Chapitre 6

Révélation

Bella

Les deux heures passèrent affreusement lentement et je fus extrêmement soulagée lorsque nous pûmes enfin sortir de cours. Cette salle exiguë était étouffante et la tension m'oppressait douloureusement. Je sortis aux côtés d'Angela et Jessica nous rattrapa dans le couloir en tirant Mike par le bras. Le contraste entre les deux était frappant, presque comique : Jessica était d'excellente humeur alors que Mike semblait faire le deuil d'un membre de sa famille. Les deux filles se mirent à bavarder bruyamment tandis que nous nous dirigions vers le parking. Lauren n'était pas avec nous et cela me soulagea car l'air de Mike me suffisait amplement. Lorsque ma voiture fut en vue, mon cœur eut un raté et je me statufiai sur place. Mes trois camarades se tournèrent vers moi. Mike semblait s'être réveillé, Jessica avait l'air plutôt inquiet et Angela haussa un sourcil en voyant mon air puis suivit mon regard. Son visage s'anima alors et elle donna un coup de coude discret dans les côtes de Jessica en désignant ma Chevrolet. Mike le perçut et tous deux se tournèrent d'un même mouvement dans la direction que leur montrait ma meilleure amie. J'avais complètement oublié qu'Edward devait me raccompagner chez moi - quelle idiote ! - et je louai le ciel de l'absence de Lauren.

Malheureusement, j'aurais préféré ne pas être en présence de Mike. Ce dernier nous salua brièvement, visiblement de très mauvaise humeur, avant de prendre fermement Jessica par la taille et de s'éloigner en direction de sa propre voiture. Jessica nous adressa un regard désolé par-dessus son épaule avant de monter dans le vieux 4x4 de son petit ami qui démarra en trombe. Je n'avais pas détaché mon regard du jeune homme adossé nonchalamment à la carrosserie écaillée de mon pick-up, les bras croisés sur la poitrine, un sourire en coin atrocement séduisant accroché à ses lèvres. Il me fixait d'un regard brûlant, les cheveux légèrement décoiffés et sa chemise ouverte aux trois premiers boutons. Pourtant, ce look débraillé lui donnait un air encore plus sexy et je sentis une bouffée de chaleur m'envahir et se diffuser dans tout mon corps pour venir se loger dans mes joues en feu. Je ne pouvais croire ce que je voyais. Edward était bien trop beau pour être réel et je n'arrivais pas à me persuader que c'était réellement moi qu'il attendait ainsi. À coup sûr, j'allais me réveiller d'un instant à l'autre en priant tout de suite après pour me rendormir immédiatement. Angela dut me prendre par le bras et m'entraîner d'elle-même pour me faire enfin réagir. Je maudis mes hormones et inspirai violemment une grande goulée d'air, autant pour me remettre à respirer que pour tenter de me calmer. Angela était tout sourire et cela ne me rassurait pas sur ses pensées ou ses intentions. Arrivée devant ma voiture, j'ouvris la bouche et réussis miraculeusement à lâcher un vague « salut » embarrassé. Il me répondit chaleureusement et me gratifia de son magnifique sourire.

Bon, je vais vous laisser là, je dois rejoindre Ben sur le terrain pour admirer son entraînement, déclara Angela en levant les yeux au ciel. On se voit demain Bella… n'oublie pas de le prévenir pour samedi soir, ajouta-t-elle un peu plus bas avec un clin d'œil, tout en s'arrangeant pour qu'il le perçoive nettement.

Puis elle s'éloigna en adressant un signe de la main à Edward qui lui rendit son salut avant de se tourner vers moi en faisant comme s'il n'avait pas entendu la dernière phrase de mon amie - bien que ses yeux prouvassent le contraire. J'étais sidérée par l'audace d'Angela. Je sentais le regard d'Edward me brûler mais je n'osais pas le regarder en face et continuai à la contempler s'éloigner en direction du terrain de football. Je ne savais pas comment présenter la chose sans qu'il se sente obligé d'accepter du fait que sa sœur les avait déjà engagés. Pourtant, je fus bien obligée de lever les yeux lorsqu'il s'adressa à moi d'un ton extrêmement doux - je le soupçonnais d'ailleurs d'avoir utilisé ce ton pour s'assurer d'avoir toute mon attention - ce qui fut une grosse erreur car l'instant d'après je me noyais dans l'océan de lave de ses prunelles incandescentes. Je remarquai d'ailleurs que ces dernières étaient plus dorées que d'habitude, extrêmement claires et bien plus douces que le matin même. Il tendait sa main dans ma direction.

Les clés, s'il te plaît, me dit-il malicieusement dans un sourire en coin fabuleusement sexy.

Je les lui remis machinalement et contournai le véhicule d'un pas peu assuré afin de monter côté passager. Edward me suivit, ouvrit la portière, prit mon sac pour le poser sur le sol, puis passa un bras autour de ma taille pour me hisser sur le siège. Je le laissai faire, sachant qu'aucune protestation n'aurait d'effet sur lui, et lui adressai un sourire reconnaissant tandis qu'il plaçait mon sac de cours à mes pieds. Je m'étonnai une fois encore de la facilité avec laquelle il m'avait portée sans effort et à peine eu-je le temps de cligner des yeux qu'il était déjà derrière le volant et mettait le contact. J'étais consciente que nous venions d'offrir aux élèves présents sur le parking un nouveau sujet de ragots mais cette fois-ci, je m'en moquais. J'étais un peu plus à l'aise maintenant que nous n'étions plus dans l'enceinte du lycée et je me détendis peu à peu. Mon cœur s'était calmé et ma respiration était redevenue régulière, ce dont je me félicitai intérieurement. Nous fîmes une partie du trajet en silence et je remarquai qu'Edward faisait attention à sa conduite, ce qui m'arracha un sourire amusé. Il ne manqua pas de le remarquer et se tourna vers moi, curieux.

Qu'y a-t-il ?

Je vois que tu t'es décidé à conduire de manière raisonnable, lui répondis-je sans me départir de mon sourire.

Il rit.

Ce n'est pas que je sois devenu adepte de la lenteur mais, sans vouloir te vexer, je ne tiens pas à ce que ta voiture rende l'âme entre mes mains.

Je lui lançai un regard noir, faussement vexée.

Oh, merci beaucoup de cette touchante attention mais, sans vouloir te vexer, je suis sûre que cette antiquité est plus solide que ta Volvo, répliquai-je.

Il rit une nouvelle fois et m'adressa un sourire espiègle qui m'inquiéta quelque peu.

Si tu y tiens, vérifions cela tout de suite.

Il appuya sur l'accélérateur sans que je m'y attende et le moteur gronda furieusement. Pourtant, ma voiture tint le coup jusqu'à chez moi ; ce qui n'était pas vraiment mon cas.

Lorsqu'Edward s'arrêta dans la cour, j'étais prête à rendre mon déjeuner tellement j'avais eu peur à chaque instant de voir de la fumée s'échapper de sous le capot. Edward éclata de rire en voyant mon teint blême et me rendit les clés d'un air satisfait.

Tu avais raison, cette poubelle roule mieux que je ne l'aurais cru.

Je pris quelques instants pour me remettre et sortis avec précaution. J'entendis la portière d'Edward claquer et il fut devant moi, mon sac à l'épaule, avant que je n'aie eu le temps de m'en emparer moi-même. Je le regardai, surprise, et le sourire qu'il affichait me déstabilisa.

Tu rentres cinq minutes ? proposai-je sans y penser.

Je regardai autour de moi mais dus me persuader que c'était bien de ma bouche qu'étaient sortis ces mots. Ce fut lui qui dut cacher sa surprise et je regrettai un moment d'avoir parlé trop vite en voyant son air interloqué. Mais qu'est-ce qui me prenait ? Après tout, je ne le connaissais pas plus que ça ! Puis il se ressaisit et son magnifique sourire en coin naquit sur ses lèvres.

Avec plaisir, lâcha-t-il finalement, un ton plus bas que la normale.

Je déglutis difficilement et balbutiai.

Alors rends-moi mon sac… Les clés sont dedans ! ajoutai-je devant son air étonné.

Il me le tendit mais refusa que je le prenne. Je secouai la tête, exaspérée, et fouillai d'une main dans la poche avant pour trouver mes clés. Il m'emboîta le pas jusqu'au perron et me tint la porte tandis que je l'ouvrais. J'étais assez stressée, parce que je savais que je devrais lui annoncer le programme de samedi soir, et je n'avais aucune idée de la réaction qu'il allait avoir. Je lui dis de poser mon sac dans l'entrée et il me suivit dans la cuisine. Il refusa à manger et à boire mais je devais occuper mes mains pour les éviter de trembler et je me préparai donc un sandwich de ma seule main gauche, ce qui n'était pas aisé.

Tu n'as pas déjeuné à midi ou tu manges toujours autant avant le dîner ? demanda-t-il en riant.

J'avais bien déjeuné et n'avais absolument pas faim. Je ne savais pas ce qui m'arrivait.

Ni l'un ni l'autre mais j'avais besoin de faire quelque chose et c'est tout ce que j'ai trouvé.

Son rire cristallin me parvint aux oreilles et je frémis. C'était la première fois qu'un garçon passait le pas de la porte de la maison sans que mon père soit au courant et je priai pour que le travail le retienne le plus longtemps possible. J'imaginais déjà les soupçons qu'il aurait s'il découvrait Edward dans sa cuisine, assis sur sa chaise.

À propos, commença Edward.

Je vis qu'il semblait mal à l'aise et abandonnai mon sandwich pour le rejoindre à table.

Qu'y a-t-il ? demandai-je, curieuse.

Qu'avais-tu à me dire de si important pour qu'Angela insiste autant ? acheva-t-il rapidement, visiblement gêné.

Je rougis fortement et retournai à mon sandwich pour me donner une contenance.

Malheureusement, ma gêne et ma maladresse combinées firent que l'assiette finit à terre. Lâchant un juron, je me baissai pour ramasser les dégâts mais Edward fut plus rapide que moi. Nous nous retrouvâmes accroupis l'un en face de l'autre, ma main posée sur la sienne déjà sur le sandwich, nos visages séparés d'à peine dix centimètres. Je sentis son haleine fraîche sur mon visage brûlant et fus prise de violents frissons, mais j'étais incapable de bouger. Mon regard rencontra le sien et nos prunelles s'accrochèrent. Je perdis pied, retenant ma respiration et plongeai dans le miel si dangereusement attirant de ses iris. Le temps semblait s'être arrêté et nous étions figés dans cette position inconfortable, incapables de mettre une distance plus décente entre nos deux corps. Sa main libre se leva lentement et vint caresser ma joue. Son contact glacé provoqua une nouvelle bouffée de chaleur et j'aurais pu lui sauter dessus à l'instant si je n'avais eu la retenue nécessaire pour m'en empêcher. Je n'osais pas bouger et je ne pensais plus depuis longtemps de peur de gâcher ce moment. Ses doigts fins glissèrent le long de ma mâchoire pour venir se placer sous mon menton. Il le souleva légèrement pour amener mon visage à sa hauteur et mon esprit embrouillé commença à bouillonner. Je ne distinguais plus les battements de mon cœur tellement les pulsations étaient rapides et j'étais au bord de l'évanouissement. Nos visages se rapprochèrent dangereusement tandis qu'il m'attirait à lui et ses prunelles flamboyaient de désir. Je me consumai littéralement et franchis les derniers centimètres qui nous séparaient pour venir effleurer ses lèvres des miennes.

