Chapitre 7

Et toute cette énergie qui émane de toi

Ce chapitre est un chapitre de transition, ce n'est pas la folie niveau action mais il est nécessaire pour que l'histoire tienne la route et que les personnages se construisent :)

Le chapitre 8 est déjà écrit et il s'y passe plein, plein de choses !

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Marie la petite merci pour ta review :) Ton pseudo m'a fait sourire car j'ai une copine à Toulouse qu'on appelle "La petite Marie" pour la différencier d'une autre Marie (qui n'est pas très grande non plus ceci dit). Je suis contente que tu aies aimé le chapitre !

Brigitte26 merci pour ta review. Comme toujours tu es très encourageante et adorable ! C'est clair qu'en voyant Severus Draco aurait eu de grandes chances d'avoir un genre de choc mais bon ce serait trop facile haha.

Miruru-sensei (merci pour l'explication de ton pseudo que je trouve toujours trop mignon) oui j'étais au pair au Danemark... Je mets toutes mes tripes dans cette fan fiction haha. Ah bon elle s'appelle comment ? Ce serait cool pour moi de la lire pour voir ce que font les autres ! Je suis contente que le style te plaise.

Pour ta 2e review : Le retour de mémoire est pour bientôt promis ! Et le premier baiser dans le prochain chapitre :p

Toundra95 j'adore ton expression "en sous-marin". Des fois je lis aussi des fanfictions en sous-marin malgré moi, parce que je n'ai pas le temps de reviewer avant que free wifi - invention du Diable- ne décide de se faire la malle... Je suis contente que le chapitre t'aie plu. La mémoire de Draco va bientôt revenir normalement, si je suis mon schéma de chapitres (que je ne suis jamais, je l'avoue). Tout sera bientôt expliqué pour Harry.

Melu49 merci pour ta review tout mignonne. Voici la suite !

Cleodream j'aime bien ton pseudo. Héhé foui mais c'est pas drôle s'ils finissent ensembles trop vite et si tout le monde il est beau et gentil... ILS DOIVENT SOUFFRIR UN PEU. :p

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POV Harry

Mercredi 3 Novembre – Le même jour

- Arrête de me regarder comme ça, Potter, je ne suis pas encore mort- désolé !-.

Ses yeux sont un peu voilés et non, je ne trouve pas ça adorable. Je soupire de soulagement – il esquisse un sourire, le bâtard- et pour cacher ma gêne, je lui fourre une bouteille d'eau dans les mains.

- Bois, tu dois être déshydraté.

- Tu es fier d'employer un nouveau mot, Potter ? C'est ton fils qui te l'a appris ? Fait-il, goguenard.

- Je me demande bien pourquoi je t'ai sauvé hier ! Je réponds en tremblant légèrement – c'est mal de taper un malade ?-.

C'est mal de se taper un malade ?

- Ton côté héroïque sans doute, répond t-il.

Je lui adresse une grimace et il touche machinalement son crâne – c'est la troisième fois qu'il a un bandeau autour de la tête depuis son arrivée au Danemark, décidément ce pays lui veut du mal-.

- Alors ? Qu'est-ce que j'ai ?

Sa voix se veut détachée mais je perçois le léger tremblement de sa paupière gauche. Je sens qu'il a eu peur mais qu'il ne l'avouerait pour rien au monde. Merlin, je connais tellement bien cet homme que s'en est flippant.

- Les médicaments que tu prenais n'étaient pas appropriés à ce que tu avais. Il faut que tu arrêtes le traitement.

- Putain de danois, siffle t-il entre ses dents. Pas foutus de faire un diagnostique correct !

J'ai envie de lui dire que ce n'est pas la faute de ces putain de danois comme il dit, que c'est moi qui suis égoïste et con, que je vis parmi les moldus depuis si longtemps que j'en oublie que nous sommes des sorciers. J'ai envie de lui dire qu'il pourra bientôt partir et ne plus jamais me revoir, mais il m'interrompt :

- Potter... Qu'est-ce que je fiche dans ton lit ?

Sa voix est bizarre et il se met à gigoter nerveusement. Si je ne le connaissais pas si bien, je dirais qu'il est gêné. Je rougis furieusement.

- Ah... Hé bien je devais te mettre dans un endroit accessible, pour t'apporter ton plateau-repas facilement, vu que tu es alité, mais tu vois ta chambre est à l'étage au dessous et puis... s'il t'arrive quelque chose pendant la nuit, je dois être disponible...

Je crois que je m'embourbe dans mes explications et me demande soudainement pourquoi je ne l'ai pas installé sur l'immense canapé du salon. Il a maintenant l'air clairement horrifié et je me demande si mes draps puent ou si Albus n'a pas laissé des miettes de gâteaux lors de son dernier passage.

Bordel, mais qu'est-ce que j'en ai à foutre de ce que pense ce connard ?

- Pourquoi tu fais ça ? Dit-il.

Sa voix est légèrement rauque et je me demande si trouver un convalescent bandant fait de moi un pervers.

- Heu...

Je vais lui dire la vérité. Juste cinq minutes. Histoire de profiter de cette ambiance presque amicale entre nous.

- DRACO ! Nous interrompt Albus en se jetant sur mon lit – Malfoy grimace, je crois que mon fils vient de lui écraser la jambe-.

Bon garçon.

James le suit en courant et pousse un cri de joie quand il voit que Malfoy est réveillé -depuis quand James aime-t-il Malfoy, bordel ?-, puis j'entends Lily ramper dans le couloir en gazouillant. C'est tout un comité d'accueil, décidément !

Je me tourne vers Malfoy, bien décidé à lui dire la vérité, mais il est déjà occupé à raconter l'histoire de sa chute à mes fils qui l'écoutent avec attention – tiens, je ne savais pas que James était physiquement capable de rester aussi longtemps sans bouger-.

