Chapitre 7

Sur Tatooine, aux abords du désert, se dresse le palais de Jabba le Hutt. Peu avant l'aube, alors que la plupart des membres de sa cour dormait ou cuvait dans son coin, le seigneur du crime faisait un peu de ménage dans ses archives car il ne voulait confier cette tâche à personne d'autre que lui-même. Il serait facile, pour un tiers mal intentionné ou un adversaire en affaire, d'effacer un dossier important avec l'aide d'un complice infiltré dans son organisation. Ce n'était pas de la paranoïa mais un simple acte de prudence dicté par le bon sens. Pendant ce petit nettoyage, il tomba sur un disque où il n'y avait rien d'inscrit mais qui n'était cependant pas vide. Intrigué, il le regarda pour voir ce qu'il contenait. Ce n'était peut-être rien d'important ou, à l'inverse, quelque chose de trop important pour qu'on l'inscrive sur le disque. En voyant la jeune fille vêtue d'un uniforme des forces Rebelles, il se souvint des grottes aux abords de son palais, qui avaient servi de base à un groupe de Rebelles, dont la célèbre Ombre, près de deux ans auparavant. Cette Ombre avait d'ailleurs encore fait parler d'elle récemment en arrêtant un petit groupe de pirates qui s'amusaient à piller des tombeaux. Il se dit qu'il s'agissait là d'une activité ridicule et beaucoup trop risquée, ce que les récents évènements avaient prouvé. Il se concentra ensuite sur l'image de la jeune femme. Elle était très belle. Il fit figer l'image et se mit à l'observer plus attentivement. Après quelques minutes, il décida d'offrir un avenir beaucoup plus radieux que celui que les Rebelles pouvaient offrir à leurs membres à cette jeune personne. Il espéra tout de même que cette jeune personne savait danser… Dans le cas contraire, elle aurait tout le loisir d'apprendre.

Le lendemain, il fit une petite recherche dans les archives impériales qui lui apprit que la jeune femme était Général dans les services de renseignements de la Rébellion, un cran seulement en dessous du Général Madine. Impressionnant, se dit-il. Non content d'être belle, elle était aussi très intelligente et polyvalente, experte en arts martiaux, en informatique, en déguisement et parlant couramment 10 langues. Il lui fallait absolument cette jeune personne dans ses rangs, elle pourrait s'avérer très précieuse. Son dossier spécifiait aussi qu'elle était d'une intelligence très supérieure à la moyenne et que Vador la soupçonnait d'être l'Ombre depuis longtemps. Avec ces données en mains, il se rendit compte que ce n'était pas le premier chasseur de primes venu qui pourrait en venir à bout mais seulement le meilleur d'entre eux. L'Empire offrait 80000 crédits pour sa capture, lui serait prêt à en offrir le double. Ce serait le seul moyen de convaincre Boba Fett de se charger de l'affaire et, d'après le dossier qu'il avait lu, lui seul en serait capable.

*

* *

Quelques heures plus tard, dans un bouge sordide des spatiodocks de Mos Esley, Boba Fett attendait un de ses contacts. D'après le message qu'il avait reçu quelques heures plus tôt, Jabba avait un nouveau contrat à lui confier qui ne serait pas facile, mais assez lucratif. Quand la personne qu'il attendait entra dans le petit bar, il attendit qu'elle s'approche pour s'assurer qu'il s'agissait bien de celle qu'il attendait. C'était bien elle et il se leva et lui fit signe de s'asseoir. Dans le métier de chasseur de primes, on n'était jamais trop prudent et, pour être devenu le meilleur de sa profession, Boba Fett avait rayé le mot « confiance » de son vocabulaire depuis longtemps. La jeune humaine qu'il avait devant lui ne payait peut-être pas de mine mais elle était une des femmes les plus dangereuses qu'il eut jamais rencontrées. Elle aurait put mettre KO tous les clients de ce bar miteux en deux minutes, si elle le voulait. Elle lui tendit un cube de données, qu'il s'empressa de prendre et de glisser dans un petit lecteur de données portatif. La fille attendit qu'il ait fini de lire. Quand elle fut sûre qu'il avait fini, elle lui demanda :

- Alors, vous acceptez?

- Transmettez cette réponse à Jabba : j'accepte, mais il devra attendre que j'en aie fini avec mon contrat actuel.

Une fois délivrée cette réponse courte et concise, il tourna les talons et quitta le bar. L'affaire qui l'occupait présentement devrait être réglée d'ici une semaine, tout au plus. Il savait déjà où se trouvait sa proie et s'apprêtait à aller la livrer. Deux jours pour la capture, trois à quatre jours pour la livraison et un jour pour refaire le plein de son vaisseau. Il pourrait ensuite se lancer à la poursuite de cette nouvelle proie. Elle allait s'avérer un défi très intéressant et il avait toujours apprécié les défis…

*

* *

Tiana était revenue à la base centrale de l'Alliance depuis seulement trois jours quand elle commença à se sentir un peu fatiguée. Elle se dit qu'elle avait peut-être un peu trop tiré sur la corde et qu'elle avait présumé de ses forces. Elle avait mal à la tête et son appétit avait diminué depuis son retour. Elle dormait aussi beaucoup plus longtemps. Son corps lui envoyait un signal de détresse qu'elle serait mieux avisée de prendre en compte. Elle se décida donc à demander des vacances parce qu'elle en avait vraiment besoin. Elle alla donc voir Mon Mothma et demanda si elle pouvait la rencontrer. Quand elle fut dans le bureau, elle dit, sur un ton épuisé :

- J'ai besoin de vacances, Madame, et tout de suite. Je pense que je couve quelque chose, ces temps-ci…

Un peu inquiète de son air affligé, de ses cernes et de sa pâleur, elle s'approche de Tiana et lui posa une main sur le front, pour voir si elle n'avait pas de fièvre. Elle en faisait peut-être un peu, ce qui laissait croire qu'elle avait sans doute un petit virus. Le Général Madine, qui était lui aussi présent, lui conseilla de prendre des vacances sur une de leurs bases forestières. Elle le remercia et accepta avec soulagement, se disant qu'elle allait en profiter pour dormir pendant deux semaines.

- Vous devriez emmener votre assistant et votre garde du corps avec vous. Ils commencent à se faire du lard, à vous attendre ici. Vous voyagerai sous votre propre identité et non en tant qu'Ombre.

- Merci, Madame. Je vais faire mes bagages.

En chemin, elle appela Arisa et Khaled pour leur annoncer la nouvelle et leur demander de faire leur bagage eux aussi. Elle ajouta, moqueuse :

- Mon Mothma semblait croire que vous commenciez à vous faire du lard à m'attendre ici alors je vous emmène avec moi.

Elle entendit les protestations véhémentes de ses deux amis, qui se rebiffaient et semblaient outrés de cette remarque, ce qui la fit sourire. Elle leur dit que le départ était prévu pour le lendemain matin.

*

* *

Une semaine plus tard, Boba Fett en avait terminé avec sa mission actuelle. Il avait livré son paquet et reçu son paiement, il pouvait donc se lancer sur la trace de sa nouvelle proie. Avant, cependant, il étudia un peu le dossier qu'on lui fourni pour avoir une idée plus précise de la personne à qui il avait maintenant affaire. Plus il l'étudiait et plus il était impressionné. Bien qu'elle eu à peine vingt ans, cette jeune personne était déjà Général dans les Renseignements Rebelles. Elle était d'une intelligence supérieure à la moyenne et très douée pour l'évasion. Il faudrait qu'il tienne compte de ce point en particulier quand il l'aurait capturée, cela pourrait s'avérer ennuyeux. Il décida, après avoir prit note de tous les renseignements, d'aller voir Jabba pour lui réclamer la moitié de la prime immédiatement. Il aurait quelques modifications à apporter à ses cellules pour retenir cet « invité » en particulier. Deux jours plus tard, il arriva chez Jabba et se fit immédiatement introduire auprès de lui. Quand il le vit arriver, Jabba le salua et lui demanda s'il acceptait toujours l'affaire qu'il lui avait proposée.

- Oui. Cependant, je veux la moitié du paiement maintenant.

- Pour quelle raison?

- J'ai quelques modifications à apporter à mon vaisseau.

- Très bien. N'oubliez pas que je la veux vivante et en bonne santé.

- Comme vous voudrez.

- Bien! Les crédits seront déposés sur votre compte dans une heure.

Boba Fett se contenta d'incliner légèrement la tête avant de tourner les talons et de quitter la pièce. Les modifications qu'il voulait apporter sur son vaisseau furent prête le soir même et il pu ensuite quitter Tatooine pour commencer ses recherches. Il avait déjà une idée de l'endroit où il allait commencer ses recherches. Il avait récemment découvert la présence d'un agent Rebelle sur Mon Calamari et il allait lui rendre une petite visite. Auparavant, cependant, il allait contacter un de ses vieux amis, un médecin spécialiste dans la chirurgie du cerveau, en particulier dans les techniques de manipulation de la mémoire. Le jeune homme ne se souviendrait même pas lui avoir parlé.

