Réécriture 03/06/2015.
Chapitre 6
Harry était assis à la table de la salle à manger en train de prendre son petit déjeuner lorsqu'un hibou entra par la grande fenêtre de la cuisine. Il semblait épuisé et volait de manière incertaine, tant et si bien qu'Harry était persuadé qu'il allait finir par s'écraser.
Prenant pitié de la pauvre bête, le jeune homme l'attrapa d'un geste habile avant de la poser sur le comptoir après lui avoir servi un peu d'eau. Il allait devoir finir par discuter avec Draco de la façon dont il traitait ses animaux. En effet, Harry aurait reconnu l'oiseau n'importe où : blanc avec des tâches brunes et noires, il n'était pas exactement ce que l'on pouvait appeler un hibou « ordinaire ». Evidemment. L'animal de compagnie de Draco se devait d'être aussi « spécial » et « noble » que son maître, dixit l'intéressé en personne.
Harry avait levé les yeux au ciel en se moquant ouvertement de l'égo de son ami lorsque ce dernier lui avait dit cela, cependant il devait bien avouer que le blond avait eu raison. Le hibou devait avoir une intelligence et une force supérieure aux autres s'il avait réussi à faire trois fois l'allée retour de Wexcombe au Manoir Malfoy en à peine deux jours.
S'emparant de la lettre que portait l'animal à la patte, le brun la parcourut rapidement du regard avant de rouler des yeux tout en souriant d'un air attendri. Le parchemin pouvait sembler en apparence anodin, mais Harry savait que son ami blond s'inquiétait énormément pour lui, comme le prouvaient la succession de lettres qu'il lui avait envoyées depuis le début du mois de juillet. Harry avait bien essayé de le rassurer, mais rien à faire : tant qu'il serait chez ses parents, le jeune Malfoy ne pourrait pas ne pas s'inquiéter.
Tout en allant chercher sa plume dans sa chambre, Harry repensa à tout ce qu'il s'était passé depuis la fin de sa cinquième année. Tout d'abord, il avait bien entendu dû passer ses BUSES, mais l'examen lui avait semblé si facile que le jeune homme n'avait pas du tout regretté de n'avoir rien révisé. Même en étant arrivé sans préparation, il avait encore dû faire attention à baisser sérieusement son niveau s'il ne voulait pas que les Professeurs soupçonnent une tricherie. Il aurait en effet été un peu suspect qu'il obtienne d'excellentes notes aux BUSES alors qu'elles n'avaient pas dépassé la moyenne depuis sa première année.
En plus de l'épreuve qu'il avait dû passer, il s'était rendu à ses dernières retenues en compagnie du Professeur Rogue et avait tenté avec lui de finir la potion nécessaire à la réalisation de son sort. Le plus difficile pour Harry avait été de consentir à lui livrer ses recherches car il avait peur que l'homme ne se mette à soupçonner sa puissance. Il n'avait pas besoin de ce genre de problème en ce moment, et s'il pouvait l'éviter, il le ferait avec joie.
Par précaution, Harry avait passé toute l'après-midi précédent leur premier rendez-vous à recopier l'ensemble de ses formules sur un parchemin à part de son journal. Il n'était absolument pas question de révéler l'existence du « changeur » au Professeur. Il voyait mal comment il pourrait lui faire gober qu'il avait réussi à créer une trentaine de sorts avec le peu de connaissances qu'il était censé avoir.
Harry avait de plus précisé qu'il travaillait sur ce projet depuis sa première année, et non sa troisième afin que Rogue ne soit pas trop surpris par l'avancée de son travail. Malgré tout, le jeune homme avait passé la totalité de leurs heures ensemble à craindre les doutes du Maître des Potions et il avait toujours tout fait pour détourner l'attention du fait que lui, un élève moyen avec une intelligence moyenne, ait réussi à créer quelque chose d'aussi complexe qu'un sort entremêlé à une potion. Peut-être l'homme pensait-il qu'il avait été aidé. C'était l'hypothèse la plus probable pour expliquer son silence et Harry s'en contenterait du moment qu'il reste loin de ses secrets.
Cependant, malgré leurs petites réunions, ils avaient vite dû se rendre à l'évidence : même pour un Maître des Potions aussi compétent que Severus Rogue, il était impossible de finaliser un tel projet en deux jours. Il était donc peu probable que le bouclier ne soit mis en place durant ces vacances-ci.
