Compte sur moi


Chapitre 7 : Les amis


"On ne pardonne pas à son ami ses erreurs, on ne les excuse pas non plus. On les comprend."

Philippe Soupault


Chez Hermione et Ron

« Ton thé est délicieux Hermione. »

« Merci mais c'est toi qui me l'a envoyé de Prague. D'ailleurs si tu pouvais demander à Théo de m'en rapporter, je vais bientôt être à court. »

Les deux jeunes gens étaient prêts à commencer une discussion sur le thé plutôt que de supporter un autre moment tendu. Mais Harry et sa faculté de mettre les pieds dans le plat en décidèrent autrement.

« Ron dis quelque chose. »

Le blond aurait juré qu'avec un peu de concentration, on pouvait entendre les dents du rouquin grincer entre elles.

« Je n'ai rien à dire, » siffla-t-il.

« Alors nous n'avons rien à faire ici. Viens Draco. »

Les deux amants se levèrent et bien que l'ancien Serpentard soit ennuyé que les choses se passent ainsi, il était néanmoins soulagé de partir.

« Harry attends ! Ne pars pas comme ça ! Écoute tu ne peux pas faire ça quand même ! »

« Faire quoi Ron ? »

« Sortir avec la fouine. Je ne comprends pas, vous avez déjà essayé et ça n'a pas marché. Pourquoi recommencer ? »

« Parce qu'on a évolué et que le contexte a changé. Je veux être avec Draco, je ne suis pas venu ici pour avoir ta bénédiction mais pour t'en informer. »

Le rouquin se tourna vers le blond et se leva, menaçant.

« Tout ça c'est ta faute ! »

« Ne le touche pas ! »

Instinctivement, Draco avait porté la main à son ventre dans un signe de protection. Et Ron l'avait vu. Pour n'importe qui d'autre le geste aurait pu paraître anodin, mais pas pour quelqu'un qui était déjà plusieurs fois oncle.

Il regarda l'ancien Serpentard, les yeux exorbités et vit la panique apparaitre dans ses yeux, ce qui confirma ses soupçons.

« Oh par Merlin, tu es enceint ! »

Il se rassit immédiatement, la bouche ouverte et sous le choc.

« Mais comment ça a pu arriver ? »

« Oh Ron, on ne va pas te faire un dessin ! » s'exclama sa petite amie.

« Je ne parle pas de ça. Il faut des potions et tout et tu ne m'as même pas dit que tu voulais des enfants ! » reprocha Ron à son ami.

« Nous n'avons pas pris de potions. Nous ne pensions pas que c'était possible après une fois seulement, » rétorqua Harry.

« Mais c'est quasiment impossible sans potion et il faudrait que… »

Draco pouvait entendre les rouages du cerveau de Weasley marcher à plein régime. Il savait qu'en tant qu'Auror, le rouquin avait des cours de médecine et que sa petite sœur était en fac pour devenir Médicomage. Beaucoup de magie et beaucoup d'amour peuvent faire des miracles. Ron aussi avait dû entendre ces mots. Et le blond ne voulait pas que le Survivant l'apprenne. Pas maintenant.

« Écoute Weasley, c'est arrivé que ça te plaise ou non. On ne te demande pas ton avis. Ça ne regarde que Harry et moi, » dit l'aristocrate en tentant d'éluder le sujet.

Mais ce fut peine perdue. Le rouquin le regarda en silence et il comprit que son secret était éventé.

« Je voudrais parler seul avec Malefoy. »

« Quoi ? Pas question ! »

« Harry, je te promets que je ne lui ferais aucun mal. Tiens, prends ma baguette et Malefoy peut garder la sienne si ça te rassure. »

Le Survivant se tourna vers son amant mais celui-ci lui dit qu'il était d'accord. Hermione et le brun sortirent de la pièce non sans une légère appréhension.

« Tu n'as pris aucune potion n'est-ce pas ? »

« Non aucune. Je ne voulais même pas aller à cette soirée d'abord, » soupira Draco.

« Et Harry ne sait pas quelle est l'autre possibilité pour avoir des enfants sans potion ? »

« Non. »

« Je veux bien vous croire mais j'avoue que j'ai du mal. Vous êtes sortis seulement quatre mois ensemble, vous ne vous voyez pas pendant trois ans puis vous vous sautez dessus et dès le premier coup vous concevez un enfant sans potions. Je sais que Harry est un sorcier puissant mais il faut aussi beaucoup d'amour pour que ça marche. Est-ce que tu te rends compte à quel point ça veut dire que tu l'aimes ? C'est un peu difficile à accepter. »

« Huit mois. Nous sommes sortis ensemble huit mois et oui je m'en rends bien compte pas la peine d'en rajouter, » grimaça le blond.

