sommeil et des vitamines pour que je reprenne des forces. Elle m'avait aussi menacé qu'elle me garderait à l'infirmerie jusqu'à ce que je me remplume, si je m'avisais de faire un malaise à nouveau.
Depuis combien de temps je couvais ce mal? Je n'en savais trop rien. D'après l'infirmière, cela devait durer depuis un bon six mois. On ne s'affaiblit pas de la sorte du jour au lendemain. Elle m'avait expliqué également que l'attaque du Détraqueur avait causé un traumatisme psychologique important, et que cela avait eu une influence sur mon sommeil et sur mon mode de vie. Elle m'avait encore une fois grondé, en disant que j'aurais dû venir la voir sitôt après l'attaque, et je n'avais rien répondu à tout ça, sachant pertinemment que ce qui m'arrivait était de ma faute. Pour couronner le tout, elle m'avait annoncé que suite à ce traumatisme, mon cerveau avait en quelques sortes occulté l'évènement, me faisant vivre dans le déni. il avait été comme court-circuité, par sécurité, les plombs avaient sauté. Elle avait fait l'analogie avec un compteur électrique, mais n'ayant pas été élevé par des Moldus, il fallait dire que je n'y comprenais pas grand-chose. J'avais vaguement hoché la tête, faisant semblant de comprendre. Parce que pour ça aussi, je savais très bien faire semblant. Et donc, elle avait dit que c'était parfaitement normal que ça ne m'ait pas inquiété plus que ça, que je n'aie pas cherché à en savoir plus. Mon esprit n'avait fait que renier ce qui s'était passé, et à dire vrai, si les leçons de défense contre les forces du mal ne me pendaient pas au nez, sans doute aurais-je déjà oublié l'incident.
-Monsieur Nott? M'interpella poliment Remus Lupin alors que j'achevais de ranger mes livres dans mon sac en bandoulière.
L'appel du professeur de défense contre les forces du mal eut le mérite de me sortir de la torpeur dans laquelle j'étais plongé. Au moins, ce léger temps de latence m'avait permis d'occulter tout ça, de le reléguer au fond de ma tête. Il ne fallait pas se leurrer non plus, je savais très bien que mes réflexions allaient revenir au grand galop dès lors que je m'y attendrais le moins, je n'étais qu'en sursis, comme toujours. En permanence, j'avais l'impression d'être au bord du vide, et qu'un rien avait le pouvoir de me faire basculer. Prudemment, je m'approchai du bureau de Lupin pour savoir ce qu'il voulait. Savoir ce qu'il me voulait.
-Si c'est pour me parler de mon devoir, monsieur, commençai-je avec assurance, je…
-Ne vous en faites pas pour votre devoir, Théodore. M'interrompit Lupin avec l'ombre d'un sourire. Comme d'habitude, il était excellent, je n'ai rarement eu l'occasion d'en corriger d'aussi bons. Vous êtes un élève très prometteur, monsieur Nott, vous ferez de grandes choses dans la vie si vous vous maintenez à votre niveau. Non, ce n'était pas de vos copies que je voulais vous parler, mais plutôt de l'incident qui s'est passé au début du mois et dont Miss Granger m'a fait part.
-Mais…Mais Co…comment? Balbutiai-je, légèrement troublé.
Je me raclai discrètement la gorge afin de pouvoir reprendre de façon plus intelligible, et surtout, plus intelligente.
-Hermione vous a parlé de ma confrontation avec le détraqueur? M'enquis-je finalement, en essayant d'être assuré autant que faire se peut.
-Hermione me dit beaucoup de choses. Sourit le professeur, amusé. Elle s'inquiète beaucoup pour vous, vous savez? Elle m'a simplement mis dans la confidence pour dirons nous…vos leçons particulières. Elle ne savait pas comment s'y prendre et elle était venue me demander quelques conseils puisque j'ai géré Monsieur Potter lorsqu'il a eu le même problème que vous.
-Des conseils? M'enquis-je, piqué par la curiosité. Mais, il s'agit avant tout de savoir lancer le sortilège du Patronus, non? Alors je ne vois pas en quoi c'est tellement difficile au point de demander des conseils.
-il ne s'agit pas simplement de savoir lancer le sortilège du Patronus, jeune homme. J'ai cru comprendre que vous séances d'entraînement ne seront pas exclusivement consacrées à ce seul sortilège.
-Pardon? M'écriai-je, interloqué. Mais…je pensais que…Vous n'allez tout de même pas nous entraîner au combat? Nous ne sommes pas des soldats, ou que sais-je…
-Albus Dumbledore pense qu'un petit entraînement ne serait en effet pas de trop.
-Mais c'est absurde! Tonnai-je d'une voix forte. J'ai eu un Optimal à mes BUSE de défense contre les forces du mal, et Hermione aussi. Nous n'avons pas besoin de nous perfectionner, nous avons déjà acquis toutes les bases nécessaires.
-Dumbledore a ses raisons de penser ainsi. Éluda Lupin, l'œil brillant. Votre incapacité à affronter ce Détraqueur a suffi à démontrer que vous avez quelques lacunes en la matière. Il persiste à penser que travailler avec Hermione serait plus que bénéfique, non parce que c'est la meilleure élève de l'école, mais parce qu'elle est proche de vous et elle est la plus à même de vous épauler.
L'ombre d'un sourire s'était dessiné sur les lèvres du professeur. Un sourire malicieux qui me rappelait sans peine feu Dumbledore. Je me renfrognai, tentant de retenir les propos cinglants que je voulais lui lancer.
