JOUR 7. Dimanche.

Regina Mills :

Je m'étais réveillée tôt ce matin-là. Henry aussi. Je l'avais trouvé dans la cuisine devant un bol de céréales, souriant et réveillé, bien trop réveillé pour un dimanche matin.

Il m'a regardé avec malice et puis il a porté son regard vers la fenêtre.

Il faisait beau, un grand ciel bleu sans aucune ombre au tableau. Je présentais le pire, moi qui ne comptais pas bouger de la maison aujourd'hui.

Il me laissa courtoisement le temps de me faire un café et de griller des tartines de pain, et quand je me suis assise enfin près de lui, il a lâché le morceau.

« Tu as vu ce temps ? »

« Hm, hm. » Marmonnais-je en avalant mon café.

« J'ai sorti les vélos du garage. » Me dit-il avec un visage innocent.

« Ah non, Henry, pas les vélos ! » Protestais-je.

« Mais pourquoi pas ? »

« Parce qu'il… faut … pédaler… » Avouais-je, fatiguée et encore perturbée.

Il fit la pire mine que l'on puisse voir sur le visage de son enfant. Une mine défaite, une mine de chien battu, il affichait avec surenchère un air triste et malheureux. Quel comédien. Je n'étais pas dupe mais j'allais céder tôt ou tard, puisqu'il me le proposait à moi et qu'il n'était pas parti seul ou avec ses copains pour aller trainer je-ne-sais-où. Toutefois j'attendais un peu avant d'accepter et savourais mon petit déjeuné tranquillement.

« Bon alors à cheval ? » A-t-il proposé d'un air innocent après un moment de silence.

J'étais restée bouche-bée. Il avait été au poney club, étant tout petit, il aimait monter, il avait eu ses galops et gagner des concours mais quand il avait été assez grand, il avait appris la cause de la mort de Daniel - et la raison pour laquelle je ne montais plus moi-même - et il avait refusé d'y retourner.

« Quoi ? Henry, tu n'es pas sérieux ? tu veux remonter à cheval ? Tu sais que ça me ferait plaisir que tu reprennes ! »

« A une condition. »

« Laquelle ? »

« Que tu montes avec moi. Et qu'on aille, ce matin, faire une balade dans les bois. »

« Tu plaisante, j'espère, Henry ! Je ne monte plus, tu le sais… »

« Je sais Maman, mais tu ne crois pas … qu'il est temps … »

« Temps de quoi Henry ? »

« Temps de passer à autre chose, le temps de surmonter tes peurs, le temps de changer un peu nos habitudes… »

« Henry ! »

Je n'arrivais plus à articuler. J'avais l'impression d'étouffer dans mon quotidien, mes remords se voyaient à tel point que mon fils le ressentait tout autant que moi. Je n'arrivais plus à respirer correctement, et il me fallut quelques secondes pour pouvoir de nouveau le regarder dans les yeux et trouver quelque chose à lui répondre.

« Henry, je vois ce que tu veux dire… notre vie est … »

Là non plus, je n'arrivais pas à finir.

« Maman, je sais que tu m'aimes et que tu fais de ton mieux mais je sais aussi que tu étais une autre personne avant… avant que Papa ne meurs… et j'aimerais que ce sourire, dont j'étais trop jeune pour me souvenir, mais que j'ai vu sur les photos… j'aimerais de nouveau voir ce sourire sur ton visage. » Me dit-il d'une traite comme dans un élan longtemps retenu, comme un discours qu'il aurait mainte fois répété.

« Mais mon ange, toi tu me fais sourire, quand tu ne fais pas de bêtises ! »

« Moi ce n'est pas pareil, tu sais bien ce que je veux dire. »

« Je crois que tu es encore un peu jeune pour que je parle de ça avec toi. »

« Mais maman… »

« Henry ! »

« Bien… mais enfin… sache que si tu rencontres quelqu'un … bah je ne serais pas désagréable… tu vois, je …j't'empêcherais pas de vivre ta vie … »

« Hm, Henry, j'ai compris…et… merci, mais tu es le seul et unique homme de ma vie, mon Petit Prince ! » Lui dis-je en ébouriffant ses cheveux.

Il m'a souri avec ses grands yeux d'ange et j'étais sur le point d'accepter une chose que je n'aurais jamais imaginé refaire. Monter à cheval.

Emma Swan :

Réveillée les cheveux en bataille, la mine en vrac, je ne sais pas de quoi j'avais rêvé mais c'était étouffant, ambiguë et enivrant tout autant que perturbant. Ce n'était pas un cauchemar à proprement dit, c'était une sensation trompeuse, l'illusion d'un couloir sombre qui se déforme devant mes pas et l'impression angoissante qu'on me traque, qu'on me suit, ou bien alors c'est moi qui poursuivait quelqu'un, je ne sais plus trop.

Je ne voulais pas m'en souvenir en détails, je chassais ses ombres brunes qui m'entouraient encore et m'obsédaient. Je tentais de les chasser et d'apaiser mon corps sous les gouttes d'eau brûlantes de la douche, mais rien n'y faisait, ces bribes de rêves me collaient à la peau jusqu'au moment du café noir et brulant que me tendit Ruby quand je suis enfin descendue au restaurant.

Dimanche. Je m'étais porté volontaire pour la journée, en pensant que mes deux coéquipiers avaient surement des familles avec qui passer leurs dimanches. J'avalais mon café, j'en commandais un autre à emporter et j'ai filé au Poste pour une longue journée.

Regina Mills :

Je n'y croyais pas vraiment mais Henry avait légérement insisté et j'avais bel et bien cédé. Nous sommes partis en direction des Ecuries de Storybrook, aux abords de la ville, entre champs et forêt, dans une prairie immense et verdoyante. Je pensais fermement qu'il abandonnerait l'idée une fois là-bas, mais non.

Je pensais dur comme fer qu'il avait arrêté par choix, mais au fond je savais, il ne supportait pas ma mine défaite et triste quand je le déposais, ou bien, que je restais rarement pour le voir assister aux concours, sans trop de conviction. Il avait appris pour son père et n'avait plus voulu courir le risque de faire du cheval, il n'avait pas voulu prendre le risque de me faire revivre ça. Au fond s'était adorable de sa part pour un gamin de huit ans à l'époque, et je l'avais laissé faire, au lieu de l'encourager à continuer, un peu parce que ça m'arrangeait.

Une fois garé dans l'allée des Ecuries, il descendit vite de voiture et je vis Liz et Sophie l'accueillir à bras ouverts. Cela faisait maintenant quelques années qu'il n'était pas venu et elles semblaient ravi de le voir.

Je suis descendu à mon tour de la voiture, en me faisant violence comme jamais je ne l'avais fait, mais si mon fils pouvait le faire, je le pouvais aussi. Mais à peine avais-je mis le pied au sol, qu'une vague de souvenirs m'envahissait. C'était bien plus fort que moi.

Rien n'avait changé ici. Mêmes boxes pour les chevaux, même manège aux planches de peinture défraichit. Même établi, même matériel, mêmes ballots de foin qui trainent dans les coins, même odeur de bêtes et de paille. Hm, cette odeur. Il fallait être cavalier pour apprécier cette odeur. Et alors que je m'avançais pour saluer les deux sœurs propriétaires de ranch, les effluves m'assaillaient et m'agressaient. Je faisais tout mon possible pour que ça ne se voit pas trop.

