La base centrale contenait une salle qu'on appelait familièrement «la cathédrale». Bien malin eut été celui qui aurait pu dire à quoi avait servi cette pièce surprenante autrefois. On aurait dit qu'un géant avait coupé un tonneau en deux sur toute la longueur puis l'avait enfoui sous terre. Le demi-cylindre de béton armé mesurait dans les trente pieds par vingt et le demi-cercle s'arrondissait sur au moins 10 mètres de haut. Il avait été entièrement tapissé d'une mosaïque constituée de petits morceaux de céramiques de différentes teintes qu'on avait assemblés à la main comme un casse-tête ; un travail titanesque. Et c'était du bon travail car malgré les hécatombes, la majeure partie du recouvrement tenait encore. On pouvait toujours admirer les superbes frises colorées de motifs abstraits qui couraient tout le long des murs. Les dalles de marbre blanc du plancher avaient tenues le coup elles aussi et malgré de grandes fissures ici et là, l'effet d'ensemble restait saisissant de majesté. L'endroit avait peut-être été le repaire d'une secte, la création secrète d'un artiste fou ou une tanière d'intra-terrestre ; qui pouvait le dire. N'en restait pas moins qu'en comparaison des ruines qui composaient l'ordinaire des survivants, la cathédrale faisait figure de pur joyau et c'est tout naturellement qu'elle était devenue le théâtre des évènements les plus importants de la communauté.

Lorsque la compagnie miraculée s'était pointée en plein jour au volant de véhicules ennemis pour débarquer les survivants d'un camp de travail, du matériel de combat de pointe, les plans de tous les CT en activité et deux terminators troués des pieds à la tête, il avait semblé aller de soi que la cathédrale serait le lieu idéal pour une petite réunion à huis clos. La résistance étant devenue essentiellement nocturne, une réunion extraordinaire du grand conseil fut annoncée pour dix-huit heure. John et les autres eurent à peine le temps de sommeiller quelques heures avant qu'on vienne les chercher pour les mener dans la salle déjà bondée.

Gene Halley, Robert Smith et Isaak Finley, les commandants de la base, s'étaient assis derrière une table sur le devant de la petite scène qu'on appelait le «chœur». Sur le parterre, une trentaine de bancs improvisés, placés en demi-cercle, accueillaient divers personnages. Au premier rang, on avait placé les cinq combattants ayant pris part à l'assaut puis les chefs de section, dont Derek Reese, ainsi que d'autres personnages d'importances. Parmi eux on ne pouvait manquer Jiji Doger, le répartiteur, en raison de ses pantalons roses bonbon à motifs léopard assorti d'un boa pelé de même couleur qu'il portait comme un châle sur son torse gracieusement dénudé.

Devant tout ce beau monde, John Connor, Kyle Reese et Martin Bedell se tenaient debout, immobiles. John ne pouvait s'empêcher de jeter des coups d'œil à Derek, se demandant où il avait bien pu disparaître jusqu'à aujourd'hui. Il était heureux de le voir là. Il savait que le Derek qu'il avait connu aurait été entièrement d'accord avec ce qu'il avait décidé de faire et c'est plus résolu que jamais qu'il regarda le commandant Robert Perry s'avancer sur le devant de la scène. Droit et raide, il mit les mains derrière son dos dans une posture tout militaire et fixa les responsables.

- En premier lieu, et au nom de tous, je tiens à vous féliciter pour avoir remporté ce qui est à notre connaissance, la première victoire Américaine contre l'ennemi. La base s'est considérablement enrichie d'armes, de véhicules et d'informations de grand prix grâce à votre bravoure.

L'assemblé applaudit à tout rompre et quelques cris enthousiastes se firent même entendre.

- Cependant, et avant tout, je dois vous poser quelques questions.

Perry regarda la troupe victorieuse d'un air sévère tandis qu'on entendait quelques toussotements dans la salle.

- John Connor, est-ce que vous avez de votre propre chef, conçu et planifié l'attaque du camp de travail de Road River ? commença Perry.

- Oui monsieur, répondit John d'une voix ferme.

- Avez-vous, en toute connaissance de cause, passé à l'acte sans en référer à un gradé supérieur ?

- Nous n'avions pas le temps ! Il fallait …

- Répondez par oui ou non, coupa Perry.

- Oui monsieur, dit John à contre cœur.