-écoutez. Repris-je fermement, en essayant d'être le plus diplomate possible. Mon père m'entraîne pour cette foutue guerre depuis mon plus jeune âge, et vous osez penser que j'ai encore besoin d'entraînement? Vous n'avez aucune espèce d'idée de ce qu'a été mon supplice pendant toutes ces années. L'entraînement quasi-militaire, les Doloris reçus par dizaines, la douleur, la peur, la rancœur, tout ça parce qu'il fallait que je devienne un homme! Pour couronner le tout, j'ai même été contraint à l'exil, tout ça pour quoi, au juste? Il s'est évertué à tuer mon humanité, par tous les moyens possibles à imaginer. Vous pensez peut-être bien faire en me protégeant de la sorte, mais…franchement…j'ai assez donné.
-Pourtant, je peux vous certifier que vous êtes encore humain. Répondit simplement Lupin en me gratifiant d'un clin d'œil. Dès lors que vous êtes capable d'aimer, de rire, de ressentir de la joie, c'est comme si vous versiez de l'eau sur une flamme, c'est la garantie que votre âme ne s'est pas encore complètement égarée dans les Ténèbres.
-C'est là que vous vous trompez. Affirmai-je, durement. Je suis incapable de faire tout ça. Je suis incapable de ressentir autre chose que de la haine ou de la colère.
-C'Est-ce dont vous vous persuadez depuis des années. Vos seuls rapports avec Miss Granger suffisent à prouver que vous en êtes encore capable. Qui plus est, Monsieur Potter m'a confié récemment que vous étiez de notre côté?
-J'ai juste dit ça pour qu'il cesse de me regarder comme s'il allait me descendre sur place! Protestai-je, avec colère. Vous savez très bien quel destin m'attend au sortir de ces murs et même avant! Vous savez très bien ce pour quoi on m'a conditionné ainsi!
-Vous êtes comme tout le monde, Théodore. Vous avez la possibilité de choisir, d'emprunter le chemin qui vous convient le mieux, selon vos propres désirs et vos propres ambitions. Vous n'êtes pas obligé de suivre une voie qui vous a été imposée, qui a été décidée pour vous. Vous pouvez tout à fait vous en affranchir, encore faut-il le vouloir. Ma question est: le voulez-vous?
-Je ne sais pas. Avouai-je en toute franchise, en me laissant tomber sur la table la plus proche.
Je ne savais pas. Je ne savais plus. Je n'avais jamais su, je crois bien. Et j'étais las. Las de courir après un idéal que je n'atteindrai jamais, las de me nourrir exclusivement d'utopies. J'étais fatigué de devoir choisir, de ne pas avoir le courage de dire merde à tout ça une bonne fois pour toutes. J'étais fatigué de m'évertuer à me faire -enfin- apprécier à ma juste valeur par mon père, lequel de toute façon ne m'avait jamais témoigné que du mépris et de l'indifférence. Et ce, sans préjudice de mes notes pourtant excellentes, de mon attitude qui, pendant des années, fut irréprochable.
-La question qu'il faut vous poser est de savoir ce qui vous fait réellement envie. Avez-vous une idée de la profession que vous allez exercer après Poudlard?
Je ne pensais pas que Mangemort soit la réponse appropriée. De toute manière, Mangemort, ce n'était pas un métier. Ce n'était qu'un masque, que du foutu toc, de l'esclavagisme puisque l'on s'asservissait à un maître qui nous traitait comme de la vulgaire chair à canon, sans la moindre reconnaissance de sa part. Je repensai alors à la conversation que j'avais eue avec Tracy il y a quelques temps déjà, à propos du conseil d'orientation qui devait se tenir à une date quelconque dans le calendrier.
-Là encore, je ne sais pas. Répondis-je en toute honnêteté, mettant de côté ma rebuffade. Je…J'ai vaguement envie de me lancer dans une carrière de médicomage, ou même étudier le droit et la justice magique pour être juge au Magenmagot, ou même avocat.
-Rien ne vous en empêche. S'écria Lupin avec enthousiasme. Si le droit et la justice magique vous passionnent, alors lancez-vous! Vous avez les capacités pour le faire, pourquoi les gâcher?
Parfois, j'avais l'impression que Lupin parlait plus pour lui-même que pour moi. Je pouvais aisément comprendre que sa condition de loup-garou avait fait de lui un paria, et qu'il lui était difficile d'obtenir un emploi, comme en témoignait sa vieille robe de sorcier rapiécée. Je me doutais également qu'il devait avoir des ambitions, lesquelles étaient impossibles à atteindre, alors, comme pour rattraper tout ce qu'il n'avait pas pu accomplir, il poussait ses élèves à se réaliser autant que faire se peut. Lupin était comme ça, il n'était pas intéressé lorsqu'il guidait les élèves, il le faisait par pure bonté d'âme. Cela dit, je gardai cette dernière réflexion pour moi. Je ne voulais pas l'offenser en soulignant ces quelques faits.
-Mon père. Je lâchai simplement, en serrant les dents comme à chaque fois que je l'évoquais lui.
-Votre père n'est pas raisonnable. Plaida Lupin. Malheureusement, dans des familles comme les vôtres, les parents choisissent à la place de leurs enfants. Et leurs choix ne sont pas toujours des plus judicieux. Essayez de réfléchir à tout cela, de parler aux bonnes personnes. C'est le meilleur conseil que je puisse vous donner. En attendant…
Le professeur s'interrompit, pour regarder par la fenêtre. Quant à moi, j'étais toujours aussi crispé, aussi sur la défensive. Je respectais beaucoup Lupin, ce n'était pas la question. Mais ce type me mettait mal à l'aise, presque autant que Dumbledore. Probablement parce qu'il savait appuyer là où ça faisait mal.
-En attendant, vous suivrez ces leçons. L'ensemble du corps enseignant et moi-même estimons que c'est le mieux pour vous. Loin de nous l'idée de faire de vous des soldats, nous voulons simplement que vous soyez aptes à faire face au danger. Vous êtes dans votre dernière année, la fin de vos études n'est pas aussi lointaine que vous pourriez le penser, Juin sera vite arrivé.
-Mais…tentai-je de protester, une nouvelle fois.