Il arriva sur Mon Calamari quelques jours plus tard et il ne lui fallut pas longtemps pour apprendre que le jeune technicien était en vacance. Il ne tarda pas à savoir où il était et le localisa dans un petit centre de loisir spécialisé qui offrait des forfaits pour nager avec les baleinodons. Pour le capturer, il attendit que le jeune homme se fût éloigné du groupe principal, lors d'une sortie en mer. Auparavant, il s'était arrangé pour droguer une de ses bouteilles d'oxygène et maintenant, il n'avait plus qu'à attendre que le sédatif fasse effet. Quand il s'aperçut de ce qui lui arrivait, le jeune agent Rebelle était maintenant trop éloigné du groupe principal pour appeler à l'aide. Il tenta alors, en désespoir de cause, avant de sombrer dans le sommeil et vers une mort certaine, de se dégager de ses bouteilles d'oxygène. Malheureusement, il était déjà trop faible pour le faire et il glissait de plus en plus vers l'inconscience. La dernière chose qu'il ressentit fut qu'on l'attrapait par derrière et qu'on le hissait sur quelque chose de dur. Une fois que le jeune homme endormit fut hissé sur le pont de son petit hors-bord, Boba Fett se hâta de regagner le port où son vaisseau attendait. Cependant, c'est dans un immeuble désaffecté qu'il emmena le jeune homme et où son ami médecin attendait déjà. Il fut proprement ligoté sur une chaise et le chasseur de primes attendit patiemment qu'il se réveille.

Quand il se réveilla quelques minutes plus tard, le jeune homme se demanda ce qui lui était arrivé. La dernière chose dont il se rappelait était qu'on avait drogué sa réserve d'oxygène et qu'il avait failli mourir noyé. Il regarda autour de lui plus attentivement en se demandant qui l'avait capturé. Si ça avait été les impériaux, c'est dans une salle d'interrogatoire qu'il se serait réveillé, et cette pièce ne ressemblait pas à une salle d'interrogatoire impériale. Comme il était ligoté sur une chaise, il avait une liberté de mouvements assez limité, mais il put cependant remarquer, en tournant la tête suffisamment, que quelqu'un d'autre était dans la salle. Cette personne bougea alors et vint se placer dans son champ de vision. Il blêmit quand il reconnut Boba Fett, le chasseur de primes le plus redouté de la galaxie. Il reprit cependant vite contenance. Il n'était pas un agent infiltré pour rien, il avait certaines qualités, dont un bon talent d'acteur. Il prit son air le plus innocent et déboussolé pour dire, d'un ton d'incompréhension totale :

- Qu'est-ce que vous me voulez? Je n'ai rien fait qui puisse me valoir votre attention, je crois.

Sans répondre, le chasseur de primes sortit un holoportrait de l'une de ses poches et le montra à son prisonnier, disant d'un ton neutre :

- Je cherche cette personne. Dites-moi où elle est et vous vous en sortirez vivant.

- Désolé, je ne sais pas qui elle est. Plutôt mignonne, par contre. Il releva les yeux vers le visage masqué de son geôlier et ajouta : Je crois que vous vous trompez de personne.

Cependant, il avait immédiatement reconnu le visage de son supérieur, le Général Antssassoa. Ce que lui voulait Boba Fett, il l'ignorait, mais il ne lui révèlerait certainement pas où elle était. Il continua donc à jouer son rôle de technicien ignorant, malgré les risques qu'il savait courir avec un personnage aussi dangereux. De son côté, Fett savait qu'il n'avait pas plus de deux heures pour interroger son prisonnier avant que sa disparition ne soit remarquée et signalée. Il lui semblait évident que le jeune homme serait plus coriace qu'il ne lui avait d'abord paru et il devrait prendre les grands moyens pour le faire parler. Comme il comptait lui faire effacer la mémoire par la suite, il ne se souviendrait même pas de cet entretien. Avant que le Rebelle ne finisse par craquer et lui dise ce qu'il voulait savoir, les deux heures étaient presque écoulées. Il finit cependant par savoir où la jeune Tiana se trouvait et, après avoir fait oublier au garçon ce douloureux entretien, il le laissa dans un endroit où les gardes-côtes pourraient facilement le découvrir. Maintenant qu'il avait la position de la planète où se trouvait sa cible, il repartit.

*

* *

La planète sur laquelle Tiana et ses deux amis avaient été envoyés n'avait même pas de nom. C'était une planète agréable au climat tempéré et couverte de grands arbres feuillus qui montait à des dizaines de mètres dans les airs. Dès qu'elle arriva sur ce monde très paisible, elle se dit qu'elle se sentait déjà mieux. Trois jours après son arrivée, elle se sentait déjà beaucoup plus en forme et sa grippe semblait presque terminée. Elle prenait plaisir à prendre le grand air avec Arisa et Khaled, et à ne rien faire d'autre que se reposer. Un matin, elle décida de partir seule en forêt pour prendre un peu d'exercice, ce que Khaled, comme à son habitude, désapprouva avec véhémence. Un peu amusée, elle répliqua, avec humour :

- Voyons, Khaled, que voudrais-tu qu'il arrive dans un endroit aussi désert qu'ici? Ne t'inquiète pas, je vais emmener un communicateur avec moi, ça te va?

- Il faudra bien… Quand est-ce que tu vas apprendre que la prudence est mère de toutes les vertus, Tiana? Il soupira avant d'ajouter, sur un ton résigné : Bon, tu vas faire à ta tête, comme d'habitude, de toute façon, alors au moins, sois prudente.

- Oui, maman! Répliqua-t-elle d'un ton enfantin de petite fille.

- Mais comment je fais pour te supporter? Se demanda le jeune homme en levant les yeux au ciel.

- Parce que tu m'aimes? Demanda Tiana en lui faisant les yeux doux.

L'air désespéré et attendri en même temps, Khaled lui lança un regard désapprobateur mais, bien entendu, il n'avait aucunes chances d'avoir le dessus dans ce genre de confrontation. Il suffit à sa jolie petite amie d'un seul autre regard aguicheur pour qu'il baisse les armes et se rende avec un air de chien battu. Elle eut un petit rire et lui posa un baiser sur la joue avant de s'éloigner pour préparer son sac. Elle partit plus tard pour sa petite expédition en forêt, qui devrait durer trois jours.

*

* *

Au même moment, à plusieurs kilomètres de là, un vaisseau atterrissait en pleine forêt, loin de la limite de détection des senseurs de la base Rebelle. Après s'être assuré que son vaisseau ne pourrait être découvert par les Rebelles, Boba Fett en descendit et sortit dans la forêt pour se mettre à la recherche de sa proie. Il prit donc la direction de la base et s'enfonça entre les arbres. Quelques heures après, alors qu'il n'était plus qu'a deux kilomètres de la base, il aperçut un mouvement entre les arbres et s'en rapprocha pour voir de quoi il s'agissait. Il pouvait s'agir seulement d'un animal, mais aussi près de la base Rebelle, il ne pouvait prendre aucuns risques. Il utilisa toutes les techniques qu'il connaissait pour ne pas être repéré et fut aussi discret qu'un spectre. Après plusieurs minutes de filature, il finit par s'apercevoir que sa proie avait elle aussi sentit qu'on la suivait. Elle tentait de le semer par des moyens connus et d'autres qu'il ne connaissait pas. Donc, ce n'était pas un animal. Quinze minutes passèrent encore avant qu'il ne put apercevoir le visage de la personne qu'il suivait et il fut satisfait de constater qu'il s'agissait de sa cible. Il ne lui restait plus maintenant qu'a lui tendre un piège.

De son côté, Tiana avait senti depuis un bon moment qu'on la suivait et tentait de semer son suiveur. Quand elle constata que son pot de colle ne la lâchait pas après plus de dix minutes, elle sut que ce n'était pas un animal. De plus, il calquait ses mouvements sur les siens et semblait anticiper sur ses prochains déplacements. Elle appela la base pour leur signaler que quelqu'un la suivait. Elle crut dans un premier temps que c'était son gentil mais trop protecteur petit ami qui se prenait pour sa nounou et elle le contacta.

- Khaled, arrête de me suivre! Je ne suis pas un bébé, tu sais.

- Ce n'est pas moi qui te suit, mon cœur, ni personne d'autre de la base.

Il y eut un silence au bout de la ligne alors que Tiana semblait réfléchir. Après une ou deux minutes, elle dit, sur un ton pressant et un peu inquiet :

- Va m'attendre dans le secteur 31. Amène des gardes avec toi. Je vous y rejoins dans deux heures. Avec un peu de chances, j'aurai réussi à semer mon ombre d'ici là.

