Disclaimer : La famille Malfoy est à JK Rowling, les autres et l'histoire sont à moi.

Béta : BettyMars

Bonjour à tous. Tout d'abord je vous souhaite une très bonne et heureuse année 2013. J'espère que les fêtes se sont bien passées pour vous, que vous avez été gâtés par l'homme en rouge et que vous avez réussi à ne pas finir gavés !

Katherine est vraiment une femme détestable et franchement, ça ne va pas aller en s'arrangeant car elle est pire que ça encore … Mais je ne vous en dis pas plus, car il y a beaucoup à découvrir d'ici là. Ce chapitre est tout en bonds temporels. Oui parce qu'il faut bien avancer un peu.

Bon, malgré les fêtes, mon boulot de dingue et mes séjours de 2-3 jours ressourçant dans ma famille, j'ai tout de même réussi à écrire assez facilement le chapitre suivant. Je pense qu'à moins qu'une nouvelle mauvaise nouvelle ne me tombe dessus, j'ai retrouvé le goût de l'écriture. Je vais donc repasser à un chapitre par semaine et j'aviserai plus tard si jamais je ne suivais pas.

Sinon pour information, je suis en train de travailler sur le chapitre 31 et si je regarde mon synopsis, je dirais que j'arrive ou que je suis à la moitié de mon histoire. Mais avec moi tout peut rapidement s'étaler donc ce n'est qu'hypothèse. Oui, depuis le chapitre 26 et je dirais que cela va durer jusqu'au chapitre 32, je suis en train de décrire ce que j'ai écrit en 4 lignes sur mon synopsis … et encore, chronologiquement, là au chapitre 30 (dernier fini) je ne suis pas encore arrivée à l'évènement décrit dans ces 4 lignes. Donc ça vous donne une idée des détours que mon esprit peut prendre pour arriver au but ^^. Mais même vague, ça peut toujours vous donner une indication de la longueur finale.

Voilà, j'arrête de vous embêter avec tout ça. Je vous souhaite une bonne lecture et à mercredi prochain pour la suite.


Chapitre 7

Juin 1924.

La vallée était paisible et verdoyante. Même si le ciel était souvent parcouru par des nuages grisonnants et cotonneux, le soleil était au rendez-vous. Cela faisait presqu'une semaine qu'il pleuvait et le retour du beau temps avait de quoi ravir tout le monde. Malheureusement ce n'était pas le cas. Lysandre aurait préféré ne pas être tenté par les attraits de la nature. Mais il avait un important dossier financier à étudier afin de vérifier que tous ses placements étaient florissants.

Pourtant il s'octroya une pause. Il avait besoin d'air. Il rangea ses papiers dans un tiroir avant de reculer son siège et de s'alanguir un instant, les pieds sur le bureau. Il avait à peine pris le temps de grignoter au repas de midi aussi il estima que finalement, il arrêterait sa journée là. Après avoir décompressé quelques minutes, Lysandre sortit de son principal lieu de travail et gagna le petit salon. Lucas arriva peu de temps après pour lui proposer de se désaltérer ou de se restaurer, mais il refusa les deux. Il attendrait que l'heure du repas sonne tout en se rappelant de la dernière fois qu'il avait goûté tard. Elizabeth lui fait les gros yeux en lui stipulant que si leur fils n'y avait pas droit, alors lui non plus.

Avec un sourire il repensa à sa femme et son fils. Abraxas poussait à une vitesse ahurissante. Le médecin leur avait signalé qu'il serait au moins aussi grand que son père ce qui remplissait ledit père d'une grande fierté. Elizabeth faisant une dizaine de centimètres de moins que lui, le garçon aurait très bien pu tenir d'elle et rester d'une taille plus que moyenne pour un homme. Mais ce ne serait certainement pas le cas vu qu'il était plus grand que la plupart des autres enfants de son âge.

Lysandre regretta un peu qu'il n'ait pas également ses yeux. Même s'ils tiraient sur le vert, la nuance était bien moins intense que les siens et foncée par une couleur plus sombre. Lorsque le temps était pluvieux, ils donnaient même l'impression d'être gris. Quant à ses cheveux, ils étaient châtain comme ses deux parents mais dans une teinte presque blonde. Il avait par contre le même sourire frais et franc que sa mère, ce qui ne gâchait rien. Abraxas n'avait pas encore tout à fait cinq années mais il était déjà un bien beau garçon.

Avec un rire étouffé, Lysandre pensa que dans quelques années son fils serait un tombeur auprès des filles. Il s'amusait d'ailleurs déjà à charmer toutes celles du manoir pour obtenir tout ce qu'il voulait. Si cela fonctionnait particulièrement bien avec Aveleen pour quelques biscuits, le succès était bien plus relatif avec les autres. Elizabeth l'avait d'ailleurs grandement surpris. La jeune femme si tendre et calme, s'était révélée relativement stricte avec son fils. Oh, elle ne le frappait pas, ne le délaissait pas, c'était une très bonne mère mais elle lui imposait un certain nombre de limites et ne lui passait que peu d'extra.