Surprise par ma propre audace, j'eus un brusque mouvement de recul mais il glissa son autre main autour de ma taille pour me relever et me serra contre son torse gelé, sa main toujours sous mon menton, nos visages de nouveau beaucoup trop près pour mes sens en ébullition. Je me mordis la lèvre inférieure, tentant de garder mon sang-froid. Je n'avais plus aucune conscience de la réalité et du monde extérieur; son haleine mentholée m'enivrait, son regard de feu et de lave m'enflammait, son contact glacial me brûlait. Cette fois, ce fut lui qui franchit les dernières barrières et j'entrouvris inconsciemment les lèvres tandis qu'il se penchait vers moi, extrêmement concentré sur ses gestes. Jamais je n'avais osé rêver à ce moment, je m'étais toujours empêchée d'envisager cette éventualité pourtant tellement évidente, et mon cœur explosa lorsqu'il m'embrassa tendrement, laissant passer toutes ses émotions à travers ce contact tant désiré. Ses lèvres étaient aussi gelées que le reste de sa personne mais je ne m'y arrêtai pas. Elles avaient un goût de miel et de cannelle, exactement comme son odeur qui me faisait tourner la tête dès qu'il était à moins d'un mètre de mon corps. Il me serra plus fort contre lui, sans pour autant me blesser. Toute la tension de ces derniers jours s'évapora avec ce baiser et je m'abandonnai pleinement dans ses bras. Les miens s'enroulèrent autour de sa nuque pour venir accrocher ses cheveux incroyablement soyeux et sa main passa dans mon dos. Je me blottis davantage contre lui et notre étreinte devint plus fougueuse. J'ouvris la bouche et ma langue vint caresser sa lèvre inférieure, désireuse de franchir la dernière barrière. Il sembla hésiter un instant mais céda rapidement. Il me plaqua contre le plan de travail avant de fouiller avidement ma bouche de sa langue pressante. Je ne commandais plus mon corps qui répondait naturellement à chacun de ses mouvements. À cet instant, je ne désirais qu'une chose, lui appartenir. Je n'étais plus à même de penser à quoi que ce soit et je me fichais complètement que mon père ait pu entrer au même moment dans la cuisine. Je n'aurais su dire combien de temps nous restâmes dans cette position, lui une main caressant mon dos après être venue se loger sous mon tee-shirt, l'autre posée délicatement sur ma hanche, moi les mains enfouies dans sa chevelure cuivrée et nos langues bataillant pour prendre le dessus sur l'autre - et bien sûr, ce fut lui qui gagna la partie.

Je maudis mon manque de souffle qui me contraignit à me détacher de lui un instant pour reprendre ma respiration. Je rouvris les yeux et croisai son regard fiévreux. Nous étions tous les deux haletants et il ne m'était pas d'une grande aide pour reprendre mon calme, mais je n'eus pas le loisir d'émettre une protestation qu'il avait déjà repris possession de mes lèvres. Ce baiser fut plus bref et plus chaste mais non moins passionné et je le lâchai à contrecœur. Il effleura une dernière fois mes lèvres des siennes et me souleva par la taille afin de m'asseoir sur le plan de travail, les mains toujours posées sur mes hanches. Son sourire ravageur était éblouissant et j'avais toujours aussi chaud.

Alors ? Que se passe-t-il samedi ? me souffla-t-il à l'oreille d'une voix suave en agaçant mon lobe.

Ma respiration refusait de se calmer et je fermai les yeux en soupirant, mes bras de nouveau autour de sa nuque, le rapprochant de mon cou. Je le sentis sourire contre ma peau et il me fallut quelques secondes pour reprendre assez conscience et me remémorer ce qui devait avoir lieu samedi. Je lâchai d'une voix rauque tandis qu'il picorait ma gorge de baisers légers.

On avait prévu une soirée à Port Angeles avec la bande et à midi, il a été convenu qu'Alice et toi nous accompagneriez.

Il s'immobilisa soudain et me dévisagea un instant, visiblement surpris par ce que je venais de lui dire. Je pris peur.

Mais je comprendrais très bien que tu n'aies aucune envie de venir ! Après tout, il y aura Lauren, et Mike, et je sais que tu ne les apprécies pas.

Il déplaça ses mains pour les poser à plat sur le plan de travail de chaque côté de mon corps, se rapprocha de moi en se plaçant entre mes jambes, et demanda en me fixant intensément.

Je passe te prendre à quelle heure ?

Puis il m'adressa un sourire en coin qui me fit fondre de bonheur et je pris son visage en coupe pour l'attirer à moi. Je déposai deux baisers brefs sur ses lèvres douces et tellement sensuelles et souris en lui répondant.

Cinq heures c'est trop tôt ?

Il me regarda d'un air espiègle avant de m'attirer à lui et de répliquer dans un sourire.

Beaucoup trop tard, je ne tiendrai jamais jusque là.

J'éclatai de rire avant de le repousser doucement pour descendre de mon perchoir et entrepris de ramasser les débris qui gisaient à terre.

Tant pis pour mon dîner, ris-je en mettant le sandwich inachevé à la poubelle.

Je me tournai vers Edward et vis qu'il me regardait en souriant.

Quoi ? demandai-je, gênée.

C'est assez amusant de t'observer faire le ménage avec un plâtre, dit-il.

Il me tendit les bras en voyant que je me renfrognais et je me blottis contre lui.

Et ce sera sûrement plus comique lorsque je me mettrai à cuisiner, déjà que je suis maladroite quand j'ai mes deux mains, ironisai-je.

Je le sentis embrasser ma chevelure et soupirai d'aise. Son odeur capiteuse était exquise et me vrillait les sens. J'aurais aimé qu'il ne me lâche jamais. Pourtant, je sentais qu'il manquait quelque chose et j'étais incapable de dire quoi.

Et si je cuisinais à ta place ? demanda-t-il soudain.

Je relevai brusquement la tête, interloquée.

Tu es sérieux ? m'exclamai-je en le dévisageant avec des yeux ronds.

Tout à fait ! Je sais cuisiner, je te signale.

Y a-t-il seulement une chose que tu ne saches pas faire ?

Hum… Et bien, rien ne me vient à l'esprit pour le moment mais je te promets d'y réfléchir.

Il m'adressa un magnifique sourire en coin et ses yeux brillèrent. Incapable de résister à la tentation, je me hissai sur la pointe des pieds et, comprenant immédiatement mes intentions, il vint à ma rencontre en resserrant son étreinte autour de moi. L'instant était parfait et il me lâcha bien trop vite à mon goût.

Bon, il faut peut-être penser au dîner de ton père, déclara-t-il, visiblement résolu à se mettre aux fourneaux.

Je ris en me dégageant de ses bras.

Inutile de t'enflammer il n'y a plus rien dans les placards. Je devais aller faire des courses mais avec tout ce qui s'est passé, j'ai complètement oublié.

J'évitai de mentionner qu'il était majoritairement responsable de cette soudaine étourderie. Il regarda sa montre puis revint vers moi avec un petit sourire. Il passa ses bras autour de mes hanches, m'embrassa dans le cou et profita de mon trouble pour prendre les clés de ma voiture dans la poche arrière de mon jean. Je lui lançai un regard noir qui le fit rire - et moi rougir, évidemment.

Il n'est que dix-sept heures, ce n'est pas trop tard. Viens, je t'emmène, tu ne pourras pas tout porter de toute façon.

J'ouvris la bouche pour protester mais il m'arrêta en m'embrassant brièvement sur les lèvres puis disparut dans l'entrée sans me laisser le temps de réagir.

Allez Bella, les lasagnes n'attendent pas !

Je ris doucement et finis par le rejoindre, résignée. Il m'aida à enfiler ma veste et prit ma main dont il embrassa le dos avant de sortir de la maison. Je le suivis en fermant la porte à clé au passage.

Le trajet n'était pas long mais il se mit à pleuvoir avant que nous arrivions à la supérette. Nous nous dépêchâmes de pénétrer à l'intérieur et je faillis glisser plus d'une fois entre la voiture et l'entrée, ce qui fit rire Edward.

N'essaie pas de te briser l'autre poignet, Bella, tu n'as pas besoin de ça pour que je reste près de toi, me chuchota-t-il en m'embrassant près de l'oreille une fois à l'abri dans le magasin.

Je le dévisageai, déstabilisée, et fixai ses prunelles dorées. Je n'y vis que tendresse, sincérité et un autre sentiment que je me refusai de nommer, persuadée qu'il était le fruit de mon imagination. Comment notre relation avait-elle pu aller aussi vite alors que nous ne nous connaissions que depuis trois jours à peine ? Je voulais y croire mais tout cela ma paraissait bien trop irréel.

Nous avançâmes à travers les rayons et il ne nous fallut pas longtemps pour trouver tout ce dont nous avions besoin. Cela me faisait bizarre de faire les courses aux côtés d'Edward, j'avais une impression étrange et indéfinissable. Lui, au contraire, semblait très à l'aise et je me sentais encore plus gênée en me disant que j'aurais peut-être dû l'être également. Je trouvais la situation comique et tentai d'imaginer la tête de Lauren ou de Mike si l'on venait à les croiser. Je fus soulagée que le magasin soit désert car la tête que fit la caissière lorsque nous nous approchâmes du comptoir pour payer suffit à me mettre vraiment mal à l'aise. Est-ce que ce serait toujours ainsi ? Les gens me dévisagerait-ils avec autant d'insistance chaque fois que je me présenterais à côté d'Edward ? J'espérai sans trop y croire que tous n'étaient pas aussi indiscrets et me dis que de toute manière, Edward se lasserait de moi avant que j'aie eu le temps de prendre conscience de ce qui m'arrivait.

Bonjour Edward ! On ne te voit pas souvent par ici, salua gaiement la caissière, son regard curieux navigant entre nous.

Elle était assez grande et devait approcher de la cinquantaine. Plutôt belle, ses cheveux blonds ramenés en chignon, ses yeux bleu pâle et les traits de son visage me rappelèrent quelqu'un sans que je puisse déterminer qui.

Bonjour, Madame Mallory, salua poliment Edward en posant le panier sur le comptoir avec un sourire ravageur, j'accompagne seulement Melle Swan qui, comme vous pouvez le voir, est légèrement indisposée.