- D'accord, mais sois prudente.

- Comme toujours…

Une heure durant, elle entreprit de faire perdre sa piste à celui qui la suivait à la trace. Malheureusement pour elle, il semblait aussi bon qu'elle à ce jeu-là et il ne se laissait prendre à aucuns de ses stratagèmes. Il semblait même capable d'anticiper sur ses prochains mouvements avec une facilité qui la déconcerta. Ce type là était un professionnel, il savait très bien ce qu'il faisait, et il avait une idée derrière la tête. Elle remarqua qu'il tentait de la diriger vers une paroi rocheuse lisse et très haute pour l'y acculer, mais elle aussi avait plus d'un tour dans son sac et elle déjoua son plan et se dirigea vers le secteur 31 en tentant toujours de semer son poursuivant. Quand elle y arriva enfin, elle vit que Khaled et ses soldats étaient déjà là, en embuscade, prêts à ouvrir le feu sur son opposant dès qu'elle en donnerait l'ordre.

De son côté, Boba Fett avait crut pendant un moment qu'il avait réussi à la piéger, mais elle avait glissé entre les mailles du filet et l'avait entrainé vers une autre partie de la forêt, plus prêt de la base, ce qui n'était pas à son avantage du tout. À son tour, il se mit à sentir le piège et se fit plus prudent, plus discret, aussi, regardant plus attentivement autour de lui pour repérer d'éventuelles présences. Si la jeune fille avait put contacter la base depuis qu'il la suivait, il risquait de se trouver confronté à un problème plus grave. Il n'avait pas envie de se battre contre une bande de Rebelles. Il vit peu après la jeune fille s'arrêter au centre de la clairière qui venait de s'ouvrir devant eux et dire, autoritaire :

- Ce petit jeu a assez duré maintenant! Je sais que vous êtes là alors arrêtez de me suivre comme un petit chien et sortez de l'ombre pour que je vous vois!

Le chasseur de prime ne fut pas surprit outre mesure qu'elle sache qu'on la suivait. Il s'en doutait depuis un bon moment déjà et il était impressionné par son sang-froid et son savoir-faire, pour une jeune fille de son âge. Il flairait toujours un danger dans les environs mais il ne put rien localiser qui sorte de l'ordinaire et en fut contrarié. Il était rare qu'il fût confronté à une situation qu'il ne contrôlait pas totalement. Voyant qu'il avait perdu son avantage sur elle, il sortit des buissons en pointant son arme sur elle, aux aguets. Elle eut d'abord l'air un peu surprise, puis prit une expression rusée, un peu moqueuse. Elle dit, sur un ton ironique :

- Tiens, tiens, Boba Fett! Rien de moins! D'une certaine façon, je suis flattée. Je ne m'attendais pas à ce que l'Empire paie le prix fort pour moi.

- Vous n'avez nulle part où aller, Général. Suivez-moi, je vous assure qu'il ne vous sera fait aucun mal.

- Vraiment? Permettez-moi d'en douter! Vous ne pourrez pas m'emmener de toute façon.

- Vous semblez bien sûre de vous. Qu'est-ce qui vous fait croire que vous êtes de taille à m'échapper?

Elle fit alors un geste et vingt soldats sortirent des buissons et pointèrent leurs armes sur lui. Tiana eut alors un sourire éblouissant avant de répondre, d'un ton moqueur :

- Ça, tout simplement… Maintenant, Fett, je vous conseille de tourner les talons et de partir. Vous avez perdu la partie. Allez-vous en et ne venez plus m'ennuyer!

- J'ai perdu cette manche mais la partie n'est pas encore terminée, Général. Nous nous reverrons d'ici peu.

- Nous verrons, chasseur de primes. Bon vent!

Reculant lentement vers la trouée qui venait de se former dans les rangs des soldats qui l'entourait, Boba Fett battit en retraite en regardant autour de lui avec prudence et circonspection. Avant de partir, cependant, il adressa un salut respectueux à son adversaire, lui montrant ainsi qu'il la considérait comme une égale. Il repartit ensuite vers l'endroit où son vaisseau était posé et décolla. Ce n'était que partie remise. Le défi s'avérait encore plus intéressant qu'il ne l'avait d'abord imaginé, ce qui était un agréable changement. Il y avait longtemps qu'il n'avait pas eu affaire à si forte partie.

*

* *

Dès que le chasseur de primes fût hors de portée, Tiana se tourna vers le Commandant Willey et lui dit, sur un ton d'urgence :

- Faites évacuer la base immédiatement, Commandant. Elle n'est plus sécuritaire. Il est probable que Fett en vende la position aux impériaux.

Khaled, qui s'était rapproché d'elle, avait l'air de dire « je te l'avais bien dit! » et cette expression irrita Tiana au plus haut point. Ce n'était tout de même pas sa faute si Boba Fett s'était lancé sur ses traces! Elle ne lui avait pas envoyé d'invitation, tout de même! Elle lui répliqua donc par un regard froid et courroucé avant de dire :

- Si tu dis quoi que ce soit, je te flanque une gifle, Khaled! Elle ajouta, plus calme : Je ne pouvais pas savoir que Boba Fett était à ma poursuite.

- Tu connais sa réputation… Il va continuer de te poursuivre jusqu'à ce qu'il t'ait capturée. Il ne laisse jamais filer une proie, d'après ce qu'on dit, et peut rester sur les traces d'une personne pendant des mois.

- Dans ce cas, faisons en sorte de brouiller les traces suffisamment pour qu'il ne me retrouve jamais. Conclut Tiana avec un regard noir.

- Crois-tu que l'Empire ait appris que tu étais l'Ombre? C'est la seule raison pour laquelle ils auraient envoyé Fett à tes trousses. Demanda Arisa qui s'était rapprochée. Elle ajouta : La récompense de l'Ombre s'élève maintenant 140000 crédits, si j'ai bonne mémoire, ce qui est suffisant pour intéresser Boba Fett.

- J'en doute. Sinon, ils se seraient empressés de le crier sur les toits et tous les chasseurs de primes de la galaxie seraient à mes trousses, maintenant. Lui rétorqua Tiana, pas convaincue.

- Pas nécessairement. Peut-être l'Empereur veut-il encore t'avoir à son service, ou alors, il attend de t'avoir effectivement capturée.

Tiana haussa les épaules et eut l'air de se dire qu'elle l'apprendrait bien tôt ou tard. Ensuite, elle et ses deux compagnons revinrent vers la base où les préparatifs de départs allaient bon train. Dans quelques heures, ils seraient prêts à partir, laissant derrière eux le moins de choses possible. Ils quittèrent dans la soirée et se dirigèrent vers leur point de rendez-vous, avant de se diriger vers leur prochaine destination. Quand le dernier vaisseau eut quitté la planète, personne ne remarqua le petit point qui s'était accroché à son sillage quand il était entré en hyperespace. Boba Fett suivait de loin, pour éviter d'être détecter, et s'assurer que sa proie ne lui échapperait pas une seconde fois. Son dossier disait vrai, elle était intelligente, mais elle avait aussi des amis très puissants qui pouvaient l'aider. Cela aussi, il devrait en tenir compte la prochaine fois qu'il la rencontrerait.

*

* *

Pendant qu'ils voyageaient dans l'hyperespace, Tiana sentit que sa grippe revenait en force. Elle décida de manger légèrement et de se coucher tôt pour éviter que son état ne s'aggrave. Pendant qu'elle dormait, elle fit une nouvelle fois ce rêve où elle était capturée et amenée devant l'Empereur. Cette fois, cependant, elle réussi à voir plus de choses, notamment qu'elle devrait livrer un combat contre l'Éclair au sabrelaser et aussi qu'elle rencontrerait de nouveau le père de Kevin. Cependant, elle n'eut pas d'autres détails et se réveilla avec le sentiment que le moment se rapprochait où cette confrontation aurait lieu. Elle se recoucha par la suite car elle se sentait toujours un peu mal en point et dormit d'un sommeil sans rêves. Quand on vint la réveiller, cinq heures plus tard, elle se sentait mieux et pensait que son microbe l'avait enfin lâchée. Khaled, qui était venu la réveiller, lui dit qu'effectivement, elle paraissait aller mieux.

- Merci. Quel est le nom de la planète sur laquelle on s'installe, déjà?

- Ce n'est pas vraiment une planète. C'est un petit planétoïde dans la ceinture d'astéroïde du système de Yavin. Espérons qu'au moins, ici, on va avoir la paix…

- Ouais… On verra…

- Hou…! L'enthousiasme t'étouffe, mon cœur!

- Écoute, je connais Boba Fett de réputation, moi aussi et je sais qu'il ne me lâchera pas avant de m'avoir capturée, alors je vais me faire du souci, si ça ne te dérange pas.

- Bon, bon, tu fais ce que tu veux! N'oublie pas que tu es là pour te reposer, Tiana.