Je m'éclipse discrètement –non je ne suis pas un lâche, j'évite juste de gâcher des moments précieux de la vie de mes enfants, nuance-.

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Toujours mercredi, plus tard dans la journée

La médicomage a bien insisté : je dois être présent pour aider Malfoy à se doucher, parce que la chaleur fait faire des chutes de tension aux gens – j'essaie de ne pas imaginer Malfoy s'évanouir et se cogner la bouche contre le bord de la baignoire. Est-ce que ce connard serait toujours aussi sexy avec une dent en moins ?-.

Je l'annonce au principal concerné qui passe alors par toutes les teintes de l'arc-en-ciel, faisant un honneur particulier à la maison Gryffondor. On dirait que je lui ai dis que je voulais l'épouser et lui faire des enfants.

Il me fait un peu pitié, alors je prends mon ton le plus conciliant :

- Ecoute... je te promets que je ne te toucherai pas, que je serai à un mètre de distance et que je garderai les yeux rivés sur le sol. Juste, je dois être là au cas où tu te sentes mal.

- La seule raison pour laquelle je me sentirai mal, Potter, c'est parce que je saurais que tu es dans la même pièce que moi alors que je suis nu.

Je déglutis difficilement – il fait chaud dans cette chambre non ?- et lui fais un sourire – un rictus-.

- Cette situation n'est facile pour personne, alors si tu pouvais être un peu plus... conciliant.

Il hausse un sourcil, ricane, et je me demande comment un type qui peut à peine se lever tout seul trouve toute l'énergie nécessaire pour être un véritable connard.

- Je préfère sentir aussi bon qu'un veracrasse des marais plutôt que de me doucher sous ta surveillance, déclare t-il tranquillement.

Je me force encore une fois à lui sourire tandis que j'imagine mes doigts autour de son cou et me demande combien de temps ce bâtard mettrait à crever.

- Et si je te faisais couler un bain ?

- Ma salle de bain n'a pas de baignoire, crache t-il – et je sens le reproche dans son ton-.

- La notre en a une, je fais en lui jetant un regard noir – j'ai tenu cinq minutes avant de lui manifester mon agacement, un record ! -. Je te fais couler un bain, je mets plein de mousse comme ça on ne verra rien et je me mets à une distance respectable, d'accord ?

Il hausse les épaules en grimaçant, l'air dégoûté, et je me demande si l'arsenic ou la mort aux rats font de la mousse.

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Mercredi soir

- Oh putain ! C'est une sale histoire ! Je suis con, j'avais complètement zappé que ces moldus donneraient des médicaments à la fouine !

Ron hoche vigoureusement la tête pour appuyer ses propos tandis je revois Malfoy allongé sur le sol de ma cuisine et que mon cœur se serre.

- Ça va pas vieux ? Fait-il, inquiet.

- Ahem... Ouais, t'inquiètes.

Il hausse un sourcil. Je suis vraiment un acteur pitoyable.

- Qu'est-ce que t'as ?

Il semble prêt à se lever de son fauteuil mais je l'arrête d'un geste.

Je crois qu'il a senti que je n'allais pas bien, parce que d'habitude on se contente de se parler par téléphone ou cheminette, il ne transplane pas jusqu'ici. Pas en semaine. Le Danemark ce n'est pas la porte à côté et magiquement parlant, c'est épuisant. Mais je suis content qu'il soit là, même si à chaque fois qu'il est dans cette maison ça me rappelle douloureusement à quel point il me manque, au quotidien.

- C'est juste que... Oh, bordel, tu vas te foutre de ma gueule ! J'ai vraiment eu peur. J'ai eu peur... pour lui. Pour sa vie.

Je m'attends à ce qu'il éclate de rire mais il pousse un profond soupir et observe sa Carslberg avec un intérêt poussé.

- Oui... ça aurait été dommage qu'il clamse avant que tu ne l'ai forcé à porter son pyjama aux couleurs de Gryffondor, fait-il d'une voix détaché.

J'hoche la tête et je sais que ce soir ne sera pas le soir où je dirais à Malfoy qu'il est un sorcier, ni à mon meilleur ami que je fantasme sur le type qui nous a pourri la vie pendant toutes nos années à Poudlard.

Je me demande où est passé le courage des Gryffondors. Peut-être que je l'ai filé à James à sa naissance ? Ou que je l'ai laissé en Angleterre quand je suis parti.

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- Quoi ? Non, Harry, tu peux pas faire ça !

- Ron, on a déconné sur ce coup-là. Il a failli mourir. Je peux pas laisser la situation dégénérer de nouveau.

- Mais il est hors de danger ! Et je ne suis toujours pas venu nous voir ! Oh Harry je t'en prie, juste dix jours de plus !

- Ron...

- Allez ! Il va mieux là ! Tu l'as sauvé ! Il n'aura aucune séquelle ! S'il te plaît je veux le voir passer la serpillière et changer la couche de Lily avant que tu ne lui dises la vérité !

- Putain, Ron, t'as quinze ans ou quoi ?

- Harry s'il te plaîîîîît !

Je fronce les sourcils mais au fond, ça m'arrange, même si ce n'est pas pour les mêmes raisons. Que Malfoy soit en colère contre moi, ce serait normal et justifié, et puis j'ai l'habitude. Mais il s'est attaché aux enfants – même à James- et j'ai peur qu'il soit déçu.

Je ne comprends pas pourquoi je ressens ça mais je suis presque sûr que ça signifie que je suis foutu.

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Jeudi 4 Novembre, neuf heures du matin

Ça fait deux jours que Draco Connard Malfoy ne s'est pas douché mais le type ne pue toujours pas. Pas que je le renifle de près, bien sûr, mais quand même il pourrait au moins sentir la sueur ou la maladie !

Ça me fait toujours jubiler de découvrir que Malfoy a des petits défauts physiques. Je veux dire, le type est une ordure, alors pourquoi les dieux l'ont-il doté d'un physique pareil ?