Melle Swan ? Indisposée ? Je retins un rire et m'arrêtai sur un autre élément de sa phrase. Il avait bien dit Mme Mallory ? Oh, non ! Cette femme était donc la mère de Lauren ! À présent, c'était certain, toute la ville saurait qu'Edward Cullen jouait les garde-malades avec la fille du Sheriff avant demain.

Isabella Swan ? Tu es donc la fille de Charlie, conclut-elle en se tournant vers moi et en me tendant la main. Ravie de te rencontrer, Bella. Tu es dans la classe de ma fille Lauren, je crois.

Effectivement, répondis-je placidement en serrant sa main toujours tendue.

Pour qu'elle m'appelle Bella et qu'elle sache que j'étais dans la classe de sa fille, il avait fallu que Lauren lui parle de moi, ce qui ne me rassurait pas.

Alors, tu te plais à Forks ? demanda-t-elle en jetant au passage un œil à Edward - ce qui sembla bien amuser ce dernier.

Eh bien… Forks est une ville… charmante, répondis-je simplement, peu désireuse d'épancher ma vie devant la mère d'une des pires commères du lycée.

Madame Mallory m'adressa un sourire que je trouvai quelque peu hypocrite et finit de mettre les articles achetés dans des sacs. Elle lançait régulièrement des œillades à Edward, qui restait imperturbable, lui adressant de temps en temps un sourire poli. Je bouillonnais de jalousie en me disant que la mère n'était pas mieux que la fille et la soupçonnais d'être la plus lente possible afin de pouvoir lorgner Edward un peu plus longtemps.

Voilà, dit-elle enfin, cela vous fera $28,76.

Je n'eus pas le temps d'esquisser un mouvement vers la poche de mon jean qu'Edward brandissait déjà sa carte de crédit - une belle carte prestige reluisante, je n'en croyais pas mes yeux. Je le regardai, stupéfaite.

Edward ! Tu ne vas tout de même pas payer notre nourriture, protestai-je, choquée et extrêmement gênée, tandis que Mme Mallory s'empressait de s'emparer de la carte qu'il lui tendait et de la passer dans l'appareil, le tout avec un petit sourire suffisant qui eut le don de me mettre hors de moi.

Ne t'en fais pas, ce soir, c'est moi qui invite, déclara-t-il doucement en reprenant sa carte ainsi que les sacs. Merci beaucoup, Madame, bonne soirée, salua-t-il avec un grand sourire avant de se tourner vers la sortie.

Au revoir, Edward, reviens quand tu veux, répondit-elle joyeusement.

Bonsoir, marmonnai-je, en sortant sans attendre de réponse.

La pluie tombait à flot à présent et nous nous hâtâmes de remonter en voiture. J'étais énervée par l'attitude de la mère de Lauren face à Edward et je m'en voulais car en réalité, je n'avais aucun droit sur lui. J'étais surtout effrayée par les sentiments nouveaux qu'il faisait naître en moi et que j'avais de plus en plus de mal à contrôler.

Bella, que se passe-t-il ? demanda-t-il au bout d'un moment en voyant que je ne bronchais pas.

En entendant son doux ténor apaisant, je me calmai immédiatement et me traitai d'idiote pour oser être de mauvaise humeur alors qu'Edward était à côté de moi.

Rien de grave, c'est simplement cette pluie qui est déprimante, le rassurai-je à voix basse - mais il ne se méprit pas.

Bella, voyons, je vois bien que quelque chose ne va pas. J'ai fait quelque chose de mal ? s'inquiéta-t-il soudain.

Je ne pus résister au regard peiné qu'il m'adressa et dus lui répondre sincèrement - j'étais d'ailleurs incapable de lui mentir quel que soit le regard qu'il m'adressait.

Bien sûr que non, c'est juste la mère de Lauren qui m'a mise en rogne à te regarder comme elle l'a fait.

Je rougis fortement, gênée de confesser une réaction aussi possessive. Il rit doucement et me prit tendrement la main, quelque peu soulagé. Son regard si chaleureux fit bondir mon cœur dans ma poitrine et toutes mes craintes s'évanouirent en un instant.

Tu n'as absolument aucune raison d'être jalouse, personne ici avant toi n'a réussi à attirer mon attention de ce point de vue-là.

Cette déclaration me déstabilisa pour deux raisons. La première, j'avais été la seule à Forks qui avait jamais obtenue son affection et cela me bouleversait profondément; la deuxième - et là résidait le problème -, il avait bien précisé personne « ici » et je ressentis un pincement au cœur à cette idée. Combien avait-il eu de fiancée ? Que représentais-je à ses yeux ? Et lui, que représentait-il aux miens ? J'étais encore incapable de répondre à toutes ces questions et je trouvais ma réaction complètement stupide. Après tout, il était bien normal qu'un jeune homme tel qu'Edward ait eu des conquêtes ailleurs, le problème était de me situer par rapport à ces « conquêtes » et cela m'effrayait. Qu'étais-je à côté ? Je sentais son pouce faire de petits cercles sur ma main pour me rassurer et chassai mes préoccupations de mon esprit pour profiter de l'instant présent. Aucun de nous ne parlait mais je sentais qu'un courant passait et cela me rassurait.

Lorsque nous arrivâmes dans la cour, mon père n'était pas encore rentré mais la voiture d'Edward était sagement garée devant la maison et je me demandai comment elle avait bien pu atterrir ici. Cependant, je ne posai pas de questions, commençant à m'habituer à la bizarrerie des Cullen. Alice avait dû penser à l'amener ici en voyant l'orage. Le temps que nous pénétrions dans la maison, nous étions tous deux trempés. Edward me tendit mes clés de voiture et alla poser les sacs sur la table de la cuisine comme s'il avait été chez lui. Ses cheveux dégoulinants lui tombaient par mèches sur le front, lui donnant un air sexy affreusement irrésistible. Il était décidément trop parfait et je ne pouvais me persuader qu'un être tel que lui puisse s'intéresser à moi. Il s'approcha de moi et m'ôta ma veste trempée. J'étais frigorifiée et tremblais de la tête au pied.

Tu ne devrais pas rester dans ces vêtements humides, tu vas prendre froid, me conseilla-t-il, l'air inquiet. Va prendre une douche chaude pendant que je m'occupe du repas, je vais me débrouiller, ne t'inquiète pas.

Et toi ? Attends, je vais te chercher des vêtements de mon père, dis-je en claquant des dents.

Non, non, ne t'en fais pas pour moi, je ne crains rien, vas t'occuper de toi, s'empressa-t-il de répliquer.

J'acquiesçai et allai tout de même lui chercher une serviette. Il m'embrassa et ses lèvres ne me parurent pas aussi froides que d'habitude, ce qui m'inquiéta sur mon propre état. Je montai à la salle de bains en frissonnant et gémis en voyant mon reflet dans le miroir. À présent, je comprenais pourquoi Edward s'inquiétait tant. J'avais une mine affreuse, la peau encore plus pâle que d'habitude, les lèvres violettes et les cheveux plaqués sur mon visage et mes épaules. Rien à voir avec le mannequin qui s'affairait dans ma cuisine. La douche me fit le plus grand bien et m'aida à éclaircir mes idées. D'abord, je devais bien avouer que je n'éprouvais pas qu'une simple attirance envers Edward, j'étais bien plus attachée à lui que je n'avais voulu le croire. Ensuite, il semblait réellement s'intéresser à moi, bien que je trouve cela étrange. Enfin, tout ce qui venait de lui était des plus étrange. Tout, dans son comportement, son attitude, toute sa personne était étranges. Il était vraiment différent des autres garçons que je connaissais et je ne disais pas cela comme toute fille parlant d'un garçon qui lui plaît, lui était VRAIMENT différent - TROP différent.

Je sortis enfin de la salle de bain, réchauffée et habillée de sec. Des bruits de voix me parvenaient de la cuisine et mon cœur manqua plusieurs battements avant de repartir à une vitesse incroyable. Je dévalai les escaliers à toute allure sans trébucher - miracle ! - et atterris face à mon père et Edward en grande conversation.

Papa ! Tu es rentré ? m'exclamai-je, essoufflée, en tentant de me ressaisir - en vain bien sûr.

Oui, et j'ai eu le temps de parler avec Edward pendant que tu finissais de te doucher, répondit-il avec calme et bonne humeur. Alors comme ça, vous allez ensemble à Port Angeles ?

Décidément, mon père ne cesserait donc jamais ! Où était passé le Charlie réservé et discret que je connaissais ? Je lançai un bref regard à Edward et il m'adressa un sourire encourageant qui eut l'effet inverse.

Oui, nous y allons avec toute la bande, ça sera sûrement très sympa.

Le four sonna et Edward s'empressa de sortir le plat de lasagnes. Mon père ne manqua pas de l'inviter à rester dîner avec nous, ce qu'il ne manqua pas d'accepter poliment, ce qui finit de me mettre mal à l'aise. Mon père dut remarquer mon manque d'enthousiasme car il me lança un regard étrange et un peu perdu je dois dire. J'aurais bien aimé pouvoir lire dans ses pensées à cet instant. Je me ressaisis afin de ne pas éveiller les soupçons de notre invité et le repas se passa plutôt bien. Mon père et Edward ne cessèrent de parler de tout et de rien - jamais je n'aurais imaginé qu'Edward aimait tant le baseball - et je les écoutai sagement en silence, retournant mes préoccupations dans ma tête. De temps en temps, Edward m'adressait de petits sourires rassurants qui ne me rassuraient pas, et mon père tournait vers moi des regards pleins de sous-entendus, ce qui m'agaçait. Edward refusa de manger quoi que soit - encore une chose d'étrange dans son comportement - et mon père ne se fit pas prier pour prendre sa part en le félicitant pour sa cuisine.

Enfin vint l'heure du départ et je fus soulagée lorsqu'Edward se leva en s'excusant et serra la main de mon père en le remerciant pour l'invitation. Ce dernier paraissait satisfait et son sourire était franc. Il se dirigea vers le salon et s'installa devant la télévision. Je raccompagnai Edward à sa voiture sans dire un mot et n'ouvrit la bouche que lorsqu'il se tourna vers moi.

Merci pour tout Edward, c'était vraiment très bon, le remerciai-je en glissant mes mains dans les poches arrières de mon jean, quelque peu gênée.

Je crois que ça s'est plutôt bien passé avec ton père, dit-il, satisfait.

Ouais, je crois bien que tu lui as plu, marmonnai-je en tournant la tête.

Que se passe-t-il, Bella ? demanda-t-il en se rapprochant de moi et en prenant mon menton pour que je le regarde. Ça t'a gênée que je reste ? Je voyais bien tu n'étais pas enchantée, tu aurais préféré que je m'en aille ?

Il semblait vraiment inquiet et encore une fois, je ne pus m'empêcher d'être sincère.

Non, pas du tout, c'est juste que je n'avais jamais présenté de garçon à mes parents et j'étais un peu stressée.