« Huit mois ? Mais Harry m'a dit que… »

Puis se rendant compte de ce que cela voulait dire le rouquin ajouta

« Oh ! Il a menti c'est ça ? »

« Il avait peur que tu le prennes mal qu'il t'ait caché que cela faisait déjà six mois qu'on se voyait en cachette alors il a préféré diminuer le chiffre. On s'est d'ailleurs disputés à ce sujet, il ne m'avait même pas prévenu. »

« Pendant six mois… Eh ben merde alors si j'avais su… »

Ron avait l'air réellement abasourdi. Était-il étonné parce que son ami lui avait menti ou parce qu'il avait réussi à lui cacher un truc pareil pendant autant de temps ?

« Ça aurait changé quelque chose si tu l'avais su ? Tu te serais un peu moins comporté comme un enfoiré avec moi ? » répliqua l'ancien Serpentard, étonné lui-même de la rancune qu'il avait gardée pour ce qu'avait fait le rouquin.

« Je pensais que tu n'étais pas fait pour lui et que Harry méritait mieux, je voulais juste le protéger, » se défendit-il.

« Tu m'as jugé sur l'image que tu avais de moi sans tenir compte de ce que j'ai fait pour vous aider. Vous êtes là à monter sur vos grands chevaux dès qu'on parle de pureté de sang mais aussi braves Gryffondors que vous êtes, vous ne valez pas mieux. Vous avez aussi vos préjugés contre certains sorciers. Tout le monde fait des erreurs et à dix-sept ans plus encore. Regarde Dumbledore s'est aussi égaré et ça ne l'a pas empêché de devenir l'un des plus grands sorciers de son siècle. »

« Tu aurais fait pareil à ma place ! »

« Je t'aurais au moins laissé le bénéfice du doute ! »

Ils se regardèrent en chien de faïence pendant un moment. Draco tenta de se calmer, le Médicomage lui ayant déconseillé toutes sensations fortes et il passa sa main contre son ventre. Le geste eut l'air de faire revenir Ron à leur sujet premier.

« J'admets m'être trompé sur toi. Cela faisait à peine un an que la guerre était finie et la méfiance était toujours de rigueur. Il est encore fragile aujourd'hui, quand tu étais parti à Prague, il a dû traverser beaucoup de choses. »

« Il m'a raconté les soirées et la drogue mais Weasley il s'en est sorti ! Arrête de te prendre pour sa mère et de le couver. Accepte ses choix et la vie qu'il veut avoir même si elle ne correspond pas à ce que tu voudrais pour lui. Je crois qu'il est le mieux placé pour savoir ce qu'il lui faut. C'est à moi de le protéger maintenant. »

Ron examina un moment son vis-à-vis avant de lâcher

« Pourquoi est-ce que tu ne lui as pas dit ? »

« Dis quoi ? »

« Que c'est parce que tu l'aimes vraiment que vous avez pu avoir un bébé sans potion ? » demanda le rouquin légèrement mal à l'aise.

« Les choses sont déjà assez compliquées avec le bébé et on vient à peine de se mettre en couple. Je ne suis toujours pas certain qu'il ne l'a pas fait seulement parce que je suis enceint. »

« Tu as peur qu'il s'en aille ? »

Puis Ron sembla réaliser quelque chose et ajouta

« Non c'est pire. Tu penses qu'il finira par partir n'est-ce pas ? Tu sais que quand on dit qu'il faut beaucoup de magie et beaucoup d'amour pour faire un bébé c'est probablement valable pour les deux personnes. »

« Si tu le penses vraiment pourquoi c'est à moi que tu as demandé à parler seul à seul et pas à Harry ? » répliqua Draco.

« Parce que je n'ai pas envie d'avoir une conversation avec Harry dans laquelle il me dévoile tout son amour pour toi, » grimaça le rouquin en rigolant. « Mais si tu penses qu'il finira par te quitter, pourquoi sors-tu quand même avec lui ? »

« Parce qu'il faut profiter des bonnes choses tant qu'elles durent. »

« Tu es trop pessimiste. Pendant ces trois dernières années, je l'ai vu sortir avec pas mal de gars mais tu es le seul qu'il est venu nous présenter. Je vois bien comment il te regarde. Je pense qu'il veut vraiment être avec toi et pas juste à cause du bébé. »

« Vivre avec Hermione t'aurait-il enfin donné un cerveau ? »

Ron voulut répliquer mais il vit que Draco rigolait alors tous deux se levèrent finalement pour aller retrouver leurs conjoints respectifs.