- Martin Bedell, continua Perry en s'adressant au jeune homme. Avez-vous planifié et participé à l'attaque du camp de travail de Road River avec John Connor et Allison Young ?

- Oui monsieur ! s'écria Martin au garde à vous.

- Kyle Reese, confirmez-vous avoir pris la tête des soldats ici présents pour mener l'attaque de road river avec John Connor, Allison Young et Martin Bedell ?

- Oui monsieur !

- Bien, dit Perry.

Il garda le silence un instant et, fait extrêmement exceptionnel, on vit apparaître l'ombre d'un sourire sur le visage noir du commandant.

- Maintenant que les formalités sont accomplies, je crois que nous souhaitons tous entendre, le récit de cette bataille historique ! Messieurs. Si vous voulez bien …, dit le commandant en s'asseyant sur sa chaise.

Ils se regardèrent un instant tous les trois, se demandant comment commencer puis Kyle raconta brièvement leur capture et leur arrivé au camp de travail. Martin expliqua ensuite comment John les avait menés, lui et Allison, dans la cave qui contenait les armes et leur avait présenté le plan qu'il avait conçu. Martin avait un réel talent de conteur et lorsqu'il en fut à l'abattage des CT, la salle était pendue à ses lèvres.

- J'ai attiré le premier CT avec une lampe de poche. Il s'est aussitôt précipité vers le signal. Vous savez comment ils font, ils baissent le nez et lancent leurs réacteurs avec ce bruit de moteur infernal ? Il fonçait à grande vitesse, toutes ses lumières braquées sur moi et je me disais «Je suis mort … ça y est, je suis mort». Je restais là, avec le petit M27 pointé sur ce monstre qui arrivait en faisant trembler le quartier. Dans trois secondes il allait être à portée de tir et c'est là que j'ai réalisé comme un con que j'avais bien plus que cent mètres de portée que j'aurais pu tirer bien avant. J'ai tiré aussitôt et tout le côté du réacteur gauche s'est désintégré devant mes yeux … comme du carton.

Des cris de surprise s'élevèrent de l'assemblé qui n'en croyait pas ses oreilles.

- … Mais le réacteur n'avait pas été touché et le CT volait encore. Il essayait de se stabiliser en faisant hurler ses réacteurs. Un boucan terrible. Alors j'ai bien pris mon temps pour viser, je l'ai tiré juste sous le nez et là, BOUM ! Le feu d'artifice complet ! Il a carrément explosé !

- Vous dites bien explosé ? demanda la commandante Halley en s'avançant sur sa chaise comme pour mieux entendre.

- Oui madame, explosé.

Elle se tourna vers le commandant Smith qui lui rendit son regard incrédule. Les chefs de sections semblaient tout aussi ébahis et échangeaient des commentaires brefs où perçait l'excitation. Martin poursuivit son récit et détailla la chute du second CT qui avait pu attirer les T-600 à l'extérieur du camp. John expliqua ensuite comment lui et Allison avait réussi à entrer et détruire les trois machines restées à l'intérieur. Des exclamations stupéfiées avaient jaillit de toutes parts à sa description des dommages infligés par les armes au plasma. Il raconta ensuite comment il s'y était pris pour libérer les prisonniers puis regarda Kyle qui était le seul à connaître les détails de la dernière bataille.

Ce dernier passa volontairement outre la recherche infructueuse –et relativement insensée- d'un médic, pour raconter la récupération des M27.

- John Connor m'a dit où étaient les armes. J'ai ordonné aux combattants de me suivre. On a trouvé une dizaine de ces fusils dans la camionnette et on en a pris un chacun. C'est à ce moment que deux machines ont tourné le coin du mur et se sont mis à nous tirer dessus. On a tous répliqués aussitôt et ils ont … Ils ont volés en éclats, dit Kyle.

- Pardon ? s'exclama Perry tandis que des cris de surprises jaillissaient de partout.

- J'imagine que c'est parce que nous étions plusieurs à tirer car les quatre derniers que nous avons détruits par la suite dans la cour sud sont restés entiers.

La simplicité de ce récit donnait l'impression que venir à bout d'un T-600 s'avérait trois fois rien et des murmures excités remplirent la salle. Il termina son bref résumé par la destructions des quatre dernières machines et le sauvetage des prisonniers.

- Commandant Perry. Je crois que c'est le moment, souffla Isaak Finley.