Je rougis face à cette confession et baissai le regard, mon menton toujours prisonnier entre ses longs doigts fins.

Je vois, marmonna-t-il, son regard se radoucissant. Et maintenant, qu'en penses-tu ? ajouta-t-il en me lâchant.

Je le regardai droit dans les yeux et répondis.

Tu as été parfait, comme toujours.

Il rit, visiblement rassuré.

Alors tu ne regrettes pas d'avoir présenté ton petit ami à ton père ?

Je sursautai au terme qu'il venait d'employer, stupéfaite. Mon petit ami ? Edward ? Edward Cullen ? Je ne voulais pas me réveiller, pas maintenant, je voulais que ça dure encore, même si le réveil serait d'autant plus difficile. Je n'avais pas encore oser mettre de nom sur notre relation que je jugeais éphémère et sans grande importance à ses yeux. Mais à présent, je ne savais plus où j'en étais.

Bella ? m'interpella-t-il, anxieux de ne pas avoir de réponse. Bella… soupira-t-il ensuite en baissant la tête. Si c'est trop dur pour toi, si ce n'est pas ce que tu veux, par pitié, dis-le moi maintenant. Parce que… après il sera trop tard, j'aurai trop de mal à le supporter. Tout à l'heure tu me demandais s'il y avait une chose que je ne savais pas faire… eh bien je me sens incapable de rester loin de toi, je ne peux plus faire comme si tu n'hantais pas mes pensées. Bella, je…

Il releva la tête et je croisai son regard désespéré. J'étais incapable d'ouvrir la bouche après cette déclaration et ne savais plus quoi faire. J'étais complètement perdue.

S'il-te plaît, dis quelque chose, n'importe quoi, s'écria-t-il finalement en me prenant par les épaules et en me secouant doucement alors que je ne réagissais toujours pas.

J'étais dans un état d'hébétude total. Je ne pouvais pas croire ce qui m'arrivait; mon cerveau, mon corps tout entier étaient incapables de l'assimiler - contrairement à mon cœur qui, lui, comprenait parfaitement ce que cela voulait dire et qui menaçait d'exploser à tout moment. Puis les larmes me montèrent aux yeux et Edward cessa immédiatement de me secouer, paniqué. Je me blottis vivement contre lui, passant mes bras autour de son cou, ma tête enfouie contre son torse. Il mit un instant à réagir, surpris, puis me serra contre lui en caressant mes cheveux. Il dut interpréter ma réponse muette car je le sentis embrasser le sommet de mon crâne et je crus avoir atteint le Paradis, bien que cette sensation de manque fût toujours présente sans que je puisse en déterminer la cause. Son odeur me calma peu à peu et je me reculai lentement, sans le lâcher, pour lui faire face et contempler ses yeux tellement exceptionnels.

Je… je ne veux pas m'éloigner de toi… je ne peux pas, murmurai-je, incapable de parler plus fort comme de prononcer un mot de plus.

Une étincelle illumina son regard et je ne pus me méprendre davantage sur la nature de ses sentiments - et des miens par la même occasion. J'étais littéralement amoureuse d'Edward Cullen et lui semblait bien l'être également, bien que cette idée me parût surréaliste. Il se pencha lentement vers moi et nos lèvres trouvèrent d'elles-mêmes le chemin. Nous restâmes ainsi un long moment et cet instant n'avait rien à voir avec le moment passé dans la cuisine quelques heures plus tôt. Cette fois-ci, nous arrivions, à travers ce baiser, à faire passer toute la force de nos sentiments dont nous avions à présent pleinement conscience, et je crus un moment que nous n'arriverions jamais à nous détacher l'un de l'autre.

Ce fut Edward qui se recula le premier lorsque je me mis à frissonner à son contact gelé. Il avait un sourire radieux aux lèvres et il caressa tendrement ma joue avant de me lâcher et d'ouvrir la portière de sa Volvo.

Je passe te prendre à sept heures trente demain matin, murmura-t-il en se penchant pour m'embrasser brièvement une dernière fois. Bonne nuit, ajouta-t-il dans un souffle qui me fit chavirer.

Je hochai la tête et lâchai un faible « bonne nuit » en retour. Il rit avant de se hisser dans sa voiture et m'adressa un dernier signe de la main avant de partir. Je restai là, pantoise, encore sous l'effet du choc. J'étais amoureuse, et mon petit ami s'appelait Edward Cullen. Je rentrai dans la maison en me répétant cette phrase, tout en évitant de penser à ce que produirait notre arrivée au lycée le lendemain.

Edward

J'étais finalement arrivé en avance et attendais Bella près de sa voiture. Je me sentais à nouveau comme à dix-sept ans et stressé comme un gamin attendant l'arrivée de sa première copine. Sauf que dans mon cas, ce n'était ni ma première fiancée, ni ma fiancée tout court. C'était juste différent. Quelque chose de bien plus profond que je n'avais encore jamais connu jusque-là. Et c'était grisant.

Je la vis descendre les marches du bâtiment en compagnie de ses amis et je pus presque sentir mon cœur s'animer à nouveau - à moins que ça ne soit qu'une simple réaction de mon cerveau pour me faire prendre conscience des sensations merveilleuses que Bella suscitait en moi. Elle gardait la tête baissée et semblait complètement ailleurs. Elle avait surtout l'air mal à l'aise et pressée de se séparer de ses camarades et cela m'intrigua. Je ne m'occupai même pas de ces derniers, bien trop occupé à la contempler. Lorsqu'elle leva enfin la tête et qu'elle m'aperçut, elle se figea soudain et me fixa, comme surprise de me voir. Je ne détournai cependant pas le regard et lui souris tout naturellement. Certains élèves présents ne perdaient pas une miette de la scène et leurs pensées farfelues m'amusaient. Je ricanai intérieurement en percevant celles de Newton qui s'imaginait en train de me défigurer alors que j'aurais aisément broyé son crâne d'une seule main, sans parler d'Emmett qui en aurait fait de la bouillie - pour son plus grand plaisir d'ailleurs. Mike entraîna finalement sa petite amie déçue de ne pas pouvoir m'approcher et laissa les deux filles seules. Visiblement, Angela était la seule des deux à être encore consciente de la réalité et elle dut faire avancer Bella pour que celle-ci reprenne contact avec la Terre ferme.

* Elle est complètement mordue, j'en étais sûre ! Cette fille est formidable, je n'ai jamais vu Edward dans un tel état ! * Angela.

Parce que je n'avais jamais été dans un tel état.

Les filles s'approchèrent et Bella me salua timidement. Je me demandai ce qui avait bien pu se passer en mon absence pour qu'elle soit de nouveau aussi gênée en ma présence, et Angela répondit à mes interrogations muettes en se remémorant une partie de la « torture » qu'elles avaient infligée à Bella à la cafétéria tout en me regardant avec un sourire malicieux. Cette fille était loin d'être idiote et certainement la plus sympathique de ce lycée. Je lui souris donc aimablement après avoir répondu à Bella.

Bon, je vais vous laisser là, je dois rejoindre Ben sur le terrain pour admirer son entraînement, nous dit-elle en prenant son fiancé comme prétexte pour nous laisser seuls. On se voit demain Bella… n'oublies pas de le prévenir pour samedi soir. * Je suis certaine que ce sera un jeu d'enfant pour elle de le convaincre, elle le tient déjà et elle ne s'en rend même pas compte. *

Angela m'adressa un regard appuyé et un sourire espiègle avant de tourner les talons. Elle ne pensait pas à la samedi soir mais à Ben qu'elle partait rejoindre - ces deux-là s'étaient vraiment bien trouvés - et je ne pus donc pas avoir de plus amples informations sur cette mystérieuse soirée. Qu'est-ce qu'Alice avait encore bien pu inventer ? Je me tournai vers Bella pour tenter d'apprendre quelque chose mais elle semblait tellement embarrassée que je décidai d'attendre qu'elle m'en parle d'elle-même. Elle évitait mon regard et ne m'entendit pas lui demander les clés de sa voiture; je dus donc lui répéter ma demande pour qu'elle se décide à me les remettre. Son étourderie m'amusait mais je me demandais ce que cela pouvait bien cacher. Les personnes présentes sur le parking nous observaient toujours avec plus ou moins de discrétion et je me demandai si leur vie était aussi triste et dénuée d'intérêt qu'elle semblait l'être pour ainsi s'occuper de celle des autres.

Après avoir aidé Bella à monter en voiture, je fis le tour du véhicule et m'installai au volant. Plus nous nous éloignions du lycée et plus Bella se détendait. J'entendais son cœur se calmer peu à peu et les battements devinrent finalement réguliers. Je la vis sourire du coin de l'œil et, encore une fois, mon don, qui m'agaçait grandement quelquefois, me manqua terriblement.

Qu'y a-t-il ?

Je vois que tu t'es décidé à conduire de manière raisonnable, assena-t-elle sans se départir de ce sourire qui sublimait son visage.

Cette réflexion me fit sourire. Comme si moi, je me déciderais un jour à conduire raisonnablement !

Ce n'est pas que je sois devenu adepte de la lenteur mais, sans vouloir te vexer, je ne tiens pas à ce que ta voiture rende l'âme entre mes mains.

Elle me lança un regard faussement sévère avant de répliquer.

Oh, merci beaucoup de cette touchante attention mais, sans vouloir te vexer, je suis sûre que cette antiquité est plus solide que ta Volvo.

Cette fois-ci, je la pris au mot et décidai de tester ses réactions.

Si tu y tiens, vérifions cela tout de suite.

Je donnai alors un grand coup sur l'accélérateur et passai la cinquième. Bella s'était crispée sur son siège, comme s'attendant à voir à tout moment le moteur exploser.

Contre toute attente, la voiture arriva indemne à destination. Bella était très pâle et semblait sur le point de vomir, mais il n'y avait pas de mal. Cette petite course m'avait amusé et détendu et je lui rendis les clés en riant.

Tu avais raison, cette poubelle roule mieux que je ne l'aurais cru.

Nous descendîmes de voiture et je me précipitai avant qu'elle n'aie le temps de prendre son sac. La surprise se lut sur son visage mais elle se reprit bien vite et ne fit pas de remarque.

Tu rentres cinq minutes ?

Je me figeai un instant, perplexe. Apparemment, cette question n'était pas préméditée car Bella sembla aussi surprise que moi d'entendre ces mots sortir de sa bouche. Pourtant, elle les avait bien prononcés et je devais lui répondre. Mais quoi au juste ? Devais-je vraiment accepter ? J'en mourais d'envie, certes, mais que se passerait-il si j'acceptais ? L'image fugace d'une Rosalie réfractaire me parvint, remplacée presque aussitôt par celle d'une Alice rayonnante. Mais moi, que désirais-je réellement ? La réponse était tellement évidente que je n'hésitai pas plus longtemps.

Avec plaisir.

Visiblement, Bella ne s'attendait pas à ma réponse, qui la déstabilisa.