Mais à part sa tête d'endormi à sept heures du matin et sa canine pointue, je n'ai rien trouvé et ça me désole. Si seulement il puait un peu, rien qu'un peu, il se serait plus humain, plus comme nous tous, plus accessible, et je le détesterais moins.

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Le même jour, seize heures

Le bâtard ! L'immonde bâtard !

Je sèche le travail pour m'occuper de Môssieur, je suis obligé de commander des pizzas parce que Môssieur n'est pas en état de cuisiner – mais toujours en état de me faire chier, ceci dit- et que je ne suis pas foutu de faire quelque chose de comestible – l'échec d'hier soir m'a servi de leçon-, je fais son travail à sa place et ce connard se faufile discrètement dans la salle de bain pour prendre une douche alors que je lui ai dis que c'était dangereux !

Et s'il s'était fracassé le crâne contre la baignoire ? Et s'il était mort ? Et s'il s'était évanoui ? Et si...

Je suis rouge de rage et pourtant une idée me traverse, non elle ne me traverse pas, elle s'infiltre dans mon esprit et je suis incapable de m'en débarrasser.

Malfoy est nu dans ma baignoire.

Je cligne stupidement des yeux et fixe la porte de la salle de bain, les bras ballants.

- Papa ? Pourquoi tu attends que Draco sorte de la douche ? Tu dois te laver toi aussi ?

Je me tourne vivement et croise le regard de mon fils aîné. Il ne serait pas si jeune, je jurerai qu'il est en train de se foutre de ma gueule. Il tient Albus par la main et me sourit tranquillement.

- Ahem...

- Tu veux aider Draco à se laver ? Tu sais il est grand, il peut se savonner tout seul ! Fait Albus.

Du savon. Sur Malfoy.

- Ah... Non... mais...

- Moi aussi bientôt je pourrais me laver tout seul ! Fait James fièrement et j'hausse un sourcil en songeant à l'état de la salle de bain après que ce monstre y ait prit son bain.

- James, emmène ton frère et ta sœur dans le salon, vous avez le droit de regarder la télévision, je dis d'une voix ferme.

Les garçons poussent des cris de joie et partent en courant, suivis par Lily qui est encore à quatre pattes.

Je tambourine violemment contre la porte.

- Malfoy ! Sors de là, immonde bâtard !

J'hésite à balancer un bon vieux alohomora mais ce ne serait vraiment pas malin. J'attends patiemment comme le moldu que je suis devenu et entends l'autre con éteindre l'eau et sortir de la baignoire. Il prend un temps fou pour ouvrir et j'ai le temps de lui lancer cinq endoloris imaginaires avant qu'il n'apparaisse enfin.

- Quoi, Potter ?

Je sais que je devrais lui hurler dessus parce qu'il se comporte comme un gamin et qu'il se met en danger inutilement mais mon regard se pose sur ton torse nu et aucun son ne sort de ma bouche. Sa peau est légèrement rouge – l'eau devait être très chaude- et surtout elle est nue. Il a choisit la plus petite serviette de toute la maison et est nouée autour de sa taille dans un équilibre plus que précaire.

Une goutte roule le long de son torse et je cligne des yeux plusieurs fois. Qu'est-ce que je voulais dire déjà ?

- Je...

- Oui Potter ?

Sa voix est plus traînante que lorsqu'il s'adresse aux enfants et je me demande s'il parle ainsi exprès pour m'énerver. Il s'appuie tranquillement contre le pan de la porte, sa peau s'enfonce dans le chêne et je me demande si c'est normal d'être jaloux d'un bout de bois.

- Euh...

- Prends ton temps Potter, tu vas finir par former une phrase correcte.

- Tu...

Il sourit -putain de canine !- et hausse un sourcil moqueur.

- Tu te mets en danger ! Je finis par dire -bravo Harry!-.

- Oui c'est sûr que le grand méchant gant de toilette risque de m'étrangler si je ne fais pas attention.

- Tu... tu sais très bien ce que je veux dire ! Tu pourrais faire un putain de malaise !

- Hé bien si ça arrive, tu défonceras la porte pour venir me sauver Potter !

Il se passe la main dans les cheveux – Merlin venez moi en aide- et m'adresse un sourire cruel.

- A défaut de défoncer d'autres choses, bien sûr !

- Hein ?

Je n'ai pas le temps de répondre que cet abruti me claque la porte au nez.

- Papa ? Pourquoi t'as l'air fâché ? Draco veut pas te laisser le savonner ?

Je déglutis une nouvelle fois puis me tourne lentement et offre mon plus beau sourire hypocrite à mon fils -depuis quand est-il là ? Ce gamin m'aurait-il subtilisé ma cape d'invisibilité ?-.

- James... Tu te souviens quand je t'ai dis d'arrêter de faire péter un plomb à Malfoy ?

- Oui ?

- Je retire ce que j'ai dis... Fais comme bon te semble.

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Vendredi 5 Novembre

Aujourd'hui c'était l'anniversaire d'Albus, il a eu trois ans. Ginny n'est pas là, évidemment, mais je vais faire de mon mieux pour combler le manque.

D'habitude les enfants réclament beaucoup leur mère, surtout qu'elle ne part pas si longtemps. Mais depuis que Malfoy est à la maison ils n'en parlent presque plus. Elle n'a jamais été très présente en fait, même lorsqu'elle vivait ici.

A vrai dire – et ça me fait de la peine de le reconnaître – Malfoy est cent fois plus impliqué dans la vie des enfants que Gin' ne l'était.

Je ne lui en veux pas. Elle est jeune et elle n'était pas prête. C'est moi qui ai voulu des enfants et j'imagine qu'elle m'aimait assez pour les porter et les mettre au monde – mais pas assez pour les élever-. Elle faisait ce qu'elle pouvait, c'est à dire qu'elle faisait à manger et s'en occupait vaguement – mais toujours avec une certaine distance, comme s'ils n'étaient pas ses enfants, mais uniquement les miens-.

