Bon les amis avant tout bonne année 2007!! Enfin, si quelqu'un me lit encore lol... P En tout cas je suis désolée du retard mais je dois dire que l'histoire a évolué toute seule d'une façon que je ne m'attendais pas et je n'ai pas eu le temps de finir ce chapitre (le plus long de tous pour le moment!) avant la fin des vacances d'été... mais bon le voici n'hésitez pas à reviewer! Bizouxxx


Chapite 7 : Port Royal – De révélations en amertumes

Deux longs mois s'étaient écoulés. Après avoir rencontré deux autres navires marchands et rempli la cambuse et le navire de butin, Jack avait pris la sage résolution de déposer tout cela à l'isla de la Muerte, puis de revenir prendre le reste du trésor des Baranovsky. Seulement après il voulait pourchasser le navire de Reyes. Il en profitait pour réparer son navire et faire une petite visite à des amis jamais oubliés…

Pour Debra et Adrian, la vie avait viré en une sorte de rêve cotonneux de bonheur total. Le sourire qui animait toujours le visage de la jeune pirate était solaire, heureux. Elle avait contribué à faire un peu oublier les souvenirs tragiques de son passé à Adrian. Les pirates avaient amassé un butin considérable qui leur permettait quelques beaux moments à la taverne.

Décidément, quand la Perle jeta l'ancre à Port Royal, l'humeur de l'équipage était au plus haut.

Port Royal… avec son port ouvert, sa population souriante, ce temps si beau, et ces souvenirs si vivants…

Les aventures avec Will Turner et la magnifique Elizabeth Swann faisaient encore sourire Jack. Ah, le bon vieux temps…

Et ce commodore… comment s'appelait-il déjà ? Lorrington ? Etait-il encore vivant ?

Les souvenirs plus récents faisaient cependant tordre les lèvres de Jack Sparrow en un rictus rempli de colère et de tristesse. Gemma… il ne s'était plus rendu à Port Royal depuis sa mort.

Il revoyait tout comme si c'était hier… le docteur, l'ami de Will, qui lui disait que Gemma n'avait pas resisté à la maladie… et son incredulité, lui qui pensait sa femme invincible… le fait de ne pas voir le corps, requisitionné par les soldats qui avaient appris que c'était la femme de Sparrow, CE Sparrow, qui était morte. Le piège qui s'était refermé sur lui, et sa fuite rocambolesque, encore une fois, mais sans les mêmes motivations. Il y avait juste l'envie de sauver sa fille, de l'emmener en sécurité, et de quitter Port Royal qu'il s'était mis à détester…

En y repensant après tant d'années, il se reprochait encore de n'avoir rien fait pour retrouver le cadavre de Gemma… pour l'offrir à la mer, comme elle aurait voulu.

-Jack, c'est tout ce rhum qui te fait grimacer ? Quand arrêteras-tu donc ?

La voix joyeuse de sa fille fit faire à Jack un effort surhumain pour cacher son émotion. Oui, le jeu avait valu la chandelle. Pour voir Debra si heureuse, si belle, Gemma aurait tout donné. Même la vie.

-Jamais, mon trésor, tu le sais bien ! Quand je serai un vieillard de nonante ans, il y aura seulement le rhum pour me tenir à la surface…

-Tu viens ? Je rêve de revoir Port Royal… c'est déjà il y a combien d'années que je n'y suis plus venue ?

-Oh, treize ou quatorze, je ne sais pas précisément.

Il savait exactement le nombre d'années. Il se rappelait même les mois, les semaines, les jours, les heures qui le séparaient de cette circonstance affreuse. Debra semblait apparemment avoir oublié le moment de la mort de sa mère…

-Par tous les typhons !

-Qu'est-ce qu'il y a, trésor ?

-Je me rappelle maintenant… c'était quand j'avais quatre ans, il me semble… quand tu es revenu en fuyant. Je me rappelle encore ton visage, un masque de haine et de désespoir… tu m'avais confiée à Ana, et je n'avais pas pu suivre ce qui s'était passé sur le pont… c'était quand ELLE est morte, n'est-ce pas ?