Lysandre avait toujours cru qu'il serait celui qui représenterait l'autorité et qu'elle serait le réconfort. Mais ce n'était pas le cas. Ils avaient tous les deux pris en main l'éducation du garçon. Etrangement, après avoir eu une enfance où on lui avait permis beaucoup de choses, il trouvait que c'était une bonne chose que son fils ne suive pas son chemin. Il avait été heureux et avait grandement apprécié d'avoir la bride lâche à l'époque. Mais le retour à la réalité, suite au décès de ses parents, avait été trop violent et difficile pour qu'il accepte de faire les mêmes erreurs avec son fils.

Cette fois son air devint maussade. A trente et un ans, il avait une vie bien rangée qu'il ne changerait pour rien au monde. Mais même en étant maître de ses actions, il avait appris durement que la vie n'était pas toujours clémente. Depuis la naissance de leur fils, Elizabeth avait attendu trois autres enfants, mais jamais les grossesses n'avaient dépassé quelques mois. Cela l'avait considérablement fatiguée et démoralisée. Abraxas était une lueur dans leur vie et Lysandre s'était un peu plus rendu compte, enfin si c'était possible, de combien le petit garçon était important, et surtout chanceux d'être vivant.

La dernière fausse couche remontait seulement à deux mois et personne n'était encore totalement remis. Elizabeth pleurait toutes les nuits et avait du mal à donner le change la journée. Abraxas ne savait plus comment se comporter. Il ne comprenait pas tout et avait peur de mal faire. Quant à Lysandre, il s'était plongé dans le travail pour ne pas penser. Pourtant il avait dû affronter la réalité quand le médecin lui avait signalé qu'il ne pouvait pas continuer à faire l'autruche. Il était plus fort mentalement qu'elle et c'était à lui de l'aider.

Depuis une semaine, le manoir était relativement vide. Il avait envoyé Elizabeth, Abraxas et Oscar sur le bord de la Méditerranée afin de changer d'air et il avait demandé à Greagoir de les accompagner avec quelques serviteurs afin de s'occuper d'eux. Le séjour devrait durer quelques semaines voire quelques mois. C'était pour cela que Lysandre vérifiait ses affaires professionnelles. Il contrôlait que tout allait bien afin de laisser la gestion de la fortune familiale aux mains expertes de son notaire avant de partir rejoindre sa famille en toute confiance. Il avait espéré pouvoir partir deux jours plus tard mais il n'était maintenant plus certain d'avoir tout réglé d'ici là.

Décidant qu'il ne voulait pas être seul, il se dirigea vers la cuisine où Aveleen devait très certainement être en train de commencer le repas. Il aurait aimé qu'elle vienne avec eux pendant leur séjour. Mais elle n'était plus très jeune. Si elle refusait de mettre fin à sa vie professionnelle en argumentant qu'elle ne voulait pas l'abandonner, elle avait de plus en plus de mal à faire son travail correctement. Elle devait régulièrement déléguer à ses aides et s'épuisait également très rapidement. Comme elle avait déjà enterré sa famille, Lysandre lui avait proposé de prendre sa retraite tout en restant au manoir, car mine de rien, lui non plus n'avait pas envie de se séparer de celle qu'il considérait comme sa grand-mère de cœur. Mais elle avait refusé.

Quand il arriva dans la cuisine, il la trouva assise sur le siège confortable qu'il avait fait installer à son attention, alors qu'elle donnait promptement des ordres pour guider les deux jeunes filles qui l'aidaient. Elle semblait essoufflée et Lysandre s'en inquiéta. Il s'approcha en lui souriant avant s'accroupir devant elle et de venir l'embrasser sur la joue. Elle bougonna que ce n'était pas parce que sa femme et son fils n'étaient pas là qu'il devait oublier de se raser, mais cela ne lui attira qu'un faible sourire.

- Aveleen, vous n'avez pas l'air en grande forme. Peut-être devriez-vous laisser ces jeunes filles finir le diner et aller vous allonger.

- Certainement pas, ce serait un déshonneur ! Attention Tara, la sauce va finir par accrocher ! Voyez, Monsieur Lysandre, je ne peux pas les laisser seules sans qu'une catastrophe n'arrive !

- Et alors, il n'y a que moi ce soir, et vous savez que je ne suis pas regardant envers ce genre de choses.

- Je sais, mais ce n'est pas une raison. Quand vous serez absent alors ce sera différent et je me reposerai, mais pour l'instant, il n'en est pas question.

- Alors il faut que je me dépêche de partir !

- Oh vilain garçon, êtes-vous donc si pressée de m'abandonner à mon sort ?

- Ah si je pouvais vous emporter dans mes bagages, je ne prendrais aucun vêtement pour que vous y ayez plus de place. Mais si mon départ vous incite à vous reposer alors je n'hésiterais pas à en avancer la date. Le médecin vous a ordonné de faire attention, alors écoutez-le. Je tiens bien trop à vous.

- Vous êtes un bien brave garçon, Lysandre, répondit la vieille cuisinière émue aux larmes. Vous allez me manquer pendant votre voyage. Tout comme l'absence de votre petit Abraxas m'est cruelle. Vous avez réussi une bien belle merveille avec lui.

- Et il vous adore autant que moi à son âge.