Quand j'ai perdu mon mari, elles avaient perdu un ami. Je voyais dans leurs yeux la peine mêlée de joie de me revoir ici. Mais leurs visages me renvoyaient surtout ce vieux tourment, comme si mon passé me collait encore à la peau et que les autres ne voyaient encore que ça.

J'ai appris qu'Henry les avait appelés tôt dans la matinée pour réserver deux chevaux et faire une ballade. Le coup des vélos, c'était du bluff, mon fils m'étonnait. Et même si nous n'avions pas monté depuis longtemps, Liz ne vit aucune objection car elle connaissait notre niveau. Toutefois, je n'étais pas aussi à l'aise qu'autrefois et Sophie se proposa de nous accompagner, sous prétexte de nous montrer les nouveaux parcours praticables à travers la forêt, fausse excuse en réalité car je connaissais les plans des nouveaux sentiers.

Emma Swan :

Je tournais en rond. Ce Poste de police était le plus calme que j'avais connu, que ce soit du bon ou du mauvais côté des verrous, que ce soit dans cette vie ou dans une autre. Je n'étais jamais resté bien longtemps en place. Chicago, Bâton-Rouge, Atlanta, Phoenix, New-York, Portland, Boston et maintenant Storybrook. J'avais un arrière-gout de retraite anticipé dans le fond de la gorge. J'avais un gout amer de défaite mais il fallait accepter la finalité du voyage. Storybrook.

Je chassais mes idées noires, mes cauchemars et mes vieux souvenirs et je faisais mon travail de Shérif dans la ville la plus calme de l'Etat du Maine.

J'avais déjà fait le tour des archives de la ville. Les petits tracas et les grands traités, rien de grandiose, des affaires somme toutes banales et résolues, des affaires de voisinages, de familles, des affaires d'héritages, des terrains et des parcelles de terre revendiqués par deux familles en particulier : Gold et Mills, mais rien qui semble sortir de l'ordinaire. Une ville somme toute calme et ordinaire, tranquille et conviviale.

J'avais organisé une ronde pour vérifier la sécurité des zones dangereuses de la région, comme les transfos électriques, le cimetière à bateaux, la casse de voiture etc… J'avais mis à jour mes propres cartes du conté, et je comptais bien m'assurer de la sécurité de tous les habitants en explorant les entrées des Mines condamnées, l'accès au vieux Pont à Péage et la Carrière de pierre.

Je tentais de m'occuper l'esprit comme je pouvais pour ne pas penser à mon passé, qui me rattrapais de plus en plus souvent. Je tentais d'oublier ces zones d'ombres que j'avais mis de côté depuis dix ans. J'avais refait ma vie après avoir vécu le pire, j'avais décidé de passer du bon côté, après avoir vécu une enfance en foyer et une adolescence de délinquante. Et tout était si calme que de vieux fantômes en profitaient pour me rendre visite.

Regina Mills :

Henry n'avait perdu aucun de ses réflexes et bizarrement moi non plus. Par-dessus la peine et le chagrin, les automatismes de l'équitation revenaient au fur et à mesure, et j'ai pris plaisir à brosser l'étalon noir que Liz avait sorti du box pour moi. Hamiral du Vent Vif.

J'ai respiré profondément avant de m'approcher de lui. Ce sont des êtres sensibles et émotifs. Si je suis contrariée, si j'ai peur, si j'appréhende, même si mes émotions ne sont pas dirigées contre le cheval lui-même, il les sentira. J'ai repris mon calme. Je l'ai admiré, j'ai tendu la main vers lui, je lui ai fait sentir mon odeur, puis je lui ai caressé l'encolure et je l'ai brossé doucement.

Il a tourné la tête et m'a regardé alors j'ai insisté sur les flancs et il avait l'air d'aimer ça. Je lui ai demandé de me présenter son sabot arrière gauche et il a accepté. J'étais de plus en plus confiante et je renouais avec d'anciens plaisirs. Je prenais mon temps et je prenais soin du majestueux animal pour qu'il m'accorde une totale confiance. Enfin j'ai posé son tapis de selle sur son dos et je l'ai attelé correctement. J'ai posé la selle et je l'ai sanglé, il ne bougeait pas j'ai réglé les étriers, je lui ai mis la bride et réglé les montants et les liens.

Il était calme et moi aussi, j'étais beaucoup plus sereine que d'ordinaire. Tous mes gestes étaient lents et mesurés. J'avais l'impression de renouer avec une autre moi qui serait plus apaisée et plus en accord avec ce qui l'entoure, j'avais l'impression de me détacher de cette femme obstinée et caractérielle que j'étais devenue. Je l'ai fait avancer de quelques pas dans l'allée principale de l'écurie et j'ai resserré la sangle de sa selle au bon niveau. J'ai vérifié l'attelage une dernière fois en regardant Henry sortir fièrement son cheval sellé de la grange.

Accompagné par Sophie qui tenait encore les rênes de l'animal, Henry monta seul sur son cheval. Il avait de vraies allures de Petit Prince comme ça et j'ai souri toute seule. Mon cheval, a hennit et secoué la tête, il s'impatientait, je crois. Je lui ai flatté l'encolure et je lui ai parlé doucement avant de poser mon pied dans l'étrier. J'ai pris mon élan, je n'avais pas fait ça depuis des années mais mon corps se souvenait de tout.

Agile, élégant, docile, Hamiral était un cheval agréable et très haut au garrot. D'être soudain perchée sur ce fier animal me gonfla de puissance et d'enthousiasme. Je prenais, pour la première fois depuis longtemps, du plaisir à monter, comme avant, comme durant toute mon enfance et ma jeunesse.

Henry était perché sur sa jument brune, petite, large et tranquille, idéale pour les balades. Il me regardait avec fierté, il me fit un large sourire et je l'ai imité par mimétisme. La joie m'a envahi un instant avant que je le rejoigne au pas avec ma monture.

Liz rappela à Henry les consignes de sécurité et lui resserra la sangle de sa bombe pendant que Sophie nous rejoignait, montée sur une grande jument blanche tachée de marron et de gris.

Et puis très vite, en riant avec Henry, nous sommes partis pour une longue balade en forêt.

Henry était en tête de la file, le regard perdu dans le ciel et les hautes branches des arbres et parfois la tête dans les buissons alentours, comme s'il cherchait quelque chose et Sophie à mes côtés me racontant comment mes nouvelles réformes sur l'écologie avait amélioré les rives et les passages en forêts, comment elle avait pu avoir des subventions pour ne pas fermer le ranch, et elle me remercia discrètement puis nous avons rattraper Henry.

Je m'étais coupée du monde ces derniers temps, je m'en rendais compte maintenant. Le comportement d'Henry avait changé, par ma faute, et le voilà qui tentait de se racheter pour mes erreurs. Et je m'étais tant préoccupée des affaires de la ville que je n'avais pas vu les répercutions ni entendu les remerciements qui en découlaient.

Je m'étais enfermée seule dans ma forteresse de solitude et de regrets à tel point qu'aujourd'hui, j'avais l'impression de voir la lumière du jour pour la première fois après des années de sombres cauchemars, même si dans le noir, on s'habitue à voir, j'avais l'impression de regarder à nouveau le monde tel qu'il était autour de moi.