- Non, non… maman! Répondit Tiana en commençant à s'éloigner.

- Hé ben… Elle n'est pas commode quand elle est malade… Se dit Khaled à mi-voix.

- J'ai entendu! Lança la jeune femme en s'éloignant encore.

Elle ne se retourna pas pour voir l'expression sur le visage de son compagnon mais se dit que ce devait être impayable. Elle eut un petit sourire machiavélique en y songeant tout en continuant son chemin vers le centre de contrôle temporaire, où elle espérait rencontrer le Commandant Willey. Quand elle y arriva, elle le trouva en pleine conversation avec la base centrale via un lien protégé. Il était en train de leur expliquer la situation et la raison qui les avaient poussés à quitter leur ancienne base. Mon Mothma, qui était à l'autre bout de la ligne, demanda sur un ton inquiet :

- Est-ce que le Général Antssassoa va bien?

- Très bien, madame. Elle n'a cependant pas eu le loisir de se reposer avec ce qui est arrivé. C'est assez inquiétant. Pourquoi un chasseur de prime de la trempe de Boba Fett serait-il à ses trousses?

- Nous vérifions. Peut-être l'Empire a-t-il haussé la récompense offerte pour elle. En attendant, je veux que le Général ne fasse aucunes activités physique ou intellectuelle. Repos complet, d'accord? Si elle rechigne, dites-lui que ce sont mes ordres, elle a un peu tendance à tirer sur la corde.

Tiana, qui s'était approché jusque derrière le Commandant, prit elle-même la parole pour répondre, faisant un peu sursauter l'homme devant elle.

- À vos ordres, Madame.

- Ha, vous êtres là, Général. Tant mieux, le Commandant Willey n'aura pas besoin de vous répéter mes paroles, dans ce cas. J'ose espérer que vous obéirez, Général, sinon je me verrai dans l'obligation de vous donner la fessée! Reposez-vous, Tiana, vous en avez besoin.

- Très bien, Madame, je vais essayer.

Mon Mothma eut un sourire avant de couper la communication. Après qu'elle fut coupée, le Commandant se tourna vers Tiana et prit un air admiratif. Il n'était pas facile à surprendre, en règle générale. Il lui dit donc, sur un ton respectueux :

- Vous m'avez surpris, Général. Je ne vous ai pas entendue venir!

- Vous parlez à un élève de l'Ombre, Commandant. Je serais bien déçue de m'apercevoir que je n'ai rien appris durant les quelques mois que j'ai passé en sa compagnie.

- Ha oui, c'est vrai, j'oubliais ce détail… J'aimerais bien rencontrer l'Ombre en face, ce devrait être une expérience exceptionnelle.

- Croyez-moi, ça l'est. Changeant de sujet, Tiana reprit : Est-ce les logements du personnel seront bientôt installés?

- Dans deux heures, Général. Cependant, si vous voulez vous reposer, vous pouvez aller dans l'un des vaisseaux de transports.

- Non, merci. Je crois que je vais plutôt aider pour le déchargement du matériel.

- Général, ignorez-vous ce que « repos complet » veut dire? Je vous préviens, si vous ne vous reposez pas, je vous fais endormir! Je doute que votre garde du corps s'y oppose.

- Commandant Willey, vous n'oseriez pas!?

- Vous voulez parier, Général? Aller vous reposer, et mangez quelque chose, ça fait longtemps que vous n'avez rien avalé.

- Bon, très bien, vous avez gagné, Commandant, je me rends. Alors qu'elle s'éloignait pour aller trouver un morceau à manger, elle ajouta, pour elle-même : C'est à croire que tout le monde se prend pour ma mère, ces derniers temps!

*

* *

Pendant les trois jours qui suivirent, il ne se passa rien de particulier, et Tiana commença à s'ennuyer. Elle se sentait de mieux en mieux et elle avait envie de bouger un peu, pour se dégourdir les membres. Elle en avait assez de rester là à regarder les autres travailler sans avoir le droit de les aider. N'y tenant plus, le troisième jour, elle demanda la permission de sortir prendre un peu l'air. Elle se disait que c'était un peu paradoxal qu'elle ait à demander la permission pour pouvoir faire quoi que ce soit! N'empêche, elle ne voulait pas se mettre Mon Mothma à dos en désobéissant ouvertement à ses ordres. Le Commandant Willey, qui trouvait lui aussi la situation un peu bizarre, ne se fit pas trop prier pour la lui accorder à condition qu'elle n'y aille pas seule. Elle se plia volontiers à cette condition et alla retrouver Arisa et Khaled, qui étaient sortis pour marcher un peu.

- Hé, attendez-moi, je viens avec vous!

- Tiana, commença Khaled, surprit, tu n'avais pas reçu l'ordre exprès de te reposer?

- Ho, ça va, je me sens très bien! D'ailleurs, je viens probablement d'écrire une page d'histoire dans les annales de l'Alliance! C'est bien la première fois qu'un Général doit demander la permission à un Commandant pour faire quoi que ce soit!

- Donc, il te l'a accordée? Lui demanda Arisa en pouffant un peu.

- Tu crois que je serais là s'il ne me l'avait pas accordée? Je suis téméraire mais pas assez idiote pour désobéir ouvertement à Mon Mothma!

Khaled sembla aux anges que Tiana admette enfin qu'elle était un peu trop téméraire. Il retint la remarque acide qui lui vint aux lèvres quand Tiana lui jeta un regard qui voulait dire sans équivoque qu'il lui arriverait malheur s'il s'avisait de l'ouvrir. Il eut cependant un petit sourire satisfait qui n'échappa pas à sa petite amie qui lui retourna le compliment avec la même intensité. Ils partirent donc tous les trois pour une petite expédition d'exploration des environs de la base.

*

* *

Non loin de là, un observateur suivait tous les mouvements du petit groupe. Cela faisait trois jours qu'il les observait et il devait bien admettre que les Rebelles, malgré ce que l'Empire colportait sur eux, étaient très efficaces. En trois jours, la base avait été entièrement montée et était maintenant parfaitement opérationnelle, tout en demeurant invisible aux yeux de tout observateur lointain. Il comprenait pourquoi l'Empire avait tant de mal à localiser ces petites bases car elles se fondaient parfaitement dans leur environnement. Il continua d'observer le trio pendant quelques minutes, les suivant de près mais demeurant toujours très discret. Il n'avait rien contre les deux autres, il devrait donc les séparer de la jeune femme avant de pouvoir l'attraper. Il examina la direction qu'ils empruntaient et vit que des formations rocheuses imposantes s'y dressaient. Il prit un peu d'avance pour aller examiner de plus près ces falaises et vit qu'elles étaient traversées de nombreuses cavernes, la plupart communicant entre elles. Cela lui donna une idée. Pour se débarrasser des deux amis de sa cible, il mit au point un piège visant à les attirer dans une de ces cavernes pour les y piéger ensuite.

Quand ils arrivèrent à portée de son piège, il le mit en action sans attendre, présumant de la réaction des trois personnes. Comme il s'y attendait, le jeune homme proposa au Général de rester à l'écart pendant que lui et l'autre femme allaient vérifier de quoi il retournait. Il entendit la jeune femme émettre des vives protestations mais le garçon partit sans répondre, pendant que Tiana essayait de le retenir. Il menaça de la ligoter sur un rocher si elle s'avisait de les suivre et cette remarque sembla lui couper le sifflet. Elle croisa les bras et prit un air un peu renfrogné pendant que ses deux compagnons entraient dans la caverne. Quand ils se furent suffisamment avancés à l'intérieur de la caverne, il déclencha le piège et l'entrée de la caverne s'effondra derrière eux. Il vit Tiana courir jusqu'à l'entrée et les appeler, leur demandant si ils allaient bien. Ils répondirent que oui et lui demandèrent d'aller chercher de l'aide pour dégager l'entrée. Elle sortit son petit communicateur et, à ce moment, Fett enclencha le brouilleur qu'il avait emmené avec lui. Cette fois, il ne voulait pas voir les Rebelles arriver et tout gâcher. Elle informa ses amis que les communications étaient brouillées et qu'elle ne pouvait joindre personne. À ce moment, elle se retourna et vit quelque chose et ouvrit de grands yeux, avant de prendre un air courroucé. Jurant intérieurement, il se rendit compte que, dans un moment d'inattention, il avait sans le vouloir trahi sa position. Elle avertit ses amis que c'était Fett et qu'il les avait sans doute piégés exprès. Elle se retourna et se mit à courir vers la base.