Malfoy est attentif au moindre détail de la vie des enfants. Il remplace le concombre par la carotte dans la lunch box s'il trouve qu'Albus a mauvais teint, il lave le linge sale un autre jour que le jeudi s'il voit que James n'a déjà plus rien à se mettre, il essaie de faire des plats variés mais faciles à manger pour un bébé pour que Lily ne manque d'aucun nutriment, bordel, il fait même attention à ce que je mange correctement !

Ce type, qui ne pensait qu'à lui du temps de Poudlard, prend le temps d'aller chercher les garçons plus tôt pour leur enseigner la lecture – et durant ces leçons il fait preuve d'une patience et d'une gentillesse que je sais pertinemment ne pas avoir-, il prend le temps de répondre à toutes les questions d'Albus – sur la vie, la mort, l'amour, la religion, et Merlin sait que cet enfant pose de nombreuses questions-, il prend même le temps de m'écouter me plaindre, bon sang !

J'ai hésité à le faire participer à cette journée si spéciale. Déjà parce qu'il est encore convalescent, mais aussi parce que participer à la journée d'anniversaire de mon fils, c'est lui donner une place définitive dans nos vies. Ce n'est plus une mauvaise blague de gamins attardés. C'est accepter que mon fils se souvienne du jour de ses trois ans avec un Malfoy blond, pénible et râleur dans le décor.

Mais de toute façon, c'est trop tard n'est-ce pas ? Ce type s'est fait une place dans notre maison et dans nos vies sans que personne – surtout pas moi – ne s'en aperçoive. Il fait partie de nous – de moi – maintenant.

Malfoy est certes un sacré connard, mais un connard qui cuisine bien. Il a fait deux gâteaux car Albus n'arrivait pas à choisir ; je ne le savais pas si attentionné. Mon fils lui a demandé de préparer un fondant au chocolat et un crumble à la framboise.

Il les a fait ce matin et depuis ça sent divinement bon dans toute la cuisine. J'ai tenté d'en chipper un morceau mais ce type a des yeux dans le dos !

Hier, après la scène de la douche, Malfoy et moi nous sommes enfermés dans sa chambre et avons empaqueté un à un les cadeaux. Il a levé un sourcil quand il a vu tout ce que j'avais acheté mais il n'a fait aucun commentaire, tant mieux sinon il se serait prit un cube dans la face.

Ce matin nous sommes donc tous allés réveiller Albus en chantant la chanson d'anniversaire danoise, celle où l'on imite les instruments de musique. Les enfants l'adorent et j'avoue qu'elle est quand même bien sympa.

J'ai dû la faire apprendre à Malfoy et c'est la première fois que je l'entendais parler danois, vu que Môssieur n'a jamais fait l'effort d'apprendre quelques mots. C'était plutôt drôle.

Malgré les années qui passent, le plaisir que j'éprouve quand je vois Malfoy mal à l'aise n'a pas diminué. Il butait sur chaque mot et fronçait les sourcils quand je lui faisais répéter. Ça l'agaçait de ne pas réussir à apprendre rapidement et je crois bien que son ego était un peu froissé. J'ai trouvé ça plutôt mignon, mais je ne l'avouerai pour rien au monde.

Le meilleur moment, c'était la tête de Malfoy quand James, Lily et moi on s'est mis à agiter des drapeaux danois à la fin de la chanson. C'est normal de faire ça au Danemark, mais c'est la première fois qu'il voit ça et vu sa tête ça ne lui a pas trop plu.

Mais Albus était super content, surtout que j'avais acheté des myrtilles et des fraises pour mettre dans le muesli du matin, comme je le fais toujours les jours de fêtes -là encore, la tête qu'a tiré Malfoy valait son pesant d'or-.

Ensuite il a ouvert ses cadeaux en pyjama et j'ai sorti mon Nikon pour prendre de super photos – même si sur la plupart, Malfoy fait un rictus étrange, à mi-chemin entre le sourire et la grimace, en arrière plan-. Il y en a quand même quelques une sur lesquelles il sourit : ce sont celles où Albus ouvre le livre qu'il lui a offert.

Je dois avouer que ça m'a touché. Je ne pensais pas que Malfoy prendrait la peine d'acheter un cadeau d'anniversaire à mon fils et j'avoue que le choix était plutôt intéressant. "Les aventures de Kilian le sorcier".

C'est dans ces moments-là que j'ai envie de tout avouer à Malfoy. Quand il utilise des expressions sorcières ou qu'il me pose des questions sur son passé.

Parce que même si cet homme a perdu la mémoire, même s'il a des souvenirs factices de deux mois passés parmi nous à cause de Ron et moi, même s'il n'a pas la même saveur qu'avant, même si nous ne nous battons plus, même s'il ne se souvient pas de moi comme je me souviens de lui, c'est toujours le même homme au fond, et j'aime quand cet homme resurgit.

Je ne sais pas ce que ça veut dire et je préfère vraiment pas me pencher sur le sujet.

Nous avons joué au parc toute la matinée, et même Malfoy est venu. Je suis sûr qu'à la fin de la journée il me donnera une facture pour heures supplémentaires, mais je m'en fiche.

Nous avons déjeuné de pizzas, parce que c'est le plat préféré d'Albus, même si nous n'en mangeons jamais – je soupçonne Ginny de leur acheter n'importe quoi quand elle les emmène à Tivoli-.

Malfoy, tout heureux de cuisiner italien, était particulièrement fier de ses pizzas maison, et j'avoue que celle au jambon de parme était vraiment délicieuse.

