Le lieutenant Hawkeye était chez elle, en train d'analyser le contenu de sa garde-robe, pour trouver de quoi se mettre ce soir. Elle trouvait tout de même cela étrange, que le colonel l'invite au restaurant, et qui plus est en insistant autant... Que mijotait-il? Enfin, elle verrait bien. Et puis, elle avait prévu les précautions nécessaires. Elle sortit une robe longue bordeaux, sa préférée, avec une fine ceinture dorée, mais, voyant la petite fente sur le côté de la robe, et se rappelant qu'elle avait rendez-vous avec le pire dragueur de tous les temps, elle opta finalement pour une jupe bleu nuit, qui lui arrivait juste au-dessus des genoux, et un petit pull blanc crème avec des taches bleues assorties à son bas. Elle enfila des bottines noires, et le tour était joué. Après réflexion, elle se décida à mettre des boucles d'oreilles pendantes, ses boucles en argent étaient un peu banales pour cette occasion. Elle se surprit elle-même à penser ça. Comment ça, ce genre d'occasion? Pourquoi se préparait-elle comme si elle allait à un rendez-vous amoureux? Elle mit des boucles pendantes en or, passa rapidement sur ses lèvres un rouge à lèvres carmin, se parfuma et, pour finir, détacha finalement sa barrette pour lâcher ses longs cheveux blonds qui roulèrent sur ses épaules carrées. Elle se recoiffa, s'inspecta de haut en bas une dernière fois, puis, satisfaite, prit une petite pochette dorée également où elle glissa quelque chose. A peine eut-elle refermé la sacoche qu'on frappa à sa porte. Elle alla ouvrir et tomba nez à nez avec un somptueux bouquet de lilas déjà dans un vase. Surprise, elle eut un mouvement de recul. Le bouquet s'abaissa enfin, révélant un (beau) jeune homme (c'est la vision du colonel) qui s'était coiffé, mais qui avait laissé quelques mèches rebelles tomber sur ses oreilles. Il arborait une chemise blanche, bien taillée mais sans cravate, un pantalon noir un peu long, des chaussures tout aussi noires et cirées, sentait le parfum, et portait sur son bras un blaser noir. Le colonel lui sourit.
-Cette tenue vous va à merveille lieutenant! Mais n'auriez-vous pas dû raccourcir un peu la jupe?
Pour toute réponse une main s'abattit violemment sur son crâne. Sonné, il rit :
-Ha, ha, je plaisaaanteee! Relax max lieutenant!
Un peu énervée de s'être fait aussi belle pour un coureur de jupons pareil, elle demanda sèchement:
-On va où?
-Hein? Mais vous ne voulez pas rester un peu d'abord...?
-J'ai accepté de manger avec vous. Pas de vous laisser squatter chez moi.
-Bon, bon, mais posez au moins mon bouquet!
-J'en fais ce que je veux, c'est le mien désormais. Enfin... Si vous y tenez...
Elle déposa les fleurs sur une petite table. Puis elle revint vers son colonel et réarrangea sa coiffure.
-Bon, on y va?
-Oui! Je vous suis!
Ils quittèrent l'appartement et Riza Hawkeye ferma la porte à clé. Ils descendirent et atteignirent la voiture du colonel Mustang. Celui-ci s'installa, puis se tourna vers le lieutenant.
-En fin de compte, voulez-vous conduire?
-Non. Et je ne conduirai pas non plus au retour. Cela va vous forcer à rester sec.
-Wooo lieutenant c'est pas sympaaa...
-Qui a dit que je serais sympa?
Le colonel prit donc le volant. Ils s'engagèrent dans les ruelles. Il se gara sans difficulté dans une rue, face à un imposant bâtiment. La façade était illuminée, et sur les insignes en or on pouvait lire : "Ring Palace" . Le restaurant portait ce nom car on y allait souvent en couples pour faire sa demande en mariage. Bon, ce n'était pas vraiment le cas de Roy Mustang et Riza Hawkeye, mais Roy ignorait cela et voulait juste impressionner celle qu'il surnommait "tigresse". Son 1er lieutenant fut très surprise. "Attends, il insiste toute la semaine pour manger au restau avec moi, et il m'amène dans un truc aussi luxueux en plus?! Y'a vraiment un problème!" Mais elle n'en laissa rien paraître. La croyant blasée, le colonel se dit "Je sens que je vais récolter les fails ce soir..."