Après une demi-seconde de surprise, il poussa un juron et alluma son propulseur dorsal pour la prendre de vitesse. Ses réactions le surprenaient et il ignorait quelle allait être son prochain mouvement. D'habitude, ses proies se figeaient de peur en l'apercevant. Rarement il avait rencontré quelqu'un qui lui tienne tête de cette façon et il trouvait cela assez déconcertant, bien qu'il ne laisse rien voir de son trouble passager. Il réussi à dépasser sa cible et atterrit devant elle, la forçant à s'arrêter net. Cependant, elle ne prit pas le temps de lui faire la conversation et ne sembla pas non plus effrayée, juste très en colère. Elle recula de quelques pas et repartit à courir dans une autre direction. Il pourrait peut-être se servir de cela pour la diriger dans un cul de sac. Après quelques autres manœuvres du même genre, la jeune Tiana se retrouva coincée au fond d'un ravin, entourée de tous côtés par de hautes falaises de pierre impossibles à escalader sans équipement. Il était sûr qu'elle se savait prise au piège mais elle resta imperturbable, son visage affichant seulement son courroux de s'être laissée prendre au piège. Il devait bien avouer qu'il admirait les capacités de cette jeune fille. Elle avait de la ressource et ne se laissait pas facilement décontenancer. Il s'avança devant elle et se figea quand il vit qu'elle avait un blaster pointé sur lui. « Coriace, la petite… » Pensa-t-il en la regardant. Elle ne pouvait pas voir son visage, bien sûr, mais il avait un petit sourire en coin pas très rassurant. Comme si elle l'avait cependant deviné, elle lui fit elle aussi un sourire semblable comme si elle le défiait d'avancer encore. Il n'allait certainement pas se gêner pour le faire.

- Jette ton arme, petite fille. Tu n'as nulle part où aller.

En réponse, elle lui tira dessus et son tir fut parfait. Il l'atteignit en pleine poitrine mais ne lui fit pas grand mal car il ricocha sur son armure. Elle avait l'air dangereuse et gravement offensée et elle lui répondit d'un ton froid :

- Ne n'appelez plus jamais « petite fille » si vous tenez à rester en vie, Fett! Vous constaterez que je suis très loin d'en être une, justement

Pas vraiment impressionné, le chasseur de primes en prit cependant bonne note. Il ne sous-estimait pas la femme qui était devant lui mais il aimait à tester les réactions de ses cibles quand elles avaient attisé son intérêt. Ce fut à son tour de tirer, dans le but de la désarmer et non de la blesser ou de la tuer, par contre. Il était d'une précision maléfique mais la jeune fille fit preuve d'une rapidité hors du commun, qui se rapprochait des réflexes que pouvaient avoir les anciens Jedi. De cela aussi il prit bonne note. Son deuxième coup ne la rata que de deux ou trois centimètres et la jeune fille riposta avec une adresse qui égalait presque la sienne. Il commençait à avoir hâte de mettre un terme à cet affrontement pour pouvoir quitter la planète au plus vite, avant que ses deux amis n'aient put prévenir la base de sa présence ici. Son troisième coup fit mouche mais elle fut juste étourdie. Rapide comme l'éclair, il tira de nouveau et, cette fois, elle s'effondra, inconsciente. Il lui attacha les mains et les pieds, bien qu'il se dise que ça ne servirait pas à grand-chose quand elle se réveillerait, et se dépêcha de la prendre et de filer vers son vaisseau, non loin de là.

*

* *

Dans une caverne, à un ou deux kilomètres de là, Khaled et Arisa tentaient de se dégager un passage à travers l'éboulis provoqué par Fett. Le jeune homme était hors de lui et dépensait bien plus d'énergie qu'il n'était nécessaire, ce dont Arisa lui fit bientôt la remarque. À bout de souffle, Arisa décida d'essayer de nouveau son communicateur et eut la surprise de constater qu'il fonctionnait de nouveau. Elle en fut soulagée et avertit la base de leur fâcheuse posture.

- Commandant Willey, il y autre chose. Boba Fett est ici et il en a encore après le Général Antssassoa. Il l'a peut-être déjà capturée. Sonnez l'alerte générale et prévenez le commandement central.

- Très bien. Nous venons vous aider au plus vite, restez où vous êtes. Répondit le Commandant après un silence éloquent.

La communication fut ensuite coupée et les deux jeunes gens attendirent les renforts en pestant intérieurement contre leur manque de vigilance. Ils savaient que Fett était aux trousses de Tiana et ils auraient dut s'attendre à ce genre de piège de sa part. Ils connaissaient sa réputation mais ils avaient crut pouvoir lui échapper aussi facilement! Quels naïfs, franchement! Quelques minutes plus tard, ils reçurent une nouvelle communication du Commandant Willey leur annonçant qu'ils avaient retrouvés le vaisseau de Fett mais qu'ils n'avaient pas put l'empêcher de décoller. Khaled jura d'abondance et se traita de tous les noms. C'était à lui de la protéger et il n'avait pas put le faire, encore une fois! On devrait le renvoyer pour une telle incompétence!

- Je dois la protéger et je ne suis même pas foutu de le faire! On devrait me renvoyer pour une telle incompétence!

- Arrête ça tout de suite, Khaled! Tu crois que tu vas aider Tiana en te morfondant de cette façon? Tu n'es pas incompétent, compris, et Tiana ne le pensera jamais! Lui rétorqua Arisa sèchement en le secouant par les épaules.

- Excuse-moi, je me suis laissé emporter. Je sais bien que Tiana à confiance en moi, mais je commence seulement à me demander si cette confiance est bien placée. Peut-être devrait-elle se trouver un autre garde du corps…

Arisa le gifla alors. Pas très fort, mais suffisamment pour qu'il lui jette un regard médusé. Elle avait maintenant les mains sur les hanches et le toisait avec exaspération, comme si elle considérait que son attitude était parfaitement puérile. La gifle avait seulement eut pour but de le tirer de son auto flagellation et de lui remettre les pieds sur terre. Heureusement, cela avait eu l'effet escompté et il lui jeta ensuite un regard d'excuse, comme s'il se rendait compte de la stupidité de ses propos. Ils attendirent ensuite qu'on vienne les délivrer, ce qui ne tarda guère.

*

* *

Dans le vaisseau de Fett, Tiana commença à se réveiller. La première chose qu'elle constata était que ses mains et ses pieds étaient attachés. Elle regarda autour d'elle et vit qu'elle était dans une cellule tout ce qu'il y a de plus typique, mais un peu plus petite que la normale. Elle savait qu'elle devait être sur un vaisseau spatial, en l'occurrence celui de Fett, et soupira d'exaspération. Ne pourrait-elle donc jamais avoir la paix? Était-elle condamnée à se faire poursuivre et enfermer pour le reste de ses jours? Après quelques minutes à se tortiller, elle réussi à défaire les liens de ses poignets et ensuite, détacher ses chevilles fut un jeu d'enfant. D'après le bruit des moteurs, elle se dit qu'ils ne devaient pas encore être dans l'hyperespace. Elle avait peut-être une chance de s'en sortir si elle faisait vite. Elle s'approcha de la porte et étudia la serrure quelques secondes avant de sortir des petits bouts de métal de l'une des doublures de sa veste d'uniforme. Elle commença à manipuler la serrure et, au bout de quelques minutes supplémentaires, elle entendit un déclic satisfaisant et la porte s'ouvrit. À ce moment, elle sentit le vaisseau passer en hyperespace.

Dans le cockpit, l'ordinateur dit à Fett qu'il y avait un intrus à bord et que l'un de ses prisonniers n'était plus dans sa cellule. Il ne se demanda même pas qui était la personne qui avait réussi à quitter sa cellule et se dirigea immédiatement vers la section des prisonniers, son blaster à la main. Il ne fut aucunement surprit de voir le Général Antssassoa dans le couloir devant la porte ouverte de sa cellule, qui regardait à droite et à gauche avec un air d'urgence sur le visage. Il dit, sur un ton respectueux, comme s'il parlait à un égal :

- Bien joué, Général. Cependant, j'aurais crut que vous seriez plus rapide.

- Ça fait longtemps que je n'ai pas fait de missions sur le terrain. Elle fronça les sourcils et ajouta, sèchement : Qu'est-ce que je raconte là, moi? Je n'ai pas à vous donner d'excuses, Fett!

- Bien, mais en attendant, Général, veuillez regagner votre cellule.