Et dans ses rayons de soleil qui transperçaient les feuillages, montée sur le noble Hamiral, j'avais un léger gout de nostalgie sur le visage qui se transformait lentement en sourire. J'avais l'envie d'accueillir un changement dont je ne connaissais pas encore les conditions. J'avais envie de voir de quoi demain serait fait. J'avais envie de voir la vie autrement. Et dans les bras de lumière qui traversaient les arbres, j'ai senti la chaleur du soleil quelque instant sur mon visage et j'ai pensé à … Emma Swan.

Pourquoi je pensais au Shérif ? Je me suis concentrée sur le paysage, sur la faune et la flore changeant sous le manteau de l'automne, sur toute la richesse et la beauté de la forêt, et pourtant je ne pensais qu'à Emma Swan. Son regard assassin, son impertinence, son sourire, son holter à la ceinture et son assurance insolente. Henry et Sophie discutaient des nouveaux passages en forêt, cette forêt que je connaissais depuis mon enfance mais que je voyais effectivement autrement. Mais je ne pensais qu'à elle et à la façon déplorable dont je l'avais quitté hier soir. Plus j'y pensais, plus cela me semblait inconvenant et déplacé. Je n'avais qu'une pensée en tête, la croiser aujourd'hui et m'excuser, mais bien sûr je désespérais déjà : comment la croiser, j'étais coincée en forêt ?

Et plus je tentais de chasser cette idée plus j'y pensais, sans plus faire attention aux conversations de mon fils et notre amie Sophie.

Hamiral me rendait la tâche facile, il connaissait les sentiers, il suivait docilement, sans ruades, ni écarts. Pourtant je le sentais sur la réserve, près à partir au triple galop dans la seconde où je lui en donnerais l'ordre. Et soudain j'en avait une envie folle moi aussi. Comme si la passion coulant dans ses veines transpirait et m'atteignait pour m'emporter dans un élan de conquête.

« Sophie ? La piste va jusqu'au vieux Puit à Souhait par ici ? »

« Oui c'est ça. »

« Hamiral est en condition pour le galop ? »

« Parfaitement oui. »

Elle me fit un sourire quand elle devina mon intention.

« On te rejoint au vieux Puit ? »

J'ai hoché la tête et j'ai à peine effleuré les flancs d'Hamiral avec mes talons, qu'il est parti avec puissance et force sur le chemin de terre, dépassant Henry et Sophie sur leurs juments broutant l'herbe pendant notre conversation. Je pouvais laisser Henry avec Sophie sans aucun problème et je partais pour retrouver un peu de cet élan qui m'avait manqué.

Hamiral foulait le sol avec vigueur, il était musclé, fort et puissant. Je me tenais debout sur mes appuis, les pieds calés dans les étriers, je forçais sur mes muscles et je m'efforçais de suivre sa cadence. Un galop propre, élégant et libérateur, pour l'animal comme pour moi. Des mèches de cheveux s'envolaient au vent, la vitesse me fouettait le visage et je me sentais bien, plus que bien même. Le paysage défilait à un rythme effréné en me faisant oublier momentanément toutes mes angoisses absurdes et mes désirs secrets.

Il n'y avait plus que lui et moi, et notre course dans l'air du vent.

Emma Swan :

J'ai avalé une aspirine, j'ai étiré mes membres endoloris, j'ai éteint mon ordinateur en me frottant les yeux et je me suis avachie dans mon siège en cuir.

Je pensais que cette journée serait le plus longue de la semaine quand soudain la porte du Poste s'est ouverte avec fracas et qu'un vieil homme essoufflé entra en marmonnant un tas de choses incompréhensibles. Je me suis élancée à son encontre et j'ai tenté de capter l'essentiel de ses propos avec difficulté. J'ai d'abord cru qu'il faisait une attaque cardiaque, et j'étais prête à l'emmener à l'hôpital ou appeler une ambulance. Ensuite j'ai compris qu'il avait perdu son fils dans les bois, et enfin j'ai saisi qu'il s'agissait de son chien, Avry, un vieil épagneul breton blanc et marron.

Je lui ai demandé de reprendre son souffle et de s'asseoir une minute, juste le temps de me tout me raconter. Je lui ai servi un verre d'eau et je l'ai écouté avec attention.

« Avry et moi, on se balade tous les dimanches dans la forêt depuis 15 ans, vous savez, et je ne sais pas… ils ont tracés des nouveaux sentiers dans cette zone et Avry, il est parti, hors du chemin, je l'ai appelé des dizaines de fois … mais… il revient toujours d'habitude mais … »

« Calmez-vous Monsieur…quel est votre nom ? »

« Albert, je m'appelle Albert. »

« Très bien, Monsieur Albert, je vais vous accompagner à l'endroit exact où vous l'avez perdu. »

« Ho vous feriez ça Sherif ? »

« Bien évidement ! »

« Merci, merci beaucoup. »

« C'est tout naturel Monsieur Albert. »

« Juste Albert. Appelez-moi juste Albert. »

Sans m'en rendre compte, je me dévouais entièrement à cette affaire de chien perdu. J'en étais donc là ? J'ai pris soin de l'état de nerf du vieux monsieur avant de partir avec lui dans ma voiture de patrouille jusque sur les lieux de la disparition. Je me suis garé sur le parking en début de Piste de randonnée et je l'ai suivi dans l'immense forêt dense qui jaunissait doucement en cette saison, à la recherche d'Avry.

Par chance, il faisait un temps magnifique et peu importe l'importance de la mission, sortir du Poste, me faisait le plus grand bien. Des souvenirs lointains, où j'avais échappé brièvement aux grandes villes surpeuplées, me rappelaient combien il faisait bon de vivre au grand air entouré de nature.

Monsieur Albert s'est stoppé au carrefour où il avait perdu la trace de son chien. Il y avait trois sentiers qui partaient de là, et la forêt tout autour était épaisse et foisonnante, heureusement les doux rayons du soleil transperçaient les feuillages défraichit par l'automne et nous éclairaient pour mieux le chercher dans les buissons et les bosquets.

Et puis au bout d'une bonne demie heure de recherche dans le périmètre, nous l'avons retrouvé. Enfin, c'est plutôt Avry qui nous a retrouvé que le contraire, il fallait bien l'avouer. Le chien, serein et la queue battante, revint vers son maitre comme si de rien n'était. Mais il allait bien, c'était le principal.

Le maitre paniqué qui se remettait doucement de ses émotions, fini par s'asseoir sur un banc le long du sentier et Avry s'assit à ses côtés. Albert lui remit sa laisse et n'était pas près de le relâcher d'aussitôt. En y repensant, je crois que c'est le maitre qui était plus perdu plus que le chien.

J'aurais pu rentrer au Poste mais je suis restée. Je ne sais pas pourquoi mais rien d'urgent n'allait arrivé, je pouvais rester même sans raison. Alors nous sommes restés là un moment, à apprécier l'odeur de la mousse et le chant des oiseaux. Le calme parfait. J'ai fermé les yeux et je me suis inspirée de cette sérénité pour combattre les angoisses qui m'habitaient.

Et puis un bruit caractéristique me sorti de ma phase de relaxation. Un bruit de sabots.