Puis les copains d'Albus ont débarqué et je crois qu'à ce moment nous avons définitivement failli perdre Malfoy. Il était tout rouge, les yeux exorbités, et tentait d'éviter tout contact physique avec les enfants. James nous a bien aidés, enfin hormis la fois où il a persuadé Femke qu'avaler des craies rendrait ses cheveux roses.

Albus a reçu beaucoup de livres, en danois comme en anglais, et il était fou de joie. Je crois qu'Hermione déteint sur lui.

Le soir, quand les enfants sont partis – au grand soulagement de Malfoy qui avait l'air exténué – nous avons mangé des pâtes à la bolognaise – le deuxième plat préféré d'Albus- et les restes des gâteaux.

Puis nous avons regardé non pas deux, mais trois épisodes de Georges de la Jungle – ce dont Malfoy se serait bien passé, je crois- et nous avons couché les enfants.

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- Merci pour les gâteaux.

Il lève la tête et esquisse un sourire. Il a l'air épuisé et je sais que ça lui a coûté de sortir du lit pour cuisiner et supporter les copains de mon fils – surtout Philippa, cette peste-.

Mais il est quand même venu, et il est resté – en râlant toutes les deux minutes, certes, mais il est resté-. Cet homme ne cessera jamais de m'étonner et ça me fait un peu peur.

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Vendredi soir

Les enfants dorment, Malfoy est dans ma chambre – je ne m'y ferai jamais – et je traîne dans le salon, incapable de dormir parce que j'imagine un certain blond allongé dans mon lit, peut-être à moitié nu – bordel, qu'est-ce qui ne va pas chez moi ?-

Je jette un coup d'œil à mon portable – c'est miraculeux que ce truc marche encore avec toutes les ondes magiques qu'il se prend quand je vais au travail- et fronce les sourcils quand je vois que Ron m'appelle.

- Allô ?

- Harry ! Dans ton bureau ! Maintenant !

Je grogne et me dirige à pas lent vers le bureau. Bien sûr j'ai laissé ma baguette dans mon sac, alors j'ouvre la porte en faisant de la magie sans baguette, ce qui est extrêmement fatiguant, et reverrouille derrière moi en grommelant – il est déjà 21 heures, je suis épuisé-. Bordel, Malfoy a raison, je vis comme un vieux.

Je lance un sort de silence sur la porte et l'effort est tel que je m'assoies immédiatement et m'ouvre une carlsberg bien méritée.

- Harry !

Je sursaute quand mon meilleur transplane directement dans son fauteuil – le type sait économiser son énergie, il faut lui reconnaître ça -.

- Putain !

- Désolé. T'es plus habitué. Moi je m'y suis fait. Dis-toi qu'Hermione transplane parfois alors que je suis aux toile...

- Ok ok ! Ron, épargne-moi les détails, il est tard, qu'est-ce qu'il y a de si urgent ?

Il fronce les sourcils et d'un coup de baguette, met un rideau sur les tableaux, puis lance un sort de silence pour qu'aucun portrait ne puisse écouter ce qu'on raconte– je le fais toujours avant qu'il n'arrive, mais là je suis trop épuisé pour penser correctement-.

Je songe à toutes les choses idiotes que j'ai faites depuis que j'ai failli tuer Malfoy en voiture et je me demande si l'excuse "Je suis fatigué depuis des mois" est valable.

- C'était l'anniversaire d'Albus aujourd'hui ! Fait-il.

- Merci, je suis au courant, je fais en haussant un sourcil – Malfoy nous a tous contaminés, je jure que j'ai vu Lily le faire ce matin-.

- T'es con ! Tu as oublié que ce weekend, toute la smala débarquait ? Tu sais bien que ma mère cuisine pour l'occasion depuis trois jours !

Je manque de m'étouffer avec ma bière et tousse de manière peu élégante.

Oh putain.

- Vu la tronche que tu tires, t'as carrément oublié ! Tu vas le mettre où le Malfoy, pendant ce temps ?

Oh putain.

- D'habitude, le weekend il part à Copenhague...

- Et si il décide de ne pas y aller parce qu'il est trop fatigué ? Tu comptes quand même pas annoncer à toute ma famille qu'on a trouvé drôle de récupérer un Malfoy amnésique et de lui confier tes mioches ?

Oh putain. Molly va m'étrangler. Sans parler d'Hermione..

- C'était un plan complètement foireux, je lâche du bout des lèvres. J'ai failli me faire cramer des millions de fois. Entre les fois où j'avais peur que les enfants parlent de magie, les fois où j'avais peur de dire un truc sur nos années à Poudlard, celles où il aurait pu croiser un voisin à qui je n'avais pas lancé un sort de confusion...

- Ouais... C'est vrai que c'était pas notre meilleure idée, avoue Ron.

- Qu'est-ce qu'on va faire ?

- Il va comment ?

- Il ne quitte pas le lit de la journée mais je me demande si ce connard ne s'octroie pas des petites vacances, je réponds aussitôt.

Il hausse un sourcil, se jette un sort de désillusion et ouvre la porte du bureau. Sa magie crépite et je sens mes poils se hérisser. Bordel. Toute cette histoire va mal se terminer. J'ai soudain envie de remonter le temps et de retrouver mon petit quotidien rassurant et mortellement ennuyeux -euh, non, paisible !-. Mes myrtilles, mes brocolis, ma voiture, mes voisins silencieux. Ma vie danoise. Avant que Malfoy ne débarque et torpille tout.

Putain de connard.

La porte se referme soudainement et Ron réapparaît.

- J'ai pas osé entrer dans la pièce, j'ai juste lancé un sort pour voir à travers la porte. Heureusement qu'il ne dormait pas encore et que la lumière était allumée, sinon j'aurais rien pu voir. Il est dans un sale état. T'as vu sa tronche ?

- Mmmm.

Je gigote dans mon fauteuil.

- Il est encore plus pâle que du temps de Poudlard, et c'est peu dire ! Continue Ron, et chacun de ses mots me fait mal au cœur.