« Eh bien, on va bien rigoler tous ensemble, je le sens, » sourit l'ancien Gryffondor.

C'est ainsi que Hermione et Harry furent éberlués de voir arriver les deux garçons souriants et entier.

Après ça le rouquin engueula son ami pour lui avoir mentit et présenta ses excuses à Draco devant une Hermione ébahie. Le blond se doutait qu'avec ou sans Weasley, Harry l'aurait probablement aussi quitté à l'époque, alors il décida de ne pas lui en tenir rigueur. Il préféra toutefois rester quelque peu sur ses gardes.

Pour plus de facilité, le couple décida d'inviter leurs amis respectifs pour leur annoncer la nouvelle de leur relation. Harry pensait qu'il valait mieux qu'ils s'habituent d'abord à l'idée qu'ils étaient ensemble avant de leurs révéler la grossesse de Draco.

Le brun paniquait un peu et plus particulièrement de la réaction de Zabini, il n'avait pas gardé un très bon souvenir de leur dernière rencontre…

ooo

Pansy fut la première à réagir et elle transplana directement chez Blaise en recevant l'invitation.

« Tu as reçu la lettre ? »

« L'invitation pour dimanche de Draco ? Oui je l'ai eue. Pourquoi toi aussi ? »

La jeune fille leva les yeux au ciel en voyant que son ami n'avait pas tout compris.

« Est-ce que tu as vu à quelle adresse nous sommes invités ? »

Le noir fronça les sourcils. Il avait vite jeté un coup d'œil sans vraiment faire attention aux détails. Il fouilla parmi les papiers qui jonchaient son bureau et finit par remettre la main sur la lettre.

« Square Grimmaurd ? Ça me dit quelque chose. »

« On voit bien que tu étais parti pendant trois ans ! C'est la maison de Potter ! »

« Quoi ? »

Ce fut à ce moment qu'un « pop » retentit et que Théo apparut.

« Pourquoi aucun de vous ne m'as dit que Potter et Draco ressortaient ensemble ? »

« Tu as aussi reçu l'invitation hein ? » demanda Blaise plus pour la forme.

« Y aurait-il pour une fois quelque chose que tu ignores ? » siffla Pansy.

« Je suis à Prague moi je te signale et Draco ne m'a rien écrit là-dessus. »

Voyant que ses deux amis allaient se disputer, Blaise préféra intervenir.

« Nous n'en savions rien non plus, Théo. On vient de recevoir comme toi la lettre de Draco pour venir dimanche prendre le thé à l'adresse de Potter. Mais ça ne veut peut-être pas dire qu'ils ressortent ensemble, » dit-il avec un peu trop d'espoir dans la voix.

« Alors pourquoi il nous inviterait chez Potter ? » demanda le blond

« Peut-être que Draco va bosser avec lui ? »

« Qu'est-ce que les Runes viennent faire dans son œuvre caritative ? Franchement Blaise arrête de te voiler la face, » répliqua son amie agacée.

« Écoutez, allons voir Grégory. Il est ami avec Seamus, il pourra peut-être nous dire de quoi il s'agit, » proposa le noir qui ne voulait pas s'avouer vaincu.

Ils transplanèrent tous les trois devant chez lui et sonnèrent. Grégory vint tranquillement leurs ouvrir. Pansy fut évidement la première à réagir.

« Est-ce que tu sais quelque chose sur Draco et Potter ? »

« Bonjour Greg, comment ça va ? Excuse l'impolitesse de cette jeune fille mais nous avons reçu une curieuse lettre de Draco. »

Le plus baraqué de la bande sourit au blond et fit rentrer ses amis en disant qu'il était habitué aux manières de la brunette. Celle-ci voulu répliquer mais Blaise était trop pressé que pour rentrer dans une énième dispute et lui lança un regard noir.

Une fois tous installés dans le salon, Grégory prit la parole.

« Oui j'ai aussi reçu le mot de Draco et j'ai demandé à Seamus si Harry lui avait dit quelques choses mais il m'a répondu qu'il n'en savait pas plus. Par contre Dean et lui ont aussi reçu une invitation pour dimanche. Je suppose qu'ils vont nous annoncer qu'ils sont ensemble. »

« Comment est-ce que tu peux dire ça comme si c'était normal ? On ne peut pas laisser Draco faire une telle bêtise ! » répliqua Blaise ébahie.