- Si seulement j'avais gardé celui que j'avais à l'époque …

- Justement. J'ai moi-même l'impression que vous êtes éternelle mais soyez raisonnable et ménagez-vous. Abraxas serait terriblement triste si vous tombiez malade. Et je ne saurais le réconforter correctement alors que je me rongerais les sangs de vous voir affaiblie.

Aveleen posa sa main sur la joue du jeune homme mais ne put rien dire de plus tant l'inquiétude était présente dans son regard. Le vert de ses yeux était bien moins éclatant et plus sombre qu'à l'ordinaire et cela suffit à lui faire tenir sa langue.

- Vous n'êtes définitivement pas présentable avec cette barbe de deux jours. Allez donc vous raser, monsieur Lysandre, ainsi je pourrais quitter ma cuisine pour aller me reposer dans ma chambre.

- Voilà des engagements très judicieux. Permettez-moi de vous proposer mon bras pour vous raccompagner.

Aveleen roula des yeux à le voir faire avant de donner les consignes à ses aides et de prendre son bras. Le jeune homme garda une allure lente pour ne pas la fatiguer avant de la laisser devant sa chambre. Il savait qu'elle n'en démordrait pas et qu'elle ne lèverait le pied que lorsqu'il serait parti rejoindre sa famille. Mais il avait encore tant de choses à régler qu'il n'était pas certain de lui laisser ce repos avant quelques jours. Car en plus de ses affaires, il devait également s'occuper de celles d'Oscar.

Son beau père avait fait une attaque quelques mois plus tôt et même si son majordome avait donné l'alerte rapidement en appelant le médecin, de nombreuses séquelles lui étaient restées. Lysandre avait été pleinement satisfait de l'avoir persuadé d'installer le téléphone chez lui alors qu'il rechignait à adopter cette nouvelle manifestation du progrès. Pendant de nombreuses semaines, il n'avait pu se lever car ses membres ne lui répondaient plus et on avait dû s'occuper de lui comme d'un petit enfant. Il était devenu aphasique, ne pouvant presque plus s'exprimer correctement. Mais il avait également des absences et des pertes de mémoire.

S'il pouvait de nouveau se déplacer seul sur ses deux jambes, il fallait par contre qu'il y ait quelqu'un pour garder un œil sur lui. Certains jours, il oubliait même les gestes les plus basiques. C'était une situation très délicate à gérer. Elizabeth passait beaucoup de temps chez son père pour s'occuper de lui et la présence d'Abraxas avait été favorable au rétablissement de son grand-père. Mais c'était très contraignant et Lysandre était certain que la dernière fausse couche de sa femme était due à ce contexte physiquement et moralement difficile. Pourtant il ne pouvait pas en vouloir à Oscar, il était la première victime de sa propre santé. Lui qui avait été un homme fier et fort n'était plus que l'ombre de son passé.

C'était pour cela qu'il avait la responsabilité des deux familles. Il aurait préféré que son beau-père accepte de venir vivre avec eux afin de pouvoir au moins vendre le manoir Callaghan car cela faisait énormément de travail. Mais Oscar, dans ses moments de lucidité, avait toujours refusé de quitter sa propriété. Oh bien sûr, Lysandre le comprenait et savait qu'il considérait ça comme l'ultime dignité à laquelle il devait s'accrocher. Mais il ne pouvait ignorer les contraintes que cela générait.

Après avoir finalement écouté sa cuisinière et s'être rasé, il remarqua qu'il était toujours trop tôt pour penser au repas. Aussi il se dirigea vers le salon d'hiver pour aller s'installer sur la terrasse. Elle n'était ensoleillée que le matin mais il l'aimait beaucoup car elle donnait sur les montagnes. Il préférait ce cadre là à la vallée que la terrasse de la façade offrait à la vue. De plus le temps était très agréable et il se fit la remarque qu'il aurait bien avalé un verre bien frais afin de finir tranquillement cette journée.

- Bonjour Lysandre.

Ne s'attendant pas à être interpeller, Lysandre sursauta et se leva d'un bond pour faire face à son interlocuteur. Et la seule pensée qui lui vint, fut que sa tranquillité venait d'être brisée d'une bien désagréable façon. Oubliant sa surprise, il se forgea un visage strict et hautain alors que son dos se redressait instinctivement.

- Que fais-tu là ? Grogna-t-il.

- Je vais bien, merci beaucoup de ta sollicitude. Mais toi, comment vas-tu ?

- Ne joue pas à ça avec moi. Tu n'es pas la bienvenue ici, tu le sais très bien.

- Les temps changent et en quatre ans, les mots n'ont plus la même importance.

- Si tu veux vraiment parler d'une diminution de la force des paroles que j'ai prononcées, alors reviens d'ici une cinquantaine d'années pour en vérifier l'impact résidant. Quatre ans n'est rien par rapport à tes fautes, Katherine.

- Je n'ai pas plus à me reprocher que toi. Nous étions deux ce soir là.

- Et tu es celle qui a tout manigancé. Tu as profité de mon ivresse pour te glisser dans mon lit. Tu es la garce, pas moi. Sans compter que tu ne te sens pas si blanche dans cette affaire que tu ne laisses penser, étant donné que tu es venue me rejoindre en douce sans même te faire annoncer.