Mon meilleur ami se rend compte qu'il y a un soucis et me demande :

- Vieux, ça va ?

Je relève la tête et lui adresse un sourire peu convaincant.

- C'est juste que je me sens un peu coupable. C'est de ma faute s'il a failli mourir.

Je m'attends à ce qu'il écarquille les yeux et me sorte un truc du genre "Vieux, c'est Malfoy ! C'est une sale fouine ! Tant pis s'il crève, le monde ne s'en portera que mieux !" mais il hoche la tête et me dit :

- Oui, moi aussi j'ai culpabilisé après que tu me l'ais annoncé.

J'écarquille les yeux et laisse ma mâchoire tomber lamentablement et il fronce les sourcils.

- Quoi ?

- C'est juste que... Je pensais que tu te réjouirais, au contraire. Je veux dire...

- C'est Malfoy ? Ouais, enfin il y a quand même une différence entre vouloir que ce crétin se fasse vomir dessus et tyranniser par James, et me réjouir de sa mort. Faut pas déconner.

Sur ces bonnes paroles, il prend une gorgée de Carlsberg – au début il trouvait ça dégueulasse, mais il s'y est fait- et je le scrute en me demandant quand mon meilleur ami m'a laissé sur le bord du chemin pour devenir adulte alors que je suis incapable de laisser le passé derrière moi.

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Samedi 6 Novembre, neuf heures du matin

Prendre un air détaché. Sourire. Regarder ailleurs.

- Tu fais quelque chose ce weekend ?

Bien Harry. Bonne question. Posée avec un air un peu indifférent. Tu fais du bon boulot !

Il hausse les sourcils – je vais les lui raser dans son sommeil s'il continue- et répond d'une voix traînante – et non, mes poils ne se hérissent pas !- :

- On devait partir à Göteborg avec Sarah, Justine et Yorick, mais comme je suis trop... faible – il grimace et je souris cruellement – on a annulé et à la place on va visiter Copenhague.

- Ah, je fais d'un ton faussement détaché. Et tu restes dormir là-bas ce soir ?

- Pourquoi, Carl propose de m'héberger ?

Je le fusille du regard et me retiens de lui faire un doigt d'honneur. Harry, tu as des enfants. Tu es un adulte responsable.

- Je plaisante, Potter. Le type n'est qu'une pâle imitation de moi et je refuse de baiser avec un double moins beau et moins classe. Et puis, entre nous, je crois que je préfère les bruns.

Pour la deuxième fois de la semaine, ma mâchoire manque de se décrocher et je fais une superbe imitation du poisson rouge hors du bocal – ma prof de théâtre de CM2 serait particulièrement fière de moi-.

- Tu... Tu...

Quelle éloquence Harry.

- Tu...

- Veux-tu que j'appelle James ? Il pourra éventuellement t'apprendre à parler, me coupe Malfoy avant de prendre une gorgée de thé – noir, du Sri Lanka. Il a aussi déclaré la guerre au thé vert danois. Ce type est inépuisable-.

Je me demande s'il est aussi inépuisable dans d'autres circonstances et me baffe mentalement pour cette pensée.

Je rougis furieusement et jette un coup d'œil aux garçons qui regardent des dessins-animés dans le salon – oui la télévision ce n'est pas bien mais je ne peux pas être sur tous les fronts !- tandis que Lily joue avec des cubes – elle les mâchouille hargneusement mais tant pis ça lui fera les dents-.

- Tu... Tu couches avec des hommes ?

- Oui, enfin.. Je crois, Potter. Je ne me souviens de rien comme tu le sais mais disons que l'idée ne me dérange vraiment pas.

- Ah...

- Oui, je suis plutôt ouvert d'esprit pour un putain d'homophobe, fait-il en souriant.

Je déglutis bruyamment. J'ai vingt-sept ans, pas quinze, mais pourtant j'ai envie de me lever de ma chaise et danser la samba sur la table de la cuisine. Est-ce que ce type me drogue ? Je ne me reconnais plus.

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Dimanche 7 Novembre

Toute la famille Weasley débarque par cheminette et c'est un sacré bordel. Si les voisins se posent trop de questions, je dirais qu'ils sont arrivés tôt ce matin – en train, vu qu'aucune voiture n'est garée devant la maison-.

Il manque Ginny bien sûr, mais Albus ne fait aucune remarque. Ça me fend le cœur de voir qu'il s'y est habitué et je me dis que je suis le pire père au monde – et Ginny la pire mère, on se soutient dans notre médiocrité-.

C'est un peu le bordel quand Georges arrive parce qu'il a décidé d'embarquer le grand tableau de Fred au lieu du petit habituel, mais les enfants sont ravis alors je ferme les yeux sur la suie qui macule le sol de mon bureau.

Molly a préparé à manger pour cinquante personnes et je ferme vivement les rideaux tandis qu'elle se met à lancer des sorts de conservation sur les plats – je lui fais remarquer que mes appareils moldus ne vont pas supporter toute cette magie et Arthur se précipite sur elle pour l'arrêter. Cet homme est un sain-.

La journée se passe vraiment bien. Je fais plein de photos non magiques – Molly dit que c'est nul si les photographies ne bougent pas mais Arthur proteste aussitôt et défend mieux mon Nikon que je ne l'aurais fait moi-même -.

Normalement les tableaux sont de la partie mais j'ai eu une discussion un peu houleuse avec Remus – je lui ai demandé de se taire à propos du fait que Malfoy vit ici, comme quoi il ne veut pas que ça se sache, enfin bref je lui ai raconté n'importe quoi et depuis je n'ai revu personne : à croire que je ne dupe même pas un portrait. Je les soupçonne de tous s'être expatriés dans leur deuxième toile, qui se trouve chez Andromeda-.