- Faites entrer le matériel, dit Perry assez fort pour qu'on l'entende de l'extérieur.

La porte ronde s'ouvrit pour laisser entrer un soldat qui tenait un M27 et deux gardes qui poussaient un chariot de déménagement sur lequel était attaché un terminator aussi troué que du feu gruyère. À la seconde où il le vit, Derek sauta de son siège comme un diable, aussitôt imité par la moitié de l'assemblée. Par réflexe, chacun avait aussitôt imaginé les murs de la cathédrale voler en éclat sous l'infernale pétarade des gros calibres tandis que les morts s'effondraient. Ils regardèrent les gardes déposer la machine dans une sorte de silence stupéfié, un peu à la manière de souris qui, tremblantes, regarderaient un chat mort. Personne n'arrivait à dire quoi que ce soit tant la terreur qu'inspirait les machines était puissamment gravée en eux. Jiji Doger se leva soudainement.

- Le plus fort, le plus grands, le plus brillant et le plus féroce livré en paquet cadeau ! J'arrive pas à y croire ! Pincez-moi quelqu'un ! s'écria-t-il.

Il s'avança vers le terminator en sautillant et plein d'entrain, enroula son boa rose autour du cou de la machine. Puis il le saisit par la taille d'un bras possessif et regardat ses collègues d'un air coquin.

- Celui-là, c'est pour moi.

Le malaise qu'avait provoqué l'apparition du terrifiant prédateur fut aussitôt dissipé et l'assemblée éclata de rire tant le terminator et le boa rose se trouvaient ridiculement assortis. Avec un instinct sûr, Doger avait levé la malédiction. Ainsi attifé, le T-600 ne pouvait clairement plus impressionner personne.

Les membres du conseil se levèrent pour examiner la machine et l'arme de plus près. John resta immobile devant la scène tandis que Kyle et Martin allaient s'asseoir avec les autres sur un signe de Perry.

- Je crois que je te dois des excuses Connor, dit le commandant Finley de son perchoir. J'avais dis que ce ne serais pas toi qui viendrait à bout de ces machine... Je crains de m'être trompé.

John hocha la tête pour accepter ses excuses tout en lui en voulant encore un peu de l'immonde corvée qu'il lui avait injustement infligé.

Lorsqu'il jugea la curiosité suffisamment satisfaite, le commandant en chef demanda à ce que tous regagnent leurs places.

- Nous avons également acquis des armes «au plasma» qui sont pour l'instant classé secret-défense ainsi que les plans de nombreux chasseurs-tueurs tel que celui-ci, dit Perry.

Avec précaution, Finley déplia une grande feuille sur laquelle tous purent voir les pièces d'un «Ovni». Un CT haut comme deux étages et ainsi nommé en raison de sa tête qui faisait penser aux extra-terrestres à grands yeux noirs. Des murmures enthousiastes coururent dans l'assemblée tandis que Finley repliait le précieux papier.

- John Connor. Au nom du conseil et en mon nom personnel, je tiens à vous remercier. Nous vous sommes tous reconnaissants pour ces armes et ces plans qui seront des atouts majeurs dans la défense de nos bases et de nos réfugiés.

Des applaudissements et des cris retentissants emplirent la cathédrale. Même Perry hocha la tête en signe d'approbation puis, il se rassit avec les autres commandants.

- Comme vous pouvez l'imaginer, nous sommes tous impatients d'apprendre comment vous êtes entré en possession des plans de Chasseurs-Tueurs et des M27.

- Je ne peux pas vous le dire, dit John fermement.

Un concert de murmure s'éleva dans la grande salle.

- Pourquoi cela ? demanda Perry visiblement contrarié.

- Parce que si je vous le dit, Skynet pourrait finir par apprendre comment je suis entré en possession de tout ça, ce qui serait une catastrophe.

- Skynet ?

- Skynet est notre seul et unique ennemi. Depuis le premier jour, c'est contre lui que nous nous battons, dit-il avec conviction.

Perry, désarçonné par le tour imprévu qu'avait pris la conversation, sembla hésiter un instant sur l'attitude juste à adopter.

- Vous êtes un jeune homme plein de surprise John Connor, dit-il finalement. Aurons-nous au moins le privilège de savoir qui est ce fameux monsieur Skynet ?