- Nous allons employer la même méthode que celle utilisée pour Monsieur Potter. Vous allez vous entraîner sur un épouvantard, qui prendra la forme d'un Détraqueur autant que faire se peut. Vous n'aurez qu'à vous exercer à lancer le sortilège du Patronus. Une fois que ce sera acquis, nous pourrons passer à des sortilèges plus complexes. Il me semble qu'Hermione a eu l'occasion d'en enseigner bon nombre à un petit groupe d'élèves au temps où l'armée de Dumbledore existait encore. Ajouta Lupin, avec un sourire amusé.
-Nous? Mais je pensais que…
-Minerva McGonagall m'a chargé de superviser les premières séances. Je ne fais que vous indiquer la marche à suivre. Je vous laisserai le libre arbitre quand j'estimerai que vous êtes aptes à vous débrouiller par vous-mêmes. Sachant que vous avez toujours la possibilité de vous adresser à moi si vous rencontrez la moindre difficulté.
Ah. Je comprenais mieux à présent, même si l'idée ne m'enchantait guère. Au départ, j'avais été plutôt content, je comptais sur ces séances pour me rapprocher de nouveau d'Hermione, pour passer du temps avec elle. Et maintenant que je savais mieux de quoi il en retournait, non, je n'avais vraiment plus envie. Parce qu'il s'agissait ni plus ni moins que d'un desiderata de feu Dumbledore, et j'avais vaguement le sentiment que nous étions que des pions sur son vaste échiquier. Ses pions. Et moi, je n'avais absolument aucun désir de faire partie de ce système, de me laisser manipuler pour qu'il puisse parvenir à ses fins.
Mais au fond, Voldemort comme Dumbledore valaient-ils mieux que l'autre? Non, bien sûr que non. Chacun menait sa propre stratégie, chacun utilisait ses propres pions. Chacun choisissait de sacrifier au passage quelques soldats, et c'était bien tout. Je sus instantanément ce que je voulais vraiment. Je voulais être libre, ne faire partie d'aucun camp, ni du bien, ni du mal. Je serai cet électron libre, qui se bat pour sauver sa peau. Je n'avais aucune envie de participer à cette guerre qui s'annonçait longue et éreintante, ce n'était pas moi. Ce n'était pas non plus ce que ma mère aurait voulu pour moi. Elle m'avait presque littéralement supplié de garder mon esprit vif et éclairé, de ne pas me laisser endoctriner de quelque façon que ce soit. Et en marchant dans les pas de mon père, trébuchant parfois, j'avais fait exactement le contraire de ce qu'elle m'avait autrefois conseillé. En l'espace d'un instant, mon regard s'était troublé, ce que le professeur Lupin ne tarda pas à remarquer.
-Suivez votre instinct, Théodore. Me conseilla le professeur, le plus sérieusement du monde. Si vous doutez, c'est que ce n'est pas le chemin que vous devez emprunter. L'instinct ne se trompe jamais.
D'une certaine façon, Remus Lupin me faisait penser à ma mère. Elle avait la même façon de penser que lui, le même raisonnement. Elle réfléchissait pas mal, après tout, elle était une Serdaigle aguerrie, mais elle fonctionnait aussi à l'instinct lorsqu'elle était incapable de prendre une décision. Cependant, il y a quelques années, elle a basculé dans la tendance inverse. Sur la fin, Philomène n'avait cessé de fonctionner à l'instinct, et elle se trompait souvent. Ces erreurs lui ont été fatales.
Y avait-il seulement un juste milieu à tout ça? Pouvait-on trouver le point d'équilibre entre l'instinct et la réflexion? L'être humain n'était-il pas un pont, un trait d'union entre l'instinct purement animale et le savoir, la réflexion, qui était propre à cette chose en laquelle je croyais, en laquelle j'avais besoin de croire? Je savais que nous autres, en tant qu'humains, étions capables d'utiliser environ trente pour cent de notre capacité cérébrale, que se passerait-il si nous avions la faculté d'en utiliser la totalité? Et si, dans cette grosse part que nous n'utilisions pas était cachée la Connaissance, le Savoir à l'état pur? Si ce que nous nous évertuons à chercher depuis des siècles se trouvait simplement en nous, sans même que nous le sachions? C'était tout à fait le genre de théories qui m'intéressaient, que j'avais parfois étudiées à mes heures perdues. Mais des théories qui n'intéressaient personne d'autre, malheureusement.
-Merci pour le conseil. Je ne pus m'empêcher d'ajouter, légèrement acerbe.
Ils disaient tous la même chose. Suis ton cœur, suis ton instinct, blabla. Mais qui, réellement, mettait en pratique de tels conseils? On préférait tous se fier à notre réflexion, c'était moins dangereux, moins hasardeux. Puis, tellement plus sécurisant, aussi. On pouvait encore se trouver des excuses. Nier en bloc. Pour admettre ensuite, et se persuader du contraire. Mais l'auto-persuasion, à long terme, ce n'était plus vraiment efficace, l'instinct finissait toujours par reprendre le dessus, mitigé à un vague relent de culpabilité. La culpabilité des lâches. Lupin, finalement, me congédia, probablement pour me laisser méditer sur ces paroles après avoir allègrement semé le doute dans mon esprit. Je le détestais. Vraiment. Mais il avait aussi raison. Qu'ils aillent au diable, lui et ses idées saugrenues. Je m'étais enfui sans demander mon reste.
Une fois n'était pas coutume, j'attendais devant la salle de Métamorphose, dans l'attente du prochain cours. Autour de moi, les autres élèves jacassaient et riaient, puant l'insouciance, ce qui pouvait clairement paraître provocateur, surtout par les temps qui cours. Étais-je le seul à avoir les tripes qui fond des nœuds, le cœur au bord des lèvres, le malaise qui s'insinuait en mon for intérieur parce que je redoutais les mois à venir? Il fallait croire que oui, à les voir ainsi. J'avais envie de les secouer un à un pour leur remettre les yeux en face des trous, pour qu'ils prennent conscience qu'une guerre se préparait dehors, qu'ils devaient se tenir prêts. Personne n'arborait un visage empreint de gravité, à part peut-être Potter, qui semblait être le seul réellement conscient de ce qui se passait autour, et rien que pour cela, je l'en remerciais, je n'étais pas encore totalement paranoïaque et à côté de la plaque.