- Si je l'avais fait, tu ne m'aurais pas laissée entrer. Or il était plus que nécessaire que je m'entretienne avec toi.

- Je ne vois pas pourquoi je t'écouterais. Tout a été dit la dernière fois. Maintenant repars chez toi, à Dublin ou je ne sais où. Tu as perdu ta place ici et ne compte pas la retrouver. Estime-toi heureuse que je ne fasse pas appel aux autorités pour officiellement te reconduire comme une malpropre hors de ma vue. Et par la même rendre public le déshonneur que tu aimes tant à subir en revenant malgré mon interdiction.

- Mais tu aurais alors à expliquer des fais que tu n'assumes pas. Sans compter que tu n'oserais quand même pas me jeter ainsi alors que ma fille est juste à côté ? Susurra-t-elle.

Lysandre fronça les sourcils en laissant son regard divaguer à l'arrière de Katherine. Il ne l'avait pas encore vue mais il découvrit qu'effectivement une petite fille patientait près de la tour, à l'écart de leur conversation. Tenant les pans de son pardessus dans ses mains et la tête penchée vers le sol, elle semblait attendre qu'on l'autorise à faire quoi que ce soit. Elle n'était pas aussi brune que sa mère mais s'il se souvenait bien, Séamus Ó Sullivan n'était pas non plus très brun. Elle n'était pas très grande par contre, ni très âgée.

- Quel âge a-t-elle ?

- Elle aura quatre ans en juillet.

Une pensée vint brutalement le frapper. Comme tout le monde dans le comté, il avait appris la mort violente de Séamus avec stupéfaction. Les différentes attaques et émeutes qui, pendant des années, avaient principalement secouées les grandes villes dans le but de rendre à l'Irlande son indépendance par rapport à l'Angleterre, avaient été une actualité brûlante et impossible à ignorer. Si dans leur région ils avaient été assez à l'écart des évènements, les journaux les tenaient au courant de l'actualité sanglante. Lysandre ne connaissait pas plus que cela Séamus mais c'était un enfant du pays et il avait été touché par son décès. Il avait demandé qu'une messe soit célébrée en son honneur avant d'aller offrir ses condoléances à sa jeune sœur. La pauvre avait été détruite par cette nouvelle. Elle était à peine remise de la mort de sa grand-mère trois mois plus tôt qu'elle avait dû affronter le meurtre de son frère.

Mais ce qui le frappait actuellement, était que sa mort remontait à presque quatre ans et demi. Il n'avait donc jamais connu sa fille et cette enfant n'avait plus que sa mère. Lysandre en fut choqué. Le destin était si cruel avec certaines personnes. Pourtant il ne put s'empêcher de calculer un instant. Née en juillet ? En fait, Katherine était déjà enceinte d'un mois pour le baptême d'Abraxas. Son comportement à l'époque avait-il eu un lien ? Oh il ne regrettait rien de la façon dont il l'avait traitée. Il ne lui pardonnerait jamais d'avoir profité d'une faiblesse pour mettre en péril son mariage. Mais il était certain que cette fois, il ne pourrait pas refaire la même scène. Il y avait une enfant innocente qui ne devait pas être témoin de certaines choses.

- Je ne veux pas m'énerver devant elle, mais si tu ne rentres pas chez toi définitivement, je ne répondrais certainement pas de mes actes.

- Et si je ne veux pas ? Si ce que je veux c'est être auprès de toi ? Demanda-t-elle avec fougue.

- Alors c'est que tu es encore plus idiote que ce que je pensais. Je suis marié, père et heureux.

- Et moi je t'aime toujours, je suis veuve, riche de la fortune de mon époux et …

- Peut-être qu'il faudrait que tu fasses un séjour dans un asile, il semblerait que tu aies des difficultés à accepter la réalité.

- Et contrairement à ma jeune sœur, qui semble incapable de pondre autre chose que des fœtus morts, reprit-elle ironiquement sans porter attention à sa réplique, je pourrais te donner tous les enfants que tu veux. Tu gagnerais déjà une fille.

- Tu divagues. Même si Elizabeth ne pouvait plus avoir d'enfant, jamais je ne l'abandonnerais car je l'aime profondément.

- Si profondément que tu l'as trompée.

- Tu m'avais piégé. Dans mon état normal, jamais je n'aurais posé un seul doigt sur toi.

- Reste donc avec elle, je peux très bien vivre dans l'ombre et te satisfaire toutes les fois où elle ne pourra pas le faire.

Lysandre la regarda avec stupéfaction et dégoût. Elle lui proposait tout bonnement d'être sa maîtresse! Mais quelle folie l'habitait ? Une sourde colère s'empara de lui. Il ne la comprenait pas. N'importe qui ayant été traité comme il l'avait traitée l'aurait haï. Mais pas elle. Au contraire, elle s'accrochait à lui aussi sûrement qu'une sangsue. Plus brutalement la rejetait-il et plus vivement revenait-elle à lui.

- Tu es écœurante. Comment peux-tu me proposer une si avilissante situation ? Et la prochaine fois ce sera quoi, un peu d'argent en échange de tes faveurs ? Tu te rapproches de plus en plus de ce que tu te défendais d'être.