-Non, Debbie, tu te trompes. Nous sommes revenus un ou deux ans après, pour revoir Will et Liz… tu étais trop petite, tu ne t'en souviens plus… mais nous sommes revenus.

La jeune femme se tut, nullement convaincue, puis suivit son père à travers les ruelles de Port Royal. Ils avaient décidé qu'ils auraient été les seuls à descendre, vu que le danger régnait encore pour eux dans la cité des Anglais.

-Suis-moi, Debra, et surtout ne te fais absolument pas remarquer, et dès que tu vois un soldat, prends une autre direction et retournes au navire.

Après quelques longues minutes de marche, ayant traversé le marché, de nombreuses ruelles remplies d'honnêtes citoyens, ils arrivèrent un peu en dehors, près des falaises, et rejoignirent une grande maison d'un jaune pâle délavé par les années, somptueuse et raffinée.

-Jack, tu ne vas pas me faire croire que c'est ICI que vit Will Turner ?

-Bien sûr, Deb. Oh, je sais, ce n'est pas la résidence rêvée d'un pirate… mais, que veux-tu, l'amour a eu raison du sang. Diable ! Regarde là-bas…

Il indiqua à sa fille un immense drapeau anglais planté près de la résidence.

-Tout ceci ne me plaît pas… Viens, entrons…

Il se dirigea vers l'arrière de la maison, près d'un grand arbre isolé.

-On ne rentre pas par la porte principale ?

-Il vaut mieux que non. Viens, il s'agit juste de grimper par ici, nous arrivons dans un recoin de la bibliothèque… si rien n'a changé depuis tout ce temps.

Rien n'avait changé. La bibliothèque était formée de lourds meubles en chêne remplis de livres poussiéreux. Elle n'était pas très grande, mais assez chaleureuse. Jack et Debra entendaient assez distinctement des voix qui provenaient du salon.

« Mon cher James, voulez-vous encore un peu de scotch ? »

C'était décidément la voix d'Elizabeth… mais ce James… pourquoi Jack avait-il l'impression qu'un petit détail lui échappait ?

« Volontiers, merci. »

Le pirate dut faire un effort incroyable pour contrôler sa surprise. Encore, toujours ce maudit Norrington ! Et il semblait visiblement dans les meilleurs termes avec Will et Liz.

-Ecoute, Debbie, je crois que ce n'était pas exactement le bon moment… on va attendre le départ de cet attrappe-pirates pour nous manifester. En attendant, viens derrière cette étagère, on est plus en sécurité.

Ils restèrent ainsi, écoutant la conversation apparemment banale entre les deux Turner et le commodore (ou mieux, chef militaire suprême de Port Royal, comme l'avait défini Elizabeth) jusqu'au moment où Norrington toucha un argument extrêmement intéressant…

« Dites-moi, William. Par hasard, est-ce que vous auriez vu encore ce pirate… ce Sparrow ? Simple curiosité, rien de plus…

-Non, James, il n'est plus revenu depuis une quinzaine d'années.

-Tant mieux. D'ailleurs, après ce qui est arrivé à sa femme, je le comprends facilement. La juste loi de la vie a puni ce délinquant, au lieu de la corde qu'il méritait.

-James, s'il vous plaît ! Vous savez que Jack est avant tout un ami pour nous. Et si vous aviez connu Lady Gemma, vous auriez sûrement appris à la respecter… »

La conversation dériva sur d'autres sujets pendant que Debra essayait de calmer son père, indigné par les paroles de Norrington.

Après vingt longues minutes, le chef militaire suprême de Port Royal prit la sage décision de se retirer.

« Au revoir, gouverneur. Elizabeth… »

Mais oui, la situation s'est bien retournée entre Will et l'ex-commodore… William Turner est devenu, à la mort du vieux Swann, gouverneur de Port Royal, et a une délicieuse fille de douze ans nommée Violet et un petit de sept ans nommé Jack en l'honneur de l'ancien ami. La famille Turner vivait une routine tranquille jusqu'à ce jour. Aucun imprévu, une vie plus que paisible pour le gouverneur et sa femme.