« Il a vingt-deux ans, je pense qu'il sait très bien ce qu'il fait. Nous n'avons pas à intervenir dans sa vie, » répondit Grégory

« Et si Potter lui fait encore du mal ? On ne peut pas rester là les bras croisés et le regarder foncer dans un mur ! »

« Greg a raison Blaise. Rien ne dit que Potter va encore lui faire du mal et si Draco a accepté de lui laisser une chance c'est qu'il a ses raisons. Il est assez intelligent pour savoir ce qu'il risque. Et s'il s'avère qu'il nous invite chez le binoclard pour vraiment nous annoncer leur relation alors nous parlerons calmement avec lui, si ça peut te rassurer, » dit Théo en se tournant vers le noir. « Je refuse d'être comme Weasley et de pourrir leur histoire, » ajouta-t-il pour convaincre son ami.

Celui-ci sembla méditer ces paroles ainsi que Pansy.

« Je ne veux pas ressembler à la belette mais je refuse de voir Draco souffrir une nouvelle fois, » finit-il par répondre.

Théo poussa un soupir. Ça n'allait pas être facile.


Le dimanche chez Harry

Le brun entendit la sonnette retentir et ouvrit la porte sur Théo.

« Entre ! Tu es le dernier. Les autres sont déjà dans le jardin, on profite du beau temps. »

Le blond s'engouffra dans la maison et suivit le Survivant qui le mena de l'autre côté de la demeure.

Il constata qu'en effet il était le dernier. Neville et Pansy était plongés dans une discussion qui semblait assez animée. Grégory et Seamus parlaient bien évidemment bonbons tandis que Dean, Draco et Ron commentaient les nouvelles sportives. Blaise qui était assis à côté de Pansy restait silencieux tandis que Hermione essayait de lui soutirer quelques réponses ou grognements. Il décida de venir au secours de la jeune fille et s'assit à côté d'elle et du noir.

Harry fit alors signe à son amant et il se leva pour faire face à ses amis avec le brun. Celui-ci prit la parole.

« Bien ! Maintenant que tout le monde est arrivé, nous allons pouvoir vous expliquer la raison de tout ceci, » dit-il avec appréhension. « Vous devez déjà sûrement vous en douter mais voilà… Draco et moi sortons ensemble. Certains d'entre vous doivent certainement trouver cela étrange étant donné ce qui s'est passé la dernière fois mais nous avons décidé de nous laisser une seconde chance et nous espérons que vous respecterez cela. »

Il y eut un léger silence durant lequel Draco regarda particulièrement Blaise sachant d'avance qu'il serait le plus réfractaire. Son ami lui fit comprendre qu'ils en parleraient plus tard et le blond hocha la tête.

« Eh bien j'espère que ça finira mieux que la dernière fois. »

Dean leva les yeux au ciel devant le manque de tact de son petit ami et s'excusa auprès des autres de son imbécilité. L'Irlandais répliqua par un cri outré.

Harry sentit distinctement la menace quand Blaise ajouta

« Je l'espère aussi. »

Grégory, Neville et Hermione félicitèrent le couple pour alléger l'atmosphère et Seamus demanda s'il y avait encore de la tarte. Théo annonça qu'il pourrait enfin offrir à Harry le livre « Comment dresser un aristocrate » et Draco le frappa sur le crâne ce qui fit rire tout le monde. Finalement Ron se rapprocha du blond pour lui souhaiter beaucoup de bonheur à l'étonnement des anciens Gryffondors et au scepticisme des anciens Serpentards.

La tension sembla enfin diminuer.

Sous le regard insistant de Théo, Blaise finit par engager la conversation avec Hermione et Draco se sentit un peu soulagé. Harry vint derrière lui et lui caressa sa main. Le blond s'autorisa à le regarder dans les yeux un bref instant avant de détourner le regard. Il ne regardait jamais Harry très longtemps. Il avait bien trop peur que le brun ne découvre dans ses prunelles ce qu'il tentait de cacher. Il avait l'étrange impression que si le brun comprenait à quel point il l'aimait, il s'enfuirait comme la dernière fois.

Draco pensait que de toute manière, ça ne pourrait que compliquer leur situation. Harry aurait plus de scrupules à partir s'il savait le mal que ça ferait au blond et celui-ci ne voulait pas ça. Alors l'aristocrate préférait se taire et tentait de garder la tête froide.