Ils entrèrent dans le restaurant, le colonel avait proposé à Riza de prendre son bras, elle l'avait gentiment envoyé balader. Le colonel avait réservé une table à la meilleure place, à l'étage, dans un recoin, avec une banquette et vue sur la ville. Un regard sur sa droite lui permit de localiser, dans un coin à l'opposé d'eux, le sous-lieutenant Havoc, et il frémit en voyant en face de lui Olivia Mira Armstrong. Sa simple vue lui glaçait les sangs. Comment diable Havoc avait-il réussi à obtenir un rendez-vous avec elle?! Lui s'était déjà bien galéré avec Riza, alors avec elle... Il remarqua aussi trois tables derrière Riza, Fuery, Falman et Breda. Évidemment, ces fouineurs n'allaient pas manquer une pareille occasion de brimer leur supérieur... Il soupira. Enfin, il décida de penser à autre chose. Du moment que Riza ne les remarquait pas... Riza, justement, avait, dès son arrivée, remarqué les trois. Ce n'était pas pour rien qu'elle était surnommée Œil de Faucon... Mais elle s'abstint de commenter. Roy, de son côté, décida de lancer le plan "séduction". Il commença par, discrètement, mimer un fin connaisseur de vins en se regardant dans le reflet de la vitre. Ce n'était pas très convaincant. Riza lui demanda :
-Pourquoi imitez-vous Mr Propre?
Roy se stoppa net, lui tira la langue et se mit à faire semblant de bouder, espérant un "je rigolais colonel, ne vous vexez pas". Il fut atterré de voir que le lieutenant Hawkeye s'en fichait royalement et continuait de regarder la carte des apéritifs. Alors il fit de même. Un serveur impeccablement habillé vint leur demander leur choix d'apéritifs. Riza Hawkeye commanda un pinot noir, et Roy Mustang un Cabernet-Sauvignon. Une fois la commande passée, il commença à étaler ses connaissances (enfin, surtout à lire les notes inscrites sur sa main):
-Lieutenant, savez-vous la différence entre un pinot noir et un pinot gris?
Il n'attendit pas la réponse.
-Le pinot gris est plus léger et fruité, tandis que le noir a des arômes complexes et des notes fumées!
-Désolée colonel, mais c'est l'inverse; le noir est fruité, le gris fumé. Il semblerait que vos sources soient fausses.
-Ah... (Et merde!)
Ils trinquèrent et sirotèrent leurs vins. Au bout de vingt minutes ils repassèrent commande.
-1 formule entrée-plat-dessert avec en entrée les tartines au chèvre, en plat le pavé de rumsteak et en dessert le fondant au chocolat glace vanille, et 1 formule plat-dessert avec en plat le bœuf thaï et en dessert le crumble aux fruits rouges s'il vous plaît! Au fait, on vz aussi prendre un deuxième verre, merci...
Le serveur se retira, et Roy demanda encore, lisant cette fois attentivement ses notes.
-Et connaissez-vous la supraconductivité? C'est une pratique qui... Euh, comment dire... (il n'arrive pas à se relire) C'est... Euh...
-C'est simplement un phénomène caractérisé par l'absence de résistance électrique et l'expulsion du champ magnétique -l'effet Meissner- à l'intérieur de certains matériaux dits supraconducteurs. La supraconductivité découverte historiquement en premier, et que l'on nomme communément supraconductivité conventionnelle, se manifeste à des températures très basses, proches du zéro absolu (−273,15 °C). La supraconductivité permet notamment de transporter de l'électricité sans perte d'énergie. Ses applications potentielles sont stratégiques. Dans les supraconducteurs conventionnels, des interactions complexes se produisent entre les atomes et les électrons libres et... (source : Wikipédia).
-Gloups euh ça va, ça va, j'ai compris! (ou pas!)! J'ai l'impression de parler à Falman!
-Vous sembliez bien sûr de vous au départ, mais vous n'avez pas su me le dire, donc je vous fais un rapide résumé...
-Rapide... Qu'est-ce que ça doit être le long... Sinon, qu'aimez-vous? Connaissez-vous le Seigneur des Anneaux? C'est un livre passionnant de Tolkien! J'adore! J'ai déjà envie de tout vous spoiler...
-J'aime bien... La série Game of Thrones...
-Ah... Je n'ai jamais regardé...
Le serveur arriva avec l'entrée de Roy. Il mangea très rapidement pour que le serveur amène les plats.
-Et sinon, on dit que "Partenaire particulier" d'Indochine est la chanson préférée d'Havoc!
-Ah oui? Et je présume que votre chanson préférée, à vous, est "Just a Gigolo" ?
-...
Ils mangèrent... Au bout d'un moment, l'orchestre joua une musique que Riza aimait beaucoup -Roy le savait car il la surprenait souvent au travail en train de la fredonner- que Roy avait demandé de jouer.
-Vous avez l'aire d'aimer cette musique, lieutenant! Et si on dansait?
-Non, finissez de manger.
-...
Après que Roy eut fini, il se tourna, l'air victorieux, vers Riza :
-Ayé, j'ai fini! On danse?
-Non.
-...