Harry se souvenait encore du sourire narquois qu'arborait le Directeur lorsqu'il lui avait dit que ce serait à lui d'annoncer la nouvelle à son meilleur ami.
Le jeune sorcier frissonna en se rappelant de son argumentation mouvementée avec le blond. Harry était persuadé que s'il n'avait pas autant à perdre en cas de retrait de la garde de ses parents, il aurait adopté le point de vue de son ami sans la moindre once d'hésitation. Le jeune Malfoy pouvait être diablement convainquant lorsqu'il s'en donnait la peine…
Finalement, et c'était un exploit dont il se vanterait probablement jusqu'à la fin de ses jours, Harry avait réussi à convaincre et le Professeur Rogue et Draco de le laisser revenir une dernière fois chez son père sans protection. Encore aujourd'hui, le brun se demandait régulièrement s'il n'avait pas ingéré accidentellement un peu de Felix Felicis ce jour-là.
Lorsqu'il eut terminé de rédiger sa réponse à son ami, il la remit au hibou presqu'à contrecœur. Le pauvre était réellement très mal en point, mais il était bien trop fidèle et fier pour abandonner malgré sa fatigue. Harry était persuadé que sa lettre parviendrait à Draco même si l'animal devait en mourir pour cela. Il était toujours émerveillé de rencontrer une telle fidélité chez les animaux. C'était tellement différent des humains… Lorsqu'un animal vous offrait son amour, c'était de manière irréversible et inconditionnelle. Une bête ne trahissait jamais. Si elle vous était fidèle, elle le serait jusqu'à la fin de sa vie.
Après avoir fini d'avaler son petit-déjeuner, Harry attrapa son manteau, vola de l'argent moldu qu'il savait être caché dans le deuxième tiroir de la commode de son père et sortit de chez lui en ouvrant la porte fermée à clé d'un simple Alohomora sans baguette. Il ne mentait pas à Draco lorsqu'il lui écrivait que son père ne lui avait pas encore fait de mal. C'était la pure vérité. Que ce soit seulement car ses parents étaient la plupart du temps absents depuis qu'il était rentré de Poudlard ne comptait pas.
Sa mère lui avait précisé qu'elle et son père avaient beaucoup de travail en ce moment et qu'ils ne seraient probablement pas souvent à la maison cet été-là. Harry avait senti qu'elle tentait de le rassurer et il devait bien avouer que même s'il était resté impassible, il avait apprécié l'attention. Il n'avait jamais su quel travail ils faisaient et ne s'en préoccupait pas vraiment non plus. Cependant, si ce dernier pouvait lui permettre de ne pas avoir à supporter la présence de son père durant les vacances, le jeune sorcier se dit qu'il était peut-être tant de s'y intéresser.
D'un pas rapide, il rejoignit la limite du village et s'arrêta devant le bouclier invisible. Comme d'habitude, Harry pouvait sentir les nombreux sorts qui avaient été entremêlés afin de mettre en place cette protection. Certains servaient à repousser les moldus, d'autres les bombes de ces derniers, d'autres encore déréglaient leurs systèmes de navigation afin de leur faire croire que Wexcombe n'existait pas. Harry avait toujours vécu dans un village de sorciers, mais il savait qu'avant la prise de pouvoir de Voldemort, la plupart d'entre eux habitaient parmi les moldus ou au fin fond d'une quelconque campagne où personne n'osait jamais s'aventurer. Selon lui, cela ne devait pas être très pratique. C'était bien l'une des choses qu'Harry préférait au régime de leur Seigneur qu'à l'ancien système semi-démocratique.
Sans hésiter, il fit un pas en avant et traversa la barrière. Il eut l'impression de recevoir un sceau d'eau sur la tête mais tenta de l'ignorer, préférant continuer à marcher à un bon rythme. Il avait pris un rendez-vous chez un détective privé pour 10 h et il préférait de loin ne pas le manquer. Il avait déjà eu du mal à se servir d'un téléphone, aussi espérait-il ne pas avoir à le faire de nouveau.
A mesure qu'il avançait dans la ville moldue, le paysage se faisait de plus en plus urbain, les bruits de klaxons et de moteurs de voiture l'escortant durant la totalité de son voyage. Il traversa une multitude de passages piétons, et, bien que n'ayant qu'une vision approximative de l'utilité des feux rouges et verts, réussit à parvenir à un arrêt de bus en un seul morceau. Il se laissa alors tomber sur le petit banc d'attente, soulagé d'être arrivé jusque-là.