Il essayait souvent de s'imaginer comment ça se terminerait entre lui et Potter. Est-ce que celui-ci finirait par se lasser de lui et partir ? Ou bien rencontrerait-il quelqu'un d'autre ? Hermione et Ron avait beau lui dire d'être plus optimiste, le blond ne faisait toujours pas confiance à Harry. Il ne pouvait peut-être pas s'empêcher de l'aimer mais il pouvait rester lucide sur la situation.

Une petite voix dans sa tête lui disait que c'était vain et qu'il souffrirait probablement autant que la dernière fois. Mais l'aristocrate refusait de se laisser aller et voulait garder un certain contrôle sur lui-même. Si les choses tournaient mal, il n'aurait pas le droit de sombrer comme la dernière fois car il aurait à s'occuper d'un enfant en plus. Draco se disait parfois que ce n'était pas si grave s'il était encore blessé parce que ça en aurait valu la peine. Pour tous ces moments qu'il passait avec le Survivant et pour le bébé, ça en valait plus que la peine…


Une semaine plus tard

Draco avait tenté comme il pouvait de repousser la date le plus possible mais il n'avait pas pu y échapper bien longtemps. En partant, Harry l'avait serré fort dans ses bras en lui souhaitant bonne chance. Il avait trouvé ça un peu exagéré sur le moment mais maintenant qu'il était là, il n'en était plus si sûr.

Il était dans un petit bistro et devant lui se trouvaient Grégory, Blaise, Pansy et Théo, bien décidés à savoir comment est-ce qu'il pouvait ressortir avec Potter. Et au moins deux d'entre eux étaient déterminés à lui démontrer qu'il faisait une grosse erreur.

« Inutile d'user votre salive les gars. C'est arrivé comme ça, ce n'était pas prévu. Nous ne savons pas où ça va nous mener, on vit au jour le jour. Oui Pansy je sais que c'est un enfoiré. Oui Blaise ce n'est probablement pas ma meilleure idée. Théo ne cherche même pas à m'espionner, il n'y a rien à trouver. Et merci Greg de me soutenir, prenez exemple les autres. »

Goyle rigola et voulu répondre « de rien » mais Pansy fut plus rapide.

« On n'est pas ici pour te faire une liste des raisons pour lesquelles tu es en train de faire une erreur, tu les connais déjà. Mais Draco je t'en prie, réfléchis bien ! Aucun de nous n'a envie de te revoir dans le même état qu'il y a trois ans. On t'a ramassé à la petite cuillère bon sang ! »

« Écoute ça va bien se passer et… »

« Mais tu as déjà dit ça la dernière fois ! Et on a tous bien vu comment ça a fini ! »

« C'est différent d'accord ? Je suis plus lucide et je ne me fais pas d'illusions. C'est arrivé parce que je me suis trop investi et que je n'ai pas su prendre le recul nécessaire. Mais je ne ferais pas les mêmes erreurs. »

« Mais tu l'aimes toujours autant. Comment comptes-tu prendre du recul alors ? »

Draco se tourna vers son ami le plus perspicace. Théo avait l'art de poser les questions dérangeantes.

« Parce que je sais qui il est et ce qu'il n'est pas. Je n'attends rien de lui contrairement à la dernière fois, » répondit-il plus durement.

Cela eut l'air de rassurer Blaise mais Greg fronça les sourcils.

« Est-ce que votre interrogatoire digne des Mangemorts va continuer ou bien on peut passer un moment entre amis ? »

Pansy rouvrit la bouche mais Théo lui écrasa le pied et elle décida prudemment de se taire… Pour l'instant. Les cinq amis commandèrent à manger et parlèrent d'autres choses. Le repas se déroula sans autre anicroche. Mais Théo fut le seul à remarquer que Draco ne buvait pas une goutte de vin et qu'il touchait parfois son ventre…

ooo

Les trois semaines suivantes se passèrent dans une atmosphère relativement calme. Harry était heureux que Draco ait enfin utilisé le certificat médical pour rester travailler au Square Grimmaurd. Leurs amis respectifs n'étaient évidemment pas au courant qu'ils avaient emménagé ensemble, cela aurait soulevé trop de questions.

Le survivant aimait la routine qui s'installait peu à peu entre eux deux. Au début, en proposant au blond d'emménager avec lui, il avait eu un peu peur que ça ne se passe pas bien du tout. Il était habitué à vivre seul et avec leurs caractères respectifs, ils risquaient fortement de se prendre la tête souvent.

Pourtant les choses se passaient plutôt bien. Ils ne s'étaient pas encore engueulés et la présence de quelqu'un d'autre dans sa maison lui faisait du bien. Bien sûr ils n'avaient pas encore abordé les sujets à risque comme le prénom du bébé ou la couleur de sa chambre.