- Je ne suis pas une catin. Je ne vends pas et n'offre encore moins mes charmes à n'importe qui. Il n'y a que toi. Il n'y a jamais eu que toi. Et tu peux bien penser ce que tu veux, nous sommes liés depuis notre enfance.

- Nous étions amis, juste amis et tu as imaginé des choses qui n'avaient pas lieu d'être. Ne me reproche pas ta déchéance, je ne t'ai jamais encouragé dans son obsession envers moi. Tu t'es enterrée toute seule dans ton mirage. Tu n'as plus aucune notion de la réalité tant tu t'es enfermée dans tes rêves.

- Tu …

- Loue la présence de ta fille qui m'interdit de te remettre à ta place une nouvelle fois, coupa Lysandre d'une voix sèche et glaciale. Pense à son bonheur et oublie-moi. Tu es en train de gâcher ta vie et la sienne pour des chimères. Je sais que tu n'as jamais aimé Séamus comme il l'aurait désiré. Mais vous avez eu une enfant et en mémoire de son père, tu es priée de te conduire en mère responsable. Va-t-en. Disparais de ma vue et de notre vie.

- Sinon quoi ? Tu vas m'enfermer dans ton manoir et m'y laisser pourrir jusqu'à ce qu'on m'oublie définitivement ? Je croyais d'ailleurs que tu devais m'offrir en pâture à mon père, après m'avoir rossé bien sûr. C'est bien ce que tu avais dit la dernière fois n'est-ce pas ? Tu vois, tu m'aimes suffisamment pour ne pas me faire de mal, alors c'est à toi d'ouvrir les yeux et d'accepter que la vie ne sera douce que lorsque nous serons un couple.

- Ton père est malade et pour rien au monde je ne lui laisserais affronter ta présence. Tu es pire que du poison et tu ne mérites aucun membre de ta famille. Tu détruis tout sur ton passage. Comme notre amitié que tu as détruite avec tes fantasmes. Tu aurais pu être heureuse avec ton mari et profiter des années qui t'avaient été offertes mais tu n'as pas su saisir ta chance. Et maintenant que Séamus est mort, je doute qu'il existe quelqu'un qui puisse t'aimer autant que lui. Il te reste encore votre fille, comptes-tu également lui faire du mal en ne lui apportant pas l'intérêt qu'elle mérite ? Ne me force pas à lui montrer sa mère dans une situation indigne et choquante.

- Tu ne feras rien. Et tu sais pourquoi ? Parce que si tu avais dû mettre tes menaces à exécution, il y a longtemps que tu l'aurais fait.

- Continue à me harceler et il est fort probable que je t'écoute en t'enfermant quelque part dans ces murs. Je n'aurais aucun scrupule et personne ne s'en doutera car une nouvelle fois, tu as tenu toi-même à ne pas te faire remarquer pour venir me voir. Comment es-tu venue d'ailleurs ?

- Et dans ton scénario, continua Katherine en balayant sa question d'un geste de la main, que fais-tu de ma fille ? Vas-tu la séquestrer aussi ?

- Je l'emmènerai dans un orphelinat et je veillerai à ce qu'elle soit correctement traitée. Et adoptée évidement. Ensuite, j'espère que la vie sera clémente avec elle.

- C'est un plan merveilleux, mais comme je te l'ai dit, tu n'en feras rien car …

- Pousse-moi à bout et …

- Car jamais tu ne pourras faire ça à ta fille.

- De quoi ?

Lysandre recula d'un pas en la regardant avec les yeux écarquillés. Qu'insinuait-elle au juste ? Et la voir sourire comme une démente n'était pas pour l'aider à se reprendre.

- Ton petit discours était très beau et Séamus aurait été ravi de voir l'intérêt que tu lui portais. Mais rien ne me force à agir en sa mémoire car ma fille n'est pas la sienne. Tu vois Lysandre, je peux te donner tous les enfants que tu veux et j'ai déjà commencé ma promesse.

- Tu dis n'importe quoi. Nous n'avons eu de relation intime qu'une seule fois. Et je sais encore compter jusqu'à neuf mois. De plus Séamus …

- Ne me touchait plus depuis plus d'un an. Il n'était donc en rien responsable de ma grossesse. Quant à sa durée, ma fille était juste pressée de venir au monde. Le médecin a eu peur qu'elle ne survive pas car elle était très menue et un peu précoce mais maintenant tout va bien.

Remarquant certainement qu'on l'observait avec attention, la fillette releva la tête et regarda sa mère en fronçant les sourcils. Et Lysandre sursauta. Elle avait les yeux verts. Le même vert que les siens. Il ne se rappelait plus de la couleur exacte des iris de Séamus mais il était certain qu'ils n'étaient pas verts. Et il était évident que le regard marron de Katherine n'était en rien dans la couleur de celui de sa fille.

- Accepte ma proposition et en plus d'une maîtresse dans ton lit, tu gagneras une fille de ton sang, lui murmura-t-elle dans le creux de l'oreille.

Mais cela n'eut pas l'effet qu'elle avait escompté. Lysandre la regarda méchamment avant de lui agripper le bras violemment.