Avant d'envisager cette expédition, Harry avait bien sûr dû effectuer une petite visite dans l'allée des Canards sur le Chemin de Traverse –une allée malfamée créée par Arthur Weasley du temps de son vivant et sur laquelle il valait mieux ne pas être aperçu- afin d'acheter un livre sur la civilisation moldue. Il se félicitait désormais de son initiative, sachant qu'il aurait été totalement perdu s'il n'avait pas pris autant de précautions avant de se rendre dans l'autre monde.
Bien entendu, il devait avouer que ce que les moldus appelaient les « voitures » et les « bus » le rendaient toujours un peu mal à l'aise, ayant pris connaissance des dangers que ces moyens de transport représentaient pour les humains –écrasement, accident, collision, et bien d'autres joyeusetés. Cependant, le jeune homme ne s'était pas laissé décourager et il en était de plus en plus heureux à mesure qu'il approchait de son but.
« Salut », lança une voix féminine à côté de lui.
Surpris, Harry tourna la tête pour rencontrer le regard brun d'une jolie jeune fille d'environ seize ans aux longs cheveux roux et bouclés. Elle était lourdement maquillée mais la finesse de son visage adoucissait suffisamment ses traits pour qu'elle soit qualifiée de belle. Relativement petite et mince, elle tenait dans sa main droite ce qu'Harry savait être un téléphone portable –un téléphone qui n'avait pas besoin de fil pour fonctionner.
Le jeune sorcier n'avait d'ailleurs pas très bien compris cette partie de son livre. Si les moldus avaient créé un téléphone pouvant être utilisé n'importe où, quel était l'intérêt de conserver ceux qui nécessitaient de l'énergie –de l'électricité- pour fonctionner ? Cela n'avait pas grand sens selon lui.
Finalement, il sortit de ses pensées et répondit à l'adolescente.
« Salut »
« Je m'appelle Jazz, et toi ? »
« John »
Ce n'était pas totalement faux après tout. Son deuxième prénom était Johnny, d'après son père, il ne mentait donc pas vraiment en répondant cela. Il ne pouvait pas se permettre de lui donner son véritable nom. Pour tout ce qu'il en savait, « Harry » pouvait ne pas exister chez les moldus alors que son livre précisait que « John » était l'un des plus courants chez eux. Il ne pouvait pas se permettre de se faire remarquer en utilisant un nom inhabituel. Après tout, jamais il n'avait encore entendu le prénom « Jazz » dans le monde des sorciers, c'était donc probablement une indication que leurs deux mondes n'utilisaient pas les mêmes.
« Enchantée John. Dis, je suis nouvelle ici, tu ne pourrais pas me dire ce qu'il y a d'intéressant à faire dans le coin ? », lui demanda-t-elle en tournant l'une de ses mèches de cheveux entre ses doigts fins.
Voilà qui était fâcheux, pensa Harry, le cœur battant. La vérité était qu'il ne connaissait même pas le nom de la ville. Il s'était contenté de trouver un arrêt de bus dont le trajet passait par un endroit près du cabinet du détective et n'avait pas pris le temps de faire du tourisme avant de venir.
« J-je suis nouveau aussi, donc… », répondit Harry d'une voix hésitante.
Le visage de la fille –Jazz- s'illumina soudain.
« Génial ! On va pouvoir visiter ensemble alors ! »
« Eh bien, c'est-à-dire que j'ai un rendez-vous de prévu et je ne pense pas que j'aurais assez de temps pour faire un tour en ville avant d'y aller. »
« Oh », lâcha-t-elle, l'air profondément déçu. « Ta petite amie ? »
Harry écarquilla les yeux et secoua la tête immédiatement.
« Non, non, pas du tout. Je vais voir une sorte de…policier. », précisa-t-il tout en espérant ne pas avoir écorché le terme moldu.
La rousse se rapprocha petit à petit de lui jusqu'à ce que leurs cuisses se touchent et elle prit son bras en battant des cils.
« Ouh le mauvais garçon… », s'exclama-t-elle en lui faisant un clin d'œil. « Qu'est ce que tu as fait, dis-moi ? Trafic de drogue ? Braquage de supérette ? Fusillade avec un gang ? Vol à main armée? », demanda-t-elle, très intéressée alors que sa main commençait à aller et venir le long de son bras.