Plusieurs chevaux avançaient au trot sur le sentier, sortant de la pénombre, grands et majestueux, apparaissant entre les immenses arbres comme dans les romans de capes et d'épée. A leur approche, je me suis mise debout, et monté sur ces magnifiques bêtes élancées et racées, j'ai reconnu Henry en compagnie d'une cavalière, une jeune femme d'une trentaine d'années qui m'était inconnue. Je les ai salués respectueusement et Henry m'a fait un clin d'œil, amicale et discret, que je lui ai rendu.

Et puis, juste derrière eux, semblant tout faire pour disparaitre mais ne pouvant être invisible, perchée sur un étalon noir de deux mètres de haut, Regina Mills, Madame le Maire en personne.

J'avais presque du mal à y croire mais c'était bien elle. En jean, hautes bottes en cuir noir, cheveux en bataille, veste sans manche molletonnée bleu marine sur un pull noir col monté. Elle était magnifique en cavalière, je n'aurais jamais pensé l'imaginer ainsi mais elle était là devant moi, sans avoir besoin d'imaginer quoique ce soit, et je n'arrivais pas à la quitter des yeux alors qu'elle passait à notre hauteur.

Regina Mills :

Je ne savais plus où me mettre. J'avais voulu la voir aujourd'hui, j'avais espéré la croiser aujourd'hui pour m'excuser mais, mon Dieu quelle idée stupide, quelle erreur ! Maintenant qu'elle était devant moi, je n'avais plus envie d'être là. Je n'avais pas songé à l'apparence que j'avais, je n'avais pas souhaité la croiser dans cet accoutrement, mais il en était ainsi, ma prière avait été exhaussée mais j'aurais dû y mettre des détails avant de l'énoncer. Je n'avais plus ma prestance de Maire, je sentais le foin et mon brushing avait foutu le camp depuis mon galop effréné.

Elle avait reconnu et salué discrètement Henry. Impossible de faire demi-tour et de partir au galop en sens inverse alors j'ai maintenu les rênes et mon envie de fuir sur le champ.

J'ai gardé la tête haute, et les épaules droites et je me suis arrêtée à sa hauteur en la saluant. J'ai laissé Sophie et Henry avancer sur le sentier, ils ont dépassé le vieil Albert et son chien qui marchait sur le même chemin, il m'a salué de loin, d'un petit geste de la main et de sa petite grimace habituelle avant de me tourner le dos.

Et dans les rayons du soleil, elle était à mes pieds, boots, jean et veste en cuir marron doublée de laine sur le dos. Sur son visage, je lisais un étrange sourire, entre l'étonnement et l'enchantement et je n'en avais pas vraiment saisi toute la signification. Elle était belle et je peinais à ne pas me perdre dans ses yeux bleus. Je m'y noyais et j'avais l'impression de tomber de cheval, pourtant je tenais fermement les rênes et je n'avais pas quitté ma selle. Je ne pouvais pas la lâcher des yeux, jusqu'à ce que le son de sa voix ne me ramène sur Terre.

« Madame le Maire se balade à cheval le dimanche ?! Pourquoi ça ne m'étonne pas ?! » M'a-t-elle dit en riant.

J'ai souri mais il me fallait un moment avant de pouvoir lui répondre.

« A vrai dire, je n'avais pas fait ça depuis très longtemps, et c'est Henry, qui pour une raison qui m'échappe encore, en a eu l'idée ce matin. »

« Une bonne idée. » A-t-elle répondu en me souriant et en admirant ma monture.

Et moi au passage, je crois. Je voyais son regard me détailler puis elle m'a simplement dit :

« Bonne journée ».

« Merci, à vous aussi… Et, heu… Sherif ? »

Je voulais m'excusez, c'était maintenant ou jamais, alors j'ai passé ma jambe par-dessus l'encolure de l'animal et je me suis laissé glisser au sol. J'ai atterri pieds à terre et j'ai relevé la tête. Je n'étais qu'à moins de cinq centimètres d'elle, face à face, les yeux dans les yeux. Elle m'a toisé et je n'arrivais plus à prononcer un seul mot. Tous les refrains d'explications que j'avais prévu m'échappaient les uns après les autres.

C'était absurde mais j'avais l'impression de sentir une limite entre nous, une frontière que j'étais en train de frôler dangereusement, comme un mur invisible et électrique entre nos deux corps qu'il ne faudrait pas franchir à moins d'en assumer pleinement les conséquences.

« Oui ? Madame le Maire ? »

« Oui ! Shérif…Je… je voulais… Vous savez… pour hier soir, je… je suis désolé, j'étais un peu… »

« Pressée ? Stressée ? »

« Hm…oui. On peut dire ça. » Répondis-je timidement alors que j'avais un mal fou à m'exprimer.

Je lui ai souri timidement. Elle m'aidait à mentir, elle m'aidait à faire comme si je n'avais pas besoin de m'excuser, comme s'il n'y avait rien à excuser, et pourtant dans ses yeux, je voyais le pardon qu'elle m'accordait sans que je lui demande vraiment. Et je la voyais si proche de moi que j'en perdais mes mots pour tenter de m'expliquer correctement.

« Je sais ce que c'est, pas de souci. » Finit-elle avec beaucoup de complaisance.

Pourtant ses mots disaient une chose mais ses yeux en disaient une autre, comme si elle avait un regret à exprimer qui resterait coincé en travers de sa gorge, comme si elle regrettait que j'ai écourté notre entretien de la veille et puis, plus rien, plus d'émotion, le visage du flic était de retour juste à temps. Elle m'a salué d'un signe de tête, je l'ai imité et elle m'a tourné le dos pour rattraper le vieil Albert et son chien qui marchaient quelques mètres devant.

Alors je suis remontée en selle, j'ai fait craquer ma nuque, je pensais être soulagée et pourtant je sentais une tension toujours présente entre nous. J'ai soupiré en secouant la tête. Il y avait vraiment quelque chose d'étrange, quoique je fasse, ça avait l'air de tourner mal. Je trottais gentiment avec Hamiral en dépassant le Shérif et Albert puis je suis partie au grand galop. Avry a aboyé sur ma monture mais heureusement il s'est résigné à nous courir après. J'ai bifurqué avec agilité pour rejoindre le chemin que Sophie et Henry avaient pris pour rejoindre le ranch et j'ai disparu de leur vu avec un gout amer à propos de cette rencontre inattendue.

Emma Swan :

C'était étrange cette rencontre dans les bois. J'avais aimé qu'elle essaie de s'excusez. Même si elle n'avait pas vraiment à le faire. Mais elle avait eu un comportement étrange, s'excuser ne doit vraiment pas être dans ses habitudes. Mais elle avait fait l'effort et ça m'importait beaucoup, je ne sais pas pourquoi, son regard avait changé en une seconde, quand elle avait posé le pied à terre, elle paressait déboussoler. Je crois vraiment que les excuses ce n'étaient pas son fort.

J'ai ramené Albert et son chien chez eux et je suis rentrée au Poste, en ne pensant qu'à une chose, l'allure de Regina Mills en cavalière. Je secouais la tête et j'enclenchais la radio sur la fréquence de la police qui grésillait dans le vide. Aucun message, aucun appel, le calme plat.