Harry partait le matin pour travailler à son association caritative. Draco lui se levait plus tard évidemment et bossait autant qu'il pouvait sur ses dossiers même s'il était souvent obligé de faire une sieste dans l'après-midi.

Quand le Survivant rentrait, ils faisaient à manger ensemble et le blond continuait encore un peu ses papiers. Après manger, Harry arrivait parfois à convaincre l'ancien Serpentard de regarder la télé qu'il avait réussi à installer. Le soir venu, c'était naturellement que le blond suivait le brun dans sa chambre. Pourtant après avoir fait l'amour, celui-ci regagnait toujours sa propre chambre. Au début le Survivant n'avait rien dit, Draco lui ayant expliqué qu'il leur fallait un temps d'adaptation et que c'était mieux que chacun garde un espace personnel. Il avait trouvé cela normal et avait pensé que petit à petit, ils finiraient par passer quelques nuits ensemble.

Toutefois plus d'un mois après le début de leur cohabitation, l'aristocrate ne semblait pas vouloir changer la situation et Harry devait bien avouer que cela l'embêtait de plus en plus. Il ne comprenait pas la réticence du blond à ce qu'ils dormaient ensemble.

Mais aujourd'hui Harry Potter avait bien autre chose en tête. Parce qu'aujourd'hui était le jour de sa mort.

« Arrête d'être aussi tendu ! Tout va bien se passer, il ne te fera rien. »

« C'est ce que tu dis mais je suis sûr que ton père va vouloir me tuer quand il saura pour le bébé. »

On était en soirée et Draco leva les yeux au ciel devant le comportement de son petit-ami. C'était clair que son père n'allait pas sauter de joie mais le blond était certain que la perspective d'avoir un petit-fils ou petite-fille adoucirait le fait que l'enfant soit aussi de Potter.

L'ancien Serpentard ne le montrait pas mais il était lui aussi assez anxieux. Il savait que ses parents seraient déçus qu'il ne soit pas enceint d'un gentil sorcier avec qui il serait marié, qui aurait une longue lignée de sorciers derrière lui et qui aurait une bonne position sociale. Et surtout qui ne serait pas Harry Potter. Le blond savait qu'il pouvait compter sur sa mère qui avait de bonnes relations avec le Survivant mais pour son père c'était une autre histoire.

Draco caressa son ventre qui commençait à légèrement enfler. Dire qu'il était déjà enceint de trois mois ! Le Médicomage leur annoncerait le sexe du bébé la semaine prochaine et ils pourraient réfléchir à un prénom. Le blond était étonné de voir à quel point la vie avec le Survivant se passait bien et des efforts que celui-ci déployait pour lui faciliter la vie. Pourtant il restait toujours sur ses gardes et tentait autant que possible de ne pas se laisser aller à espérer plus, à espérer trop…

Il refusait catégoriquement qu'ils dorment ensemble parce qu'il ne voulait pas s'habituer à voir Harry au réveil. Quand ils se sépareraient, l'ancien préfet voulait que le moins de choses possibles lui manquent et que son amant soit la première chose qu'il voit en se levant était sans aucun doute quelque chose qui pourrait lui manquer atrocement. De plus, cela lui permettait de moins s'investir dans l'idée qu'ils étaient ensemble. Aussi étrange que cela puisse paraitre, Draco ne les voyait toujours pas comme un couple et il se disait que ça valait sûrement mieux comme ça.

Ils se dirigèrent vers la cheminée et Harry prit la Poudre de Cheminette avant de déglutir et de prononcer « Manoir Malefoy ».


Au manoir

Ils arrivèrent dans une petite pièce où un elfe de maison les attendait. Puisque la date à risque pour le bébé était dépassée, Draco avait tenu à ce que ses parents soient les premiers informés de la nouvelle.

L'elfe les conduisit jusqu'au petit salon bleu ou Lucius et Narcissa attendaient avec impatience leur visite. Et surtout l'explication de leur venue.

À peine rentré, Draco embrassa ses parents tandis que Harry, mal à l'aise, Serra la main du patriarche et baisa les doigts de la mère du blond.

Tous s'installèrent dans les fauteuils et Narcissa en hôtesse accomplie, questionna son fils sur son travail et le brun sur son œuvre caritative.