Alors rends-moi mon sac…

Je haussai un sourcil, un peu perdu. Son sac ?

Les clés sont dedans ! précisa-t-elle.

Je le lui tendis donc mais lui interdis de le prendre à cause de son bras plâtré, puis la suivis à l'intérieur de la maison.

C'était la première fois que j'y pénétrais - du moins par la porte et dans une autre pièce que la chambre de Bella. Son odeur était la plus dominante, ce qui m'étonna étant donné qu'elle ne vivait ici que depuis quatre jours et que Charlie y habitait depuis presque vingt ans. Je trouvai cela plutôt curieux mais finis par me dire que cela était peut-être dû à la présence de Bella dans la pièce.

Cette dernière me regardait curieusement et je me rendis compte que je fronçais les sourcils en contemplant le salon. Je lui souris donc avant de la suivre dans la cuisine et, sur son invitation, m'assis sur une des chaises. Elle semblait à nouveau nerveuse et s'obligea à s'occuper en se préparant un sandwich. Je tentai donc de détendre l'atmosphère.

Tu n'as pas déjeuné à midi ou tu manges toujours autant avant le dîner ?

Ni l'un ni l'autre mais j'avais besoin de faire quelque chose et c'est tout ce que j'ai trouvé, me répondit-elle avec un sourire.

Je ris doucement tout en l'admirant. Elle me tournait le dos et s'affairait sur son assiette, ses longs cheveux auburn lui tombant nonchalamment en cascade sur ses fines épaules. Elle était vraiment magnifique, même de dos. Je percevais une petite partie de son visage et vis que sa bouche était pincée et qu'une légère ride creusait son front. À quoi donc pensait-elle ? À ce qu'elle devait me dire peut-être ? Mais qu'était-ce donc au juste ?

À propos, commençai-je, hésitant, ne sachant trop comment m'y prendre.

J'hésitais à aborder le sujet. Après tout, peut-être n'avait-elle aucune intention de m'en parler. Elle se retourna et vint s'asseoir près de moi, attentive, et je m'obligeai à poursuivre.

Qu'avais-tu à me dire de si important pour qu'Angela insiste autant ?

Je regrettai immédiatement d'avoir ouvert la bouche en la voyant rougir jusqu'aux oreilles. La perte de mon don me rendait décidément trop curieux. Mal à l'aise, Bella retourna à son sandwich mais elle était tellement embarrassée que l'assiette finit à terre. Confus d'avoir provoqué cette soudaine gêne, je me précipitai afin de ramasser les débris mais Bella se baissa en même temps que moi et j'eus juste le temps de me stopper pour ne pas la heurter. J'avais déjà le sandwich en main mais la sienne était posée dessus, freinant mon élan. Son contact m'électrisait et la proximité de nos corps accroupis l'un en face de l'autre faisait que son odeur m'enveloppait d'un nuage de freesia. Je perdis toute notion d'espace-temps et ce fut pire encore lorsque nos yeux se rencontrèrent. Je me noyais littéralement dans son regard empli de tendresse et d'innocence et je n'avais plus aucune conscience de mes gestes. Ma main se leva d'elle-même pour venir caresser sa joue. Sa peau était encore plus douce que je ne l'imaginais, tellement tendre, tellement tiède, tellement différente de celle, dure et glaciale, des vampires ! Je n'étais plus habitué aux contacts humains mais je me sentais mieux que je ne l'avais jamais été jusqu'à présent. Je me retrouvais adolescent comme à mes dix-sept ans et je redécouvrais avec un plaisir délicieux l'émotion des premières amours. Mes doigts se baladèrent sur sa mâchoire pour venir prendre délicatement son menton et relever son visage rosi par l'émotion. Son cœur battait plus vite et je ne me sentis pas approcher son visage du mien, focalisé sur ce doux battement, pour moi la plus belle musique en ce monde. Soudain, Bella, sous l'emprise d'une pulsion, franchit les dernières distances qui nous séparaient pour venir effleurer mes lèvres des siennes.

Sur le coup, je fus tellement surpris par son geste pour le moins inattendu que je n'eus pas le temps de réagir et elle se recula, l'air effrayé par ce qu'elle venait de faire. Par bonheur, la conscience me revint très vite et je la retins par la taille pour la redresser. Mon désir aiguisé par son initiative, je le serrai contre moi et plongeai à nouveau mes yeux au fond des siens. Son regard était totalement abandonné et quelque peu troublé. Je me penchai alors vers elle et la sentis venir à moi. Je perdis alors toute conscience de la réalité lorsque nos lèvres se trouvèrent. La cuisine, la maison tout entière disparurent d'un seul coup. Il n'y avait plus de Forks, plus de lycée, plus de famille, de responsabilités, de vampire et d'humain, de danger de vie ou de mort ; il n'y avait plus que Bella dans mes bras, elle qui était devenue en quelques jours à peine la seule réalité dont j'avais pleinement conscience, elle vers qui allaient désormais toutes mes pensées et tous mes fantasmes, elle, la seule et l'unique femme au monde qui ait jamais réussi à me rendre fou à ce point. Je resserrai mon étreinte autour de son corps dans une volonté inconsciente de la garder contre moi. Je ne voulais plus la lâcher, je voulais lui appartenir entièrement et sans réserve, j'étais tout à elle et je ne voulais pas la laisser filer. Ses bras étaient venus s'entourer autour de ma nuque pour se cramponner à mes cheveux et ma main était allée sans ma permission se loger dans son dos, sous son tee-shirt.

Bella s'abandonnait totalement – et autant que moi d'ailleurs- mais elle était dotée d'hormones, puissantes à son âge, et elle devint soudain plus fougueuse. Sa bouche s'ouvrit, libérant son haleine qui me fit immédiatement perdre pied, et sa langue vint caresser ma lèvre inférieure, quémandant avidement le passage. J'hésitai un moment, me demandant s'il était bien raisonnable d'aller aussi loin, mais en matière de raison, j'avais franchi la limite depuis bien longtemps. De plus, elle me tenait, et elle me tenait bien. Je ne pus donc pas résister plus d'un instant et la plaquai contre le plan de travail, forçant à mon tour le passage vers sa bouche. J'avais conscience que je jouais un jeu dangereux mais je n'étais plus le maître de mon propre corps. Mon désir d'elle avait pris le dessus et je redoutais que mon self-control ne puisse pas me stopper à temps. Ma main se baladait déjà le long de sa colonne vertébrale, entre son jean et la fermeture de son soutien-gorge que je me retenais furieusement de ne pas détacher.

Elle brisa le baiser à temps pour reprendre sa respiration et je bénis le besoin qu'avaient les humains de respirer. Mais je n'étais pas encore rassasié de ses lèvres si extraordinaires et j'en repris possession à deux reprises avant de leur rendre leur liberté. Je ne voulais, pourtant, toujours pas la laisser s'échapper et la soulevai donc pour l'installer sur la crédence, laissant mes mains sur ses hanches. Je devais me calmer et reprendre une totale maîtrise de moi-même mais son odeur me rendait dingue et j'aurais pu rester là à l'embrasser toute la soirée. Je me détournai de ses yeux destructeurs au regard fiévreux qui ne faisaient qu'augmenter mon désir et plongeai dans son cou pour ne plus voir son magnifique visage. Je devais trouver quelque chose pour arrêter ça avant que ça n'aille trop loin et je souris intérieurement en me disant que c'était bien la première fois que mes lèvres chatouillaient le cou d'une humaine sans la mordre à pleines dents.

Alors ? Que se passe-t-il samedi ? demandai-je finalement afin de couper court à cette torture douce.

Mes baisers semblaient faire leur effet - ce qui ne m'aidait pas vraiment - car Bella ne répondit pas tout de suite et je l'entendis soupirer d'aise en glissant à nouveau ses bras autour de mon cou pour me rapprocher d'elle. Elle se lâchait complètement et cela me fit rire mais tout allait beaucoup trop vite et j'avais conscience que c'était en grande partie ma faute. Il allait bientôt falloir arrêter ça, mais le tout était de savoir comment !

On avait prévu une soirée à Port Angeles avec la bande et à midi, il a été convenu qu'Alice et toi nous accompagneriez, répondit-elle finalement.

Je me figeai soudain et me redressai pour la dévisager. Il avait été convenu quoi ? Depuis quand Alice organisait-elle des soirées avec des humains ? La réponse était parfaitement évidente et j'imaginais déjà la tête de Rosalie lorsqu'elle apprendrait la nouvelle. Et Jasper ? Je préférais ne pas y penser. Ma réaction sembla effrayer Bella et elle dut l'interpréter comme un signe négatif car elle se hâta d'ajouter.

Mais je comprendrais très bien que tu n'aies aucune envie de venir ! Après tout, il y aura Lauren, et Mike, et je sais que tu ne les apprécies pas.

Je me glissai entre ses jambes afin d'être le plus proche possible d'elle et posai mes mains à plat de chaque côté de son corps. Je voulais qu'elle saisisse la portée de chacun de mes mots et la fixai intensément.

Je passe te prendre à quelle heure ? murmurai-je.

Elle sembla fondre sur place et prit mon visage entre ses mains pour effleurer mes lèvres à deux reprises. J'adorais le contact de ses mains si douces et tièdes sur mon visage de marbre.

Cinq heures c'est trop tôt ? demanda-t-elle dans un souffle avec un sourire malicieux, le visage à deux centimètres à peine du mien.

Mon dieu, cette fille était une véritable sorcière ! N'y tenant plus, je l'embrassai à nouveau avant de répondre.

Beaucoup trop tard, je ne tiendrai jamais jusque là.

Elle éclata d'un rire charmant en rougissant un peu et tenta de me repousser gentiment pour pouvoir descendre. Je me laissai faire, sachant parfaitement qu'elle n'aurait pas pu me faire bouger d'un millimètre si je ne l'avais voulu.

Je l'observai tandis qu'elle ramassait les restes de son sandwich, resté à terre. Je ne me lassais pas des expressions de son visage si candide.

Tant pis pour mon dîner, s'exclama-t-elle en riant de bon cœur, me sortant de ma douce rêverie.

Elle se tourna vers moi et surprit mon regard amusé.

Quoi ? demanda-t-elle, gênée.

C'est assez amusant de t'observer faire le ménage avec un plâtre.

Elle se renfrogna face à cette déclaration et je lui ouvris les bras pour qu'elle vienne s'y blottir, ce qu'elle s'empressa de faire.

Et ce sera sûrement plus comique lorsque je me mettrai à cuisiner, déjà que je suis maladroite quand j'ai mes deux mains, se plaignit-elle.

Je déposai un baiser sur le haut de son crâne, et en profitai pour humer à pleins poumons le parfum exquis qui se dégageait de sa chevelure. Je ne voulais plus la quitter. J'aurais voulu rester à ses côtés toute la nuit… ce que j'allais d'ailleurs faire… en quelque sorte…

Et si je cuisinais à ta place ? demandai-je soudain, l'idée me traversant l'esprit au même moment.

