jeudi 14 novembre

PVD Lara

Deux semaines plus tard, rien n'avait changé. Tous les samedis, nous allions faire un tour dans le parc, au centre commercial, au cinéma ou on restait dans ma voiture et on discutait toute la journée. Il était toujours le même. Refusant d'avoir le moindre contact physique. Des fois, j'arrivais à le faire craquer un peu, mais il se reprenait vite. La seule fois où nous avions été « proches », ce fut à la piscine.

Au lycée, c'était toujours pareil, tous les cours où, il était là, je me mettais avec lui, mais, quand c'était l'heure du déjeuner, il se mettait à l'écart. Je me sentais très mal à l'aise, de le laisser manger seul, mais mes amis commençaient à trouver ça louche, que tout d'un coup je fus toujours avec lui.

— C'est pour le dossier Nathalie.
— À d'autres, il te plait.
— Peu importe, il ne se passera jamais rien entre nous.

Nous étions au réfectoire et les autres arrivèrent.

— Coucou, vous deux, lança Mike.
— Salut.
— Bon, on fait quoi ce week-end ?
— Moi, j'ai rien de prévu, dit Nathalie.
— Moi, je ne suis pas là samedi, leur dis-je.
— Tu es où ? Demanda Maxime.
— Je vais avec Axel à l'hôpital, on va interroger quelques personnes pour le dossier.

Je voyais bien à leurs têtes qu'ils ne l'aimaient pas. Il était toujours seul, timide et ne parlait avec personne.

— Je l'aime pas ce mec Lara, me dit John.
— Je t'ai pas demandé ton avis.
— Il est bizarre.
— Non, il ne l'est pas.
— Bien sûr que si. Il te suffit de le regarder.

Il me montra Axel du doigt. Il était occupé de lire et avait ses écouteurs aux oreilles. Il n'avait pas de plateau devant lui et il était au fond du réfectoire où peu de gens pouvait le voir. Je le vis prendre un médicament et remettre sa bouteille dans son sac.

— Trop bizarre.
— Arrête, il ne l'est pas.
— Pourquoi tu le défends ? Dit Max.
— Parce qu'il ne l'est pas, il est très gentil une fois que tu le connais.
— Oui, c'est comme à la piscine, il avait l'air très gentil.

Je me figeai et regardai autour de la table, Nathalie baissa la tête et le reste me regardait.

— Je peux encore faire ce que je veux de mon temps libre non ?
— Je me demande bien s'il n'y a pas quelque chose entre lui et toi.
— Il n'y a rien, on est ami et ce ne sont pas vos affaires.
— Mais ouvrent les yeux, tu es occupé de nous lâcher pour lui.
— N'importe quoi, Maxime.
— On se voit plus depuis que tu traines avec lui.
— Tu es jaloux ?
— Pfff... jaloux d'un mec pareil, il cache quelque chose, c'est obligé.

J'en avais plus qu'assez de les voir le rabaisser ou parler sur lui comme s'il était une bête de foire. Je pris mon plateau et partis.

— Tu vas où ?
— Ailleurs.
— Attends, dit Nathalie.
— On se voit en cours.

Je jetai mes affaires à la poubelle et sortis du réfectoire. Je vis Axel me regarder et il enleva ses écouteurs. Il me restait encore 30 minutes. Je partis m'asseoir sur les marches de l'entrée et posai ma tête sur mes jambes.

Soudain j'entendis des cris dans le couloir derrière moi, je me levai et vis Maxime, John et Mike devant Axel.

— Tu vas arrêter de lui tourner autour !
— Je ne lui tourne pas autour.
— C'est ça, elle a complètement changé depuis que tu es là.

Je me mis près d'Axel.

— Non, mais, qu'est-ce qui se passe là ?
— Rien, dit Max.
— Vous allez arrêter de l'emmerder ? Il ne vous a rien fait, dis-je.
— Alors, tu prends sa défense ?
— Trois contre un, c'est courageux ça Maxime.
— On n'allait pas le frapper, enfin pas maintenant.

Il me fit un sourire et partit, rigolant avec les autres.

— Je suis désolée, lui dis-je.
— Ce n'est pas de ta faute et c'est vrai, on passe beaucoup trop de temps ensemble.
— Quoi ? Non, on est amis.
— Lara, on passe tous nos weekends ensemble et lorsqu'on le peut, nos vendredis soirs.
— Et alors ?
— Je ne peux pas être avec toi.
— Tu es tellement persuadé que c'est mieux pour toi d'être seul que tu repousses même les gens qui veulent être tes amis.

Je partis en le laissant là. Je ne me sentais pas bien et j'avais les larmes aux yeux. Il faisait parti de ma vie à présent et je me sentais bien avec lui. Je n'avais pas besoin de faire attention à ce que je disais et il ne me voyait pas comme une fille populaire du lycée, mais comme une fille normale avec une vie normale.