Lucius intervenait de temps en temps mais il examinait surtout les deux garçons, tentant de découvrir la raison de leur visite ensemble surtout. Il en avait parlé avec sa femme la veille et ils en étaient venus à la conclusion que les deux jeunes hommes s'étaient remis ensemble. Narcissa avait dû user de beaucoup de patience pour faire accepter cette idée à son mari. Celui-ci n'avait pas vu Draco à l'époque de leur rupture mais il avait deviné dans les yeux de son épouse lors de ses visites que les choses n'avaient pas été faciles pour son fils.

Harry sentait le regard scrutateur de son beau-père et il était franchement mal à l'aise. Il n'avait qu'une envie c'était de fuir en courant et il espérait que Draco allait enfin aborder le sujet de leur venue pour partir d'ici le plus vite possible. Celui-ci devait avoir entendu ses prières puisqu'il dit soudain,

« Père, mère, j'ai quelque chose d'important à vous annoncer. »

Malgré son air dégagé, le blond était terrifié mais s'il voulait que ses parents réagissent positivement, il valait mieux qu'il semble serein.

« Harry et moi sortons ensemble et je porte son enfant. »

Le brun admirait toujours autant la faculté de son amant à dire les choses directement avec naturel sans prendre de gants. Lui-même essayait toujours d'enrober la chose et pouvait tergiverser pendant de longues minutes. Mais pas Draco.

« Oh mon chéri, c'est merveilleux ! Toutes nos félicitations ! » s'exclama sa mère.

Harry regarda éberlué Narcissa serrer son fils dans ses bras et Lucius venir lui comprimer sa main à lui.

« Est-ce que vous savez déjà si c'est une fille ou un garçon ? » demanda le patriarche.

« Heu non, nous le saurons la semaine prochaine, » balbutia le brun.

« C'est l'occasion pour sortir mon whiskey trente ans d'âge, vous allez voir Monsieur Potter, c'est un délice ! »

Ledit monsieur Potter tourna son regard ahuri vers son petit-ami qui se contenta de hausser les épaules devant le comportement de ses parents.

« Vous avez déjà planifié la date du mariage ? » demanda Narcissa pendant que son mari servait les verres.

Draco grimaça. Il avait sincèrement espéré qu'ils n'aborderaient pas ce sujet. Mais il se doutait que pour de vieux aristocrates comme eux, un enfant hors-mariage n'était certainement pas envisageable.

« Le mariage ? » répéta Harry sans comprendre lui.

« Vous allez vous marier n'est-ce pas ? » répondit Lucius en fronçant les sourcils ce qui fit déglutir le Survivant.

« Euh… Eh bien nous n'avons pas… Enfin ce n'était pas… » tenta celui-ci.

« Nous n'allons pas nous marier Père, » affirma Draco.

« Quoi ? » s'exclama celui-ci.

Sa femme, voyant que les choses ne tournaient pas bien, tenta de rétablir la situation.

« Mais Draco tu es enceint et vous vous aimez non ? Alors pourquoi… »

« Nous avons du respect et une grande affection l'un pour l'autre, » coupa son fils.

À ce stade de la conversation, Harry perdit le fil. Seul résonnaient dans sa tête les mots de Draco. Une grande affection. C'était tout ? Il n'y avait qu'une grande affection entre eux ? Sans qu'il puisse se l'expliquer, le Survivant se sentit triste à cette idée. Ce n'était pas possible, il devait y avoir plus que ça. Il avait une grande affection pour Dean et Seamus mais ce qu'il avait avec l'ancien Serpentard était différent, c'était plus fort, plus intense, plus grand. Plus quoi ! Il lui en ficherait lui des grandes affections ! Harry avait besoin de parler à Draco. Et il en avait besoin maintenant. Voyant que la discussion s'échauffait entre son amant et son père, il sauta sur l'occasion.

« Nous allons y aller ! »

Les trois blonds sursautèrent et le regardèrent surpris par son intervention.

« Le Médicomage a déconseillé toutes émotions fortes à Draco. Il vaut mieux que nous rentrions nous reposer de tout ceci. J'ai été ravi de vous revoir Madame et Monsieur Malefoy, je vous tiendrais au courant au sujet du sexe de l'enfant. Nous en reparlerons calmement plus tard. »

Il salua les deux adultes et prit Draco par la main pour retrouver la Cheminette et rentrer chez eux. Le blond plutôt soulagé d'échapper à une dispute avec ses parents, leur dit au revoir et suivit Harry.

ooo

« Il faut qu'on parle ! »

Draco regarda surpris son amant. Ils venaient à peine de rentrer et Harry avait l'air sérieux et décidé. Une boule se forma dans la gorge du blond. La rencontre avec ses parents avait-elle fait peur à Harry ? Venait-il de se rendre compte qu'il n'était pas prêt pour tout ça finalement ?