Cela peut expliquer en partie l'effet que fit l'apparition de Jack après tant d'années, accompagné de sa ravissante fille.

Elizabeth avala son thé de travers pendant que Will restait comme de glace devant ce qui semblait être le fantôme de leur ami.

-Ja… Jack ? C'est bien toi ?

-Pour sûr, moussaillon Turner, pour sûr ! Et ma magnifique Elizabeth, comment va t'elle ?

Quand les Turner se furent légèrement repris de la surprise, Jack avait eu le temps de les observer avec attention. Elizabeth, après deux grossesses, avait perdu un peu de sa légendaire beauté mais avait toujours cette force de caractère, cette détermination qui rendait si joli son regard. Will, hélas, avait perdu cet aspect de forgeron-pirate pour incarner le rôle de gouverneur à la perfection, avec bien entendu quelques kilos de trop.

-C'en est une surprise, Jack ! Nous venions de dire à James qu'on ne t'avait plus revu depuis si longtemps…

-Comme tu vois je suis revenu… accompagné. Je vous présente ma fille, que vous aviez d'ailleurs déjà connu il y a d'innombrables années.

Debra fit un petit sourire d'occasion, intimidée par le luxe de la résidence. Elle ne se l'avouait même pas à elle-même, mais elle aimait ces intérieurs raffinés, ces belles robes comme celle que portait Elizabeth, ces accessoires exquis… tout le contraire du style pirate.

-Oh, asseyez-vous, asseyez-vous. Que viens-tu faire ici Jack ?

-Je viens constater tristement que mon pirate préféré est devenu un gras gouverneur…

Il n'y avait aucune rancune dans les mots de Jack, juste une petite déception en voyant cet homme qui aurait pu avoir un avenir totalement différent…

-Voyons, Jack, il faut s'habituer aux coutumes locales !

-Justement ! Tu es né pour être pirate, Will. Enfin, c'est une garantie pour moi te savoir gouverneur, je suppose que tu ne vas pas insister comme les autres sur la chasse aux pirates…

-Tu te trompes, Jack. Il y a un pirate, un certain Reyes, qui a ravagé deux petits villages sur la côte ces deux semaines.

-Oh non ! Vous n'allez pas vous en mêler !

-Tu t'intéresses aussi à l'affaire ?

-Ecoute, Will, il en va de ma parole, d'une vengeance qui m'appartient, d'un immense trésor et de l'avenir de ma fille. Tu ne peux pas me laisser… quelques temps d'avance ?

-Jack, si TU veux te venger, je sais que tu vas le faire… mais le problème est : quand ? Si tu me donnes une date, alors peut-être je peux intervenir seulement en vigilant les villages et sans mettre en route la flotte.

Une date ? Voilà ce qu'il n'aurait jamais pu déterminer… les flots, la récupération du trésor, la poursuite… tout cela pouvait prendre des mois.

-Jack, laisse tomber. Ce sera encore une fois un défi entre nous, les soldats et le proverbial méchant. Un défi que nous remporterons, comme toujours.

Debra avait ouvert la bouche pour la première fois, ne résistant plus à cette situation pour le moins grotesque. Un pirate qui implore un gouverneur pour lui laisser quelques temps d'avance, non, elle ne pouvait pas l'accepter, même si le gouverneur en question s'appelait Will Turner. Elle admirait Elizabeth, qui s'était détachée de sa classe sociale, qui avait tout donné pour amour, mais elle méprisait Will, lui qui était né pour être pirate, comme avait dit Jack. Elle avait cependant prononcé ces quelques mots avec une sûreté digne d'un grand capitaine.