Machinalement, je consultai la vieille montre que j'avais au poignet dont les aiguilles ne tournaient plus. Il s'agissait davantage d'un réflexe que d'une réelle nécessité de connaître l'heure. Je savais très bien quelle heure il était, il était bientôt quatre heures, nous étions sortis en avance du cours de botanique et nous avions cours de métamorphose jusqu'à six heures. Je connaissais déjà mon emploi du temps par cœur, toutes les semaines, c'était le même cirque, apportant de l'eau au moulin de cette insupportable routine dans laquelle je continuais à m'enliser dangereusement, sans le moindre espoir de m'en sortir un jour. Cela faisait à peine un mois que l'on avais repris les cours, et je m'emmerdais déjà. Euphémisme. J'avais été tellement content de revenir à Poudlard, mais en vérité, je n'avais plus aucun repère, trop de choses avaient changé. Le peloton m'avait semé, je peinais à rester dans la course. Me mettre au diapason. Tracy était bien gentille, mais rattraper le temps perdu était impossible, je m'en étais rendu compte. Je n'avais pas d'autres choix à part aller de l'avant.
Si Blaise avait pu surprendre mes pensées, sans doute m'aurait-il dit que c'était un signe, que je devais arrêter de me complaire dans le passé, lui qui disait tout le temps que la nostalgie allait finir par me tuer. Et si c'était vrai, et si effectivement la vague à l'âme m'avait déjà coulé, et si je m'étais définitivement perdu, quelque part entre le passé et le présent, sans que je puisse atteindre un jour l'avenir? Et si Lupin s'était trompé, et si je ne pouvais plus revenir en arrière, et si j'étais déjà condamné? Je sursautai en sentant une main frôler mes doigts. Je tournai légèrement la tête pour apercevoir Tracy, appuyée sur le mur juste à côté de moi. Je lui souris gauchement, avant de m'emparer de sa main, conscient que je prenais des risques. De très gros risques.
Du coin de l'œil, j'aperçus Hermione qui bavardait joyeusement avec Parvati et Lavande. Tout du moins, Lavande jacassait et monopolisait la conversation, parlant avec animation de je ne savais quelle futilité. J'haussai un sourcil perplexe. Je n'avais jamais compris pourquoi Hermione était amie avec une fille comme ça, tant elles étaient aux antipodes l'une de l'autre. Pourtant, Hermione adorait Lavande, et c'était réciproque. La brune avait toutefois moins d'affinités avec Parvati, bien qu'elles s'entendaient quand même bien. Hum. J'avais tout intérêt à passer sous silence le fait que j'avais couché avec la sœur d'une de ses meilleures amies, sinon, Hermione allait me faire la tête à vie. D'autant plus qu'elle ne savait pas ce qu'il y avait entre Tracy et moi. Autant dire que si la jolie Gryffondor le découvrait, d'une façon ou d'une autre, j'étais un homme mort, purement et simplement. Et comme à chaque fois que je tenais la main de Tracy dans les couloirs, ou que je me penchais sur elle pour l'embrasser doucement, la culpabilité venait me tordre les tripes et me donner la nausée. Oui, j'avais menti à Hermione, j'avais menti à ma propre meilleure amie. Ce n'était même pas un mensonge par émission, bien au contraire, j'avais menti délibérément, sciemment, j'avais atténué une réalité pour ne pas la blesser. Pire encore, je n'avais pas eu les couilles de lui dire que Tracy était ma copine et non pas juste une sex-friend, et je m'en voulais pour cela. Je m'en voulais, parce que si cette histoire venait à éclater au grand jour, je n'avais vraiment aucune excuse.
-Alors, Nott, tu es revenu d'entre les morts? Nasilla la voix traînante de Drago Malefoy.
J'avais vraiment pris la résolution de ne plus prêter attention aux propos de la Fouine. Je l'avais juré. C'est pourquoi j'avais feint l'indifférence, je n'avais même pas levé la tête. Il pouvait jacasser autant qu'il voulait, mon regard continuera de fixer le bout de mes chaussures. Malefoy n'était même plus un parasite venant troubler ma quiétude, Malefoy n'était plus rien, il n'existait plus. Pourtant, le blond ne semblait pas avoir compris que je n'avais absolument rien à faire de ses sarcasmes, puisqu'il continua à m'asticoter, devant tout le monde qui plus est.
-Suis-je bête. Railla le Prince. J'avais oublié que tu avais déjà le pied dans la tombe. Je me ferais un plaisir de t'y pousser complètement, tu sais. Au moins, tu seras avec ta chère mère.
L'enflure. Il n'avait pas le droit! Il n'avait pas le droit de parler de ma mère de la sorte, surtout pas les autres. Les autres n'avaient pas besoin de savoir qu'elle n'était plus là, et qu'elle me manquait chaque jour qui passe. Sa mort avait laissé en moi un vide béant, assorti d'un traumatisme certain. À dire vrai, je ne m'en étais jamais vraiment remis. Bien que la colère commençait à poindre en moi, je ne réagissais toujours pas, gardant les bras obstinément croisés sur mon torse, le regard rivé au sol. Tout, mais ne pas voir son sourire goguenard, ni même les regards à la fois choqués et emplis de pitié des autres.
-Tu sais aussi bien que moi comment elle a fini. Continua Malefoy, imperturbable. Elle aussi s'évanouissait souvent. Qui sait, avec un peu de chance, tu as la même chose qu'elle. Avec Crabbe et Goyle, on a parié sur ta durée de vie. Pour être francs, nous sommes assez sceptiques sur la question. On pense que tu ne tiendra pas plus longtemps qu'elle.