Tiana ne bougea pas d'un poil, une expression farouche et rebelle plaquée sur le visage. Elle ne lui faciliterait certainement pas la vie, ça non! Il l'avait peut-être capturée, mais elle n'avait rien à voir avec ses proies habituelles, qui ne tentaient même pas de se rebeller contre leur sort. Elle se jura de lui en faire voir de toutes les couleurs, à lui et à son mystérieux commanditaire. Fett, de son côté, apprécia à sa juste valeur la vive rébellion de sa jeune captive. Elle ne se résignait pas à son sort et il lui serait donc plus difficile de la contrôler, sans parler d'essayer de la soumettre. De toute façon, cette tâche-là reviendrait à son employeur, en l'occurrence Jabba. Il lui souhaita intérieurement bien du plaisir. Il approcha de quelques pas et fit de nouveau signe à la jeune fille d'entrer, et elle continua de camper fermement sur ses positions. Il tira un coup juste devant ses pieds, mais cela n'eut pas davantage d'effet, sauf celui de faire sursauter ses deux autres pensionnaires du moment. Il se résigna donc à prendre les grands moyens et s'avança à grands pas, l'attrapa par les épaules et la souleva du sol sans difficulté. Elle ne pesait presque rien et il la porta jusque dans la petite cellule alors qu'elle lui martelait les tibias de coups de pieds, ce qui n'eut pas beaucoup d'effet sur lui. Il referma ensuite la porte et verrouilla de nouveau la cellule. Il abaissa aussi un petit levier situé juste à côté de la porte et des étincelles coururent sur les barreaux.

- Ne touchez pas les barreaux, Général, si vous ne voulez pas recevoir un choc électrique suffisant pour vous assommer. Je connais vos compétences, voyez-vous, et j'avais prévu le coup. Il s'éloigna pour partir, puis se retourna soudainement, comme s'il venait de se rappeler quelque chose, et dit, narquois : Ha, et n'essayez pas de passer par le plafond, il est renforcé. D'ailleurs, vous vous rendrez compte que vous n'avez plus votre couteau-laser, le seul outil qui aurait put vous y aider.

La jeune femme le fusilla alors du regard et, si elle avait eu des lasers à la place des yeux, il se serait effondré sur place, mort. Cette fille était vraiment exceptionnelle et il appréciait de rencontrer de temps en temps un adversaire à sa mesure. Il tourna les talons et quitta le secteur, retournant sans doute vers le cockpit. Pour s'assurer que le chasseur de primes n'avait pas bluffé, elle testa les barreaux. La décharge qu'elle se prit la convainquit qu'il était sérieux et elle alla s'asseoir sur la couchette, un début de migraine naissant derrière ses yeux. Après ce qui lui sembla quelques minutes, une voix l'interpella depuis l'autre côté du couloir et elle leva les yeux. Elle vit un humain qui devait avoir entre 40 et 50 ans, peut-être, et vêtu d'habits civils. Il la regardait avec curiosité, juste derrière les barreaux de sa propre cellule.

- Oui, vous désirez, monsieur? Demanda Tiana avec un intérêt poli.

- C'est bien un uniforme Rebelle que vous portez, n'est-ce pas? Questionna-t-il, sincèrement curieux.

- Oui, en effet. Vous semblez vous y connaître un peu. Vous êtes?

- Je m'appelle Klein. Oui, je m'y connais un peu, mais je n'arrive pas à voir votre grade.

Elle s'approcha dans la lumière et il put voir qu'elle était Général. Elle semblait pourtant si jeune! Il ne lui donnait pas plus de vingt ans! Il ouvrit de grands yeux ébahis puis prit un air désolé. Il se doutait bien de l'endroit où elle allait maintenant. Il lui demanda cependant pour quelle section elle travaillait.

- Les renseignements. Désolé, je ne peux pas vous en dire plus.

- Ho, je vois… Je doute que l'Empire se montre très tendre avec vous… Répondit son interlocuteur avec un air encore plus désolé.

- J'en doute aussi… Soupira-t-elle. Et vous, pourquoi, vous êtes ici?

- Hé bien, j'ai détourné des fonds appartenant à l'Empire pour pouvoir payer des frais médicaux très onéreux. Les médecins sont de plus en plus inaccessibles aux gens moins fortunés et mon fils allait mourir sans cette opération. Maintenant, on veut que je rende l'argent mais je ne l'ai plus, bien sûr. C'est pourquoi je me suis enfui.

- J'espère que votre fils va bien…

- Il est parfaitement guéri et sortira de l'hôpital bientôt. Quant à moi, je me fiche pas mal de ce qui peut m'arriver maintenant que je sais que mon fils est guéri.

Il vit de la compassion dans les yeux de la jeune femme et en fut un peu surprit. Il avait toujours crut que les Rebelles étaient des pirates et des mercenaires dénués de tout sens moral. S'il se fiait à ce qu'il avait sous les yeux, il devait se rendre à l'évidence que la vérité était toute autre.

*

* *

Tiana avait été capturée depuis deux jours, maintenant, et elle se demandait toujours qui était son mystérieux admirateur. L'Empire venait toujours en tête de sa liste, mais elle se demandait pour quelle raison ils auraient augmenté la prime sur sa tête. Elle ne voyait pas qui d'autre pouvait vouloir à ce point la capturer. Elle devrait y réfléchir sérieusement. Après tout, ce n'est pas le temps qui lui manquait! Elle pouvait savoir combien de temps avait passé grâce aux apparitions de Fett, qui venait leur apporter de la nourriture matin et soir. Il prenait le plus grand soin de ses prisonniers, c'était un point positif pour elle. Au moins, elle pouvait ainsi conserver ses forces. La nourriture laissait un peu à désirer mais au moins, c'était comestible et plutôt nourrissant. Il y avait cependant quelque chose qui ne lui plaisait pas; en effet, depuis ce matin, elle se sentait migraineuse et avait un désagréable picotement au fond de la gorge. Il semblerait que son petit microbe revienne en force. Évidement, les évènements des derniers jours ne lui avaient guère permis de prendre du repos et cela expliquait sûrement cette rechute. Elle en était là de ses réflexions quand elle sentit que le vaisseau se posait. Fett fit alors son apparition et dit :

- Messieurs, nous sommes arrivés. Allez, debout et sortez de là. Vous avez déjà un comité d'accueil, d'ailleurs. Il vit Tiana se lever et se tourna vers elle pour lui dire : Pas vous, Général. Ce n'est pas encore votre arrêt.

- Ha bon? Je croyais que c'était l'Empire qui me voulait? Ce n'est pas le cas?

Il ne prit pas la peine de lui répondre et la laissa dans le noir – au sens figuré, bien sûr! – se concentrant plutôt sur ses deux autres passagers. Il ouvrit les deux cellules et fit avancer les deux hommes dans le couloir qui desservait la zone des cellules. Malheureusement, il semblerait que son client soit impatient et Tiana vit alors entrer des Commandos et un officier, qui s'empressèrent d'entourer les prisonniers. Fett ne sembla pas très content de cette irruption impromptue sur son vaisseau et se planta devant l'officier impérial pour lui interdire le passage. L'homme, visiblement intimidé, recula de deux pas avant de reprendre contenance. Il toisa alors le chasseur de prime avec mépris, ce que ce dernier sembla ignorer totalement, et prit une attitude bravache et autoritaire. Fett, pas du tout impressionné, se contenta de dire d'un ton calme et posé :

- Je vous avais dit d'attendre dehors avec vos hommes. À moins que ce ne soit trop compliqué à assimiler pour vous, Commandant?

- C'est un impérial, Fett. Ne vous attendez pas à découvrir une forme d'intelligence chez ces gens. Les deux sont antinomiques. Lança la voix ironique et moqueuse de Tiana depuis les cellules.

L'air insulté, le Commandant impérial jeta un coup d'œil vers les cellules pour voir qui avait parlé sur ce ton. Quand il aperçut la jeune femme vêtue d'un uniforme de Général Rebelle, il eut l'air très surprit et il l'étudia un moment avant de se tourner vers le chasseur de primes. Il dit alors, sur un ton qui laissa transparaître son déplaisir :

- Vous ne nous aviez pas dit que vous aviez un haut-gradé de la Rébellion à bord, Fett! Qu'est-ce que cela signifie?

- Vous n'aviez pas à le savoir. Mes affaires ne vous concernent en rien, Commandant.

- Livrez-la-moi, chasseur de prime! C'est une dissidente Rebelle, un Général, qui plus est, et ce qui lui arrive concerne l'Empire!

- Quelqu'un d'autre à déjà payé pour elle. Et je vous conseille d'éviter de me donner des ordres… Répondit-il en se penchant vers l'impérial, menaçant.

L'air encore plus mal à l'aise, l'homme se tourna de nouveau vers la jeune Rebelle et regarda plus attentivement son visage. Il lui sembla que ses traits lui disaient quelque chose, sûrement l'avait-il déjà vue sur un des nombreux avis de recherches lancés par l'Empire. Cependant, il n'arrivait pas à se rappeler son nom mais il lui semblait que c'était une personne particulièrement importante. Il lui demanda son nom et dans quel service elle travaillait. Se disant que de toute façon, le bougre allait le savoir dès qu'il aurait quitté le vaisseau, elle le lui dit :

- Je suis le Général Tiana Antssassoa des Renseignements Rebelles. Elle ajouta, avec un petit sourire en coin, comme si elle voulait l'appâter : Une des étudiantes de l'Ombre…

Fett lui jeta alors un regard froid qu'elle ignora superbement. Quant au Commandant impérial il avait ouvert de grands yeux et avait un air surpris, qui ne tarda pas à se transformer en une mine réjouie. Il allait certainement faire tout ce qu'il pouvait pour mettre la main sur elle, d'après son air actuel. Les deux prisonniers, qui attendaient toujours, entourés par leur « escorte », paraissaient eux aussi soufflés par ces révélations. De toute évidence, la réputation de cette jeune fille n'était plus à faire! Elle continua d'un ton moqueur :

- Et, à moins que votre protocole ne soit qu'une mascarade, j'ai droit au salut militaire, Commandant.