C'est bizarre tout de même, parce que c'est l'anniversaire de mon fils, mais après tout ce sont des portraits et non pas des êtres humains, et les portraits ne peuvent pas vraiment réfléchir et agir comme les êtres qu'ils représentent.

On finit par trouver un petit moment pour discuter tranquillement, Hermione et moi. Je suis dans la cuisine en train de mettre les bougies sur le gâteau – il n'y en a que trois mais je fais ça lentement parce que les Weasley sont dans le salon et que j'ai besoin de calme, juste cinq minutes-. Elle arrive derrière moi et s'appuie contre le plan de travail. Rose lui ressemble tellement, s'en est choquant. Je songe que dans quelques années elle sera exactement comme Hermione quand on était à Poudlard et je me sens vieux.

On ne dit rien, on se contente d'être tous les deux au même endroit. Comme toujours, sa présence m'apaise. Ça fait des mois que je n'ai pas pu partager un café avec elle, parce qu'elle travaille comme une folle et que s'occuper de Rose est un job à plein temps – ce que je comprends tout à fait, j'ai pire à la maison -.

Ça me rend un peu triste, surtout que Ron et moi continuons à nous voir assez régulièrement, mais ça a toujours été comme ça dans notre amitié : parfois je suis plus proche de l'un que de l'autre, mais le lien n'est jamais coupé, et à la première occasion nous nous rapprochons de nouveau. Le même sentiment de culpabilité m'avait envahi il y a quelques années, quand Rose est née et que Ron n'arrivait pas à gérer son rôle de père. Il était tout le temps énervé et stressé et Hermione m'appelait régulièrement pour se plaindre de lui -en y repensant, peut-être que Gin' l'appelait, elle, pour se plaindre de moi, ce n'est pas impossible-.

- Comment ça se passe depuis que Léna est partie ?

Je manque de faire tomber la bougie. Ron – la tête pensante de notre duo, visiblement- m'a dit de raconter le moins de mensonges possibles – conseil que je n'ai pas franchement suivit, maintenant je dois faire attention dès que j'ouvre la bouche-. C'est pourquoi Draco est devenu Drake – c'est quoi ce prénom ? Ça existe ?-.

- Ça va, je fais laconiquement.

- Comment s'appelle ton nouveau au pair, déjà ?

Elle gigote un peu, visiblement mal à l'aise d'avoir oublié. Je lui fais un sourire nerveux comme pour lui dire "T'inquiètes, Mione. Moi aussi je suis un ami déplorable."

- Drake.

- Non, décidément, ça ne sonne pas bien du tout. Ron et ses idées à la con ! Je souris malgré moi en imaginant la tronche de Malfoy s'il savait que je dis à tout le monde qu'il s'appelle Drake.

- C'est original, fait ma meilleure amie en haussant un sourcil – ça doit être contagieux, c'est pas possible-.

- C'est un garçon original, je réplique, paraphrasant mon fils.

Si original veut dire bandant.

- Les enfants l'aiment bien ? Fait Hermione en regardant par la fenêtre.

- Ils l'adorent, je réponds sèchement.

Ce bâtard doit les acheter en leur refilant des bonbons en cachette, c'est pas possible.

Hermione me scrute du regard et je ferme mon esprit par réflexe. Elle serait bien capable d'utiliser la légimencie juste pour savoir si tout va bien !

- Il prépare des plats délicieux et il s'occupe bien des enfants, mais il n'est vraiment pas une fée du logis, je résume en souriant. Tout va bien. Honnêtement, on s'en sort bien, tu sais. Il apprend même aux enfants à lire.

Elle sourit, visiblement impressionnée – une fois elle a essayé d'apprendre à James à dire merci et s'il te plaît et il l'a mordue-.

- Et... Ginny ?

Je me hérisse et plante brusquement la dernière bougie dans ce pauvre gâteau qui n'a rien fait pour mériter ça.

- Tu as autant de nouvelles que moi, c'est-à-dire zéro.

Mon ton est un peu sec et je comprends pourquoi tout le monde pense que je l'aime encore. Mais ce n'est pas à propos de moi. C'est à propos de mes enfants. Hermi soupire et boit une gorgée de champagne.

- Harry...

- Hermione... je n'ai vraiment pas envie d'en parler aujourd'hui. C'est l'anniversaire de mon fils et je n'ai pas envie de dire du mal de sa mère. Et puis, vraiment, tout va bien.

Ma voix tremble un peu et je fais un sourire pitoyable pour illustrer mes propos. Je m'attends à ce qu'elle se mette à me sermonner ou me hurler dessus – peut-être que Molly lui a donné des cours ou transmis ses pouvoirs quand elle a épousé Ron, en tout cas elle peut être vraiment terrifiante parfois- mais elle me retourne mon sourire – toutefois le sien est plus franc- et dit :

- C'est vrai que tu as l'air heureux, Harry. Tu n'as plus cet air bizarre que tu affiches d'ordinaire. Et puis la maison est propre et bien tenue malgré ce que tu dis. J'ai également remarqué qu'Albus parle plus que d'ordinaire et que James est moins... agité -insupportable-. C'est dommage que ce Drake soit à Copenhague pour le weekend, je l'aurais bien remercié

Je lui fais un superbe sourire crispé tandis que dans mon esprit s'impose l'image d'une Hermione Granger-Weasley remerciant chaleureusement un Draco Malfoy outré d'avoir remis de l'ordre dans la vie d'Harry Potter.

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Je considère que si Malfoy a eu assez d'énergie pour aller s'amuser à Copenhague avec ses petits copains – dont un connard qui lui prête des fringues- il est en état de reprendre le travail. Je le lui annonce quand il revient le dimanche soir et il hoche tranquillement la tête. Je constate qu'il porte bien ses propres vêtements et non pas ceux qu'un dépravé et je me détends un peu.

- Tu as passé un bon weekend ?

- Oui.