- Disparais de ma vue, lui murmura-t-il d'une voix sourde et menaçante. Je ne veux plus jamais entendre parler de toi et ni d'elle. Elle n'est rien pour moi. Elle a été engendrée sur un mensonge et parce que tu m'as piégé. J'estime n'avoir aucune responsabilité dans cette erreur et je n'en paierais certainement pas les conséquences. Tu es une garce, doublée d'une putain. Tu as voulu jouer avec le feu, maintenant à toi d'assumer seule.

- C'est ta fille !

- Non. Pour moi elle n'est rien d'autre que la preuve de ton indignité. J'avais bien plus de respect pour toi quand je pensais que c'était la fille de Séamus. Maintenant j'avoue que je la plains. Oui, je la plains d'avoir une mère telle que toi. Je la plains d'être née des conséquences d'une forte ivresse et d'un esprit tortueux. Mais tu ne me feras pas chanter avec elle. Tu as assez d'argent pour l'élever correctement et elle ne sera pas défavorisée. Je ne lui dois rien car elle n'est rien pour moi.

Il la traina ensuite vers sa fille et continua pour contourner la tour du manoir, là il la relâcha violemment en la poussant en avant. Elle trébucha mais réussit à retrouver son équilibre avant de tomber à terre. La fillette, apeurée, courut vers sa mère, des larmes glissant sur ses joues pour se cacher derrière ses jambes. Katherine le toisa de haut et son regard débordait d'une telle haine que Lysandre sentit un léger malaise s'insinuer en lui.

-Tu n'aurais pas dû nous rejeter, Lysandre. Un jour, je te ferais ravaler ta verve. Un jour tu regretteras ce que tu m'as fait. Ce que tu nous as fait !

Avec un mouvement brusque, elle attrapa sa fille dans ses bras pour la consoler. Puis elle fit demi-tour et repartit d'un pas rapide à travers le domaine. Elle ne suivit pas le chemin principal. Elle était arrivée discrètement et savait parfaitement comment éviter d'être vue. Après tout, elle avait passé de suffisamment longs moments au manoir pour en connaître tous les avantages à tirer. Et puis elle avait un cheval qui l'attendait un peu plus loin afin de s'éloigner un peu plus vite. Elle logeait dans un petit hôtel dans un village un peu éloigné car il n'avait pas été question que quelqu'un la reconnaisse. Ensuite elle rentrerait chez elle. Elle avait maintenant à faire. Oui, bien à faire …

Mais bien qu'il fût content de la voir partir, une nouvelle fois, Lysandre sentit son cœur se serrer vivement quand les yeux verts et larmoyants de la fillette plongèrent dans les siens. Ils étaient emplis de terreur. Bouleversé de cette rencontre, il rentra au manoir et demanda à ce qu'on lui serve le repas dans son bureau. Il était prêt à passer une nuit blanche voire plus afin d'avancer dans ses dossiers. Il était devenu nécessaire qu'il parte rapidement du manoir pour rejoindre sa famille. Rester seul ici ne lui donnerait que l'occasion de ressasser tout ca. Et il ne le voulait définitivement pas.

Avril 1930.

Les années avaient passé et beaucoup de choses avaient changé. A peine deux mois après que Lysandre ait rejoint Elizabeth sur les bords de la Méditerranée, il avait dû revenir d'urgence au Manoir. Aveleen était au plus mal. Mais la durée du voyage n'étant pas négligeable, elle était décédée avant son arrivée. Il en avait été terriblement affecté. Greagoir l'avait accompagné et avait partagé sa peine. La vieille cuisinière était au service des Malfoy depuis une poignée d'années lorsqu'il était entré au manoir. Un lien étroit s'était créé entre eux et le majordome n'avait pu retenir ses larmes à cette nouvelle.

Aveleen n'avait plus de famille depuis bien longtemps. C'était principalement pour cela qu'elle ne voulait pas quitter le manoir. Aussi, Lysandre décida que la messe pour son décès serait donnée à la petite chapelle et qu'elle serait enterrée dans le cimetière familial. Il avait dû affronter les mauvaises langues qui n'avaient pas hésité pas à lui signaler que c'était contre l'étiquette due à son rang. Mais il s'en était moqué. Il avait tant d'amour et de respect pour elle qu'il lui aurait été impensable d'agir autrement.

Une fois les formalités accomplies et une vérification que tout se passait bien dans ses affaires, il était reparti auprès d'Elizabeth, laissant Greagoir au manoir. Le majordome avait émis le souhait de rester. Même s'il n'avait pas le cœur à ça, il avait avancé le devoir de trouver une nouvelle cuisinière avant le retour de la famille. Lysandre avait accepté tout en sachant qu'il voulait également se recueillir et faire son deuil. Et puis le manoir avait besoin de lui pour être correctement tenu. Il en était maintenant le dernier pilier du côté de la domesticité.

Finalement, le séjour des Malfoy avait duré bien plus longtemps que prévu. Même si Lysandre avait fait quelques allers retours pour les affaires, ils étaient restés absents un peu plus d'un an et demi. Ils seraient même restés un peu plus si Elizabeth n'avait pas fait remarquer que ce n'était pas l'idéal pour éduquer Abraxas. Il avait besoin de trouver ses marques au manoir et ce n'était pas en restant éloigné qu'il le ferait. Sans compter qu'elle trouvait qu'il avait un peu trop de liberté pour son âge dans cette maison de campagne. Il était étonnant qu'elle réagisse ainsi alors qu'elle était la fille cadette et adorée de sa famille mais son époux avait alors compris que contrairement à ce que Katherine lui avait toujours dit, Elizabeth avait reçu une éducation très stricte derrière l'attention presque maternelle de son père.