Quand elle vit le regard de l'impérial, qui disait sans ambages ce qu'il pensait des officiers Rebelles, elle partit d'un grand éclat de rire, auquel un regard rien moins qu'amical ne répondit. Le Commandant se tourna alors vers son sergent et dit :

- Ce vaisseau à interdiction de décoller jusqu'à nouvel ordre, Sergent. Puis, vers Fett, d'un ton arrogant : Ce n'est qu'une question de temps avant que vous ne nous remettiez la fille, chasseur de primes.

- Vous venez de faire la pire erreur de votre vie, Commandant.

Alors qu'il quittait le vaisseau avec ses deux prisonniers et ses soldats, il entendit Fett dire à sa prisonnière, sur un ton hargneux :

- Vous avez réussi à semer les graines d'un énorme problème, Général. Ces idiots ne réussiront pas à me retenir ici longtemps, vous devez vous en douter.

Le Commandant n'entendit cependant pas la réponse que lui fit le Général Rebelle car il était maintenant trop loin. Il se dit que cette prise allait lui apporter beaucoup de renom et peut-être lui valoir enfin une promotion. Il se dirigea à grands pas vers le bâtiment administratif, après avoir donné des ordres concernant les prisonniers. Dans le vaisseau, Tiana avait répondu sur un ton acerbe, qu'elle avait plus de chance de s'enfuir de ces « idiots » que de lui fausser compagnie. Il devait bien en convenir.

*

* *

Dans le bureau de son supérieur, le Commandant se faisait tancer pour avoir eu l'idée douteuse de garder Fett au sol. À ce moment, l'officier mit sur le bureau du Général le dossier de la jeune personne que Fett retenait.

- Qu'est-ce que c'est que ça?

- Le dossier de l'officier Rebelle que Fett retient sur son vaisseau, Monsieur.

Le Général jeta d'abord un regard inquisiteur sur son subalterne avant de prendre le dossier et le feuilleter. Au bout d'un moment, il le referma et garda les yeux baissés dessus comme s'il réfléchissait à ce qu'il allait dire ensuite. Il finit par relever les yeux et vit que son Commandant le regardait avec un air un peu inquiet, attendant de voir sa réaction. Il dit enfin, sérieux :

- Très bien, Commandant. Cependant, j'espère que vous savez que nos ennuis avec le chasseur de primes ne font que commencer? Il ferma les yeux un moment et soupira, avant de dire sur un ton autoritaire : Prenez une escouade et allez la chercher. Si Fett résiste, faites-lui entendre raison.

- À vos ordres, Général.

Il tourna alors les talons et quitta le bureau, avant d'aller rassembler des soldats pour récupérer la fille. Quand il arriva en vue du vaisseau du chasseur de primes, il eu la surprise de constater qu'il les attendait déjà. Quand il fut à portée de voix, il dit, avec le plus d'autorité possible :

- Donnez-nous le Général Antssassoa, Fett! Ne nous forcez pas à venir la chercher!

Il fut sidéré de voir Fett entrer dans son vaisseau et en ressortir avec la jeune femme. Il la poussa en bas de la rampe et elle se retint de justesse pour ne pas tomber, avant d'être attrapée par deux Commandos. Elle les repoussa et se redressa, avant de se tourner vers le chasseur de primes pour lui jeter un regard intrigué. Elle lui dit, sur un ton un peu ambigu :

- Je vous croyais plus coriace que ça, Fett. J'ignorais que vous pouviez avoir les chocottes…

Le chasseur de primes, pas plus impressionné que cela par ses propos, s'avança jusqu'à elle et lui prit le menton d'une façon presque délicate, avant de dire, un peu moqueur :

- Ce n'est que partie remise, Général. De toute façon, vous ne resterez pas longtemps entre les mains de ces idiots.

Il remonta dans son vaisseau pendant que l'on emmenait la jeune femme hors de la zone d'atterrissage et puis vers le bâtiment des prisons. En chemin, ils rencontrèrent le Général qui venait dans leur direction. De toute évidence, il voulait rencontrer son homologue Rebelle au plus tôt. Il semblait un peu trop confiant et arrogant car il tint à lui faire visiter sa base, ignorant que par le fait même, c'est à l'Ombre en personne qu'il confiait ces renseignements. Malgré le fait qu'elle était sa prisonnière et d'un assez petit gabarit, elle avait une présence qui en imposait même à un homme ayant autant d'expérience que lui. D'après ce qu'on disait, c'était le cas de la plupart des leaders de la Rébellion. C'est en partie pour cette raison qu'ils réussissaient à rallier autant de monde à leur cause.

Alors qu'ils visitaient la partie de la base où étaient situées les prisons et les salles d'interrogatoires, Tiana fit une rencontre fort malheureuse. Il y avait maintenant près d'une demi-journée qu'elle était là, et même un peu plus si on compte le temps passé sur le vaisseau de Fett, et elle se demandait ce qui était advenu de l'homme à qui elle avait parlé pendant leur voyage. Elle eut la désagréable surprise de le voir sortir, ou plutôt être porté, hors de l'une de ces salles alors qu'elle et son escorte passaient devant. Le pauvre bougre, très amoché, tomba à ses pieds et elle se pencha immédiatement pour voir s'il était vivant. Il l'était, ce qui, dans son cas, n'était peut-être pas une bonne nouvelle. Elle l'aida à se redresser et, sans que personne ne le remarque, elle glissa dans sa main une de ses dormeuses. Il lui jeta un regard intrigué et elle lui glissa à l'oreille, très bas :

- Il existe un autre moyen de vous enfuir et vous le tenez dans votre main. C'est un peu définitif mais c'est ce que l'on utilise quand il n'y a plus d'espoir…

Il fut alors poussé par ses gardes et il disparut rapidement à une des extrémités du couloir, non sans lui avoir jeté un regard de remerciement par-dessus son épaule. Quant à Tiana, son expression se durcit et elle se tourna vers le Général pour lui jeter un regard mauvais, qui laissait clairement deviner ce qu'elle pensait de telles pratiques.

- Vous allez subir les mêmes, Général, que ça vous plaise ou non. Lui rétorqua l'impérial.

- Peut-être, mais vous risquez de me trouver beaucoup plus coriace que ce pauvre homme, dont le seul crime est d'avoir voulu sauver son fils. Elle le transperça de son regard froid avant de continuer, dégoûtée : Vous soutenez un drôle de système, Général. Vous punissez des gens qui n'ont rien fait d'autre que d'essayer de survivre alors que vous laissez libre des meurtriers qui détruisent des planètes entières.

- Ce que vous pensez m'importe peu, Général.

- Bien sûr que ça vous importe peu, Général. Vous êtes trop embrigadé pour avoir l'idée de remettre en question les vues de l'Empire. Il faut un minimum d'intelligence pour le faire.

- Vos insultes ne m'impressionnent pas, ma petite dame! Vous, Rebelles, êtes trop fanatiques pour vous rendre compte de la futilité de votre cause! Nous finirons par vous écraser pour cette seule raison…

- Ha, vraiment! C'est bizarre, ce n'est pas l'impression que j'ai eu lors de la bataille de Yavin, ni lorsque l'Ombre s'amuse à donner des cheveux blancs à vos services de renseignements!

- Ce n'est qu'une question de temps avant que nous ne mettions votre si précieuse Ombre sous les verrous! Quand vous n'aurez plus cette icône sur laquelle vous appuyer, le moral de vos troupes risque de descendre au plus bas!

- C'est ce que pense le Seigneur Vador, également, Général. Deux fois il a eu l'Ombre entre ses mains et deux fois elle a réussi à lui échapper. Il m'étonnerait beaucoup que vous réussissiez là ou Vador, que je considère bien plus intelligent que la majorité des impériaux, à échoué… lamentablement!

- Votre arrogance et votre suffisance vous perdront, Rebelle! Vous avez bien trop confiance en vos maigres ressources, ce qui est un point faible extrêmement dangereux que nous nous ferons un plaisir d'exploiter.