Harry n'avait absolument rien compris à l'ensemble de la phrase de la jeune fille et se contenta d'acquiescer lorsqu'elle eut fini de parler. Il se sentait extrêmement gêné. Il ne connaissait même pas l'adolescente et celle-ci lui parlait déjà comme s'ils étaient amis depuis toujours ! Et puis, sa main commençait à l'énerver. Il n'aimait pas que des inconnus le touchent. Mais peut-être était-ce ainsi, chez les moldus ? Cette familiarité pouvait très bien être leur façon de communiquer.
Soudain, Harry regretta de ne pas avoir lu plus de livres sur le sujet.
« T'es un criminel alors ? », renchérit Jazz en prenant sa main dans la sienne. Harry n'eut pas le temps de démentir –pour une fois qu'il comprenait ce qu'elle voulait dire- mais elle le coupa avant qu'il ne puisse ouvrir la bouche. « Ouah… La classe. J'aime les petits rebelles comme toi. », dit-elle en se penchant plus près de lui.
« Euh…d'accord », répondit Harry, incertain.
« Ca te dit qu'on se trouve un coin tranquille, juste toi et moi ? », dit-elle brusquement en lui caressant la joue.
Harry sursauta à ses paroles et secoua rapidement la tête.
« Il ne faut pas que je rate le bus. C'est très important et… »
Jazz lui coupa la parole en écrasant ses lèvres contre les siennes. Le jeune homme ouvrit grand les yeux, abasourdi. Mais où était-il tombé pour qu'une inconnue vienne ainsi l'embrasser ? Jamais encore il n'avait été dragué dans le monde des sorciers –le statut de sang-mêlé à Serpentard décourageait aussi bien les sang-purs que les sang-mêlés des autres maisons- et n'avait même pas encore eu son premier baiser. Jusqu'à présent, du moins.
Il avait à peine suffi qu'il mette un pas dans le monde des moldus pour qu'une sauvage ne lui saute dessus ! Peut-être les sorciers faisaient-ils tous ce genre d'effet aux personnes non-magiques ? Dans ce cas-là, Harry comprenait fort bien les mesures prises par Lord Voldemort contre les moldus. Si tous les sorciers subissaient ce genre de traitement dès qu'ils sortaient de chez eux, il était tout à fait vital de se protéger contre ce pouvoir de séduction magique !
Soudain, il vit une énorme sorte de boite rectangulaire avec des roues s'arrêter juste devant lui et il supposa qu'il s'agissait d'un bus. Immédiatement, il repoussa la jeune fille qui alla s'écraser par terre quelques mètres plus loin. Se sentant coupable, Harry envisagea d'aller l'aider à se relever mais décida finalement que son rendez-vous était plus important et monta à bord du bus.
Le chauffeur lui fit un petit sourire complice.
« C'est ta petite amie ? On dirait qu'elle est très en colère que tu l'ais larguée de cette manière », dit-il en jetant un petit coup d'œil dehors.
« Ce n'est pas ma petite amie ! », cria Harry une bonne fois pour toutes en détachant bien ses mots.
L'homme sursauta face à son explosion de colère et lui fit signe de se calmer avec ses mains.
« Ok, ok, désolé mon garçon, c'est juste que tu dois admettre que cela semblait plutôt chaud entre vous. »
« Pourrais-je avoir mon ticket, s'il vous plaît ? », demanda froidement le jeune sorcier, agacé par toute cette scène.
Il était au moins heureux de savoir que le bus ne coûtait pas très cher, juste une ou deux pièces moldues, car il lui faudrait le plus d'argent possible pour convaincre le détective privé de l'aider malgré sa jeunesse.
Harry murmura un petit « merci » lorsque le chauffeur lui remit son passe et partit rapidement s'asseoir au fond du bus, toujours sous le choc de ce qu'il venait de se passer. Il semblait qu'au moins l'une de ses hypothèses était exacte : le chauffeur lui avait lui aussi parlé avec un certain sans-gêne qu'il n'avait jamais vu dans le monde des sorciers. Cependant, aucune autre femme présente dans le bus ne lui sauta dessus par la suite et Harry se demanda si cela voulait dire que les sorciers n'avaient pas de pouvoir de séduction sur les moldus. Mais, dans ce cas-là, pourquoi cette fille lui avait-elle sauté dessus ? Etrange.