- Il n'y a pas de «monsieur». Skynet est une intelligence artificielle qui a été développé ici, et était contrôlé par notre propre armée, dit John en s'adressant à l'assemblée. Tous ces engins de guerre ne viennent pas des chinois, des arabes ou des russes. Ils ont au départ été développés par nous, avec Skynet.

Les gens devant lui le regardaient avec surprise en se jetant des coups d'œil l'air de se dire «Est-ce que tu as bien entendu la même chose que moi ?». Derek le regardait fixement, en fronçant les sourcils.

- Mais à un moment, Skynet a réalisé que les humains pouvaient devenir une menace. Ils pouvaient le mettre hors circuit, l'éteindre ou le détruire. Il est aussitôt devenu autonome, s'est infiltré dans tous les réseaux et quelques jours plus tard, il a déclenché une attaque nucléaire ; le jugement dernier. Depuis ce moment, son seul objectif est d'éliminer tous ceux qui ont pu survivre, les éliminer jusqu'au dernier.

Tous les membres du conseil le fixaient en silence. Si John ne s'était pas trouvé au milieu d'eux après une victoire aussi éclatante, nul doute qu'il eut perdu toute crédibilité après deux phrases. Cependant, le T-600 emplumé devant eux, prouvait hors de tout doute que sa parole n'était pas à prendre à la légère. Néanmoins, beaucoup affichaient des mines sceptiques ou incrédule.

- Comprenez-vous ce que je dis ? Il n'y a pas de pilote dans les CT ! Il n'y en a jamais eu ! Ce qu'il y a dehors, ce sont des machines qui n'ont rien d'humain. On se bat contre des ordinateurs ! Une intelligence artificielle qui est devenue autonome. Vous comprenez ? Il n'y a pas de paix possible. Pas de trêve ! Le seul objectif de tout ça, c'est notre extermination. Rien d'autre. Rien ! D'autre !

- D'où tenez-vous ces informations Connor ? demanda Perry sévèrement.

- Je ne peux pas vous le dire pour les mêmes raisons que je ne peux pas vous dire comment j'ai eu ces armes. Skynet pourrait l'apprendre. Mais ce qui importe, ce n'est pas de savoir d'où je tiens tout ça, c'est de comprendre qui est l'ennemi pour pouvoir le combattre !

- Avez-vous une seule preuve de ce que vous avancez ? demanda Halley du devant de la scène.

Depuis qu'il avait compris qu'ils ignoraient tout de Skynet, John avait longuement pensé à cette question et s'était préparé à y répondre.

- Quand avez-vous vu un humain dans les rangs ennemis depuis le début de cette guerre ? demanda-t-il.

Leur silence parlait pour eux.

- Personne n'en a jamais vu un seul parce qu'il n'y en a pas ! Pourtant, ils ont vaincu les États-Unis d'Amérique ! S'ils étaient humains, vous ne croyez pas qu'ils auraient paradés dans toutes nos grandes villes pour prouver au monde entier qu'ils nous avaient écrasés. Est-ce que le pays qui aurait vaincu la plus puissante nation du monde enverrait des machines sans jamais se montrer ? Qu'il n'enverrait même pas flotter un drapeau quelque part ? Vous pouvez vraiment croire ça ?

Les militaires levèrent la tête pour le dévisager, soudain conscient que, vu sous cet angle, il était en effet presque impossible que le pays qui avait réussi à écraser les États-Unis se montre aussi discret.

- Et combien ça leur coûterait toutes ces machines à votre avis ? Il y en a des centaines ! Vous vous souvenez du prix d'un seul vaisseau spatial ? Et même si un pays avait assez de fond pour construire tout ça, ils voudraient se rembourser. Vous croyez qu'ils détruiraient tout ? Qu'ils laisseraient partout des champs de ruines dont personne ne peut tirer le moindre profit ? Qu'ils n'implanteraient pas une seule industrie ? Qu'ils renonceraient à faire un seul sou juste pour le plaisir de tous nous tuer ? demanda John en les défiant de résoudre ce mystère.

Tous ceux qui étaient assez vieux pour avoir connu le régime capitalisme le regardèrent à leur tour en réalisant que s'il y avait quelque chose d'impossible, c'était bien cela.