Elle redressa la tête et me regarda d'un air étonné.

Tu es sérieux ?

Tout à fait ! Je sais cuisiner, je te signale, ajoutai-je en riant.

Y a-t-il seulement une chose que tu ne saches pas faire ? dit-elle en levant les yeux au ciel d'un air exaspéré, les bras passé autour de ma taille.

Je fis mine de réfléchir quelques instants mais en vérité, il y avait peu de choses qui me résistaient lorsque je décidais de m'y mettre sérieusement.

Hum… Et bien, rien ne me vient à l'esprit pour le moment mais je te promets d'y réfléchir, lui répondis-je avec un sourire en coin.

Elle se dressa alors sur la pointe des pieds et je vins tout de suite à sa rencontre, trop heureux que les barrières soient enfin tombées entre nous. Ses lèvres étaient délicieusement douces et avaient le goût sucré de la cerise - du moins le goût qu'il me semblait que les cerises possédaient. Mais je ne voulais pas redescendre sur Terre maintenant, je ne voulais plus avoir conscience de nos natures par trop divergentes. Je ne voulais pas que le rêve se termine, c'était encore trop tôt. Je mis donc fin le premier à notre baiser et déclarai, décidé à rester auprès de Bella le plus longtemps possible.

Bon, il faut peut-être penser au dîner de ton père.

Elle rit et se dégagea en déclarant.

Inutile de t'enflammer il n'y a plus rien dans les placards. Je devais aller faire des courses mais avec tout ce qui s'est passé, j'ai complètement oublié.

Je regardai ma montre… seize heures trente… Déjà ? La notion du temps m'avait totalement échappée et je me rendais plus compte d'instant en instant de toute l'emprise que Bella possédait sur moi. Je m'approchai d'elle et encerclai sa taille pour venir caresser sa gorge de mes lèvres encore avides de sa peau et profitai de son trouble pour lui soutirer subrepticement ses clés de voiture. Elle me regarda d'un air faussement choqué du piège que je venais ingénieusement de lui tendre et je lui rendis un sourire en coin narquois avant de rire franchement.

Il n'est même pas dix-sept heures, ce n'est pas trop tard. Viens, je t'emmène, tu ne pourras pas tout porter de toute façon.

Je l'embrassai à nouveau brièvement pour me faire pardonner en voyant qu'elle était sur le point de protester et filai dans l'entrée sans lui laisser le temps d'ajouter un mot de plus.

Allez Bella, les lasagnes n'attendent pas !

Les lasagnes étaient ma spécialité - bien que je n'eusse pas vraiment l'occasion de cuisiner. Ce savoir m'était venu vers la fin des années cinquante, après ma « crise de végétarien » comme l'appelait Carlisle. En ce temps-là, je trouvais ma condition trop dure et je m'étais rebellé contre mon « père » et son régime alimentaire que je qualifiais de « contre-nature ». Je m'étais réfugié chez nos plus proches amis qui vivaient en Italie et comptaient alors une nouvelle recrue dans leur clan. Cette Jane, nouvelle-née, avait immédiatement tout tenté pour me mettre dans son lit et, étant donné que je vivais une période quelque peu perturbée à cette époque, je n'avais pas mis longtemps à tomber dans la débauche de cette tigresse. Jane avait été ma première maîtresse mais aussi la plus sauvage. Elle n'avait aucune limite et ses fantasmes avaient tous été plus délirants les uns que les autres. Mais au bout de quelques mois, je n'avais plus tenu et m'étais rapidement lassé de cette sorte de faim perpétuelle qu'elle nourrissait pour mon corps. De plus, ses chasses barbares, dignes d'une nouvelle-née, m'avaient définitivement dégoûté du sang humain et j'avais décidé de la quitter, sans aucun remords. J'étais donc retourné auprès des miens et Jane avait très mal pris notre rupture, persuadée qu'une autre femme se cachait derrière tout ça et décidée à la tuer de ses propres mains, mais à ce que je savais, elle m'avait remplacé très rapidement et de très nombreuses fois. Seule Alice était au courant de cette histoire dont je n'étais pas vraiment fier, car bien sûr elle l'avait vue et elle était la seule personne à ne m'avoir jamais jugé. Elle estimait que cette histoire ne la concernait pas et que ce secret ne lui appartenait pas, mais j'avais toujours pu me confier à elle sans réserve et cela me faisait beaucoup de bien.

J'avais donc tout fait pour oublier le nombre de cadavres et de familles éplorées que j'avais laissés derrière moi en Europe. J'avais noyé tout cette histoire, la plus sombre de ma vie de vampire, en m'occupant le plus possible, et c'est à cette époque que j'étais retourné pour la première fois au lycée. Je m'étais mis à des cours de cuisine, de peinture, j'avais repris le piano de plus belle - je n'avais jamais autant composé qu'à cette période de ma vie - et entamé une véritable passion pour les voitures. Mais rien n'avait jamais pu me laver entièrement de mes mois passés en tant que monstre sanguinaire, digne des légendes humaines, une créature de l'enfer commandée par le Diable en personne - en l'occurrence Jane Volturi. Je ne me sentais même pas digne de Bella encore à cet instant et c'est pour cette raison que je voulais tout faire pour la contenter et devenir à sa hauteur.

Bella s'approchait de moi et je ne pus m'empêcher de sourire devant l'apparition qu'elle représentait. Elle affichait un sourire joyeux qui me rappela étonnamment l'expression d'Alice lorsqu'elle était satisfaite, ce qui me laissa augurer une bonne soirée. Je l'aidai à enfiler sa veste, lui pris la main et baisai sa paume avant de l'entraîner dehors, lui laissant à peine le temps de fermer la porte à clé.

Le temps se dégradait rapidement et l'orage éclata avant que nous ne soyons arrivés à la supérette - la seule de la ville. Je détestais y aller car elle était tenue par la mère de Lauren qui n'avait eu de cesse depuis notre arrivée à Forks de me caser avec sa fille, et j'avais renoncé depuis longtemps à y accompagner ma mère. Esmée se rendait fréquemment ici pour sauver les apparences en achetant de la nourriture que nous ne mangions pas et dont elle faisait don à l'organisme d'aide aux personnes pauvres et aux sans-abri qu'elle avait fondée en 1968. C'était sa façon à elle d'expier sa condition face aux humains et cela la rendait heureuse.

Le temps accentuait la maladresse de Bella qui trébuchait à chaque pas sur le sol glissant, et je dus la soutenir pour pénétrer à l'intérieur sans accident.

N'essaies pas de te briser l'autre poignet, Bella, tu n'as pas besoin de ça pour que je reste près de toi, lui soufflai-je tendrement en l'embrassant à l'oreille.

Elle me dévisagea d'un air troublé et ce qu'elle lut sur mon visage sembla la laisser songeuse. Décidément, j'aurais du mal à me faire à l'idée de ne pas connaître la moindre de ses pensées ! Le magasin était vide, ce qui me soulageait car cela m'évitait les pensées odieuses des commères de Forks, mais malheureusement, la plus grande commère de Forks était la caissière elle-même et cela, je ne pourrais y échapper. Par bonheur, Lauren n'aidait pas sa mère aujourd'hui, ce qui nous évita une scène tragicomique lorsque nous arrivâmes en caisse. Helen Mallory ouvrait des yeux comme des soucoupes en nous regardant approcher.

* J'ai la berlue ou quoi ? Le petit Cullen avec une fille ? Et pas la mienne en plus ? À çà, mais on dirait bien la petite Swan ! Qu'est-ce qu'elle a changé ! Elle a les yeux de son père… et c'est qu'elle n'est pas laide en plus ! Parbleu, il faut que je sache ici, Lauren a raison, le monde ne tourne plus rond depuis qu'elle est arrivée ! * Mrs Mallory.

Bonjour Edward ! On ne te voit pas souvent par ici, scanda-t-elle gaiement.

Je décidai de jouer le jeu, curieux de voir où ceci nous mènerait.

Bonjour, Madame Mallory, j'accompagne seulement Melle Swan qui, comme vous pouvez le voir, est légèrement indisposée.

* Ah, bon, je préfère ça ! Cette petite a le don de se dégoter un bon garde-malade ! * Mrs Mallory.

Isabella Swan ? s'exclama-t-elle en feignant assez fidèlement de ne pas l'avoir reconnue plus tôt. Tu es donc la fille de Charlie, ravie de te rencontrer, Bella. Tu es dans la classe de ma fille Lauren, je crois.

Effectivement, répondit Bella laconiquement, comme si elle se rendait compte de l'hypocrisie de son interlocutrice.

Les deux femmes se serrèrent la main mais je pouvais sentir l'inimitié qui naissait déjà entre elles. La vie ne serait peut-être pas aussi paisible pour Bella qu'elle avait dû le croire en arrivant ici.

Alors, tu te plais à Forks ? demanda Mrs Mallory, faussement aimable. * Regardez-moi ça comme elle le dévore des yeux ! Finira fille perdue celle-là, moi je vous le dis ! Pas comme ma petite Lauren ! Elle ne rivalise pas avec elle et Edward s'en rendra bien vite compte ! * ajouta-t-elle silencieusement pour elle-même en coulant un regard dans ma direction.

Ce dont je me rendais surtout compte un peu plus chaque jour, c'est que la génétique n'avait pas que du bon pour tout le monde et que la pauvre Lauren n'avait pas gagné à la loterie le jour où elle avait été conçue. Malheureusement pour elle - et pour tous ceux qui constituaient son entourage d'ailleurs, elle avait hérité de l'esprit de machination tordu, et de l'hypocrisie et de l'ambition de sa mère, ainsi que de la froideur et l'insensibilité de son père. Je me demandais sincèrement comment Mrs Mallory, qui prenait sa fille chérie pour l'Immaculée Conception, réagirait si elle savait que Lauren avait connu le lit de plus de la moitié des garçons de cette ville en moins d'un an…. Pas très bien à mon avis…

Eh bien… Forks est une ville… charmante, répondit Bella en me sortant de mes réflexions.

Le regard et les allusions de Mrs Mallory ne lui avaient apparemment pas échappé et je devais faire tout mon possible pour rester impassible devant cette joute féminine dont j'étais indirectement le sujet principal. Je ne pouvais pourtant m'empêcher de sourire intérieurement de la lucidité et de la discrétion de Bella qui lui seraient certainement très utiles pour se préserver ici. Apparemment, elle avait très vite cerné la sournoiserie de cette femme, impitoyable avec toutes les rivales potentielles de sa fille et qui ne manquerait pas de tout faire pour l'humilier à souhait si elle apprenait que nous étions ensemble ou si Bella risquait de rafler la couronne au bal de promo à la place de sa fille.