Le reste du trajet passa lentement pour le jeune garçon qui l'occupa à réfléchir à ce qu'il allait pouvoir dire au détective privé afin de ne pas trahir le secret de l'existence des sorciers. Tout ce qu'il voulait savoir, c'était si le nom Elizabeth White était à l'origine celui d'une moldue à laquelle sa mère aurait volé son identité ou si c'était un nom inventé de toutes pièces. Cela ne devrait logiquement pas nécessiter de révéler un tel secret. Dans le cas contraire, il devrait faire marche arrière. Il n'était pas prêt à mettre en danger l'ensemble du monde des sorciers pour ses propres petits problèmes personnels.
Une demi-heure plus tard, Harry descendit du bus avec un léger mal de tête et une certaine envie de vomir, mais réussit à se contenir. Si ce moyen de transport n'était pas pire que ceux existant dans le monde des sorciers, il était tout de même assez désagréable et beaucoup trop long pour qu'il n'accepte de subir quotidiennement tous les inconvénients qui allaient avec. Le jeune sorcier ne savait guère comment les moldus pouvaient supporter de passer la moitié de leur vie dans ces engins.
Après quelques minutes de marche, il arriva devant une porte portant une plaque dorée où il était inscrit :
Cabinet de détectives privés
M. Foster, P. Laughton, A. Peterson
Prenant une profonde inspiration, il poussa la porte et pénétra dans le bâtiment. Il passa dans un étroit couloir avant d'arriver dans une sorte de salle d'attente richement décorée. Sur les murs d'un rouge chaud étaient accrochés divers tableaux stylisés dont Harry ne parvenait pas totalement à définir le sens, et de nombreuses chaises avaient été placées sur les côtés de la pièce. Il y avait également une table basse sur laquelle se trouvait une énorme pile de magazines.
Quelques personnes étaient présentes dans la salle. Elles le saluèrent poliment lorsqu'il vint s'asseoir sur l'un des sièges avant de retourner à leurs occupations respectives –téléphone, livres et observation du mur d'en face pour la plupart.
Harry était arrivé tout pile à l'heure, aussi n'eut-il pas à patienter top longtemps avant qu'un homme d'une quarantaine d'années ne vienne le chercher pour l'amener à son bureau. C'était un homme grand et athlétique, dont seuls les cheveux poivre et sel trahissaient son âge. Son visage était avenant et ses yeux vert foncé inspiraient confiance. Il sembla légèrement surpris en découvrant son apparence mais lui demanda finalement de le suivre sans lui poser plus de questions.
Le bureau de l'homme était beaucoup plus sobre que la salle d'attente. Le papier peint était de couleur beige et grise, et seuls figuraient sur les murs les différents diplômes en investigation policière que le détective détenait pour pouvoir exercer. Le bureau était fait en bois clair et de nombreux dossiers s'y superposaient, attendant qu'il s'y intéresse.
Le détective lui sourit et lui fit signe de prendre place sur l'une des chaises en face de lui.
« Bien, tout d'abord bonjour, je me présente : Anthony Peterson, détective privé depuis quinze ans. J'espère pouvoir vous aider, Mr Harry Parker, c'est bien ça ? »
« Oui, c'est bien mon nom », répondit-t-il, soulagé que l'homme n'ait pas l'air choqué par l'étrangeté du prénom.
« D'accord, et si vous commenciez par m'expliquer votre problème, Mr Parker ? »
Harry déglutit et prit son courage à deux mains pour se lancer.
« Il s'agit de ma mère. Je soupçonne qu'elle ait une fausse identité. »
« Et vous souhaiteriez découvrir qui elle est vraiment, je suppose ? », demanda-t-il, l'air un peu blasé.
A moins que l'homme –un moldu- ait accès aux registres des sorciers, Harry ne voyait pas vraiment comment il pourrait s'y prendre pour l'aider, aussi secoua-t-il la tête.
« En fait non. J'aimerais juste savoir si elle a volé son identité à quelqu'un ou si elle l'a créée. »
Si sa mère avait en effet volé le nom de quelqu'un d'autre, Harry pensait qu'il y avait beaucoup plus de chances pour que cela soit celui d'une simple moldue que celui d'une sorcière. Et c'était là que Peterson pouvait lui être utile.
Le détective haussa les sourcils.