- Vous voyez bien que rien dans cette guerre ne tient la route ! Les humains n'agissent pas comme ça ! … C'est une pensée de machine ! Comment se fait-il que ça, ce soit notre première victoire en quinze ans ? dit-il en désignant le terminator. Nous étions la nation la plus puissamment armée ! La plus invincible ! Il n'y a qu'un seul exemple dans l'ancien monde où on a pu voir ça. Un seul ! Les combats d'échec entre humain et ordinateur. Tous les plus grands ont été battus à plat de couture. C'est exactement la même chose qui se passe ici. On est battu à plat de couture par une machine et cette machine c'est Skynet Il a été créé et programmé pour éliminer ses ennemis et c'est ce qu'il fait.

On aurait pu entendre une mouche voler dans la grande salle de mosaïque. Du premier au dernier, tous étaient ébranlés. Depuis quinze ans, ils avaient passé leur vie à essayer de ne pas se faire tuer ou éviter que d'autres le soient. Tous, ils devaient assurer la gestion de centaines de réfugiés et résoudre des milliers de problèmes urgents. Au milieu de ce délire, tenter de deviner qui pouvait bien être derrière tout ça s'était avéré le dernier de leurs soucis. Savoir si ceux qui leur tiraient dessus étaient russes ou chinois, ne changeait absolument rien à l'affaire.

Cependant, les révélations de Connor bouleversaient radicalement la donne.

- Au fond, vous savez qu'il n'y a pas d'humains derrière ces machines sauf que vous ne voulez pas le savoir. Et vous avez raison parce que si c'est bien le cas, il n'y a plus d'espoir que tout ça finisse un jour et nous sommes tous morts. Mais il y a de l'espoir aujourd'hui ! Nous pouvons les affronter ! Nous pouvons le faire maintenant avec ces armes !

Dans les yeux de ses semblables, John vit une petite lueur farouche s'allumer enfin.

- Nous devons cesser d'être des réfugiés ! Nous devons devenir la résistance ! C'est notre seule chance ! La seule ! Et nous devons le devenir maintenant !

Martin le regardait en comprenant enfin. Toutes ces années il avait cherché la résistance dans les villes et les bases. Tout ce que John et Derek lui avait annoncé s'était produit aussi, il ne désespérait pas de la trouver un jour. Sauf que bien sûr, elle n'existait pas. Pas encore… Elle prenait vie devant lui. La résistance, c'était John Connor.

- La résistance … Je trouve que c'est un nom qui sonne plutôt bien, songea Doger tout haut, comme s'il jaugeait le nom d'une marque de commerce.

Toutes les têtes se tournèrent vers lui.

- Vous ne trouvez pas ? «La Résistance» ! … Oui ! Moi je vote pour ça ! s'exclama-t-il en se levant joyeusement.

Si l'intervention de Jiji avait toutes les apparences d'une futilité, il avait en fait manœuvré le plus finement du monde. Avant que qui que ce soit ai pu soulever la moindre objection, tous ceux qui croyaient en Connor n'avaient plus qu'un pas à faire. Martin se leva aussitôt, suivit par tous les combattants qui avaient vu de quoi John était capable. Kyle se leva à leur suite puis Derek et la moitié des chefs de section. Derrière le bureau, le commandant Isaak Finley se leva en ignorant les regards désapprobateurs de son chef et Halley l'imita aussitôt. Le reste de l'assemblée suivit le mouvement et en un clin d'œil, la résistance était née. Fatigué de fuir devant un ennemi invulnérable, chacun se sentait plus que prêt à affronter un adversaire démasqué comportant enfin des points faibles. Et s'ils se trompaient, tant pis. Aujourd'hui, ils avaient besoin d'espoir plus que tout.

- Assoyez-vous, ordonna Perry qui devait dès lors composer avec cette prise de position unanime.

Jiji se rassit avec un petit sourire satisfait et envoya un clin d'œil victorieux à John qui se tenait toujours debout devant eux. Il était plus que temps qu'on s'amuse un peu dans cette baraque et de beaux soldats tout fiers, pimpants et gonflés de testostérones le changerait positivement des têtes d'enterrement habituelles. Sans compter que, niveau vocabulaire, s'envoyer des résistants sonnait beaucoup plus excitant que de s'envoyer des réfugiés.

Pour sa part, Perry n'était du genre à apprécier ce genre de foutoir improvisé et il n'avait plus qu'un objectif, reprendre le contrôle de la situation.