* Cette petite est coriace mais elle ne m'aura pas avec ses airs de sainte-nitouche ! Elle pense pouvoir le mettre dans son lit avec un poignet cassé et sous le nez de Lauren en plus, mais qu'elle ne s'avise de s'en approcher de trop près ou je m'en mêle moi-même ! * Mrs Mallory.

J'aurais bien aimé voir ça, tiens ! Le tout avec un sourire des plus mesquins qui n'aurait trompé personne; cette femme était une véritable mégère !

Voilà, cela vous fera $28,76.

Je m'empressai de tendre ma carte de crédit sous les protestations choquées de Bella qui refusait catégoriquement que je paye. Cela ne servit à rien étant donné que Mrs Mallory n'avait pas attendu sa permission pour passer ladite carte dans son appareil.

* Elle a beau protester devant moi, je vois bien que ça lui plaît de se faire entretenir par un bel homme riche à celle-là ! Elle n'a même pas sorti son portefeuille et elle voudrait nous faire croire qu'elle voulait payer ! Quelle comédienne, je plains ce pauvre Charlie ! * Mrs Mallory.

Cette femme commençait réellement à passer comme une râpe sur mes nerfs et je me hâtai de la saluer poliment pendant que j'en avais encore suffisamment la volonté, puis je sortis sans attendre sa réponse, bien vite suivis par Bella.

Le silence régnait dans la voiture et je ne pus retenir bien longtemps mes interrogations à propos de cet étrange mutisme.

Bella, que se passe-t-il ?

Rien de grave, répondit-elle distraitement, c'est simplement cette pluie qui est déprimante.

Mais je vis bien qu'elle mentait. Elle était incapable de mentir correctement.

Bella, voyons, je vois bien que ça ne va pas. J'ai fait quelque chose de mal ? insistai-je en la sentant sur le point de céder.

Bien sûr que non, c'est juste la mère de Lauren qui m'a mise en rogne à te regarder comme elle l'a fait, avoua-t-elle finalement en détournant le regard pour regarder à travers la vitre pour que je ne voie pas les légers rougissements qui devaient colorer ses joues.

Mais je pouvais percevoir son cœur battre un peu trop rapidement et je pris sa main dans la mienne pour la rassurer. Ce soudain accès de jalousie me prenait à espérer que mes sentiments n'étaient peut-être pas vains, et peut-être même un peu réciproques, et cela me gonfla le cœur.

Tu n'as absolument aucune raison d'être jalouse, personne ici avant toi n'a réussi à attirer mon attention de ce point de vue-là, lui dis-je le plus tendrement du monde.

J'avais délibérément dit « personne ici » afin de voir sa réaction mais celle-ci ne vint pas. Elle était toujours crispée entre mes doigts et je savais qu'elle étudiait chaque élément de ma déclaration, mais je ne pouvais l'éclairer sur ce que je pensais deviner être son principal sujet de préoccupation : sans aucun doute le nombre de femmes que j'avais connues. Cette discussion viendrait tôt ou tard, elle venait toujours, mais il était encore trop tôt pour cela. Et puis, comment lui expliquer sans lui dévoiler mon secret - chose que j'avais interdiction de faire, bien que cela me répugnât au plus haut point - que ma première conquête remontait à plus de cinquante ans, qu'une dizaine d'autres avaient suivi, et que j'étais resté fiancé dix ans durant avec l'une d'elle ? Impossible. Je sentis sa main se détendre peu à peu dans la mienne et continuai à former délicatement des cercles dessus avec mon pouce pour la calmer, lui faire sentir que j'étais là. Le silence était moins pesant à présent, plus calme, presque serein et les battements de son cœur, redevenus réguliers, sonnaient comme une douce berceuse.

La pluie torrentielle continuait de couler à flots et ce fut pire avant que nous n'arrivions chez Bella. Son père n'était pas là mais je perçus les pensées d'Alice, cachée dans la forêt, qui venait d'amener ma voiture pour que personne ne s'étonne de me voir rentrer à pied - la villa était tout de même à plus d'une dizaine de kilomètres de chez les Swan.

* Je n'ai pas vu l'orage à temps et je me suis fait tremper pour tes beaux yeux Ed, alors t'as intérêt à ce que ça marche entre vous ou je t'étripe ! * Alice.

Sur ce, elle s'éloigna à toute vitesse refaire son brushing ruiné. Nous étions également trempés le temps de rejoindre la maison et Bella ne fit aucun commentaire sur la soudaine apparition de ma voiture dans son allée. Elle avait une mine affreuse, aussi je me hâtai de déposer les sacs dans la cuisine et revins l'aider à retirer sa veste gorgée d'eau. Ses lèvres étaient violettes et elle était encore plus blanche que d'habitude. Elle tremblait de tous ses os et je l'envoyai prendre une douche chaude pour se réchauffer. Elle tenta de me convaincre de me changer en enfilant des vêtements secs de son père mais je lui recommandai de s'occuper d'abord d'elle-même, étant donné que moi, je ne risquais pas d'attraper de pneumonie. Lorsque j'entendis l'eau couler, je fus plus rassuré et me mis à préparer le repas, ce qui ne me prit pas plus de cinq minutes étant donné que nous effectuions les gestes dix fois plus vite que les humains. Lorsque le plat fut au four, je restai un moment dans la cuisine, à l'endroit exact où nous nous trouvions à peine une heure plus tôt, à écouter le bruit de la douche de Bella tout en me remémorant cette scène totalement imprévue mais qui n'en avait été que meilleure. Bien évidemment, ce n'était pas la première fois que je ressentais de l'attirance et du désir pour une femme mais Bella décuplait ces sentiments de manière exponentielle et me rendait un peu plus fou à chaque minute. Je me détournai de ces pensées lorsque je me pris à l'imaginer à cet instant dans la douche et me dirigeai vers le salon. Des photos étaient disposées sur la cheminée et je pus retracer en images la vie de Bella que j'avais connu travers les pensées de son père.

D'abord, il y avait une photo du mariage de ses parents et je pus me rendre compte à quel point Bella ressemblait à ses deux parents. Elle avait les yeux et la bouche de son père et le nez et les cheveux de sa mère. Elle ressemblait à celle-ci de manière étonnante, car sur cette photo, Renée, à peine plus âgée dans sa robe blanche que sa fille aujourd'hui, était aussi belle et rayonnante et je ne pus m'empêcher d'imaginer un autre couple dans un cadre similaire. Mais cette vision était trop douloureuse et je me tournai vers la photo suivante, une de Renée enceinte, resplendissante, puis une de Renée encore, à la maternité, une Bella miniature posée sur le ventre et couvée d'un regard maternel qui donnait chaud au cœur - au sens figuré bien sûr, car le mien restait obstinément glacé et je dus me détourner à nouveau du cadre avec un pincement en songeant que jamais je ne connaîtrais ce bonheur. Les suivantes représentaient Bella à tous ses anniversaires, et des photos de vacances passées avec l'un ou l'autre de ses parents - jamais les deux.

J'entendis la voiture de patrouille s'approcher de la maison en même temps que les pensées de Charlie, et je retournai à la cuisine où je fis mine de surveiller mon plat au four.

* Tiens, Edward est encore là, on dirait. Mais comment se fait-il que sa voiture soit ici ? Je croyais qu'il ramenait Bella ? Il ne l'a quand même pas laissée conduire pour la suivre en voiture ! Ou la blessure était juste un prétexte pour amener un garçon à la maison sans que je ne soupçonne rien ? Non… * Charlie.

J'entendis la clé tourner dans la serrure et Charlie Swan pénétra chez lui.

* Hum, ça sent drôlement bon ici, décidément je vais vite m'habituer à la bonne cuisine de ma fille ! * Charlie.

Bella ? Ça sent drôlement bon ici, qu'est-ce que tu nous as encore pré… Oh, bonjour Edward… Euh… Bella n'est pas avec toi ? * Mais… c'est la douche que j'entends ? Je rêve ou quoi ? Mais qu'est-ce qu'ils ont foutu ces deux-là ? *

Bonjour Chef Swan, saluai-je poliment en m'approchant pour lui serrer la main. Bella est en train de se doucher. En vérité, je l'ai accompagné faire les courses étant donné qu'elle ne pouvait pas les faire elle-même et l'orage nous a surpris. Elle était trempée et frigorifiée et elle devait se réchauffer. Je me suis donc occupé du repas à sa place.

* Hum… Il semble bien dire la vérité… Mouais… Et depuis quand m'appelle-t-il Chef Swan ? Non, vraiment, quelque chose s'est passé, j'en suis sûr ! Il est vraiment trop bizarre ! * Charlie.

C'est… c'est toi qui as cuisiné ? demanda-t-il alors, impressionné.

Hé bien oui, Esmée est un véritable cordon bleu et je l'ai souvent aidée en cuisine.

Le bruit de l'eau cessa à l'étage et j'entendis Bella sortir de la douche.

C'est vraiment gentil à toi d'avoir aidé Bella aujourd'hui. Et tu remercieras ton père de ma part, je compte bien lui rendre le service qu'il nous a rendu.

Ce n'est vraiment pas la peine Charlie, nous n'en avons nullement besoin et mon père se fait un devoir d'aider ses amis, vous le savez.

Oui, oui, mais quand même. Toi tu avais cours aujourd'hui et tu t'es absenté pour Bella. C'est très serviable de ta part, mais tu n'avais pas à en faire autant. * À moins qu'elle ne lui ait vraiment tapé dans l'œil !*

Charlie était loin d'être idiot et il ne mettrait pas longtemps à découvrir ce qu'il en était réellement de ma relation avec sa fille. Je décidai donc de jouer franc jeu.

Vraiment, ça me fait très plaisir de vous aider, et je m'entends très bien avec Bella. Ça ne me gêne pas du tout de l'amener au lycée et de la raccompagner aussi longtemps qu'elle ne pourra pas conduire.

Cette fois-ci, il ne dit rien et me regarda fixement, l'air songeur.

* Je me demande vraiment s'il n'y a pas déjà quelque chose entre eux… Je n'ai jamais vu Edward se comporter de la sorte, c'est vraiment étrange. Je me demande si… * Charlie.

Oui, c'est effectivement très gentil à toi, vraiment, je ne sais pas quand elle pourra de nouveau prendre sa voiture. Elle devait aller à Port Angeles ce week-end mais je pense qu'elle va devoir annuler, à moins que quelqu'un puisse la conduire…

Je voyais parfaitement où il voulait en venir et tombai dans le piège tendu si facilement sans hésitation.

Oui, je suis au courant… En réalité, nous devons y aller ensemble et…

Je me stoppai en entendant Bella dévaler les escaliers à pleine vitesse.

Papa ! Tu es rentré ? s'exclama-t-elle en déboulant dans la cuisine, complètement paniquée.

Oui, et j'ai eu le temps de parler avec Edward pendant que tu finissais de te doucher, dit-il comme si ma présence ici était tout ce qu'il y avait de plus habituel. * D'accord, cette fois c'est sûr, ils sont ensemble ! Je n'ai jamais vu Bella dans un tel état ! *

Alors comme ça, vous allez ensemble à Port Angeles ? ajouta-t-il avec un sourire taquin.