« Si je peux me permettre, comment en êtes-vous arrivé à la conclusion que votre mère était en fait quelqu'un d'autre ? », demanda-t-il d'un ton curieux.
« C'est compliqué. », répondit Harry, ne voulant pas répéter de nouveau une histoire qui ne servirait de toute façon à rien pour aider le travail de l'homme.
Peterson acquiesça, ne semblant pas vexé du tout par sa froideur et se connecta à son ordinateur –une sorte de machine qui donnait accès à une grande quantité d'informations sur pratiquement tout.
« Il va falloir que vous me donniez le maximum d'informations sur ce que vous pensez correspond à la fois à votre mère et à la vraie Elizabeth White. »
Harry hocha la tête, se demandant en lui-même s'il serait en mesure de fournir assez de données sur sa mère pour satisfaire le détective. Après tout, il ne la connaissait pas si bien que cela, et ne pouvait par exemple pas révéler tout ce qui concernait de près ou de loin la sorcellerie.
« Je suis absolument certain que ma mère est née en 1960 donc il est fort probable que la vraie Elizabeth également. La vraie Elizabeth a sûrement disparu de la circulation entre 1979 et 1981, soit au sens propre, soit en étant décédée et il ne sert à rien que je vous fournisse une photo de ma mère car elle a très sûrement changé d'apparence. »
« C'est tout ce que vous savez ? », intervint Peterson, impassible.
Harry réfléchit encore quelques secondes puis lança :
« Je suppose que la vraie Elizabeth White n'a jamais été mariée, et n'a pas eu d'enfants. C'était probablement une femme de nationalité anglaise, sans aucune famille proche. »
Un silence se fit dans la pièce alors que le détective finissait de taper sur son clavier d'ordinateur. Il se tourna ensuite vers Harry et lui fit un sourire qui se voulait rassurant.
« Je ne pense pas qu'il va être très compliqué pour moi de retrouver la Elizabeth White à qui votre mère a dérobé son identité, si elle existe vraiment en tout cas. Je vous appellerai dès que j'aurai du nouveau. », déclara-t-il avec bonhomie.
« Je n'ai pas de téléphone portable. Je vous ai contacté depuis un cabinet téléphonique. », précisa-t-il, gêné.
L'homme fronça les sourcils, perplexe.
« Un cabinet téléphonique ? Vous voulez dire une cabine téléphonique ? »
« Oui, oui, c'est ça. »
« Très bien, alors laissez-moi une adresse pour que je puisse vous envoyer les résultats par courrier. »
« Et risquer que ma mère ne tombe dessus ? Ce ne serait pas vraiment prudent. Ecoutez, il suffit que vous me donniez une date pour laquelle vous seriez sûr d'avoir terminé et je reviendrai ce jour-là chercher les résultats et vous payer ce que je vous dois. »
Peterson hocha la tête et, après avoir réfléchi quelques secondes lui dit :
« Je pense que dans deux semaines, au plus tard, j'aurai découvert la vraie Elizabeth White »
« Ca me va très bien. », répondit Harry.
« Fantastique ! Disons-nous juste à bientôt dans ce cas-là, Mr Parker ! », renchérit l'homme en se levant.
Le détective le raccompagna à la porte et lui serra la main avec gentillesse. Brusquement, il se pencha vers Harry qui pensa qu'il allait lui faire une accolade. Cependant, au lieu de l'étreindre, l'homme lui chuchota à l'oreille :
« Ne vous inquiétez pas, Mr Parker. Votre jeune âge ne me dérange pas. Après tout, 15 ans est plutôt proche de 18, n'est ce pas ? », lui glissa-t-il narquoisement.
Lorsqu'Harry retourna voir Mr Peterson exactement deux semaines plus tard, il était excité et impatient de voir enfin arriver le bout de cette longue attente. Son père et sa mère n'étaient pas rentrés depuis plus d'une semaine à la maison et il n'avait même pas eu l'occasion de leur parler plus de cinq minutes la semaine précédente. Même son père semblait tellement épuisé qu'il n'avait même pas eu la force de lui cogner dessus comme il en avait l'habitude.