— Ça va ? Demanda Nathalie une fois que j'étais en classe.
— Non, ça va pas.
— Écoute si c'est pour ce midi...
— Non, c'est pas ça.

À la fin du cours, elle me suivit jusqu'à ma voiture, j'attendais devant celle-ci.

— Tu ne montes pas ?
— Non, j'attends Axel.
— Lara, tu t'attaches beaucoup trop.
— Et alors ? En quoi c'est mal de s'attacher à lui, hein ?
— Ce n'est pas mal, mais on n'est jamais plus ensemble, tu passes tout ton temps avec lui.
— Je me sens bien avec lui. J'entends pas toujours les mêmes choses, les mêmes conneries et il n'est pas méchant, il est juste un peu renfermé.
— Un peu ? Il est toujours seul.
— Parce que personne n'a pris la peine de lui parler, tout le monde l'ignore.

Elle me regarda et un petit sourire s'étira sur son visage.

— Tu es occupée de tomber amoureuse de lui.

Ce n'était pas une question, mais plutôt une affirmation. Elle me connaissait par cœur, elle était ma meilleure amie et je ne pouvais pas lui cacher cela.

— Il est différent des autres, il est sensible, gentil, patient et il me fait sortir un peu de cette routine et j'ai pas envie que ça cesse.
— Si tu te sens bien avec lui, alors va avec lui. Je serais toujours là pour toi.
— Merci, Nath.

Elle me prit dans ses bras.

— Ah ! Le voilà.
— Il ne va pas venir.
— Pourquoi ?
— Pour rien, bon je te laisse.

Elle me fit un baiser sur la joue et parti. Comme je m'y attendais, il ne vint pas vers moi.

— Je suis désolée, dis-je quand il passa devant moi.

Il s'arrêta et regarda devant lui. Après une longue minute, il souffla et s'approcha.

— Je suis désolée, répétais-je.
— Pourquoi ? C'est la vérité, ce que tu as dit.
— Je ne voulais pas te le dire aussi froidement.
— Depuis un an, je suis seul et personne ne m'a jamais parlé ou demander pourquoi tout d'un coup, je voulais plus parler aux autres, ils m'ont laissé là, dans mon coin. Et tout d'un coup, tu débarques dans ma vie, tu connais ma vie et tu restes.

Il remit une mèche derrière mon oreille.

— Ça me fait bizarre et j'ai peur que ça aille plus loin.
— Tu as peur que j'attrape ce que tu as ou tu as peur parce que tu n'as jamais vraiment connu ça ?
— Un peu des deux, je suppose. Je sais ce que c'est de souffrir de cette maladie, pendant des semaines, j'ai cru mourir et je ne veux pas t'exposer à ça.
— Pour le moment, il n'y a pas de danger, c'est à peine si tu me touches.

Il me sourit et me prit dans ses bras, je posai ma tête sur son torse et enroulai mes bras autour de sa taille. Il mit sa main dans mes cheveux et je sentis un baiser au sommet de mon crâne.

— On est toujours amis ? Lui demandais-je.
— Bien sûr.

On monta dans la voiture et je le raccompagnai chez lui.

— Pour samedi, on a rendez-vous vers 10h30.
— D'accord.
— Je passerai te prendre vers 10 h.
— Merci.
— C'est sur mon chemin. T'inquiètes.

Il me fit un baiser sur la joue et partit. Je retournai chez moi.

samedi 16 novembre

10 h, pile j'étais chez Axel. Il sortit directement et je vis sa mère lui dire de faire attention, il leva les yeux au ciel et entra dans la voiture. Sa mère nous fit un petit signe et sourit, je lui fis un petit signe et parti.

— Tu es prêt ?
— Je pense, oui.
— On pose juste quelques questions.
— Dans plusieurs années, la maladie se déclenchera et je serai malade, j'ai peur de ce moment.
— C'est normal, mais ce n'est pas pour maintenant. Ça fait qu'un an, tu as encore plein plein plein d'années à passer.
— Hum.

J'essayais d'être positive et de lui faire remonter le moral, mais il y pensait tout le temps. Cette maladie lui bouffait la vie et il n'arrivait pas à se lâcher de temps en temps.

Arrivé à l'hôpital, un médecin nous emmena dans une chambre.

— Il faut mettre ce masque pour les microbes, son système immunitaire est très faible.
— D'accord.

On mit une sorte de masque en papier et entra.

— Bonjour, nous dit-il.
— Bonjour, je suis Lara et voici Axel.
— Oui, le docteur m'a parlé de vous.
— Ça ne dérange pas si l'on vous pose quelques questions ?
— Non, je n'ai rien d'autre à faire.

Axel était tendu et se mit le plus loin possible. Le garçon était un peu surpris et mal à l'aise. Moi, je me mis près de lui.

— Depuis quand êtes-vous malade ?
— J'ai été contaminé il y a 15 ans, j'avais dix ans et j'ai trouvé une seringue dans la rue. J'ai été piqué et on a constaté que j'étais malade tout à coup. Ils ont fait des tests et ont dit à mes parents que j'étais séropositif.