Ta gueule. Mais putain, ta gueule, Malefoy. Ta gueule! J'en oubliai ma résolution. Même si je savais que c'était exactement ce qu'il voulait, que je prête attention à ses propos scandaleux, je ne pus m'empêcher de le foudroyer du regard. Je venais de lui décocher le regard le plus meurtrier que j'avais en stock. Le visage de Malefoy se fendit d'un sourire goguenard, un de ces sourires que je détestais, qui me donnait envie de lui envoyer mon poing dans la figure. Fort heureusement, je n'en faisais rien, parce qu'encore une fois, j'allais tout prendre alors qu'il s'en sortirait à bon compte. Ça a toujours été comme ça, pourquoi cela changerait-il? C'était injuste, mais je n'y pouvais rien. On pouvait remercier pour cela ma très nette propension à m'attirer les ennuis. J'étais même champion en la matière.
-Tu ne réponds pas. Constata Malefoy. Sujet gênant, à ce que je vois. Oh, tu sais, ce n'est pas grave si tu pleures le soir, ça arrive à tout le monde.
-Malefoy, je te conseille de la boucler. Intervint Blaise, sèchement. Tu dépasses les bornes, les autres n'ont pas besoin de savoir que…
-Mais si! Entre nous, on n'a pas de secrets, n'est-ce pas? Lança Malefoy à la cantonade, attendant une réponse de l'assemblée qui ne pipait mot.
À dire vrai, tous étaient écœurés des propos tenus par le Serpentard. Les pauvres. Ils se rendaient compte seulement maintenant de la fourberie de l'héritier des Malefoy. Une sacrée claque, pas vrai? Pourtant, moi, j'expérimentais sa méchanceté depuis des années, et j'avais toujours fait preuve de l'indifférence la plus totale à son encontre. Ce n'étaient pas quelques paroles déplacées qui allaient me faire tomber, loin s'en faut. Malefoy croyait avoir à une chiffe molle parce que oui, ça m'arrivait de pleurer ou de crier dans mon sommeil? Il se trompait lourdement, j'étais solide comme un roc, j'avais érigé un rempart inébranlable contre ses sarcasmes. Si au début, je réagissais au quart de tour, à présent, je m'en foutais.
Et tous les moyens étaient bons pour parvenir à ses fins, pour me faire sortir de mes gonds. Sa dernière trouvaille en date? Parler de ma mère. Comme s'il connaissait toute l'histoire, comme s'il savait réellement de quoi elle était morte. Moi, j'avais tout vu, tout vécu. Je lui tenais la main quand elle était sur son lit de mort, et je lui tenais encore la main lorsqu'elle est partie. Mrs Granger dut insister pour que je consente enfin à la lâcher, parce que tout était fini pour elle. Je me souvenais que ce soir là, j'avais dormi chez Hermione. Ses parents et elle ont tout fait pour me consoler. Mais j'étais inconsolable. Ça s'était passé pendant les vacances de Noël, entre Noël et Nouvel-An. Depuis, je détestais Noël, je détestais fêter mon anniversaire qui tombait également le 25 décembre, et je détestais le passage à la nouvelle année. Mais Malefoy n'avait jamais rien vécu de tout ça. Pour lui, la vie avait été facile. Il ne savait pas ce qu'était de perdre un proche, il ne savait pas ce que c'était d'être méprisé par son père. Tu parles, Lucius Malefoy adorait son rejeton, il tenait à Drago comme à la prunelle de ses yeux, même s'il le montrait moins que Narcissa. Malefoy pouvait toujours se moquer, remuer le couteau dans la plaie. Il n'en était pas moins qu'un triste sire, qui n'avait pas d'amis, juste des larbins.
C'est pourquoi j'avais dédié à mon ennemi juré mon regard le plus méprisant. Mon sourire quant à lui semblait dire en boucle tu ne m'atteins pas! Et le pire, dans toute cette histoire, c'est que je souriais, comme pour me moquer de lui. Son attitude était risible, il n'avait les couilles de me dire tout ça que parce qu'il y avait tout un attroupement, un auditoire attentif à ce qui allait se passer ensuite. Mais sinon, quand tout le monde avait le dos tourné, il ne disait rien, il se contentait de m'ignorer, superbement. Parfois, il s'essayait à quelques coups bas, mais ses petites vengeances étaient comme ses sarcasmes, elle ne m'atteignaient pas. Et apparemment, le léger sourire que j'arborais à présent ne semblait pas plaire à Malefoy. Ne comprenait-il pas qu'il était en train de se faire passer pour un con, à se comporter comme il le faisait?
-Tu n'es vraiment pas cuit, Notty Nott! s'esclaffa Malefoy. En même temps, ce n'est pas étonnant, dans une famille comme la tienne, ils ont tous fini complètement zinzin. Puis, qui voudrait se taper une sang-de-bourbe comme Granger, je pensais que t'avais plus de goût que ça, franchement. N'importe qui de sain d'esprit ne saurait pas se contenter de produits bas-de-gamme…
-Fais pas attention à ce qu'il dit. Psalmodiait Blaise à côté de moi, ne fais surtout pas attention à ce qu'il dit, tout ce qui veut, c'est te provoquer, te pousser à la faute, ne l'écoute pas, te dis-je, ne l'écoute pas…
D'accord. Trop, c'est trop. Qu'il parle ainsi de ma mère, c'était une chose. Mais qu'il se permette d'insulter ma meilleure amie, et accessoirement la fille dont j'étais profondément amoureux, devant tout le monde, et en sa présence qui plus est, il ne fallait pas déconner non plus. Blaise pouvait bien dire tout ce qu'il voulait, mais n'empêche, il n'avait pas le droit!
-J'espère que je n'interrompais rien d'important, continua Malefoy imperturbable, ravi de son petit effet. Ton père a eu le temps de digérer la nouvelle? C'est vrai qu'une sang-de-bourbe dans la lignée, ça fait désordre.