J'ai sursauté en apercevant enfin l'Agent Graham assit dans son fauteuil à son bureau.

« Bonjour Sherif !»

« Agent Graham ? Qu'est-ce que vous faites là ?»

« Eh bien… j'ai pensé que vous auriez besoin d'un peu de compagnie pour la garde du dimanche. » Me dit-il en se levant de son siège et en avançant lentement vers moi.

« Eh bien vous pensez mal. Vous n'avez pas une famille avec qui passer vos dimanches ? »

« Ho, non ! C'est Nolan qui est marié et qui a un nouveau-né… moi je suis plutôt … un loup solitaire. » Dit-il en se rapprochant de plus en plus.

Je n'aimais pas le ton de sa voix, ni la lueur dans ses yeux. Il était très bel homme, soit, mais il était mon sous-officier, et je me disais, si j'avais bien deviné ses intentions, qu'il avait plutôt intérêt à s'arrêter maintenant ou à faire machine arrière très vite.

« Hm, ouais moi aussi … »

« Alors ça tombe plutôt bien… »

« Et je tiens à le rester, Agent Graham. »

« Mais personne ne tient à rester seul toute sa vie… »

« Il faut croire que si. »

« Nous pourrions former une nouvelle meute de petits louveteaux solitaires… »

« Je vous arrête tout de suite. Je ne suis pas intéressée… Vous n'êtes pas de service, alors rentrez chez vous. Tout de suite. »

Il insista, pensant que ce regard qui se voulait charmeur aurait un effet hypnotisant sur moi. Il approcha lentement et voulu porter sa main à mon visage. Chose qu'il regretta.

« Agent Graham. Dehors. Tout de suite. » Lui ai-je répété en lui tordant le poignet.

Le froid glacial dans mes yeux bleus et le ton de ma voix sans compromis, lui ont fait faire quelques pas en arrière quand j'ai relâché ma prise. Il avait compris son erreur. Il aurait pu avoir une chance dans d'autres circonstances, mais sa manière de faire le mettais hors-jeu avant même le début du match. Et de toute façon, je ne mélangeais jamais travail et vie privée. Il attrapa sa veste et fila par la porte de service sans demander son reste.

Je me suis affalée dans mon fauteuil et j'ai soupiré lourdement, tout aussi lourdement que la façon dont il avait tenté de me draguer. Ainsi j'étais réellement en poste à Storybrook, où les affaires de chiens perdus sont vos priorités et où les collègues vous draguent ouvertement. Au moins, le bol d'air que j'avais pris en forêt, m'avait fait du bien. Et puis, je l'avais croisé et l'image d'elle en cavalière ne me quittait toujours pas.

Ça devenait insupportable d'ailleurs, ces visions d'elle magnifiques qui s'imposaient à moi sans que je le veuille. Je pensais à ce vieux démon, mon attirance pour la gente féminine, dont j'avais longtemps eu espoir qu'il ne fusse qu'une erreur de jeunesse comme tant d'autres. Mais une fois adulte, il s'est avéré, que je ne m'étais rien refuser de ce genre de plaisir, sans toutefois ne jamais m'attacher à quiconque, ni homme ni femme. Mais Regina Mills m'obsédait, Regina Mills avait autre chose, quelque chose de particulier qui m'était inaccessible et inconnu.

La fin de journée fut la plus longue de toutes mes gardes, elle passa si lentement que j'eu le temps de laisser mon esprit vagabonder dans les couloirs de la Mairie, au risque de le regretter plus tard.

Regina Mills :

J'avais passé la plus agréable des journées depuis bien longtemps, depuis si longtemps que je n'arrivais même pas à m'en souvenir. Retourner aux écuries que fréquentait Daniel était un défi que j'avais cru insurmontable mais Henry m'y avait poussé et aidé à sa manière. Ressentir les sensations de la chevauché m'avait effectivement manqué. Avec la mort de Daniel, je m'étais interdit de remonter, puis l'envie m'était passé, jusqu'à ce que l'idée vienne de mon fils.

Henry avait été charmant et cette balade équestre s'était relevé une merveilleuse idée et un exutoire nécessaire. J'étais aux anges, j'avais évacué tout mon stress grâce à Hamiral et son galop puissant. J'étais détendue, bien que ma rencontre impromptue avec le Sherif Swan m'ait laissé un gout amer. J'avais encore cette impression d'avoir tout raté et de l'avoir vexée ou énervée, enfin je ne sais pas, mais dans tous les cas, moi j'avais été très mal à l'aise.

Mal à l'aise de ce regard sur moi qui me détaillait fermement, mais aussi surprise de la voir en pleine forêt, je n'avais pas demandé mais j'avais compris qu'Albert s'était encore perdu avec Avry, mais ce qui m'étonnait c'était qu'elle se soit déplacée jusque-là pour aider cet homme à retrouver son chien. Le flic hors pair de Boston se révélait être aussi un véritable Saint-Bernard. Un sauveur presque.

Après cette belle journée, et une fois débarrassé de l'odeur des écuries, après avoir pris un bon bain, je préparais à manger pour le diner du soir quand on sonna à la porte.

Le temps que j'arrive, Henry avait ouvert la porte mais il repartait en courant dans les escaliers pour rejoindre sa chambre.

J'ai ouvert la porte en grand et j'ai eu la grande surprise d'y trouver Mademoiselle Blanchard, enfin tout nouvellement Madame Mary-Margareth Nolan. L'institutrice d'Henry qui gardait son nom de jeune fille pour enseigner.

« Bonsoir Madame Mills »

« Mary-Margareth ? Qu'est-ce que vous faites ici ?»

« Pardon de vous déranger, mais je suis passée hier soir et il n'y avait personne… »

« Oui, Henry était à sa leçon de piano et moi… peu importe. Que puis-je faire pour vous ? »

« Est-ce que nous pouvons discuter quelques instants ? Rien d'alarment, je vous rassure, je… »

Je lui ai fait signe d'entrer et elle m'a suivi dans le couloir, puis dans la cuisine où je baissais la chaleur des fourneaux, anticipant que cette conversation allait nous retarder pour le diner.

« Alors, dites-moi tout. » Ai-je dit en croisant les bras.

« Hm, bien, je… je me suis inquiétée, sachant à quel point vous mettez un point d'honneur à être rigoureuse, à cause de votre poste de Maire déjà et puis dans la vie, vous … »

« Mademoiselle Blanchard, venez-en aux faits. »

« Oh, oui, pardon, voilà, je n'ai reçu aucun mot de votre part justifiant les absences d'Henry cette semaine et je comprends, vous êtes très occupée mais ce n'est pas dans vos habitudes de laisser une telle chose sans suite. J'étais heureuse de revoir Henry en classe mais sans aucune explication de votre part… alors je me suis dit… »

« Attendez ! Quoi ? Quelles absences ? »

« Ho, comment ? Vous n'êtes pas au courant ? » Bafouilla-t-elle en ouvrant de grands yeux, totalement confuse.

« Eh bien de toute évidence, non. » Ais-je dis d'un ton sévère avec la colère qui commençait à monter.

« Ecoutez, Henry est un élève brillant et un gentil garçon … »

« Je le sais … mais son comportement à changer ces derniers temps. »

« Je l'ai remarqué aussi. »

« Et faire l'école buissonnière ça ne lui ressemble pas. Il aurait pu être encouragé par d'autre à faire ce genre de chose ?»

