30 octobre 1975

Il était tard, et Ellie n'était pas encore dans son dortoir. Elle s'était endormie à la bibliothèque, en faisant son devoir de botanique (c'était fou comme les plantes pouvaient être ennuyeuses !).

Elle étouffa un bâillement, et accéléra le pas. Soudain, elle aperçut Avery et Regulus qui arrivaient en sens inverse.

« Oh, non, non, non, non » marmonna-t-elle intérieurement. Elle chercha une cachette, mais il n'y avait rien, seulement deux murs froids de chaque côté du couloir. Alors elle fit demi-tour pour s'enfuir, espérant qu'ils ne l'avaient pas encore vue.

« Hey, Reg, regarde. »

Ellie se glaça. Raté.

Les Serpentards la rejoignirent en trois enjambées.

« Qu'est-ce que tu fais là toute seule ? On ne t'a jamais dit que les couloirs étaient quelque peu dangereux pour une petite fille comme toi ? »

Regulus ne disait rien, mais Ellie ne le regardait pas. Ça faisait longtemps qu'elle n'attendait plus rien venant de sa part.

« Je m'amuserais bien un peu, continuait Avery, mais je dois me coucher tôt, pour pouvoir écraser votre minable équipe demain matin. »

Il sourit cruellement, et, pour faire bonne mesure, la tira en avant pour la jeter au sol, la laissant dans le noir, sa baguette s'étant éteinte en tombant. Elle ne se releva pas, son visage caché dans ses mains, écoutant les bruits de pas des deux garçons disparaître. Mais aussitôt, d'autres claquements de talons sur le sol la firent sursauter. C'était peut-être Rusard qui arrivait !

Elle chercha à tâtons sa baguette, mais une lumière s'alluma au-dessus d'elle.

« Vous cherchez peut-être cela, Miss » dit une voix aimable.

Dumbledore était debout, devant elle, et lui tendait sa baguette. Elle la saisit en rougissant, et il s'assit en tailleur à côté d'elle.

« Vous faîtes une visite nocturne du château ? demanda le directeur d'un ton badin, en sortant un suçacide de sa poche.

- Non, je me suis endormie à la bibliothèque…

- Ah ah, devoir de botanique, n'est-ce pas ? Je détestais la botanique, moi aussi. Un jour, je me suis endormi en cours, lorsque nous faisions les tentaculas vénéneuses, babilla le vieil homme. Je suis resté une semaine entière à l'infirmerie, et j'ai encore une cicatrice au-dessus du genou. »

Ellie le considéra avec étonnement.

« Vous voulez la voir, peut-être ? demanda-t-il avant de commencer à remonter sa robe. Vous allez voir, elle représente parfaitement…

- Euh, non, non merci, Professeur, le coupa la jeune fille.

- Ah. C'est comme vous voulez. »

Ils restèrent silencieux, le directeur mâchonnant son suçacide.

« Professeur, reprit Ellie. Je me demandais… Pourquoi vous m'avez mise chez les Gryffondors ?

- Ah, Miss… S vous saviez le nombre d'élèves qui m'ont posé cette question. Tenez-vous en seulement à l'idée que le Choixpeau magique ne répartit personne au hasard.

- Mais, Gryffondor… Je ne suis pas courageuse… Je ne suis même pas capable de me défendre seule !

- Le courage peut prendre énormément de formes. Ce n'est pas seulement faire face à ses ennemis. »

Ellie pinça les lèvres. Elle n'était absolument pas convaincue.

« Vous l'aimez, n'est-ce pas ? »

Elle ne voulait pas savoir comment il le savait, mais il avait raison. Elle acquiesça.

« Et au fond de vous, Miss Swift, vous ne désespérez pas de pouvoir le faire changer. Même si vous voulez vous convaincre qu'il n'y a plus rien à faire, c'est plus fort que vous. Vous voulez le sauver de la vie qui l'attend. J'ai tort ?

- Non… »

Le directeur se releva, et lui offrit un sourire empreint de tristesse.

« Eh bien, moi, j'appelle cela du courage. Bonne nuit, Miss Swift. »