« Je ne suis pas d'accord avec ce que tu as dit à ta mère. Il n'y a pas juste du respect et une grande affection entre nous. L'affection c'est pour les amis et on n'est pas amis ! »

L'ancien Gryffondor semblait vraiment énervé et Draco ne comprenait pas pourquoi. En quoi ce qu'il avait dit à sa mère lui déplaisait ?

« Je ne vois pas ce que tu me reproches, je n'ai rien dit de mal et je t'ai évité le mariage, » attaqua le blond.

« Tu as fait comme si on n'était pas grand-chose l'un pour l'autre ! Une grande affection. Ça ne veut rien dire ! On est en couple, il y a plus que ça quand même ! »

« Et tu aurais voulu que je dise quoi ? La vérité peut-être ? Qu'on avait trop bu et qu'on a couché ensemble ? Que suite à cela je suis tombé enceint et qu'on a alors décidé de sortir ensemble ? Oh oui, je suis sûr que ça aurait été mieux ! »

« Je ne parle pas de ça ! Je te parle de maintenant, de ce que l'on ressent aujourd'hui l'un pour l'autre. Ce que tu as dit ne représente pas ce que nous vivons. »

« Et qu'est-ce que nous vivons hein ? Tu es avec moi parce que je suis enceint ! » lâcha Draco à bout de nerfs.

Harry le regarda bouche bée et les yeux ronds.

« C'est vraiment ce que tu penses ? »

Il ne le pensait pas toute à fait mais il se disait que c'était en grande partie la vérité.

L'aristocrate détourna le regard et alla s'assoir dans un des fauteuils. Il était fatigué. Fatigué de la discussion avec ses parents, fatigué de retenir ses espoirs pour ne pas souffrir. Fatigué d'être toujours sur ses gardes, de faire attention à ne pas laisser filer trop d'indices sur ses sentiments.

Voyant que son amant ne répondrait pas, le Survivant s'approcha de lui et s'agenouilla en face de lui.

« Je te l'ai dit non ? Je voulais déjà être avec toi avant qu'on ne sache pour le bébé. Je ne suis pas avec toi parce que tu es enceint. Je suis avec toi parce que j'en ai envie. Je ne pourrais pas te décrire ce que nous vivons exactement mais c'est quelque chose de merveilleux, » dit-il doucement.

Draco regarda enfin son vis-à-vis et il caressa son visage. Il redoutait ce qu'il s'apprêtait à faire mais il devait savoir.

« Tu dis que les mots une grande affection ne représentent pas ce que nous sommes alors… Que ressens-tu pour moi réellement ? »

« Je ne veux pas te perdre et je… Je t'aime beaucoup. »

Draco ferma les yeux un bref instant. Puis il les rouvrit et embrassa Harry. Celui-ci passa ses bras autour de sa taille et le serra fort contre lui.

Le brun lui tendit la main et ils montèrent jusque dans sa chambre.

Le Survivant l'allongea tendrement sur le lit. Il repoussa les mains du blond quand il voulut le déshabiller. Harry défit lentement les boutons de son amant et embrassa la peau blanche de son torse. Draco se releva légèrement pour enfin enlever la chemise de l'autre et sentir leurs deux peaux se toucher. Il tenta de retenir ses gémissements quand l'ancien Gryffondor enleva son pantalon et son boxer et que sa main descendit jusqu'à son entre-jambe. Harry embrassa passionnément le blond pendant qu'il le préparait.

Quand son amant s'enfonça enfin en lui Draco soupira de contentement. Il ne se sentait jamais aussi entier que dans ces moments-là où ils ne faisaient plus qu'un et où rien d'autre n'avait d'importance.

Quand Harry accéléra le rythme, l'aristocrate se sentit perdre pied et il dut faire un effort surhumain pour retenir les trois mots qui lui brûlaient la gorge.

L'orgasme balaya ses dernières forces et il se sentit peu à peu tomber dans les bras de Morphée pendant que le brun le serrait contre lui.

Harry se réveilla le lendemain matin seul pour découvrir la maison vide de toute trace de Draco Malefoy.

À suivre…

Coucou tout le monde ! J'espère que ce nouveau chapitre vous a plu ;). Bon pour le suivant j'ai eu une semaine assez chargée mais j'ai déjà plus de la moitié qui est écrit. Comme il faudra aussi le corriger, je crains de n'avoir un peu de retard dans la parution. Ça devrait être le dernier (sauf si épilogue, ça dépend comment je vais découper la fin) ^^.

Byss

Mellya