Alors, Tiana se mit à lui énumérer toutes les batailles que les Rebelles avaient gagnées ces dernières années, avec les pertes exactes subies dans les deux camps. Elle finit en ajoutant, comme pour renforcer son argumentation :

- Et finalement, la bataille d'Adegan, où l'Empire à perdu deux vaisseaux dont un superdestroyer et les Rebelles, aucun, et ont réussi à libérer tous les prisonniers du camp de travail. Le Moff Jarel pourrait en témoigner s'il était encore vivant mais nous savons tous les deux que l'Empereur ne tolère pas l'échec. Voilà l'efficacité de nos « maigres ressources », Général.

Le Général semblait hors de lui et, quand ils arrivèrent devant la cellule de la jeune femme, il lui dit, menaçant :

- Ne poussez pas ma patience à bout, Général. Vous pourriez le regretter…

Alors qu'ils s'apprêtaient à la pousser dans la cellule, le Général sembla se rappeler quelque chose et il demanda à ses soldats d'attendre un instant. Il fit immobiliser la jeune femme et fouilla dans le col de son uniforme, cherchant visiblement quelque chose. Il trouva ce qu'il cherchait et retira sa main, pendant que Tiana lui jetait un regard mauvais. Le Commandant s'approcha et demanda ce que c'était.

- Une dormeuse, Commandant. Les hauts-gradés Rebelles en ont tous dans le col de leur uniforme. Ça les tue en dix secondes. Il devrait y en avoir deux… Elle a dut perdre l'autre quelque part…

Ensuite, Tiana fut poussée à l'intérieur de la cellule et la porte se referma sur elle. Elle regarda autour d'elle et se dit que les impériaux manquaient cruellement d'imagination dans la conception de leurs cellules. Elle vit tout de suite les points faibles et en prit note. Elle attendrait cependant un ou deux jours avant de tenter de s'enfuir car la surveillance serait à son plus fort dans les prochaines heures.

*

* *

Pendant l'heure qui suivit, le Général de la base continua de se poser des questions sur la disparition de l'une des dormeuses de sa nouvelle prisonnière. Il avait dit qu'elle l'avait peut-être perdue, pour donner le change à la jeune femme, mais il en doutait fortement. L'autre solution était qu'elle l'avait donnée à quelqu'un. Restait à savoir qui et si c'était avant qu'elle ne tombe entre ses mains. Après un moment, il partit de l'hypothèse qu'elle les avait encore toutes les deux à son arrivée. Dans ce cas, avec qui avait-elle été en contact depuis son arrivé, en dehors de lui-même et de ses soldats? Il fit alors un effort de mémoire, tâchant d'en chasser la conversation qu'il avait avec la prisonnière pour se concentrer sur les évènements et les mouvements qu'elle avait faite. Il se rappela alors qu'à un moment, elle avait aidé un autre prisonnier, l'un de ceux que Boba Fett avait amené, à se relever. Il se concentra sur cette scène et tenta d'en revoir tous les détails. Il se rappela alors un mouvement vif, à peine perceptible, qui allait de son col à la main de l'homme. Il se releva alors d'un bond avec un juron et appela la sécurité pour qu'on aille vérifier l'état du prisonnier 221. Quelques minutes plus tard, il reçut un appel indiquant que le prisonnier était mort. Il n'en fut pas du tout surprit et décida d'aller rendre visite à sa prisonnière Rebelle pour lui poser quelques questions.

*

* *

Plus tôt, dans une des cellules du bloc de détention, Klein, repensa à ce que la jeune Rebelle lui avait dit peu de temps auparavant. Il savait qu'elle avait sans doute raison et qu'il avait très peu de chances de s'en sortir vivant, mais il avait très peur. Comme tout le monde, il ne voulait pas mourir, mais il savait que tôt ou tard, ça allait arriver, et dans cet endroit, plutôt tôt que tard! Il n'était pas un soldat, juste un bureaucrate, et il n'était pas particulièrement résistant. La jeune Rebelle, qui avait sans doute la moitié de son âge, devait être dix fois plus résistante que lui! Il frissonna en songeant à ce qui l'attendait, elle, qui était considérée par l'Empire comme un traitre. Ses propres problèmes lui semblaient alors bien insignifiants. Pourtant, elle n'avait pas hésité à lui donner une de ses dormeuses pour lui alors que rien ne l'y obligeait. Malgré le sort qui l'attendait, elle n'avait pas hésité à lui donner la possibilité, s'il le choisissait, de mourir dignement. Il regarda la petite pilule dans sa main. Elle semblait bien inoffensive, mais elle le tuerait en dix secondes, sans aucune douleur. Il resta une heure à la contempler avant de prendre une décision. Son seul regret était de ne pas pouvoir revoir son fils une dernière fois.

- Pardonne-moi… Dit-il à haute voix.

Ensuite, après une dernière minute d'hésitation, il l'avala et s'étendit sur le dos, attendant la fin avec calme. Sa dernière pensée fut qu'il n'avait plus du tout mal, maintenant… Une trentaine de minutes plus tard, des Commandos entrèrent dans la cellule et le trouvèrent mort. Il semblait cependant très heureux et avait un léger sourire sur les lèvres. Il semblait s'être éteint sans douleur et dans la sérénité.

*

* *

Après avoir découvert la mort du prisonnier 221, appelé Klein, le Général alla voir Tiana dans sa cellule. Il se fit accompagner par deux Commandos et le Commandant Miles, qui était venu chercher les deux autres prisonniers dans le vaisseau de Fett. Elle était assise sur sa couchette et se reposait quand ils entrèrent. Il remarqua qu'elle avait un air calme et serein, comme si la captivité et la perspective d'être interrogée ne l'inquiétaient pas du tout. Cela l'irrita fortement, allez savoir pourquoi! De ce fait, il avait quant à lui un air plutôt colérique quand il entra dans la pièce, ce que la jeune femme remarqua tout de suite. Avant même que l'un d'eux n'ait le temps d'ouvrir la bouche, elle dit d'un ton sarcastique :

- Qu'y a-t-il, Général? On dirait qu'on a marché sur vos plates-bandes.

- Cessez cette horripilante manie, Général! Est-ce courant chez les Rebelles d'ironiser de la sorte?

- Bien sûr, c'est notre passe-temps préféré! Surtout chez les hauts-gradés, ça aide à faire descendre le stress. Vous devriez essayer, c'est salutaire.

Il la regarda quelques instants, de plus en plus irrité. « Elle se paye ma tête, ou quoi?... Dans le fond, je n'ai pas envie de le savoir, tout compte fait. » Songea-t-il avec un petit haussement de sourcil. Il n'était pas venu pour faire de l'esprit avec elle, de toute façon. Il devait bien admettre que, auparavant, elle s'était montrée meilleure que lui à ce jeu-là. Il dit cependant à haute voix, accusateur :

- Vous lui avez donné les moyens de s'enlever la vie, n'est-ce pas? Avouez!

- Heu… Pardon mais de qui parlez-vous? Je ne suis pas omnisciente, vous savez, je ne peux pas deviner de qui vous me parlez si vous ne me dites pas son nom, Général.

- Vous savez de qui je parle, ne faites pas l'innocente! L'homme que Fett nous a emmené!

- Si vous connaissez déjà la réponse à cette question, pourquoi venez-vous me voir? C'est ridicule et vous le savez sûrement. Quoi que l'on n'a jamais taxé les officier impériaux d'un excès d'intelligence…

- Très bien, prenez-le comme vous voulez mais ça ne vas servir qu'a précipiter le moment où vous serez interrogée à votre tour!

- Gardez vos menaces, Général, vous êtes loin de me faire peur. Sachez que j'ai été interrogée par Vador en personne et qu'il n'a rien pût tirer d'intéressant de moi. Je serais très étonnée que vous réussissiez là où il a échoué.

Pour la première fois depuis qu'elle l'avait rencontré, l'homme eut l'air vraiment désarçonné. Cependant, il se reprit très vite et, avant de quitter la cellule, il lui annonça froidement que son interrogatoire allait commencer le soir même. Après avoir quitté la cellule, il retourna dans son bureau et vérifia les dires de la jeune femme. Il constata qu'en effet, deux ans et demi plus tôt, alors qu'elle était encore Commandant, la jeune Tiana, seulement âgée de 18 ans à l'époque, avait été capturée par les troupes de Vador sur Mon Calamari. Par la suite, elle avait été retenue prisonnière avec dix autres Rebelles, sous une fausse identité, pendant deux semaine et forcée, comme les autres, à travailler pour réparer les dégâts subis par le vaisseau. Plus tard, Vador l'ayant reconnue pour ce qu'elle était, il l'avait interrogée pendant cinq heures personnellement. Malgré les drogues de vérité utilisées au début, elle n'avait rien dit d'intéressant, et avait ensuite continué de se taire. Vador avait été obligé d'arrêter après qu'elle ait perdu conscience et la jeune fille avait failli en mourir. Elle s'était enfuie deux jours plus tard avec tous les autres prisonniers Rebelles. Après avoir lu ces lignes, il se renfonça dans son fauteuil et se permit de se dire que la partie était loin d'être gagnée!