Il attendit un petit peu, puis finit par dire :
-Vous êtes sûre? Vous ne voulez pas...
-Non.
-... (J'en ai marre de tous ces faiiils...) (conscience de Roy.)
Après quinze minutes, le serveur amena enfin les desserts. Les yeux de Riza s'illuminèrent face au dôme géant de fruits rouges dans son assiette.
-Vous aimez les fruits rouges, lieutenant?
Elle ne prit pas le temps de répondre et mangea avec délice les fruits. Roy Mustang aussi s'extasia devant son gâteau au chocolat au coeur moelleux et fondant à souhait. En cinq minutes ils avaient fini. Roy repensa au fait qu'il allait devoir l'embrasser. Il jeta un coup d'oeil inquiet à Havoc ; sa soirée avait l'air de plus ou moins aller plutôt bien. Même si Roy le sentait très très tendu... Les 3 autres étaient toujours en place et le regardaient. Il leur fit un bref signe de la tête et alla payer. A la sortie, il se rendit compte qu'il faisait plutôt froid. Dans un rôle de bon gentleman qui ne lui allait que très moyennement, il proposa à Riza sa veste. Elle refusa. Roy Mustang s'étira.
-Wah! Il fait déjà nuit... Vous avez l'heure?
Riza Hawkeye ouvrit sa sacoche à la recherche de sa montre qu'elle n'avait pas voulu porter à son poignet. Elle affichait 23h32. Roy se figea, comme soudain pétrifié. Non pas à cause de l'heure; mais lorsque Riza avait sorti sa montre, il avait machinalement regardé le contenu de sa pochette. Et il l'avait vu. Son ennemi juré. Là, au fond du sac. Bien installé ici, mais prêt à agir. Lui. Le flingue de Riza Hawkeye. Aïe... Elle lui faisait donc si peu confiance? Ou était-ce pour le protéger en cas de danger?... En tout cas, ça le faisait bien flipper. Il vit ses subordonnés le regarder de loin ; il était surveillé, et allait être déshonoré s'il ne l'embrassait pas. Il n'avait pas le choix. Et puis, il avait décroché ce rendez-vous, il n'allait tout de même pas abandonner là! Déterminé mais bien conscient qu'il y risquait sa vie, Mustang fit une prière de reposer en se tourna vers son 1er Lieutenant, et...
-Lieutenant.
-Oui?
-... ... ...
-Pardon?
-Je vais vous faire un ordre.
Méfiante, elle fronça les sourcils et mit la main dans son sac.
-Et c'est...?
-Embrassez-moi.
Elle éclata de rire.
-Colonel, je suis d'accord que vous êtes mon supérieur et que par conséquent je vous dois respect et obéissance. Mais... Je ne vous embrasserai que si j'en ai envie! Et puis, si j'en ai envie, ce n'est quand même pas à vous de me dire quand le faire!
Un peu surpris, le colonel leva un sourcil. Il s'attendait à tout, sauf à ça. Qu'elle le dégomme, qu'elle le torture jusqu'à la mort, qu'elle pète un infarctus ou qu'elle le baffe, (négatif!), mais sûrement pas à ce qu'elle éclate de rire. Maintenant il flippait presque encore plus.
-Plus sérieusement colonel, désolée mais c'est juste hors de question. Hors de question que j'embrasse un vieux pervers dragueur qui enchaîne les aventures d'un soir et qui passe ses journées à glander pire qu'une méduse.
-Attendez lieuten...
-Oh, il commence à pleuvoir. Rentrez, sinon vous allez devenir impuissant.
-Impuissant...!
-Bon, de base je voulais que vous me raccompagniez mais dans ces circonstances je vais rentrer à pied. Au revoir colonel.
Elle s'éloigna dans les rues. Le colonel fut littéralement incapable de la suivre. Sans qu'il ne puisse se l'expliquer, ses jambes refusaient de bouger. Paradoxalement, il mourait d'envie de la suivre, de tirer cette affaire au clair. Il n'eut pas le temps d'hésiter plus longtemps puisqu'elle avait disparu de son champ de vision. Il soupira. A l'intérieur, ses collègue semblaient déçus. Tous regardaient à présent Jean Havoc et sa compagne. Roy aurait aimé voir si Havoc, lui, s'en sortirait, mais il n'avait pas le temps. Il reprit sa voiture, la mine déconfite. Quel idiot! Lui qui se vantait d'être un dragueur hors-pair, il n'avait même pas su séduire Riza! Enfin...
