Chapitre 7

Après une nuit de profonde réflexion, Morgane sortit de sa chambre pour rejoindre celle de la femme qui la perturbait tellement. Le soleil n'était pas encore complètement levé et le château commençait à peine à s'animer.

Arrivée devant ses appartements, elle posa son oreille sur la porte, guettant le moindre bruit provenant de l'intérieur.

Après quelques instants d'écoute indiscrète, Morgane se décida enfin à entrer, ne discernant aucun bruit. Elle ouvrit la porte et s'introduisit discrètement à l'intérieur de la pièce, laissant un fin faisceau de lumière y pénétrer.

Morgane s'approcha lentement de la forme inerte allongée sur le lit.

Mais alors qu'elle se pencha vers elle pour s'assurer qu'elle ne dormait pas, Morgane fut surprise. Surprise de voir que la vieille femme qu'elle avait rencontrée la veille s'avérait être une jeune femme, d'environ le même âge qu'elle, peut-être un peu plus âgée.

Morgane examina son visage dans les moindres détails pour finalement arriver à la conclusion que cette femme était bel et bien la même femme qui s'était tenue devant Uther, en beaucoup plus jeune. Les traits de son visage, l'aura qu'elle dégageait, étaient identiques. Ses yeux, aussi, avaient gardés leur vivacité et ses cheveux restaient blonds.

Mais elle pouvait sentir autre chose. Une chose qu'elle n'avait pas ressenti la première fois qu'elle l'avait vue. Elle sentait une présence immatérielle mais qui lui était parfaitement claire. Quelque chose qui émanait directement de cette femme allongée, s'infiltrant dans son esprit même. Une chose qui faisait partie d'elle, qui lui était essentiel.

La magie.

Alors qu'elle était en pleine réflexion, la femme ouvrit les yeux, fixant immédiatement Morgane.

-Je… Je suis…désolée, je ne voulais pas…, commença Morgane, embarrassée d'avoir réveillé la femme.

-Que faites-vous dans ma chambre à cette heure-ci ?

-Rien. Je voulais juste m'assurer que vous étiez confortablement installée.

-Je le suis, merci.

-Votre visage… Vous avez changé… Vous étiez vieille hier et maintenant…

-Et maintenant je suis de nouveau moi-même. Cela n'a pas l'air de vous choquer, Ma Dame.

-Si, je le suis. Enfin… Vous possédez la magie, n'est-ce pas ?

-En effet. Je compte sur vous pour garder le secret.

-Vous pouvez avoir une absolue confiance en moi, je vous le promets. Je suis moi-même une…

-Vous êtes une sorcière, devina la femme. Je peux le sentir comme vous avez senti ma magie, ne vous inquiétez pas.

-Nous sommes-nous déjà rencontré ? J'ai l'impression de vous connaître.

-Nos chemins se sont brièvement croisés, il y a bien longtemps, alors que nous n'étions que des enfants. Puis nous avons été brusquement séparées par un homme vil et arrogant. Un homme qui n'avait pas le courage d'assumer ses actes et qui a causé du mal à bien des gens. Cependant, durant le temps que nous avons partagé, j'ai entendu votre nom. Et je ne l'ai jamais oublié. J'ai passé mes dernières années à vous chercher, traversant des royaumes entiers, pour finalement vous retrouver ici. Mon nom est Morgause, et j'ai tellement attendu pour enfin pouvoir vous revoir, Morgane.

-Morgause ? Je crois connaître ce nom. Que s'est-il passé dans notre enfance ? Pourquoi nous connaissons-nous ?

-Je sais que vous faites d'étranges rêves, Ma Dame. N'avez-vous donc jamais rêvé de moi ? De mon arrivée ici ? Ou même de l'époque où nous étions réunies ?

-J'ai vu la mort, la destruction… Mais vous n'êtes jamais apparue dans aucune de mes visions. J'ai juste rêvé d'une vieille femme marchant dans les couloirs de Camelot… Apparemment c'était vous. Mais je ne vous ai jamais vu comme je vous vois maintenant, dans votre corps ordinaire.