Dès leur retour, le petit garçon avait été installé dans l'aile nord. Au début il n'avait pas compris pourquoi on l'isolait et avait pleuré. Puis alors qu'il avait fui sa chambre au milieu de la nuit, il avait été intercepté par Greagoir. Celui-ci l'avait consolé en l'entrainant en cuisine pour lui préparer un verre de lait chaud. Puis il l'avait réconforté. Il lui avait expliqué que ce n'était pas parce que ses parents ne voulaient plus de lui qu'il avait changé de quartier mais parce qu'il était maintenant un grand garçon. Et pour le montrer, il avait eu l'autorisation d'investir sa nouvelle chambre. Abraxas l'avait écouté avec attention et avait accepté d'y retourner finir sa nuit.

Lysandre fut évidement mis au courant dès le lendemain matin et il avait chaudement remercié le majordome pour le tact et l'écoute qu'il avait fourni avec son fils. Il avait reconnu qu'il n'avait pas été un bon père sur cette affaire car il n'avait pas vu que l'enfant avait si mal pris son éloignement. Lui-même n'avait pas eu de problèmes lorsqu'il avait été déménagé de sa chambre de bébé. Mais les circonstances avaient été différentes. Elizabeth avait eu raison quand elle avait signalé qu'il y avait quelques défauts dans l'éducation du garçon et qu'ils ne pouvaient pas rester en villégiature plus longtemps.

Par la suite, Abraxas avait pris pleinement possessions de son aile, pour le grand plaisir de ses parents. Et il leur avait bien fallu cela lorsque la jeune femme fit une nouvelle fausse couche. Le médecin avait émis l'hypothèse de graves problèmes de santé s'ils tentaient une nouvelle fois d'agrandir leur famille. Le fantôme de la mère d'Elizabeth, morte en couche, flotta longtemps au dessus d'eux et cela leur suffit pour se ranger à l'idée qu'ils n'auraient plus d'autre enfant que leur fils.

Cela avait pris du temps mais Lysandre avait réussi à mettre de côté le fait qu'il avait également une fille quelque part. Pourtant lorsqu'ils prirent cette difficile décision, il n'avait pu étouffer une pensée pour cette gamine et ses grands yeux verts larmoyants. Mais jamais il ne tenta quoi que ce soit pour en savoir plus sur elle. Il n'avait pas changé d'avis. Katherine l'avait piégé et il ne comptait s'intéresser le moins du monde à ce qu'elles avaient pu devenir.

Mais Lysandre aurait peut-être dû se pencher un peu sur ce dossier là. Pendant qu'il gérait sa famille et la fortune Malfoy avec autant d'habileté que possible, surtout après l'important crack boursier de 1929, Katherine n'était pas restée inactive. Après son dernier raboutage, elle était rentrée à Dublin plus remontée que jamais. Pourtant elle n'était restée que quelques mois chez elle avant de virer ses domestiques, vider ses comptes et vendre l'hôtel particulier dont elle avait hérité à la mort de son mari. Et à partir de ce jour là, plus personne n'entendit parler de Katherine Ó Sullivan.

Elle était réapparue à Belfast avec sa fille sous le titre de la veuve Cormaíc. Elle avait caché une partie de sa fortune afin de ne pas attirer l'attention de la haute société sur elle. Et pour cela, elle avait acheté une petite maison toute simple, sans valet ni luxe. Elle avait juste une domestique qui lui servait autant de cuisinière que de femme de chambre. Mais ce choix n'était pas innocent. Après y avoir longtemps pensé, elle savait enfin comment se venger de sa famille et de Lysandre. Elle savait comment les faire payer. Mais il lui avait fallu monter un plan et pour cela, elle avait besoin de pouvoir faire des recherches discrètes. Recherches qui auraient été veines dans une petite ville sans ressource et qui ne lui étaient pas permises à Dublin.

Katherine ne vivait plus que pour cela. Aussi pour avoir plus de latitude, elle avait inscrite sa fille dans une école. Comme cela, le temps que l'enfant passait à étudier, la mère pouvait agir en toute tranquillité. Oh il ne fallait pas croire que la petite était malheureuse. Non, sa mère l'aimait plus que tout. Elle était le fruit de son amour pour Lysandre. La preuve qu'il y avait eu plus que de l'amitié ou de la haine entre eux. Et même si celui-ci l'avait rejetée comme une moins que rien, elle ne pouvait empêcher son cœur de battre traitreusement pour lui.

Ce jour là Katherine savait qu'il était temps de passer à l'étape supérieure. Elle n'avait peur de rien et était prête à aller très loin, cette fois, pour arriver à ses fins. Dans cet état d'esprit, elle gagna la chambre de sa fille pour la voir plongée dans son livre de mathématique.

- Caitlín chérie ?

- Oui maman ? Répondit l'enfant en relevant la tête.