Bella était toujours inquiète, visiblement de savoir ce qu'on avait bien pu se dire en son absence, et me lança un regard affolé avant de corriger.

Oui, nous y allons avec toute la bande, ça sera sûrement très sympa.

Elle avait volontairement marqué le « avec TOUTE la bande » et j'en conclus qu'elle ne désirait pas que son père soit z

au courant de ce qu'il se passait entre nous. Ou peut-être ne désirait-t-elle tout simplement pas qu'il y ait quoi que soit de plus entre nous et je ressentis cette pensée comme un étau enserrant mon cœur. Je fus sauvé par la sonnerie du four et en profitai pour leur tourner le dos, plus pour cacher mon trouble que pour sortir le plat du four.

* Mais que se passe-t-il ici enfin ? Ils sont vraiment bizarres ! Peut-être que la situation n'est pas aussi claire que je le pensais… Pourquoi tout est toujours si compliqué entre les jeunes de nos jours ? Ils ne connaissent pas la communication ? * Charlie.

Je devais bien admettre que Charlie avait raison sur ce point, nous avions un besoin urgent d'une bonne conversation pour tout clarifier, sans quoi j'en deviendrais fou.

Edward ?

Je me retournai en entendant mon nom, quelque peu égaré dans mes sombres pensées.

Je disais qu'il était absolument hors de question de déguster ce plat sans le chef qui l'a préparé ! Je suis certain que tes parents ne nous en voudront pas de te garder quelques temps encore.

Je regardai furtivement Bella qui semblait réellement mal à l'aise et gardait obstinément le regard loin du mien, ce qui me conforta dans l'idée qu'elle ne voulait pas de moi ici. Je m'apprêtai donc à m'excuser auprès de Charlie avant de prendre congé, mais je m'entendis accepter son invitation d'une voix qui ne pouvait être la mienne tellement elle divergeait des sentiments qui m'habitaient à cet instant - du rejet, du désespoir, des regrets et une grande souffrance intérieure qui se nommait Isabella. Charlie nous regardait tour à tour, un peu perdu par nos attitudes quelque peu contradictoires, mais nous nous ressaisîmes avant de passer à table.

* Ils ont vraiment besoin de parler ! L'entente n'a pas l'air aussi rose que me l'avait peinte Edward. * Charlie.

Bella et moi tentions de faire bonne figure mais j'avais infiniment plus d'expérience qu'elle dans ce domaine. En outre, elle était bien piètre comédienne et ne put décrocher un mot du repas. Je meublai donc la conversation avec Charlie, passant de la politique au sport, ce qui adoucit quelque peu ce pénible moment car j'avais d'énormes difficultés à continuer à paraître affable devant la mine sombre de Bella. En réalité, Charlie avait également du mal à suivre.

* Je ne comprends rien. Mais qu'est-ce qu'elle a, à la fin ? Pourquoi un tel comportement ? Il ne lui aurait pas fait du mal ? Ou alors il l'a rejetée ? Oui, c'est-ce qu'il y aurait de plus logique finalement, Edward ne s'intéresse pas à ce genre de chose. * Charlie.

Bella ne semblait pas se rendre compte de quoi que ce soit mais sembla soulagée lorsque je me levai enfin, incapable de supporter plus longtemps cette torture.

* Bon, il est temps pour moi de les laisser s'expliquer, ils en ont bien besoin. Je crois bien qu'il y avait un match des Mariners ce soir, avec un peu de chance j'arriverai avant le score final ! * Charlie.

Charlie se leva donc à son tour, me serra la main en souhaitant me revoir très prochainement, un regard lourd de sous-entendus adressé à Bella qui rougit fortement à cette allusion, puis il se dirigea vers le salon pour s'installer sur le canapé. Je croisai le regard gêné de Bella qui baissa les yeux immédiatement. Je soupirai et me dirigeai vers la porte d'entrée. Je sortis sans lui accorder un regard, sachant pertinemment qu'elle me suivait de près. Je devais pourtant affronter ma plus grande peur du moment et lui parler, savoir absolument ce qu'il en était de nous… s'il y avait jamais eu un « nous » possible. Je me tournai donc finalement vers elle une fois arrivé à ma voiture, mais elle me devança.

Merci pour tout Edward, c'était vraiment très bon.

Elle avait toujours le regard baissé et son malaise était presque palpable. Je décidai de rentrer dans le vif du sujet.

Je crois que ça s'est plutôt bien passé avec ton père, dis-je de but en blanc.

Ouais, je crois bien que tu lui as plu, répondit-elle d'une voix quelque peu monocorde.

Pas vraiment convaincant. Je devais néanmoins absolument la forcer à me dire ce qui n'allait pas.

Que se passe-t-il, Bella ? Ça t'a gênée que je reste ? Je voyais bien tu n'étais pas enchantée, tu aurais préféré que je m'en aille ?

Non, pas du tout, s'empressa-t-elle alors de répliquer en relevant brusquement la tête. C'est juste que je n'avais jamais présenté de garçon à mes parents et j'étais un peu stressée, ajouta-t-elle plus bas d'un ton plus hésitant.

Elle était vraiment sincère, je n'avais pas besoin de mon don pour le savoir, et je m'étonnai moi-même de la violence de mon soulagement qui ramenait en même temps une flamme d'espoir de bonheur. Je me rendis compte que mes craintes étaient totalement infondées et me traitai d'imbécile pour mon comportement de ce soir. J'oubliais tellement facilement que Bella était une humaine de dix-sept ans qui vivait son adolescence comme toutes les jeunes filles de son âge !

Je vois, dis-je simplement. Et maintenant, qu'en penses-tu ?

Elle releva résolument la tête et déclara, sûre d'elle.

Tu as été parfait, comme toujours.

Cette réflexion me fit rire franchement car Emmett avait pour habitude de m'appeler « Mr Parfait », ce qui avait d'ordinaire le don de m'agacer. Mais pas aujourd'hui, pas de SA bouche, car cela signifiait bien plus.

Alors tu ne regrettes pas d'avoir présenté ton petit ami à ton père ? lui demandai-je, déjà pleinement rassuré.

Je n'avais pas vraiment fait attention à ma phrase et ce ne fut que lorsque je vis Bella se figer comme si je l'avais attaquée que je pris conscience de mes paroles. Je venais de mettre un nom sur notre relation pour la première fois et visiblement, Bella ne l'avait pas vu sous cet angle. Parce qu'elle ne désirait pas qu'il y ait une quelconque relation ou tout simplement parce qu'elle-même n'y avait pas réfléchi plus avant ?

Bella ?

Comme elle ne réagissait pas, j'en conclus que la première hypothèse était sans doute la bonne. Mais pourquoi ne le disait-elle tout simplement pas ?

Bella… Si c'est trop dur pour toi, si ce n'est pas ce que tu veux, par pitié, dis-le moi maintenant. Parce que… après il sera trop tard, j'aurai trop de mal à le supporter. Tout à l'heure tu me demandais s'il y avait une chose que je ne savais pas faire… eh bien je me sens incapable de rester loin de toi, je ne peux plus faire comme si tu ne hantais pas mes pensées. Bella, je…

Je m'arrêtai, incapable de dire ces trois petits mots s'ils n'étaient pas réciproques. Je voulais lui laisser le choix, je refusais qu'elle reste par pitié. Mais son absence de réaction commençait à m'agacer sérieusement et je finis par la prendre aux épaules pour la secouer.

S'il-te plaît, dis quelque chose, n'importe quoi !

Alors elle plongea enfin ses yeux dans les miens et j'y vis tout le désarroi qui la secouait. Elle les avait écarquillés, suppliants, et bientôt humides des larmes qui refusaient de couler mais qu'elle ne pouvait refouler. Puis, soudain, elle se jeta sur moi et se blottit contre mon torse, en proie à une détresse inexplicable. Elle tremblait comme une feuille et sanglotait contre ma chemise qu'elle agrippait comme une bouée de sauvetage, comme si elle avait peur de me voir disparaître - comme si j'avais été capable de la l'abandonner ! Il me fallut quelques secondes pour réagir à ce qui se passait et refermer mes bras autour de ce corps si fragile qui appelait à l'aide. Je sentais son petit cœur chaud tout contre moi et ses pulsations étaient bien plus rapides que la normale. Cette seule manifestation de la vie qui l'habitait suffit à me mettre mal à l'aise en me disant que Bella, dont l'oreille était collée à ma poitrine, ne pouvait percevoir ce son, merveilleux chez elle, et je me demandai si elle s'en rendait compte. J'embrassai sa douce chevelure ambrée pour la calmer et la rassurer, mais j'étais toujours aussi perdu quant à l'interprétation que je devais donner à cette réaction pour le moins inattendue. Finalement, elle se recula légèrement et murmura, la voix brisée et les yeux encore voilés.

Je… je ne veux pas m'éloigner de toi… je ne peux pas.

Cette supplique déchirante, je ne pouvais l'ignorer et je crus à cet instant que Saint-Pierre en personne était venu ouvrir les portes du Paradis rien que pour moi, où une salve de trompettes jouées par des archanges était venue m'accueillir. Ces simples mots valaient plus pour moi que toutes les déclarations du monde car du fond des pupilles brillantes de Bella je pus voir s'y refléter tout l'amour du monde. Cette image était merveilleuse et nos visages se rapprochèrent d'eux-mêmes pour venir se rejoindre.

Et l'union était parfaite, l'instant plus que magique et je me crus prêt à exploser en un million d'étoiles flamboyantes tant j'étais certain que mon simple corps ne serait jamais capable d'emmagasiner un si grand nombre de sentiments et d'émotions d'une telle force et d'une telle douceur tout à la fois. Ce baiser n'était en rien comparable avec tout ce que j'avais pu expérimenter jusqu'alors. Il se situait à des années-lumière de toute expérience possible et je me sentais plus heureux que Roméo, Marc-Antoine, Heathcliff et Rett Butler réunis.

J'eus tout le mal du monde à me séparer d'elle lorsque je la sentis prête à geler sur place et ce fut avec un sourire éblouissant et une dernière caresse sur sa joue si soyeuse que je me détachai tout à fait pour enfin ouvrir la portière de ma voiture qui attendait toujours.

Je passe te prendre à sept heures trente demain matin.

Puis, devant son air surpris mais ravi, je ne pus m'empêcher de me pencher une dernière fois sur ses lèvres avant de lui souhaiter bonne nuit tout en pensant qu'il ne me faudrait qu'un quart d'heure pour déposer ma voiture à la villa et revenir à temps pour la voir s'endormir.

C'est donc le cœur léger que je démarrai en lui faisant signe de la main et tout le trajet durant je ne me lassai pas de répéter qu'elle m'aimait et que tout était au mieux dans le meilleur des mondes.