-C'est étrange… Mais avant tout, promettez-moi de ne rien dire, à personne, à propos de mes pouvoirs. Je me devais de vous prévenir du danger imminent, mais je ne le pouvais pas en me présentant au Roi moi-même.

-Je comprends parfaitement et je vous en remercie, Morgause.

-Bien. Désormais écoutez attentivement et surtout, ne jugez pas trop vite. Comme je vous le disais, nous nous connaissions, étant enfants. Nous vivions ensemble, dans un château tel que Camelot, majestueux, ravissant. Avant cette époque de prospérité, la guerre avait fait rage sur Albion et tous les seigneurs alliés à Camelot avaient été appelés pour défendre la grande cité. Uther avait demandé au Roi Gorlois, son plus fidèle ami, de prendre la tête des troupes sur le front Ouest alors que lui-même dirigeait celui d'Est.

-Je sais exactement ce qu'il s'est passé. Pourquoi ressasser ces souvenirs ? Ou voulez-vous en venir ?

-Là n'est pas la partie qui nous intéresse, patience. Alors que Gorlois défendait vaillamment l'Ouest, Uther avait fait halte quelques temps dans son château pour tenir compagnie à sa femme, Vivianne, restée seule. Pendant son séjour, Uther et Vivianne se sont rapprochés et leur amitié s'est très vite transformée en liaison amoureuse. Puis, lorsque la paix était revenue et qu'Uther était rentré à Camelot, Gorlois a appris que sa femme était enceinte. Dans sa naïveté, il a cru qu'ils avaient conçus le bébé avant que la guerre n'éclate. Mais Vivianne n'a pas osé lui dire la vérité, elle a caché à son mari la liaison qu'elle avait eue avec Uther mais savait pourtant très bien que ce bébé était le fruit de cette relation. Et Uther l'a abandonnée, il l'a laissé porter le secret seule.

-Vous voulez dire que ma mère a trompé mon père avec Uther ?, dit Morgane, choquée. Cela veut dire que….

Les derniers mots ne parvinrent pas à franchir ses lèvres. Si ce que Morgause disait était vrai, alors Gorlois n'était pas son père, mais Uther l'était.

Elle se sentit tout à coup vide. Comme si elle n'existait plus, comme si tout ce qui faisait ce qu'elle était l'avait quitté. Elle n'était plus vraiment elle-même.

Mais pourquoi Morgause lui avait-elle dit cela ? Peut-être que tout n'était que mensonge, pour la retourner contre Uther et installer le doute et la haine en elle. La magie avait complètement corrompue Morgause, c'était la seule explication à ses paroles absurdes.

-Vous mentez !, reprit Morgane. Je ne sais pas pourquoi vous faites cela, mais je ne vous crois pas. C'est impossible ! Gorlois est mon vrai père, Uther n'est que mon garant, l'homme qui m'a recueillie après la mort de mon père.

-Je ne vous mens pas, Ma Dame. Je vous ai demandé de ne pas juger trop vite, et pourtant c'est exactement ce que vous faites. Je suis désolée que vous ne connaissiez pas votre véritable identité, mais croyez-moi, je vous dis la vérité.

-Si jamais cela s'avérait vrai, pourquoi devrais-je vous croire ?

-Parce que je parle en connaissance de cause. Je suis la première fille de Vivianne et Gorlois.

-Non, c'est impossible ! Arrêtez avec vos sottises ! Je ne vous crois pas, je pense que c'est assez clair. Partez, je ne veux plus vous voir ! Quittez le château aujourd'hui, retournez chez vous et racontez vos bêtises à quelqu'un d'autre !