« Je ne penses pas, aucun autre élève ne manquait à l'appel et Henry est plutôt… »

« Solitaire, je sais. Bon et bien, ne vous inquiétez pas, je vais régler ça avec lui. Et s'il a manqué des examens, vous lui ferez passer lundi matin. »

« Oh, non, ce n'est pas nécessaire. »

« Si, ça l'est. »

Sur ce, je l'ai raccompagnée à la porte.

« Merci et bonne soirée Mademoiselle Blanchard… Heu je veux dire Madame Nol… »

« Hm, ce n'est rien. Merci Madame le Maire. »

J'ai refermé la porte en tentant d'être le plus poli possible mais je bouillais d'impatience et de colère.

J'avais plusieurs options : hurler et le punir était mon premier choix, le plus impulsif, celui qui me ressemblait le plus ou bien attendre et en discuter pendant le diner. Etre plus posé et l'écouter au lieu d'être en proie à l'énervement. Enervement surtout causé par le fait que je ne m'étais aperçu de rien. J'avais perdu le contrôle et la vision globale de la situation. Mon fils avait séché l'école pendant plusieurs jours et je n'avais rien vu. Il avait passé des heures en dehors de la responsabilité de l'école, il aurait pu lui arriver n'importe quoi même si la ville était plutôt sûr. J'avais soudain peur pour une chose qui n'avait pas eu lieu mais sur laquelle je n'aurais eu aucun contrôle. Je me sentais minable comme si je n'étais pas à la hauteur, comme si j'avais échoué, et j'étais par-dessus tout très inquiète.

C'était contre moi que j'étais le plus en rogne, il fallait l'avouer.

Pendant un instant un sentiment très peu connu de culpabilité me traversa l'esprit, j'avais passé la semaine à m'occuper de cette histoire de logement de fonction pour notre nouveau Sherif, j'avais peut-être délaissé Henry. Qui j'essayais de leurrer là ? J'avais délaissé mon fils depuis longtemps déjà, j'avais été une mère distante et froide, autoritaire et trop organisé, ne laissant que peu de place à l'enthousiasme, à l'inventivité et aux débordements inconscients de mon enfant. Je m'étais enfermée dans ma solitude et dans la tristesse de ne pas vivre ses années-là avec Daniel auprès de moi. Et le comportement d'Henry aujourd'hui ne devait pas m'étonner. J'étais la seule responsable et ça ne datait pas du début de la semaine.

Je me suis fixée au pied de l'escalier. J'ai respiré un bon coup, toujours incapable de savoir si j'allais être intransigeante ou bien magnanime. Incapable de savoir si j'allais le punir sévèrement ou si j'allais lui donner l'occasion de s'expliquer.

« Henry » Hurlais-je dans la maison. « Viens manger ! »

J'ai rebroussé chemin en ruminant ma colère. Je n'allais pas laisser passer des jours d'école buissonnière mais j'allais écouter ce qu'il avait à dire pour sa défense. Les nœuds de stresse que j'avais évacué en balade revenait au galop pour contracter ma nuque.

Il est arrivé dans la cuisine en trainant les pieds et le regard fuyant. Il s'est mis à table et a empoigné sa fourchette sans dire un traitre mot. Il avait le visage d'un enfant que l'on a déjà puni, mais je n'allais pas passer outre, c'était bien trop grave.

« Henry. »

« Oui, maman. »

« Nous venons de recevoir la visite de ton institutrice, tu as vu ? »

« Oui, maman. »

« Et sais-tu de quoi elle voulait m'entretenir ? »

« Je penses que oui. »

J'insistais du regard pour qu'il avoue sans que j'aie à l'y pousser mais il restait muet et tête baissée.

« Henry ? »

« Oui maman, je … je suis désolé. »

« Désolé de quoi. »

« Désolé d'avoir sécher le début de la semaine. »

J'ai soupiré de soulagement, il n'essayé pas de nier ou de me mentir.

« Comment tu as pu croire que je ne serais pas mise au courant tôt ou tard ? »

« Je ne sais pas. »

« Henry, ces derniers temps je ne te reconnais plus. Tes notes ont baissé et maintenant tu ne vas pas à l'école. J'aimerais savoir ce qui se passe ? J'aimerais savoir ce que tu as fait pendant tout ce temps ? Henry je dois savoir où tu es, tu es mon fils, tu n'as que dix ans et je m'inquiète pour toi. »

« Bah arrête, on est à Storybrook, il ne peut rien arriver ici. »

« Peu importe, tu n'as pas à être livré à toi-même alors que tu dois être sous la responsabilité de ton école…. Je peux savoir où tu étais ? tu étais avec des amis ? »

« Non, j'étais seul. »

« Qu'est-ce que tu faisais ? »

« Je … je … suis désolé, maman. »

Il avait cet air triste sur le visage qui me brisait le cœur. Il n'avait pas manqué les cours pour aller s'amuser avec des camarades, ni pour aller faire le voyou, ce n'était pas son genre, mais il semblait peiné pour une chose qui ne voulait pas m'avouer.

« Tu peux tout me dire, Henry. »

« Tu vas me punir ? »

« Pour avoir été absent à l'école oui. Mais je ne te punirais pas plus si tu m'explique pourquoi. »

« J'ai … j'ai perdu quelque chose alors j'ai passé mes journées à le chercher. »

« Quoi ? Tu as … Qu'est-ce que tu as perdu ? »

« Le… le sac de billes de papa. » A-t-il dit les larmes aux yeux en sortant de sa poche une carte de la ville, plié en dix, et bariolée de croix et de flèches.

Je comprenais mieux à présent. Il tenait à ce sac de billes comme je tenais à la prunelle de ses yeux. A travers moi et mes souvenirs, devenus douloureux avec les années d'absence de Daniel, Henry s'était fait une image idéale de son père adoptif et il lui manquait sans même le connaitre. Daniel avait aimé ce bébé dès le premier jour et, jusqu'au dernier de ses jours, il avait été un père parfait, aimant et attentionné. Moi seule, je n'avais plus eut la force, je n'avais pas été à la hauteur et j'avais empiré la situation au fil des années, au point qu'il y ait un trou béant dans le cœur de mon fils que je ne n'arrivais pas à combler.

Je me suis levée de ma chaise et j'ai pris Henry dans mes bras. Il n'a pas retenu ses larmes qui l'ont libéré, pour qu'il reprenne enfin sa respiration et qu'il souffle en m'avouant qu'il était désolé.

« Ce n'est rien Henry, mais pourquoi tu ne m'as rien dit ? »

« J'avais peur que tu te fâches, ce sont les billes en pierre de papa. Tu y tiens aussi. »

« Oui j'y tiens, c'est un souvenir d'enfance mais je tiens encore plus à toi … Et tu aurais dû me le dire. »

« Je le sais. »

« Non, je suis sérieuse, tu aurais vraiment dû m'en parler. »

« Je sais mais… Pourquoi ? »

« Parce que je t'aurais dit que j'ai failli tomber en glissant sur ses satanées billes… »

Je le regardais dans les yeux et j'ai ouvert le tiroir ''fourre-tout'' de l'îlot de la cuisine avant d'en sortir son sac en velours rempli de toutes ses précieuses billes.