Harry s'était souvent demandé au fil des jours ce qui pouvait bien être si épuisant dans leur travail pour qu'ils soient tous deux dans un tel état. Ils fonctionnaient un peu comme des zombies : ils se levaient, mangeaient, travaillaient puis recommençaient inlassablement le même cycle comme s'ils avaient été programmés pour cela. C'en était devenu légèrement effrayant. Le seul contact humain qu'Harry avait gardé durant ces deux semaines solitaires avait été par l'intermédiaire de lettres à Draco. Le blond voulait toujours s'assurer qu'il allait bien malgré le fait qu'il le lui ait déjà répété une bonne cinquantaine de fois.
Le jeune sorcier souriait avec attendrissement en pensant à son ami lorsque Peterson vint le chercher dans la salle d'attente. Il l'accueillit de la même façon que deux semaines auparavant et dût sentir l'impatience d'Harry car il ne perdit pas de temps à parlementer. Il lui tendit un petit dossier portant simplement le nom « White » sur la couverture et l'encouragea à l'ouvrir immédiatement.
« Je pense avoir fait du boulot », précisa-t-il d'ailleurs avec un peu de fierté dans la voix.
Harry lui lança un petit sourire, et, les mains tremblantes, tourna la première page.
La première chose qu'il vit fut une photo : elle représentait une femme blonde aux yeux bleus, ressemblant vaguement à l'apparence de sa mère sans pour autant crier qu'elles étaient une seule et même personne. Sa mère avait probablement voulu s'assurer qu'elle ne serait jamais reliée à l'ancienne Elizabeth White grâce à son apparence mais que si elle devait un jour prouver que c'était son vrai nom, elle puisse simplement arguer avoir changé un peu depuis le moment où la photo avait été prise. C'était astucieux et Harry prit son temps pour admirer la technique employée.
A côté de la femme souriante se trouvait un petit descriptif résumant ses informations essentielles : née en 1960 de parents inconnus, elle avait été placée dans un orphelinat du sud de l'Angleterre qui avait mystérieusement brûlé en fin 1979, tuant l'ensemble des personnes présentes à l'intérieur et donc la majorité des gens ayant côtoyé la femme durant son enfance.
C'était vraiment une étrange et très pratique coïncidence, pensa Harry avec ironie.
Elizabeth White s'étant retrouvée à la rue sans argent à l'âge de 18 ans –l'âge légal chez les moldus –, elle aurait apparemment fait le trottoir pour survivre. La dernière fois où elle avait fait une apparition aurait été en 1979, justement, alors qu'elle avait été hospitalisée pour coups et blessures graves. Par la suite, Elizabeth avait mystérieusement disparu sans que cela ne choque personne.
Harry n'en croyait pas ses yeux. C'était beaucoup plus gros que tout ce qu'il avait pu imaginer. Bordel, tout était bien trop parfait pour avoir été réalisé uniquement par sa mère. Quelqu'un ou quelque chose avait dû aider à lui fournir une identité. Ils avaient été jusqu'à brûler un orphelinat entier et probablement tuer la pauvre Elizabeth White rien que pour pouvoir utiliser son nom !
Harry était parfaitement certain que sur le dossier sorcier officiel de sa mère, il devait être marqué qu'elle avait fréquenté une école sorcière étrangère, et la mort de la totalité du personnel de l'orphelinat était terriblement pratique dans le sens où ils ne pouvaient ni confirmer, ni infirmer la chose.
De même, son père n'était pas supposé révéler à Harry qu'elle avait en vérité fréquenté Poudlard, et s'il ne l'avait pas fait, jamais Harry n'aurait même soupçonné la supercherie. C'était tellement bien ficelé qu'il était persuadé qu'il serait le seul à jamais croire à la théorie du complot, à l'exception de Rogue qu'il avait peut-être convaincu d'adhérer à son idée. Qui allait vouloir croire aux dires d'un salopard ivre plutôt qu'à un dossier net, clair et précis tout à fait crédible et banal ?
C'était simple. Il n'y aurait personne. Soudain, Harry se sentit terriblement seul avec le poids de ses secrets pesant sur ses frêles épaules.
Mr Peterson, quant à lui, observait attentivement ses expressions et le fixait d'un air pensif.
« Ces informations n'ont pas l'air de vous faire plaisir », remarqua-t-il.
« En effet. Ca rajoute des questions à ma liste déjà bien remplie au lieu d'en résoudre. Pour quelle raison ma mère aurait-elle senti le besoin de changer d'identité ? », explosa-t-il en faisant les cent pas dans le bureau. « Je ne comprends pas ! »
« Si vous voulez, je pourrais peut-être vous aider à trouver qui elle est réellement. Ce serait bien plus utile que de savoir à qui elle a volé son identité. », déclara Peterson avec sagesse.