- John Connor. Malgré votre refus de divulguer des informations cruciales et votre incapacité à fournir des preuves concrètes de l'existence de «Skynet», le grand conseil semble disposé à considérer vos affirmations, dit Perry en minimisant l'importance du vote spontané tout en relevant les points douteux. Le conseil militaire qui se trouve concerné au premier chef, se réunira donc à huis clos pour discuter plus en détail de ces données. Tous les autres peuvent maintenant disposer. Connor, veuillez rester dans la zone 3. Nous vous ferons appeler si nous avons besoin de vous.

Tout le monde se leva mais John ouvrit la bouche pour protester. Il était urgent qu'ils sachent aussi que … mais il n'eut pas le loisir de faire entendre quoi que ce soit car Jiji se leva d'un bond et lui saisit le bras en lui envoyant un regard qui signifiait de la fermer. Il l'entraîna gracieusement vers la porte en attrapant son boa au passage.

- Mon chou, je crois que tu en as assez fait pour l'instant, dit-il sur un ton guilleret. Perry est au bord de l'apoplexie et ce serait gentil de lui laisser le temps de se remettre, qu'est-ce que tu en pense ? De toute façon ils vont vouloir te voir en privé … Et si je peux te donner un petit conseil…

Il s'arrêta pour l'entraîner à côté de la porte et s'approcha comme pour lui faire une confidence.

- Tu as compris que ce sont de grosses brutes très viriles qu'on a là n'est-ce pas, dit Doger en désignant du pouce les membres du cercle militaire. Et tu sais ce que les grosses brutes très viriles n'aiment pas du tout du tout ? C'est qu'on discute leurs ordres. Tu vois ce que je veux dire ? D'accord. Et tu sais ce qu'ils détestent encore d'avantage, mais là, plus que tout au monde ? C'est qu'on leur dise quoi faire. On se comprend bien ? Ah ! Il faut trop que je voie ça la résistance ! Alors tout à l'heure, quand ils agiront comme des macaques, garde la tête froide d'accord ?

Il lui tapota l'épaule d'une façon toute maternelle et s'en fut en lançant son boa rose et pelé par-dessus son épaule. Aussitôt, John fut entouré d'une foule de gens enthousiastes qui parlaient tous en même temps, posaient des questions et lui tapaient dans le dos. Mais John n'avait qu'une idée en tête. Il aperçut Kyle qui sortait à son tour.

- Excusez-moi. Pardon … Je dois … Pardon. Reese !

- Le héros du jour …, commenta Kyle tandis que John arrivait à s'extraire du groupe qui le pressait de toute part.

- Je dois voir Cam … Alisson, dit-il en réussissant enfin à le rejoindre.

Kyle lui jeta un regard indéfinissable et se tourna vers les membres du conseil.

- Excusez-nous. Une urgence, annonça Kyle.

Il tourna les talons et John le suivit, laissant en plan ses nouveaux convertis qui, faute de mieux, assiégèrent aussitôt Martin.

- Tu sembles t'intéresser beaucoup à cette fille. Quelque chose que je devrais savoir ? demanda-t-il en l'observant avec attention.

- Heu … non. Je veux juste savoir comment elle va …

Kyle hocha la tête en affichant un sourire ironique.

- Quoi ?

- Tu aimes vivre dangereusement Connor. Fait gaffe.

- Qu'est-ce que tu veux dire ?

Kyle le regarda comme s'il était le dernier des cons.

- Les gens meurent bien facilement. T'as pas remarqué ? … Et ceux qui savent pas se contrôler peuvent faire de sacrés conneries, dit-il en faisant clairement référence à sa stupide recherche d'un médic.

John l'observa soudain avec inquiétude.

- On passe l'éponge. Personne dira rien. Mais je te conseille pas de nous refaire un coup pareil.

Il s'arrêta pour ouvrir une porte battante à la peinture écaillée.

- C'est là. T'as de la chance, l'infirmerie est au niveau trois.

Comme il n'avait lui-même aucune intention d'entrer pour s'informer de l'état de santé de sa collègue, Kyle lui tint la porte. John le regarda avec appréhension, inquiet à l'idée d'avoir perdu l'amitié toute neuve de son père. Ce dernier lui adressa plutôt un sourire assorti d'un petit signe de tête qui valait toutes les éloges, félicitations ou encouragements pour sa performance devant le conseil. John lui sourit en retour et, sans se soucier le moindrement de ses mises en gardes concernant Alisson, il pénétra dans l'infirmerie.