« … et que je les avais rangés là en attendant. » Ai-je fini par dire.

Ses yeux se sont écarquillés de joie puis ses joues se sont empourprées de honte.

« Mince… maman, désolé. » Me dit-il de sa petite voix coupable.

« Henry tu peux tout me dire et jamais je ne t'aurais disputé si tu avais perdu ses billes. »

« Mais c'est à papa et tu tiens beaucoup à … »

« Henry, ces billes sont à toi maintenant, et si tu les avais perdus, j'aurais compris ta peine et je ne t'en aurais pas voulu… »

« Tu les as trouvés où ? »

« Eparpillées dans l'entrée, elles ont dû tomber de ton sac un matin, j'ai failli y laisser une cheville. »

« Pardon »

« Ce n'est rien… et… Je m'aperçois que j'ai mis à la cave tous les souvenirs de ton père mais que je t'ai fait vivre son absence au quotidien… et je m'en veux Henry. Nous allons changer cela. »

Il m'a souri tendrement en plongeant sa main avec délectation dans le sac de billes pour les sentir entre ses doigts. Son sourire valait plus que tout pour moi et la punition s'envolait pour l'instant de mon esprit. On en reparlerait plus tard.

J'ai repris le cours de mon assiette et Henry était de nouveau plus à l'aise. Mes yeux se sont perdus dans le rouge de mon verre de vin, puis dans le vide, contente d'avoir pu dialoguer avec mon fils sans que ça finisse en hurlement et en crise de nerfs. Puis mes yeux se sont posés sur sa carte au trésor dépliée sur la table et un détail attrapa ma curiosité. D'un seul coup d'œil, j'avais compris qu'il avait établis des repères sur la carte pour tous les endroits qu'il fréquentait quotidiennement, les lieux de recherches principaux pour sa mission 'sac de billes'. Je m'apercevais que ces principaux lieux de vie étaient surtout l'école, la maison, la bibliothèque et le vieux fort abimé près de la plage. On y trouvait aussi des croix sur le Granny's Diner, l'immeuble de Mr Hopper, son professeur de piano, la salle d'arcade et le marchand de glace. Il était plutôt organisé, ça ne m'étonnait pas, il tenait donc un peu de moi quand même.

Mais ce qui m'intrigua c'était les étoiles jaunes sur certains lieux, alors j'ai porté mon regard sur sa légende en bas de la page.

En face l'étoile jaune il y avait inscrit : Super Cop. Le Super flic ? Le Sherif ? Quoi ? Swan ? Le Sherif Swan ? Mon sang ne fait qu'un tour. Il avait fait ses recherches avec le Sherif Swan ? Comment s'était possible ? Je l'avais vu toute la semaine, jamais elle ne m'avait dit qu'elle avait rencontré mon fils. Comment aurait-elle pu l'ignorer ? Comment avait-elle pu me mentir ?

« Henry ? »

« Oui maman ? » Dit-il avec la bouche pleine, beaucoup plus détendu qu'au début du repas.

« C'est quoi ces étoiles jaunes sur la carte ? »

J'ai vu son visage se transformer et sa petite main se glisser jusqu'à la carte pour la replier et la ranger vite fait. Je sentais le conflit grandir en lui. Il n'avait pas envie de me mentir, cela se voyait mais il se trémoussait sur sa chaise pour se retenir le plus longtemps.

« Henry ? »

« Ecoute maman, faut pas te mettre en colère… »

« Et pourquoi je devrais me mettre en colère? Mon fils me ment toute la semaine, il sèche l'école, je me trouve déjà bien trop conciliante. Henry ! … Alors ? »

« S'il te plait, il ne faut pas lui en vouloir, elle voulait seulement m'aider, elle voulait pas que j'ai d'ennuis et elle a tout fait pour que je retourne à l'école au plus vite… »

« On parle bien de la même personne ? »

« Oui, maman… du Sherif Swan. » A-t-il dit tout peiné comme un suspect qui finirait par avouer le nom de son complice.

J'ai respiré fortement pour faire passer ma colère qui montait de plus en plus. Je n'en revenais pas. Elle avait joué le rôle du nouveau Sherif parfait et pourtant, dans mon dos, elle avait aidé mon fils à sécher les cours. J'étais outrée et j'avais envie de hurler mais je me suis retenue, le self-control était un don que je maitrisais à merveille - quand je le voulais - et pourtant j'étais à la limite de me contenir ce soir.

« Très bien, je vois… je ne sais pas à quel jeu elle joue, mais je ne laisserais pas passer ça ! »

« Maman, non, écoute, elle a juste voulu m'aider et elle m'a persuadé de retourner à l'école. »

« Peu importe, je dois régler ça. Toi, brosse-toi les dents et file au lit, moi je dois avoir une discussion avec le Sherif Swan. »

« Non, non surtout pas, maman ! » Hurle-t-il, en me barrant le passage devant l'évier où je venais de jeter violement mon assiette.

« Mais enfin, Henry, c'est très grave ! Ce nouveau Sherif, qu'on connait à peine, n'avait aucun droit de passer du temps avec toi, alors que tu aurais dû être à l'école, si elle t'a surpris à faire l'école buissonnière, elle aurait dû… »

« Mais maman ! attend, s'il te plait, elle ne voulait pas que j'aie d'ennuis ! Et elle m'a obligé à retourner à l'école en faisant les recherches à ma place et si je n'y été pas retourné très vite, elle m'aurait dénoncé… mais elle voulait juste m'aider ! »

« Je vois. »

« Ne lui en veut pas, rien n'est d'sa faute, elle vient d'arriver… et elle est très seule, je crois … un peu comme toi… tu devrais… »

« Je devrais quoi ? »

« Tu devrais t'en faire une amie. » Me dit-il sur un ton que j'ai eu du mal à saisir, un ton bien plus franc et adulte que je ne lui connaissait pas.

Il a fini par me sourire, on a échangé un regard complice. Je devrais être folle de rage, et je l'étais mais je pensais comprendre ce qui avait poussé le Sherif à agir ainsi, enfin je crois. Je ne sais pas trop comment mais ma colère retomba. Il faudrait que je tire ça au clair mais finalement Henry avait raison, de quoi j'aurais eu l'air en débarquant dans sa chambre au Granny's Hôtel en l'incendiant pour avoir passé du temps avec mon fils alors que je n'étais même pas au courant qu'il avait été absent à l'école ? De quoi j'aurais eu l'air, alors que je venais de commencer à tisser des liens avec elle - des liens étranges, certes - ?

A bien y réfléchir, j'avais confiance en elle, au moins Henry n'avait pas été tout le temps seul dehors, il était en sécurité avec le Sherif et il était finalement retourné à l'école.

Je devais me calmer. Je devais réfléchir avant de lui parler, je devais soigner mes mots pour une fois pour ne pas me retrouver dans un nouvel embarras, comme celui de cet après-midi.

Emma Swan :

Ma cuillère tournait en rond dans mon bol de soupe comme cette rengaine d'un vieux tube de mon adolescence qui tournait en boucle dans ma tête. J'avais pour seule compagnie les élucubrations de mon propre esprit, j'avais pour seule amie ma solitude et mon éternelle fausse bonne humeur.