-Ne l'écoute pas…ne l'écoute pas…THEO, NON! S'écria Blaise, paniqué, en me voyant fondre comme un fou furieux sur Malefoy pour lui faire manger sa cravate.
J'allais le tuer. Je voulais le voir mort, éviscéré, se vidant de son sang, pendu par les pieds, étouffé par ses propres tripes, mort et enterré. J'aurais vraiment voulu l'étrangler de mes propres mains, mais tout ce que je pouvais faire, c'était le saisir par le col et le secouer comme un prunier. Je voulais le secouer jusqu'à ce que sa minable cervelle n'explose, jusqu'à ce que ça fasse bang, jusqu'à ce qu'il comprenne sa douleur, et surtout, qu'il ne pouvait pas continuer à me provoquer impunément. Toute la haine que j'éprouvais pour Malefoy depuis des années venait de déferler en moi, pour m'aveugler totalement. Je ne voyais plus les gens autour, ni l'imminence de la fin du cours de Métamorphose, je ne voyais que Malefoy et sa face de rat, Malefoy qui eut un mouvement de recul alors que mes mains tremblantes venaient d'attraper son col dans le vague espoir de l'étrangler.
Malheureusement pour moi, Malefoy avait de bons réflexes. Et ces réflexes s'étaient traduits par une droite magistrale qu'il venait de m'asséner, me faisant légèrement vaciller. Je clignai des yeux, à moitié étourdi, alors que la douleur me vrillait la tempe. Sans réfléchir outre mesure, je lui rendis son coup alors que dans le couloir, retentissaient des exclamations paniquées. Blaise me tira en arrière pour tenter de me maîtriser mais il se prit un gnon au passage, lui faisant exploser l'arcade sourcilière au passage. Il ne renonça pas pour autant. De leur côté, Crabbe et Goyle regardaient leur maître se battre sans rien faire. D'autres élèves avaient tenté d'approcher Malefoy pour le maîtriser lui aussi, mais ils avaient trop peur de se prendre un pain pour oser faire quoi que ce soit. Blaise, Tracy, et Harry ne furent pas de trop pour me séparer de mon ennemi juré. Un instant plus tard, j'étais en train de me débattre comme un fou furieux, voulant impérativement en découdre, comme si ma vie en dépendait.
-Lâchez moi! Je m'égosillais. Je vais le tuer, je vais le tuer, ce fils de pute!
Tous les trois essayaient de me tirer en arrière, tentant de calmer un tant soit peu mon excès de fureur. Mais je ne décolérais pas, je ne serai calmé que quand j'aurai massacré ce misérable avorton, cet individu exécrable qui me pourrissait la vie depuis de nombreuses années, et qui avait été le responsable de mon exil forcé à Durmstrang. Dans la foule, j'entendais des murmures, des murmures qui semblaient nous encourager à nous battre. Parmi ces murmures, je crus entendre distinctement la voix du rouquin, qui glissait quelques mots à son voisin, un certain Seamus Finnigan, improvisé bookmaker pour l'occasion.
-Je parie deux gallions sur Nott.
-Ron! siffla une Hermione complètement excédée, qui réprouvait visiblement ce genre de pratique.
-Ben quoi? Demanda le rouquin en haussant un sourcil. Je sais de quoi je parle puisqu'il m'a foutu une raclée l'autre jour. Donc, deux gallions sur Nott, Malefoy ne fait pas le poids.
-Tu es préfet! s'indigna la rouge-et-or, dont les joues s'étaient empourprées à l'évocation de ce souvenir cuisant. Tu devrais être en train d'essayer de rétablir l'ordre plutôt que parier sur un éventuel gagnant.
-Et toi? La houspilla la Belette. Pourquoi tu ne fais rien, toi? C'est ton pote après tout, et tu es préfète-en-chef, ce qui ne te dispense pas d'intervenir non plus! À moins que toi aussi tu ne veuilles parier, allez, avoue que tu rêves de voir Malefoy se prendre une dérouillée.
-Je n'encouragerai pas ce genre de pratique! D'ailleurs, je devrais vous confisquer les gallions, ce genre de paris est complètement illégal!
-Mais tu ne feras rien, n'est-ce pas? Persifla Weasmoche, sûr de lui. Puisque tu as toi-même décidé de ne pas intervenir.
-Théo a bien réagi en ne répondant pas aux insultes de Malefoy. Grogna Hermione. Tu devrais prendre exemple sur lui, plutôt que te ratatiner sur place dès lors que vous vous retrouvez confrontés. Je ne suis pas intervenue pour la simple et bonne raison que cela n'allait faire qu'envenimer le conflit, et nous n'avions vraiment pas besoin que ça. Mais tu as raison, Ronald, je vais aller chercher quelqu'un de compétent pour régler cette histoire, c'est encore ce qu'il y a de mieux à faire.
J'eus beau la supplier du regard, mais rien n'y faisait. Elle n'avait rien vu. Alors, Hermione avait tourné les talons et elle était partie chercher quelqu'un. Quelques instants plus tard, elle revint complètement essoufflée, McGonagall sur les talons. J'ouvris les yeux bien grands en voyant débarquer l'irascible professeure de métamorphose. N'était-elle pas censée avoir cours dans la salle d'à côté? Dans un sens, si elle n'y était pas, cela expliquait très bien pourquoi elle n'était pas intervenue. Parce que forcément, tout le boucan que l'on faisait aurait alerté quelqu'un.
-J'espère que vous avez une bonne raison de me déranger en pleine réunion. Commença Minerva McGonagall, en fixant l'assemblée de son regard sévère.
-C'est Malefoy! S'écria soudainement la Belette, ayant momentanément oublié son histoire de paris.
-Pas du tout! Contredit Pansy, offusquée que l'on puisse accuser son Drakichou d'amour de la sorte. C'est Nott qui l'a attrapé par le col.