C'est dans sa voiture qu'il se rendit compte à quel point il était accablé. Il se sentait ridicule. Pourquoi? Par le fait d'avoir perdu le pari? De ne pas avoir su l'embrasser? D'avoir déçu ses subordonnés? Ou du fait que le lieutenant ait cru qu'il l'invitait pour plaisanter et se moquer d'elle, ou pour la sauter, juste parce que c'était un coureur de jupons? "C'est vrai", se dit-il, "je ne suis qu'un coureur de jupons. La chanson "just a gigolo" me correspond très bien!"... Il était surtout dégoûté. Laisser partir celle qu'il aime pour une raison aussi futile... Il se stoppa net. Celle qu'il aime? Cette pensée était venue toute seule à son esprit. Soudain tout lui parut évident. Il l'aimait. Il l'aimait vraiment! Comment avait-il pu ne pas s'en rendre compte?! Il sauta à bord de sa voiture.
Riza Hawkeye marchait dans les rues sombres et silencieuses. Elle était soulagée d'avoir emmené son pistolet. La soirée s'était bizarrement finie. "Embrassez-moi." Ces paroles résonnaient dans sa tête. Si elle l'avait fait, que se serait-il passé? Elle serait actuellement dans la voiture du colonel, ramenée chez elle. Le colonel... Elle n'avait pas été très aimable. Elle ne l'avait même pas remercié de l'avoir invitée, ni d'être venu la chercher, ni même pour ce somptueux bouquet de lilas, qu'elle trouvait absolument magnifique. Vraiment... Soudain elle pensa quelque chose. Et si elle l'aimait? Elle avait voulu se faire belle ce soir. Pour lui. Elle n'avait jamais autant aimé un vendredi soir. Elle ne s'était pas énervée lorsqu'il lui avait demandé de l'embrasser. Et voilà qu'elle était triste de l'avoir laissé. "C'est bien égoïste", pensa-t-elle, "j'ai été pas cool durant toute la soirée, et voilà que je m'attends à ce qu'il vienne me chercher!"... Mais elle fut persuadée de ces pensées lorsqu'une voiture s'arrêta à côté d'elle.
-Je vous dépose où, mademoiselle?
Elle regarda Roy Mustang en souriant.
-Vous êtes venu, colonel?
-Vous ne pensiez tout de même pas que j'allais vous laisser rentrer seule la nuit ici! Allez, montez! J'ai tenu ma parole, je suis toujours pas bourré!
La voiture redémarra. Arrivée devant chez Riza, elle s'arrêta. Roy s'aperçut que son lieutenant s'était endormie. Il la porta, prit les clés de sa poche pour ouvrir la porte. Il alla en direction de la chambre et allongea son lieutenant. Il la regarda et la trouva belle. Il hésita. Il se décida finalement, approcha son visage de celui de Riza... Et sentit des lèvres venir se poser sur les siennes. Juste une fraction de secondes, doucement. Surpris, il ouvrit les yeux : il était trop loin du visage d'Hawkeye pour que leurs lèvres puissent se toucher! La seule explication était que ce soit Riza qui ait relevé la tête pour l'embrasser. Mais, elle semblait dormir profondément... Cependant, il perçut un très léger sourire sur le visage d'une Riza soi-disant endormie, qui lui confirma qu'il n'avait pas rêvé.
-Dormez bien, Lieutenant Riza Hawkeye... Et merci d'avoir exécuté mon ordre...
Il sourit pour lui-même. Lui, Colonel Roy Mustang, le tombeur de service, il avait perdu le pari. Il n'avait, au final, gagné qu'un point, et encore, personne n'avait vu son baiser avec Riza Hawkeye. Il avait sans aucun doute perdu le défi. Il avait aussi perdu les deux autres femmes de l'armée qu'il avait su séduire. Et il avait bien sûr perdu sa réputation de beau gosse, de tombeur, qui allait être reçue par Jean Havoc qui avait tout de même séduit Maria Ross, et surtout peut-être Olivia Mira Armstrong. Alors, qu'avait-il gagné dans tout ça? Était-ce vraiment un échange équivalent? Il regarda Riza. Oui, sans aucun doute. Car dans tout ça, il avait gagné quelque chose de mille fois plus important que la gloire ou le succès. Il avait gagné l'amour de sa vie.
Et voilà! Donc Roy a perdu! Mais je trouve que Riza a été un peu gentille au rendez-vous... Enfin, elle aurait pu le martyriser un peu plus, non? (sadique!) C'était peut-être un peu facile... En tout cas, je suis contente d'avoir fini ce chapitre! Je vais faire un dernier chapitre bonus, qui parlera de Jean Havoc, comment il a réussi à avoir RDV avec Olivia Mira Armstrong, et surtout comment se passe la soirée au restaurant! Ca risque d'être un long chapitre... Enfin voilà je suis quand même contente d'avoir terminé l'histoire même si ça n'a pas pris exactement la tournure que j'imaginais au départ! Rendez-vous au bonus, je pense l'avoir publié dans max 3 ou 4 jours! Bisous! ^^.