J'avais beau me persuader que l'état actuel de ma vie était tout à fait satisfaisant, je n'arrivais pas à trouver une seule bonne raison de sourire. A Boston, c'était facile de se voiler la face, la ville grouillait d'âmes errantes, et il y avait toujours quelque chose à faire, au point que la solitude n'y paraissait pas. Mais ici, elle m'éclatait à la face à chaque instant, cette satané solitude. Et cette bonne humeur sur mon visage s'estompait dès que je fuyais les regards. J'essayais de penser à autre chose qu'à ses sujets qui me fâchent ou que je fuis depuis toujours, je pensais à mon passé, à mes années de fuite, à mes années d'erreurs, à tous ces gens qui avaient traversé ma vie pour la bousiller un peu plus chacun leur tour. Je pensais à ses parents sans visage qui étaient les miens, je pensais à tous ces éducateurs et ces assistantes sociales, toutes ces familles d'accueil, tous ses faux amis, tous ses vrais ennemis, tous ces camarades que j'avais suivit dans des jeux bien trop dangereux, je pensais à cet homme que j'avais aimé et à cet enfant que j'avais abandonné.

Jugée comme une adulte, accouchant en prison, j'avais été le pire de moi-même ces années-là. A ma sortie, je m'étais repentis et engagé dans la police, j'avais fait mes classes, passée toutes les formations hauts la main et admise à l'Académie avec Mention. J'avais réussi à changer ma vie, j'avais voulu être seule pour ne plus souffrir et ne plus jamais recommencer mes erreurs.

Je préférais me résigner, j'ai fini mon repas car j'avais faim même si je n'avais pas d'appétit je souriais machinalement à Ruby avant de retrouver ma chambre morne où je m'allongeais sur le lit, le regard perdu au plafond. Et je luttais encore contre mes vieux démons qui se réveillaient quand je voulais dormir, comme des cicatrices qui se réouvrent après une mauvaise chute.

Pourquoi, alors que depuis des années je le vivais bien, pourquoi aujourd'hui, tout me revenais en block ? J'avais été la petite amie d'un jeune trafiquant, dealer, voleur, maitre chanteur, du nom de Neal. J'avais 15ans à l'époque, j'avais fui les familles d'accueil et les foyers, je vivais dehors et lui, lui avait tout changé, il avait changé ma façon de voir les choses, il avait canalisé ma colère et ma rage pour en faire une arme redoutable. Nous étions un couple terrible, nous étions les maitres du monde, nous deux et notre bande, Lili, Peter et les autres enfants perdus. Dans notre monde imaginaire, dans notre forteresse imprenable, en forme de vieux hangar désaffecté sur les docks, nous étions les plus heureux du monde, sous l'emprise de nos potions magiques, nous étions les Rois de l'Univers. Jusqu'à ce que tout dérape. Jusqu'à ce que l'on me choppe pour une erreur idiote, jusqu'à ce que je tombe amoureuse d'Hannah, jusqu'à ce que je prenne peur de Neal, jusqu'à ce que je me rende compte que j'étais enceinte de lui, jusqu'à ce que je tombe dans un piège, que je tombe à sa place, et que je finisse enceinte et en prison à mes 18ans.

Etait-ce ce gamin, Henry, enfant adopté de dix ans qui me rappelait que j'avais abandonné un bébé ? Ou était-ce cette étrange attirance que je ressentais envers le Maire qui me rappelait l'attirance que j'avais eu pour Hannah à l'époque ?

Tout cela était si confus, jamais cela n'avait été aussi confus depuis mes années de prison. J'avais appris à gérer et canaliser mes sentiments et mes impulsions, au point de m'interdire quoique ce soit. Je savais gérer et me défouler comme il fallait, pour rester maitre de la situation, mais cela s'appliquait à des situations de missions de police, pas à ma vie privée. A Boston, mes heures de libres et mes journées off étaient réservées pour le jogging, la salle de sport, la piscine municipale, la cinémathèque, le stand de tir, les matchs de baseball au Fenway Park ou les retransmissions des matchs de basket au bar du coin. La seule relation de confiance que j'avais, c'était avec le vieux gardien de mon immeuble avec qui je regardais des vieux films à la tv le dimanche soir. Tout ça se mélangeait et le sentiment qu'il en ressortait, c'était qu'il y avait indéniablement un vide dans ma vie.

Je tentais de trouver le sommeil comme je pouvais, et je n'y arrivais pas et je tournais en rond, je divaguais en regardant la vue de la fenêtre, le froissais les draps ou faisais les cent pas dans cette petite piaule au parquet de vieux bois. Je n'étais plus en prison, mais ce soir, c'était tout comme et même quelques cachets ni purent rien.

Regina Mills :

Dans mon lit, je ressassais la journée et la balade surprise proposée par Henry, tout cela me ramenait inévitablement à mes souvenirs d'enfance :quand Daniel était jeune palefrenier pour se faire de l'argent de poche et que moi j'étais jeune cavalière en concours. Quand adolescente, je désertais mes leçons de piano pour passer mes après-midis à cheval avec lui. Quand je suis revenu de New-York, quand ma mère est morte en ne me donnant pas sa bénédiction, quand j'ai épousé Daniel quand même, et que ce fut le plus beau jour de ma vie, jusqu'à l'arrivé d'Henry.

Tout avait basculé le jour où Daniel était tombé de cheval, depuis je n'avais plus jamais été la même. Jamais plus mon sourire n'avait été vraiment sincère, jamais, même après des années, je n'avais éprouvé quelque chose de semblable à des sentiments ou des émotions profondes pour quelqu'un. J'étais figée dans le temps et dans ma peine. Même mon aventure avec l'agent Graham, aussi charmant et bel homme soit-il, ne m'avait atteint, je ne ressentais plus rien, je me croyais réellement morte de l'intérieur et incapable de ressentir à nouveau quoique ce soit. Si ce n'est cette toute nouvelle et étrange lueur dans le noir, cette décharge électrique qui me frôlait l'échine en présence du Sherif Swan.

Le Sherif Swan, j'étais en colère après elle, tout comme j'avais du mal à lui en vouloir. J'avais eu le temps de voir que les étoiles jaunes sur la carte d'Henry, les lieux réservés au Shérif pour les recherches, étaient tous des lieux éloignés du centre-ville et potentiellement dangereux pour un enfant seul, comme les abords des lacs du parc, la station essence à la sortie de la ville, le vieux Pont, la carrière et les mines de pierre où certains adolescents vont faire du vélo malgré les panneaux d'interdiction que j'ai fait mettre partout. Je finissais par penser qu'elle n'avait eu que pour ambition de le protéger effectivement.

Un vilain dilemme se posait à moi. J'avais envie de la voir et de lui en parler tout autant que j'avais honte et envie de la fuir. Qu'avait-elle pensé du fils du Maire qui ne va pas en classe ? Et toutes ces manières que j'ai fait devant elle, alors que mon fils était dans les rues de Storybrook, qu'avait-elle réellement pensé de moi ?

Je me torturais sous les draps, j'avais chaud puis froid et je ne sais comment j'ai fini par trouver le sommeil mais tous mes conflits intérieurs se réunissaient pour bientôt me faire cauchemarder. Tout s'embrouillait et devenait flou, excepté une seule chose, le visage du Shérif Swan.