- Il y a quelque chose dont il faut que je te parle. Nous allons devoir déménager d'ici quelques mois.

- Mais pourquoi ? Nous sommes bien ici et ce n'est pas encore la fin de l'année !

- Je sais, mais je n'ai pas dit que nous partirions demain. Il faut que je trouve une nouvelle maison et que je réussisse à vendre celle-ci. Je vais commencer à m'occuper de tout ça mais nous attendrons que tu ais fini ton année pour partir. Je ne veux pas que cela perturbe ta scolarité.

- Pourquoi maman ? Redemanda la fillette.

- Est-ce que tu te rappelles, il y a quelques années, nous étions allées voir un homme dans une grande maison ?

L'enfant plissa le nez et une ride se creusa sur son front alors qu'elle fouillait dans ses souvenirs. D'un coup elle sembla trouver quelque chose car son regard vague sur refocalisa sur sa mère.

- Hum je crois. C'était comme un petit château et le monsieur était méchant. Il m'avait fait peur. C'était de lui dont tu m'as souvent parlé ? Celui qui a tué papa ?

- Oui mon ange. Cet homme avait été exécrable avec nous, tu avais eu très peur ce jour là.

- Il devrait être en prison pour ce qu'il nous a fait

- Tu as raison mais ne t'inquiète pas, il ne s'en sortira pas comme ça. Je t'avais dit que ce jour là j'étais allée le voir pour le mettre au pied du mur mais comme il a beaucoup d'influence, je n'ai pas pu aller au bout de ma manœuvre. Mais je t'avais aussi promis que je vengeais ton père un jour ou l'autre. Et je sais comment faire.

- Tu vas le tuer ? S'épouvanta Caitlín.

- Non, je ne pourrais pas faire quelque chose d'aussi atroce ! Mais j'ai maintenant les moyens de le faire chanter. Je ne sais pas combien de temps cela va durer, mais je le ferais plier et il expira ses fautes à genoux devant nous. Et tu vas m'aider.

- Comment ? Je n'ai que neuf ans et demi, moi !

- Ne t'inquiète pas, je t'expliquerai tout ça plus tard. Et tu seras formidable, ma petite merveille.

L'enfant lui offrit un grand sourire et lui promit de l'aider au maximum de ses capacités. Katherine n'en doutait pas. Elle avait bien travaillé ces dernières années en l'élevant dans la rancune de la mort de son soi-disant père. Maintenant sa fille chérie ferait tout pour l'aider dans son entreprise. Même si elle n'en connaissait que des mensonges. Après l'avoir un peu câlinée, elle la laissa à ses devoirs avant de repartir aux siens, un sourire mauvais sur les lèvres.

Octobre 1930.

C'était un début d'après midi comme tous les autres. Lysandre était occupé à ses affaires et préparait un voyage afin de conclure un accord important qui lui permettrait de se refaire une santé financière qu'il avait perdu un an plus tôt dans la chute de la bourse. Elizabeth était au manoir Callaghan depuis le matin et profitait de la sieste de son père pour vérifier auprès du majordome que tout était bien géré. Ensuite elle resterait avec lui, pour jouer aux cartes ou lui faire la lecture. Quand il faisait beau, elle l'emmenait se promener dans le parc mais ce jour là, le vent s'était levé et soufflait bien trop fort pour qu'elle envisage cette distraction pour Oscar. Même s'il y avait une petite amélioration, très certainement passagère d'après le médecin, ses moments de lucidité plus fréquents et plus longs n'étaient pas suffisants pour justifier de braver les éléments extérieurs.

Sans compter que depuis un peu plus d'un mois, Abraxas était entré au pensionnat et son absence avait rendu son grand père plus morose. Il ne revenait qu'un week-end sur deux. Et encore parce que son père était influant et avait signalé qu'il était impensable que son fils soit absent jusqu'aux vacances de noël. Ce qui rendait les journées bien plus calmes et moins évidentes à gérer pour sa mère. Mais elle se serait sentie des plus coupables si elle avait abandonné son père malade.

Pourtant ce jour là fut troublé d'une façon dramatique. Alors qu'Elizabeth finissait de préparer les menus pour les jours suivants, un cri suivi d'un bruit sourd se fit entendre. Se précipitant à la suite du majordome et du cuisinier, elle arriva dans le hall pour se figer d'horreur. Là, étendu au pied de l'escalier, le corps tordu douloureusement sous des angles bizarres, la jeune femme découvrit son père sans vie, les yeux ouverts sur une évidente terreur. Après un moment où personne ne sembla réaliser ce qu'il se passait et où seul le bruit du vent, fouettant les vitres en les faisant trembler, brisait le silence grave, Elizabeth se jeta à genoux à côté d'Oscar, pleurant et tentant en vain de le réveiller.

Les domestiques s'affolèrent brusquement ne sachant que faire. Le majordome appela le médecin et la Garda Siochána (*) même s'il savait pertinemment qu'il n'y avait plus aucune urgence. Et dans toute cette animation, personne ne vit cette ombre, un air satisfait bien ancré sur le visage, partir se cacher en attendant le bon moment pour se faufiler hors du manoir.


(*) La Garda Siochána est la police irlandaise depuis Août 1923.