J'hausse un sourcil tandis qu'il ouvre sa bière et il me sourit.

- Ah, pardon. Faut croire que je suis pas habitué à parler avec les gens. Oui, j'ai passé un bon weekend, et toi ?

- Oui, merci. La famille est venue pour fêter l'anniversaire d'Albus, tout à l'heure.

Il écarquille les yeux.

- Ah je comprends mieux pourquoi tu voulais que je débarrasse le plancher !

Je fronce les sourcils.

- Quoi ? Qu'est-ce que tu racontes ?

- Il ne fallait pas que le petit employé soit à la maison, n'est-ce pas ? Ça ferait tâche sur les photos de famille, un inconnu amnésique !

- T'as bu ou quoi ?

Je ne comprends pas du tout ce qu'il me chante et je commence à en avoir marre de marcher sur des œufs avec cet homme.

- Tu sais quoi, t'es qu'un sale hypocrite, Potter !

- Putain mais de quoi tu parles ?

- Toutes ces conneries écrites sur mon contrat ! Comme quoi je ferais partie de la famille et tout ça ! En fait tu ne supportes pas quand tes enfants me réclament – ne ment pas, je l'ai vu dans ton regard !-, tu ne veux pas que je leur parle de chez nous -l'Angleterre, tu te souviens le pays où tu es né ?-, tu pètes un plomb quand je prends une décision concernant leur éducation, et tu m'éloignes lors du réunion de famille ! Je savais que tu ne pouvais pas me voir mais je ne pensais pas que tu avais honte de moi !

Il se lève d'un bond et se dirige vers l'escalier. Je le regarde partir, hébété, et me lève brusquement à mon tour. Mais mon cerveau a dû court-circuiter car il est déjà dans le couloir qui le mène à sa chambre – qu'il a visiblement décidé de réinvestir-.

- Malfoy ! Attends !

Je le rattrape en courant et lui prends le bras. Il se retourne et ses yeux sont de la couleur exacte des nuits d'orage – je ne sais pas pourquoi je me concentre sur ça alors qu'il est évident que je vais m'en prendre une-.

- Non, Potter, toi tu remontes bien gentiment à ton étage, celui où je n'ai pas le droit de dormir, et moi je vais rester ici avec les réserves de bouffe et les vieux meubles. Parce que c'est tout ce que je suis n'est-ce pas ? Un meuble bien utile quand il faut nettoyer la maison ou aller chercher les enfants au Day Care. Bon sang, je comprends pourquoi il y avait si peu de candidats pour me remplacer, ce taffe est tout simplement merdique !

- Tu... mais tu es heureux avec les enfants, non ?

Il me jette un regard haineux et se dégage violemment.

- Tu comprends rien ou quoi ? Le problème c'est pas les enfants, pas la maison, pas le pays -enfin, si, ce pays est naze-, mais le problème c'est surtout toi ! Tu ne laisses personne t'approcher, tu es tout le temps sur la défensive, tu me parles comme si j'avais tué ta mère et... bordel... T'es juste trop bizarre !

- Quoi ? Qu'est-ce que tu veux dire ?

- Potter, t'as pas besoin que je t'explique ce que je pense ! Tu dois forcément le savoir ! Regarde, déjà, ça fait des années que tu vis ici et tu ne connais personne ! Tu vis comme un danois mais tu as les larmes aux yeux quand je cuisine une kidney pie ! Tu aimes tes enfants plus que tout au monde mais t'es pas foutu de t'en occuper tout seul ! T'es juste trop plein de contradictions ! Tu ne sais pas qui tu es ! Et puis... toute cette énergie bizarre qui émane de toi !

Energie bizarre ? Je crois qu'il parle de ma magie. Est-ce qu'il peut la sentir ? Est-ce que c'est si évident que ça ?

- Ecoute Potter, je suis crevé, la semaine a été rude comme tu le sais,et j'ai besoin de dormir. Je ferai mes bagages et dirais au revoir aux enfants demain.

Mon cerveau tire la sonnette d'alarme. Ma main se repose immédiatement sur son bras. Il la contemple quelques secondes et relève la tête en retroussant ses lèvres – bordel, cette canine !-.

- Tu ne peux pas partir !

Ma main est toujours sur sa peau étonnamment chaude et il ne se dégage pas. Ses yeux plongent dans les miens et il secoue la tête.

- Potter. Tu peux pas me garder prisonnier ici, tu le sais n'est-ce pas ? Même si ton fils semble croire que le placard de ta chambre est une super piaule pour moi.

J'ai envie de rire mais la boule dans ma gorge m'en empêche.

J'ai vécu toutes ces années avec mes myrtilles et mes topinambours et ça m'allait très bien mais Malfoy a débarqué avec ses kidney pies et ses putain de yeux gris et je ne peux plus retourner en arrière.

- Tu n'as pas envie de rester ?

Ma voix tremble un peu mais tant pis. Il va peut-être disparaître de ma vie alors autant arrêter de se cacher.

- Je ne veux pas être un putain de figurant dans la vie des enfants. Si tu me les confies, tu le fais vraiment. Et tu me fais confiance, bordel. Tu arrêtes de contester chacune de mes décisions et tu arrêtes de me traiter comme un crétin. Ça fait des mois que je travaille ici. Étonnamment, ça se passe bien avec tes gosses. Alors détends-toi !

- D'accord.

- D'accord ?

- Tu as raison. Même si j'ai eu plein de au pair et de baby-sitters, j'ai du mal à faire confiance. Je crois que je m'en veux un peu d'être incapable de m'en occuper tout seul.

Il hoche la tête et je finis par lâcher son bras – à regret, je l'avoue-.

- Tout va bien se passer Potter. Fais-moi un peu confiance, OK ?

- Ok.

Faire confiance. Ok.

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Et voilà ! Réellement, il ne se passe pas grand chose mais j'espère que ça vous a quand même plu :)