-Malefoy a provoqué Théodore! Riposta Hermione, plus fort. Il n'avait pas à dire toutes ces choses horribles sur sa mère!
-Et sur toi! Compléta Ron, goguenard.
-Oui mais moi, on s'en fiche. Éluda Hermione avec sagesse. Ça fait des années que je supporte les insultes de Malefoy, je n'étais plus à ça près.
-Apparemment, ce n'était pas le cas de Nott. Railla la Belette, en dardant sur moi son regard chafouin.
-Miss Granger, coupa sèchement la directrice des Gryffondor, pouvez-vous m'expliquer ce qui s'est exactement passé?
-Eh bien…commença Hermione, qui regardait le bout de ses chaussures. Théodore était tranquillement en train de parler avec Blaise et Tracy, je crois. Enfin, à ma connaissance, il n'a rien fait qui soit susceptible d'attirer les sarcasmes de Malefoy. Et ce dernier ne s'est pourtant pas gêné pour l'attaquer ouvertement, et gratuitement qui plus est. Il a parlé…de ce qui est arrivé à sa mère alors que c'est encore un sujet très douloureux pour Théodore. Et…après…il s'est mis à déballer…ce qui s'est passé…entre nous…et comme d'habitude, il a commencé à m'insulter. C'est vrai que Théodore l'a attrapé par le col pour l'intimer d'arrêter, mais c'est Malefoy qui l'a frappé en premier.
-Merci Hermione. La congédia McGonagall, toujours aussi sèchement. Puis, en se tournant vers nous: Malefoy, Nott, vous venez avec moi dans le bureau du directeur! Votre comportement est inadmissible, surtout compte tenu de vos responsabilités.
En silence, nous la suivîmes jusqu'au bureau de feu Dumbledore. Nous n'avions simplement pas le choix. Nerveusement, j'avais commencé à ronger l'ongle de mon petit doigt, inquiet de ce qui allait suivre. Seul Malefoy ne réagissait pas, comme d'habitude, il s'était paré de sa morgue habituelle et affichait ce masque d'indifférence qui lui seyait si bien. McGonagall prononça le mot de passe, et nous fit entrer tous les deux, toujours fulminante. Elle fit apparaître deux chaises devant le bureau et nous invita à s'y asseoir. Je m'exécutai sagement, tandis que Malefoy défiait la vieille chouette du regard, restant debout, les bras croisés sur son torse.
-Autant dire, messieurs, que ce que vous avez fait est très grave! Nous réprimanda sévèrement la vieille écossaise. Il est formellement interdit de se battre dans les couloirs de Poudlard.
-Mais…je protestai, sous le regard peu amène de la directrice adjointe, qui me fit taire instantanément.
-Je sais que Monsieur Malefoy vous a provoqué, monsieur Nott, mais vous n'aviez pas à l'attraper comme vous l'avez fait. Néanmoins, je peux comprendre que vous étiez en situation de légitime défense, et que votre camarade n'avait pas à vous tenir de tels propos. Cela n'empêchera cependant pas la sanction de tomber, pour l'exemple. Quant à vous, Monsieur Malefoy, votre comportement était inacceptable, vous êtes préfet en chef, par la barbe de Merlin! Votre titre ne vous confère en aucun cas le droit d'attaquer vos camarades de la sorte, vous êtes censés représenter l'ordre et l'impartialité! C'est pourquoi, Monsieur Malefoy, je vous révoque de vos fonctions, au motif que vous vous êtes montré indigne de la tâche qui vous a été confiée. Quant à vous Monsieur Nott, et cela vous concerne aussi, Monsieur Malefoy, vous viendrez en retenue tous les soirs de la semaine pendant un mois. En espérant que cette sanction tempère un tant soit peu vos ardeurs.
-Mais…protesta Malefoy à son tour, devenu livide. Pourquoi vous m'enlevez mon titre alors que lui a le droit de rester préfet, ce n'est pas juste!
-C'est tout à fait équitable, Monsieur Malefoy. Coupa sèchement McGonagall, intraitable. Dans la mesure où c'est vous qui avez provoqué votre camarade, où vous l'avez frappé en premier, où vous êtes à l'origine de cette situation, il apparaît alors normal que vous soyez davantage sanctionné. Estimez-vous heureux que je convoque pas un conseil de discipline pour vous recadrer, cela fait des années que le renvoi vous pend au nez. Monsieur Nott n'a fait que se défendre, il aurait été injuste de le sanctionner autant que vous. Mais, je suis d'accord sur le fait qu'il n'aurait pas dû vous attraper, ni même vous rendre votre coup, aussi il sera uniquement sanctionné pour cela.
-Mais…balbutia la fouine, me faisant lever les yeux au ciel.
-Ma décision est irrévocable. Conclut la vieille écossaise, comme pour enfoncer le clou. Vous aurez beau vous plaindre à votre parrain ou même à votre père, je ne reviendrai pas dessus.
-Poudlard est vraiment tombé bien bas. Grommela Malefoy avant de se lever et de claquer la porte en partant.
Ce n'était pas parce que mon ennemi juré avait levé le camp que j'allais faire de même. Surtout que j'avais quelque chose à négocier avec la directrice des Gryffondor. Etre en retenue tous les soirs me semblait inconciliable avec les devoirs à faire, les entraînements de Quidditch, et surtout, les cours de défense contre les forces du mal prévus avec le Professeur Lupin et Hermione.
-Professeur? Je finis par hasarder, en me tortillant sur ma chaise tant j'étais incertain.
-Oui monsieur Nott? Me questionna la directrice adjointe.
-Eh bien…Vous savez que je dois suivre deux soirs par semaine un cours renforcé de défense contre les forces du mal avec Monsieur Lupin, et…je ne vois pas comment je pourrais faire pour tout assurer en même temps.