-Un jour, vous verrez que je ne vous ai pas menti. Je partirai si c'est ce que vous voulez, mais sachez que je serai toujours près de vous, que vous le vouliez ou non. Laissez-moi faire mes bagages et je m'en vais tout de suite. Au revoir Morgane, j'espère que vous ne m'oublierai pas.

Morgause rassembla alors le peu d'affaire éparpillé dans la pièce et les entassa dans son sac de voyage. Jamais elle n'aurait pensé que Morgane l'aurait repoussée ainsi, ignorant ses paroles. En partant de l'Ile des Bénis, elle était pleine d'espoir sachant qu'elle allait enfin pouvoir rencontrer sa sœur. Mais sa joie n'avait été que de courte durée finalement, Morgane ne voulait pas savoir la vérité et elle n'avait même pas eu le temps de lui révéler le lien qui les unissait.

Ce voyage n'avait servi à rien, à part à l'éloigner encore plus de Morgane. Tout espoir était perdu désormais, jamais elle ne saurait…

La pensée que sa venue ici lui avait tout de même permis de prévenir Uther du danger la réconforta un peu. Si le Roi prenait son avertissement au sérieux, sa sœur pouvait malgré tout être protégée, grâce à elle.

Morgane se dirigea vers la porte mais avant de l'atteindre se retourna et dit :

-Ce que vous avez dit, à propos de Cenred… Est-ce vrai ? Ce ne sont pas encore des mensonges ?

-Tout ce que j'ai dit est vrai, Ma Dame. Cenred est sur le point d'attaquer Camelot, je puis vous l'assurer.

Alors que les deux sorcières se parlaient, elles ne virent pas la servante passer juste derrière la porte. La femme fut attirée par leurs voix et aperçu Morgause par la fente entre le mur et la porte entrouverte. Elle ne vit pas Morgane, cachée par la porte, mais reconnu bien la Grande Prêtresse crainte par tous. Ne voulant pas se faire repérer, elle courut rapidement en direction des appartements du Roi pour le prévenir de la présence de la sorcière dans le château.

-Bien, j'espère que vous dites vrai à propos de cette guerre qui approche. Uther n'aime pas qu'on lui mente, je n'aimerai pas être à votre place si Cenred ne venais pas.

-Je serai déjà loin lorsque que les premiers soldats mourront, ne vous inquiétez pas pour moi.

Morgane sortit alors de la chambre, toujours troublée par ce que lui avait dit Morgause à propos de son père et d'Uther. Non, il ne fallait plus qu'elle y pense, c'était complètement absurde.

Elle connaissait cette femme, elle en été certaine, mais elle ne pouvait se résoudre à penser qu'elle était en fait… sa sœur.

Car c'est ce qu'elle avait dit. Morgause était la fille de Vivianne et de Gorlois, et elle était celle d'Uther et Vivianne. Cela faisait d'elle et Morgause des demi-sœurs.

Mais tout ceci était absurde, Uther n'aurait jamais aimé une femme qui possédait la magie, et Vivianne était une sorcière. Sinon d'où viendraient ses pouvoirs et ceux de Morgause ?

Cette discussion avec Morgause l'avait fortement bouleversée, et tout ce qu'elle désirait maintenant était se poser quelque part et ne penser à rien.

Mais les paroles de Morgause ne la quittaient pas, elles revenaient sans cesse torturer son âme.

Et si elle disait vrai ? Et si elles étaient vraiment sœurs ? Morgause avait vraiment l'air de tenir à elle et pendant son récit elle semblait réellement émue. Elle avait pu voir ses yeux scintillés lorsqu'elle avait mentionné le fait qu'elles avaient été séparées, et lorsqu'elle parlait d'Uther, ses poings s'étaient serrés.

Si Morgause avait dit la vérité, alors elle venait juste de rejeter une personne qui était prête à se mettre en danger pour lui faire connaître la vérité et qui voulait vraiment se rapprocher d'elle.

Elle devait absolument lui reparler. Morgause semblait avoir encore tellement de chose à lui dire, et maintenant elle était prête à l'écouter.