Les paroles du détective eurent au moins le mérite de le calmer immédiatement. Il ne pouvait pas craquer ici, devant un moldu et se mettre à déblatérer sur la magie, violant ainsi la plupart des lois fondamentales du monde des sorciers. Il n'en avait pas le droit et il ne laisserait pas ses petites colères égoïstes prendre le dessus sur lui concernant une chose aussi importante.
« Je vous remercie mais ça ne sera pas utile », répondit-il à Peterson d'une voix plate. « Peut-on discuter de ce que je vous dois, maintenant ? »
Le détective se redressa dans son fauteuil et croisa les bras sur son bureau.
« Ce sera £ 500, le prix le plus bas pour ce genre de demandes. J'imagine que vous avez pris l'argent dans votre tirelire ? », dit-il narquoisement, les yeux rieurs.
Harry se contenta de le fusiller du regard et lui tendit la totalité de l'argent demandé, se demandant comment diable il allait pouvoir expliquer la disparition de la moitié de l'argent moldu qu'ils possédaient si son père s'en apercevait.
Alors qu'il sortait du cabinet, Harry se dit qu'il valait peut-être mieux tenter de ne pas y penser.
On était presqu'à la fin du mois d'août lorsque ses parents commencèrent à ralentir un peu le rythme au travail. Ce jour-là, ils étaient rentrés pour la première fois avant 22 h et Harry, curieux, descendit discrètement au rez-de-chaussée pour voir ce qu'il se passait.
« On ne va pas pouvoir le tromper beaucoup plus longtemps, Johnny. Cet homme est un véritable génie. Il va bientôt découvrir la vérité, et lorsque ce sera fait, tu sais très bien ce qui va nous arriver, ce qui va m'arriver », murmura sa mère d'un air abattu.
« Assez ! », cria son père, furieux. « J'en ai marre de tes jérémiades ! On a tenu plus de quinze ans, je ne vois pas pourquoi il découvrirait tout maintenant ! Tu me répètes ce genre de conneries chaque année et à chaque fois, n'était-ce pas moi qui avais raison ? »
« Johnny… »
Son père empoigna sa mère par le col et la plaqua contre le comptoir de la cuisine.
« Réponds ! »
« Si ! », cria-t-elle. « Si, tu avais raison, tu avais raison… »
Son père relâcha finalement sa mère au bout d'une bonne minute et la regarda froidement.
« Alors cesse un peu ton cirque et allons nous changer pour la nuit. »
Harry se cacha rapidement dans la salle de bain lorsqu'il entendit la réflexion de son père. Dès que le bruit des escaliers s'atténua, le jeune garçon se dépêcha de les monter à son tour, espérant que ses parents ne soient pas sur le palier. Par chance, ils étaient dans leur chambre et il eut juste le temps de se glisser dans son lit lorsque la porte de sa chambre s'ouvrit brusquement.
« Espèce de sale petit bâtard ! », hurla son père en se précipitant sur lui. « On ne peut pas te laisser seul dans la maison sans que tu ne nous voles ! Mais je te préviens, mon garçon, ca ne va pas se passer comme ça ! Je vais te faire oublier illico presto la signification même du mot vol », dit-il en l'envoyant valser contre le mur.
« Papa, s'il te plaît, je te promets que j'ignore totalement de quoi… »
Un coup de poing le stoppa au beau milieu de sa phrase alors que la rage de son père semblait s'être encore plus accentuée.
Il se mit à le cribler de coups de pieds et de poings avant de se servir de sa ceinture. Il lui martyrisa le dos si fort qu'Harry ne put retenir ses larmes et ses cris résonnèrent dans la pièce à cause du sortilège de silence que son père avait placé sur la porte, probablement pour empêcher sa mère –qui ne dormait pas encore- d'intervenir. Le jeune garçon doutait fort qu'elle l'aurait fait même si elle avait été en mesure de les entendre, mais c'était tout de même mieux de se dire qu'elle ne venait pas car elle ignorait ce qu'il se passait que parce qu'elle n'en avait rien à faire.
Le sang s'écoulait de ses plaies tellement vite que sa tête se mit à tourner. La dernière chose dont il se souvint fut une effroyable douleur avant de sombrer dans l'inconscience.