-Je vous aurais bien répondu le vous n'aviez qu'à réfléchir avant de circonstances, mais j'ai pris en compte vos leçons, Théodore.
-Vraiment? Je m'enquis, assez sceptique sur ce point.
-Assurément. Confirma-t-elle en rajustant ses lunettes sur son nez. Vous suivrez effectivement vos leçons avec Remus Lupin deux soirs par semaine. Cela ne veut pas dire pour autant que vous serez dispensé des heures de retenue que vous ne pourrez pas assurer puisque ces heures seront reportées sur le mois prochain. Vous me voyez navrée de devoir sévir de la sorte, mais je n'ai pas le choix. La situation est difficile et contrairement à ce que tout le monde croit, je suis dépassée par les évènements. Vous pouvez comprendre cela?
-Oui, je pense comprendre mais….je commençai en arquant un sourcil face à cet aveu.
-Je m'efforce de rester juste autant que faire se peut. Je dois aussi dissuader les autres élèves d'emprunter le même chemin que vous…ou d'autres qui auraient des velléités d'enfreindre le règlement. Je devais vous sanctionner à titre d'exemple. Je ne pouvais pas me permettre de laisser passer ça, sinon, c'est la porte ouverte à tout. Je dois maintenir l'ordre, c'est primordial, surtout par les temps qui courent. Je veux que Poudlard reste un endroit où chacun se sent en sécurité, où les élèves peuvent continuer leur scolarité dans le calme et la sérénité, c'est à cet effet que mes collègues et moi-même nous réunissons si souvent en ce moment. Le durcissement des sanctions fait partie des mesures que nous devons prendre.
J'hochai la tête en silence, guère convaincu par ses dires. En réalité, je me demandais pourquoi elle me disait tout ça, à moi , alors que visiblement, ce n'était pas le genre de la vieille écossaise de se livrer à pareilles confidences. En grimaçant quelque peu, je me massai la nuque, tentative dérisoire d'y déloger le nœud qui était venu s'y installer.
-Puis-je savoir pourquoi vous me parlez de tout ça? Je finis par demander poliment. Je ne pense pas que cela me concerne réellement.
-Bien sûr que cela vous concerne, s'indigna McGonagall, vous êtes préfet, par la barbe de Merlin! Et en tant que préfets, vous êtes les garants de l'ordre, vous devez être mis au courant des nouvelles directives afin de les faire respecter! Dès que la situation se sera éclaircie, vous autres préfets serez tous réunis afin de vous tenir informés des nouvelles règles du jeu, si je puis dire.
-Et Tracy Davis m'a parlé de conseils d'orientation, qu'en est-il réellement?
-Vous le saurez en temps voulu. Éluda la vieille écossaise, ce qui signifiait clairement que je n'aurai pas droit à des explications supplémentaires. En attendant, je vous prie de bien vouloir disposer.
Je n'eus pas d'autre choix à part me lever et obtempérer. Que pouvais-je faire d'autre, de toute manière. J'adressai un sourire crispé à la vieille McGo, puis je tournai les talons. Avant de quitter le bureau de la directrice adjointe, je lançai un faible:
-Eh bien, bonne soirée, professeur.
-Bonne soirée aussi Monsieur Nott, que la nuit puisse un jour vous porter conseil.
Je haussai les épaules pour accueillir sa remarque. La nuit, me porter conseil? Mme Pomfresh ne m'avait-elle pas prescrit des potions de sommeil pour que justement, je cesse de tergiverser, pour que je puisse bénéficier d'un sommeil profond et sans rêves? Bien sûr, je n'avais toujours pas le sentiment de m'être reposé en me levant le matin, mais l'infirmière m'avait bien précisé que mon capital sommeil ne se régénèrerait pas tout de suite, qu'il me faudra du temps avant de retrouver un rythme de sommeil normal. En attendant, elle m'avait conseillé de faire du sport, de me coucher à des heures raisonnables et de manger mieux. La blague! Comment voulez-vous que je me couche tôt si tous les soirs j'étais en retenue jusqu'à des heures pas possible? Serait-il possible que Mme Pomfresh fasse pression sur la vielle McGo pour qu'elle me libère à des heures pas trop tardives? Je lui en toucherai mot demain matin, lorsque j'irai la voir pour ma consultation hebdomadaire.
Et voilà pour ce chapitre. Pfiou, j'ai cru que je n'arriverai jamais à le finir, celui-là. Pourtant, ce n'est pas faute d'avoir réfléchi à tout ce que je voulais mettre dedans avant de commencer à l'écrire. Il faut dire que j'avais vraiment hâte de commencer le suivant, qui par ailleurs, sera un spécial Quidditch, avec des moments super mignons entre Hermione et Théodore. Cela dit, ce seront les derniers, parce que d'ici les prochains chapitres ça va sentir le roussi pour nos deux chouchous, et pas qu'un peu. On pourrait même dire que le 21 décembre 2012 est avancé, en comparaison. Parce qu'évidemment, Malefoy va se venger, il ne va vraiment pas digérer la perte de son titre. Et Théo va morfler. Beaucoup. J'ai vraiment l'intention de le faire tomber très bas, pauvre de lui. Enfin, je devrais aussi révéler dans les prochains chapitres ce qu'il a fait en Bulgarie, pourquoi ça l'a marqué comme ça, et nous verrons aussi qu'il n'est pas vraiment sorti de son cercle vicieux…avec tout ce qui se passe, en même temps, c'est normal. Cela dit, le couple Théodore/Hermione n'est pas en reste. Ils vont encore vivre de beaux moments, et the moment devrait arriver entre le chapitre 10 et le chapitre 15. Parce que mine de rien, ça approche. En attendant, ils vont souffrir, je vous le garantis! Mouhahahaha. Comme d'habitude, les reviews sont demandées et vraiment appréciées, n'hésitez pas à me faire part des critiques positives comme négatives, j'ai besoin de savoir =) Bisous, et à samedi prochain pour la suite!