J'en restai figeai, 15 ans ? Il avait donc 25 ans et il était très malade.

— D'après mes recherches, on ne tombe pas malade avant 20 voir 30 ans.
— J'ai déjà un système immunitaire très faible à la base. Je ne fais pas de sport, je ne bouge pas de chez moi, je n'ai pas de vie sociale et je mange tout ce que je veux. Je n'ai pas fait attention à moi.

Je regardai Axel, il avait l'air très tendu et mal à l'aise également.

— Je me suis laissé mourir. Une fois que j'ai été en mesure de réellement comprendre ce qui m'arrivait, je n'ai rien fait. Je vivais au jour le jour sans me soucier de ce qu'il allait m'arriver.

Il avait l'air de souffrir maintenant. Il était triste et avait l'air fatigué. Il y avait de nombreux médicaments sur la table et il transpirait alors qu'il ne faisait même pas chaud.

— Heu... vous vous sentez comment là ? Demanda Axel.
— Franchement ? Mal, j'aurai dû faire plus.
— Comment ça ?
— Il est prouvé que si l'on a une hygiène de vie équilibrée, qu'on fait du sport, qu'on sort, qu'on vit quoi. On vit beaucoup plus longtemps. Il faut se changer les idées, il faut vivre et profiter.

Il me regarda et baissa la tête.

— J'ai toujours eu peur de contaminer quelqu'un d'autre. Je ne suis jamais sortie avec une fille. La peur a toujours pris le dessus.
— Avec un préservatif, les risques d'être contaminé sont réduits fortement.
— Vous seriez d'accord, vous, de faire l'amour avec un séropositif ?
— Oui.
— Ben, il a de la chance, alors.

Il regarda Axel et lui fit un sourire. Il avait l'air de savoir qu'Axel était également séropositif.

— Tu l'es depuis combien de temps ? Demanda le garçon à Axel.
— Depuis un an.
— Et ça va ? Tu arrives à vivre normalement.
— Non.
— C'est normal. Au début, mais si tu as des amis, tu arriveras à faire face.
— Il n'a pas d'ami à part moi, lui dis-je.
— C'est plus que moi en tout cas.
— Je vais aller me chercher un café, leur dis-je.

Je pense qu'une petite conversation lui fera du bien, il pourra se confier un peu sur ses peurs.

PVD Axel

Elle venait juste de quitter la chambre. Elle était tellement gentille et prévenante, je me sentais mal pour elle. Elle était partagée entre moi et ses amis et c'était à cause de moi.

— Elle est très gentille, me dit le garçon.
— C'est quoi, ton nom ?
— Philippe.
— Oui, elle est gentille.
— Vous sortez ensemble ?
— Non.
— La peur de la contaminer ?
— Je ne veux pas qu'elle souffre. Je mourrai plus vite qu'elle. Si l'on s'attache, elle souffrira tôt ou tard.

Il me regarda et fit un petit oui de la tête.

— Mais tu as besoin d'avoir une vie. Tu as besoin de connaitre du monde et crois-moi, l'amour est très important dans une vie.
— La première fois que j'ai approché une fille, ça ne m'a pas porté chance.
— Ce n'est pas une généralité et elle à l'air d'accepter que tu sois séropositif.
— Oui, bien mieux que je l'espérais. Elle s'en fou complètement. Elle fait comme si de rien n'était.
— C'est peut-être mieux, ainsi. Tu ne te sentiras pas constamment avec une tension autour de toi. Je parie que tu es bien uniquement lorsqu'elle est là.

Je regardai un point et me rendis compte que c'était vrai. Il y avait qu'avec elle que je me sentais bien, que je me sentais enfin moi-même. Elle ne me parlait pas de la maladie à moins que, moi, j'en parle et elle ne me repoussait pas, au contraire, je devais souvent la repousser.

— Il faut que tu laisses aller. Ce n'est pas parce que tu sors avec, que tu l'embrasses, que tu la prends dans tes bras qu'elle sera contaminée. Fais-lui confiance, elle a l'air réfléchie comme fille.
— Ouais.

Elle entra à ce moment-là et me sourit.

— Je ne connais même pas ton nom.
— Philippe.

Elle lui posa encore quelques questions et, vers 11h40, on partit. Elle promit de revenir le voir bientôt et qu'il ne devait pas perdre son courage. Elle le prit même dans ses bras, puis sortit.

On alla à une réunion pour les personnes qui désiraient parler de leur vie. Ils étaient tous séropositifs, Lara prenait des notes et posait des fois des questions. Moi, je restai le plus loin possible et j'écoutai. Ils avaient tous le même discours, ils avaient peur, mais essayait de vivre le mieux qu'ils pouvaient et ils profitaient au maximum de chaque moment.

Chose que je ne faisais pas. Enfin, que je ne faisais pas, je regardai Lara et en la voyant ainsi discuter avec une femme et rigoler je me dis qu'elle était différente des autres.