A La Science De Tout

Par : Provocative Envy

Traductrice : Bleak Dawn

N/T: Chapitre dédié à Amber dont le commentaire m'a profondément touché, merci, infiniment merci.

Bonne lecture à tous!

CHAPITRE SEPT

Ma seule pensée rationnelle n'avait aucun sens.

Ce n'était pas supposé se passer comme ça.

J'obtenais ce que j'avais désiré, tout ce que j'avais espéré, et mon stupide, stupide cerveau était en train de tout gâcher.

Je pouvais sentir la dure, froide surface du bureau se frotter contre l'arrière de mes cuisses dénudées, l'inconfort une distraction, et cela semblait mal, soudain, que ma chemise soit à moitié déboutonnée, que ma jupe soit simplement retroussée et écartée du chemin, que cela se passe dans une salle de classe vide derrière une porte fermée alors que tout le monde était en train de dîner. Cela semblait mal, tout d'un coup, qu'il ait refermé ses dents sur le lobe de mon oreille dans une tentative de paraître sexy, mais ça n'avait rien d'agréable, rien du tout, et ses mains tripotaient, frénétiquement, la boucle de sa ceinture, et sa respiration était lourde, et j'étais simplement assise là, ne prenant même pas la peine de feindre un quelconque intérêt, souhaitant que nous fussions dans un lit, souhaitant que ceci ne se déroulât pas si rapidement, souhaitant que nous n'eussions pas cessé de nous embrasser, que je n'aie jamais attrapé sa main et l'aie guidé vers le devant de ma chemise—souhaitant que les circonstances ne fussent pas aussi brouillonnes, pas aussi compliquées, pas aussi impardonnables.

Tout avait commencé lorsque nous avions été laissés seuls dans la salle commune juste avant le déjeuner. L'air s'était chargé d'électricité—et quelque chose d'autre, quelque chose comme de l'anticipation, et l'étrange, éthérée tension ne s'était pas dissipée lorsqu'il s'était assis à mes côtés, beaucoup plus près qu'il n'en avait eu besoin, nos cuisses s'étaient frôlées, et j'avais été beaucoup trop consciente de son corps, mon corps, et puis il s'était tourné vers moi, une étrange expression marquant ces adorables traits couverts de taches de rousseur, et—voici la partie qui était devenue floue, incertaine—je ne pouvais plus être sûre si c'était moi qui l'avais embrassé ou si c'était lui, je ne me souvenais pas, mais peut-être était-ce simplement la culpabilité, et puis je m'étais mise à califourchon sur ses genoux, et son visage était chaud contre mes paumes, et nos bouches étaient ouvertes, nos respirations se mélangeaient, fusionnaient, chaudes et humides, et puis—

« Ron, on ne devrait pas faire ça, » murmurai-je, me haïssant, le haïssant, haïssant la façon désespérée avec laquelle mes hanches embrassaient les siennes.

Il ferma les yeux, laissant échapper un soupir.

« Je sais, » répliqua-t-il.

Et puis nous nous étions séparés, nos peaux fiévreuses, et puis nous nous étions aperçus à la sortie du cours d'Enchantements en chemin vers la Grande Salle pour le diner, et je m'étais arrêtée dans le couloir qui se vidait lentement afin d'ajuster la lanière de mon sac, et il était resté en arrière, et puis il m'avait poussé à l'intérieur d'une salle de classe, refermant la porte d'un coup de pied, nos langues et nos membres mêlés les uns aux autres, et puis j'avais réalisé, rationalisé—

Ce n'était pas supposé se passer comme ça.

Ce n'était pas supposé être fiévreux, fébrile, hâtif. Ce n'était pas supposé être clandestin, secret, caché du reste du monde parce qu'il était censé le faire avec quelqu'un d'autre. Je n'étais pas supposée être aussi facile, et il n'était pas supposé être aussi volage. Nous étions supposés être amoureux, cela était supposé être bon, cela était supposé être lent et tendre et ce n'était pas le cas, pas du tout, et c'était supposé être parfait, il était supposé être parfait, nous étions supposés être parfaits, et ce n'était pas le cas, il ne l'était pas, nous ne l'étions pas, et alors que je pensais à tout ceci, il avait réussi à défaire sa ceinture, et avant que je n'aie la chance de lui dire non, non, non, d'expliquer que ça n'allait pas, que ça n'avait rien d'agréable, il était en moi, et cela fit mal, cela fit mal, cela fit un putain de mal de chien, et je poussai un cri de surprise et de douleur et de regret et de déception et il se retira, l'effarement s'enregistrant sur son visage, et il ouvrit la bouche pour dire quelque chose, et il remonta son boxer, et je serrai mes jambes pliées contre ma poitrine, posa mon front contre mes genoux, et pleurai.

Je pleurai parce que je ne pouvais pas retourner en arrière. Je pleurai parce que je pensais être mieux que ça, parce que je pensais mériter plus, parce que ce n'était pas ce que je voulais que ça soit, et il n'était plus ce que je voulais, et je ne savais pas ce que cela voulait dire, et n'avais-je pas déjà réalisé tout ceci il y avait de cela à peine quelques semaines auparavant ? Pourquoi avais-je eu besoin de preuves, d'évidences, quelque chose afin de justifier les conclusions que j'avais tirées de façon si réfléchie, si merveilleuse, durant Noël ?

Ses mains étaient sur mes épaules, et il était en train de déposer des baisers le long de mon front, mes joues, mon nez et mes yeux, et il disait quelque chose en rapport avec combien il était désolé, quelque chose en rapport avec comment il avait toujours su qu'il ne pouvait pas vivre sans moi, et puis j'entendis la porte s'ouvrir et sentis mon souffle se bloquer, mes sanglots s'étrangler, mes larmes se figer.

« Eh bien, eh bien, eh bien, » fit une familière –oh, pitié faite que ce ne soit pas réel—voix trainante.

Je n'avais jamais complètement compris ma haine pour Drago Malefoy. Pas jusqu'à ce moment, cette seconde, cet instant lorsque je levai les yeux de mes rotules et le vit adossé contre la porte, les bras croisés nonchalamment sur sa poitrine, son éternel sourire narquois aux lèvres. Il venait d'interrompre le plus privé, le plus personnel, le plus humiliant épisode de ma vie. Il m'avait efficacement surprise à mon plus bas, mon plus vulnérable et je sus qu'il n'allait pas jouer les gentlemen et partir. Je sus qu'il n'allait pas oublier tout ça, le garder pour lui-même, agir comme si rien n'était arrivé.

Ron ne savait pas quoi faire. Il semblait tiraillé entre me réconforter et partir en courant.

« Allez, Hermione, partons d'ici, » marmonna-t-il finalement, tirant sur ma main. Mais je ne pouvais pas me lever. Pas avec Malefoy dans la pièce.

Parce que ce que Ron ne réalisait pas, c'était que j'étais assise dans une mare de sang.

« Je ne peux pas, » murmurai-je, lui jetant un regard insistant, désespéré.

« Pourquoi ? » demanda-t-il à voix haute. Je grimaçai.

« Parce que, je ne peux pas, » répliquai-je, les yeux rivés vers le bas.

Malefoy regardait notre échange avec une expression de grand intérêt sur le visage.

« Weasley, j'ai en horreur d'imaginer ce que ta petite amie pourrait penser de tout ceci, » remarqua-t-il tristement, inspectant ses ongles.

« Fiche le camp, Malefoy » cracha Ron.

Ce n'était pas supposé se passer comme ça, pensai-je à nouveau, grimaçant alors que je changeai de position sur le bureau.

« Dans ce cas, je vais tout simplement devoir lui parler de cette fascinante petite rencontre que nous venons d'avoir, » répliqua Malefoy de façon désinvolte.

« Non, » ma voix était un écho trop fort, maladroit dans le silence qui suivit.

Ron me regardait bouche bée. Malefoy leva simplement un blond sourcil dédaigneux.

« Non, Malefoy, » répétai-je, me rappelant que je m'adressais à un garçon qui pouvait sourire, qui avait des sentiments, qui pourrait être enclin à troquer l'humiliation de Ron pour la mienne.

« Quoi, tu ne veux pas être connue comme la salope qui s'est immiscée entre eux ? » me demanda-t-il durement, me toisant.

« Non, je ne veux tout simplement pas qu'elle ait à payer pour mon affreusement stupide erreur, » rétorquai-je, la mâchoire serrée.

Il pouffa. Ron se contenta de rester là, éberlué.

« Hermione, tu veux dire que tu ne… » Il s'interrompit.

« Non, Ron, je ne veux pas. Je n'aurais jamais dû… ce n'est plus le cas, » répondis-je, mes mots s'entremêlant, leur sens clair.

Il acquiesça, une fois, avant de se diriger vers la porte.

« Je vois qu'on joue les martyrs, » accusa Malefoy, les lèvres retroussées.

« De quoi est-ce que tu parles ? » m'enquis je, fatiguée.

« Il a trompé sa satanée copine avec toi, et toi tu décides que c'était une mauvaise idée quand vous vous faites prendre ? Tu fais du bon travail question choix morale, » cracha-t-il avec dérision.

Je déglutis, et déglutis encore, et ouvrit la bouche, tentant de réfléchir à quelque chose à dire pour ma défense—et puis je compris, alors que je pataugeais, me noyais dans mon propre silence, que je n'en méritais aucune.

Le mépris de Malfoy avait moins avoir avec les mœurs et plus à faire avec mon manque de considération envers elles. J'étais hypocrite, et il avait raison. Mon estomac se tordit de dégout pour moi-même. J'en avais marre de moi-même, malade de mon comportement, avec mon incroyablement faillible sens de bien et de mal.

« Comment est-ce que t'es arrivé ici d'abord ? » demandais-je faiblement.

« La porte n'était pas fermée à clef. Je t'ai entendu crier. C'était bon à ce point, Granger ? » Railla-t-il.

Je fermai les yeux, m'étonnant de la conclusion qu'il avait tirée. Il avait cru—bien sûr qu'il avait cru ça—Je secouai la tête, les larmes brulant mes paupières.

« Est-ce que tu peux partir, s'il te plait ? » murmurai-je, ayant besoin, voulant, désireuse de rester seule.

Il me scruta.

« Tu es pathétique, » dit-il, haussant les épaules, souriant avec condescendance.

Il avait raison, bien sûr.

Je savais qu'il avait raison même après qu'il soit parti, alors même que je fixais les traces de sang sur ma jupe. Je savais qu'il avait raison alors que je retournais à ma chambre, alors que je me coulais un bain, jetais mes vêtements, fixais et fixais et fixais mon reflet dans le miroir.

Cela me dérangeait, pour une raison quelconque, que rien n'avait l'air un tant soit peu différent.


Je sais, je sais, ça fait un choc pas vrai? Reviews grandement appréciées les gens! Au plaisir :)