-Et puis, je ne crois pas que la flotte anglaise pourra vaincre la Justicière, du moins à ce que m'a dit Adrian. Votre problème est que vous n'avez pas de vraie motivation. Nous combattons pour l'honneur et la vengeance, nous allons chercher nous-même une mort probable, tandis que vos soldats défailliront au premier combat contre les hommes de Reyes. Seuls des autres pirates peuvent le vaincre.

Jack la regardait encore une fois avec étonnement, mais surtout une grande admiration pour l'incroyable caractère de sa fille. Ses cheveux blonds d'ange, sa pâleur extrême et sa belle robe violette lui donnaient l'aspect d'une noble châtelaine du Moyen-Age, non pas d'une pirate sans aucun scrupule. Elizabeth la regardait avec aussi une nuance d'admiration dans les yeux. Elle n'aurait jamais pensé que la fille de Jack et de Gemma devienne ainsi… si belle, si courageuse, si froide dans les comportements.

-Elle a raison. Je venais vous proposer de venir avec nous retrouver la Justicière et le trésor de Black Baranovsky, mais je vois que les choses sont bien différentes de ce que je m'attendais.

-Jack, si Will est arrivé à cette charge, c'est le fruit d'énormes sacrifices ! Comment penses-tu qu'il pouvait te suivre à nouveau, détruisant encore une fois tout ce qu'il avait construit…

-J'espérais en tes talents de pirate, Elizabeth…

La phrase de Jack fut interrompue par une voix nasillarde qu'il ne connaissait que trop bien, mêlée à la voix grave du majordome des Turner.

-Oui, chef militaire Norrington, je vais chercher votre gant.

-Ciel, Will, il doit venir par ici ! Vite, mes amis, fuyez par la fenêtre, la distance ne devrait pas être excessive.

Les deux Sparrow s'exécutèrent sans attendre plus. Jack leva rapidement son chapeau en signe de salut et se précipita en bas, suivi de sa fille. La chance n'était pas avec eux. La villa des Turner était isolée, et il n'y avait rien qui puisse les cacher. Ils devaient courir, courir le plus vite possible pour revenir au navire en évitant Norrington. Celui-ci sortit de la maison quelques minutes après, et reconnut le fuyard à l'instant. Il se mit à le poursuivre, comme dans les bons vieux temps, mais le pauvre semblait un peu éprouvé par les années. Il avait perdu l'agilité de la jeunesse.

Jack et Debra avaient pris de l'avance pendant cette course effrénée, arrivant vers les premières habitations de Port Royal à quelques deux-cent, trois-cent mètres d'avance. Ils s'engouffrèrent dans les ruelles, réveillant la curiosité des gens. Norrington avait pris sur le chemin deux soldats qui continuaient la poursuite avec lui. Après de nombreuses minutes passées à courir, Jack se rendit compte qu'ils tournaient en rond. Debra s'était arrêtée, haletante.

-Jack… je n'en peux plus. Laisse-moi ici… je rejoignerai le navire plus tard… Norrington ne m'a pas vue de visage, si j'attache mes cheveux et j'enlève mon châle, il ne me recconaîtra pas.

-Non, Deb… Port Royal est rempli de soldats, je ne veux pas risquer. Je ne sais même pas si ils nous poursuivront sur mer… reprends tes forces et suis-moi.

-Non, Jack. Dis-moi le nom d'une taverne et envoie quelqu'un me chercher dans quelques heures. Passez la baie et personne ne vous suivra. S'il te plaît, Jack… si non nous sommes perdus tous les deux.

Ils entendaient déjà le pas ferré des soldats se rapprocher de plus en plus.

-La taverne de Jill, pas très loin ici. Demande à quelqu'un et surtout ne te fais pas remarquer. A tout à l'heure !

Jack se remit à courir juste à temps. Debra, cachée derrière un grand bâtiment en pierre, voyait déjà Norrington et les deux soldats s'approcher. Elle se dirigea tranquillement vers une autre ruelle, comme si elle faisait une promenade. Elle avait l'intention de profiter de cette halte forcée… il lui faudrait d'abord s'acheter une autre robe pour se rendre totalement méconnaissable. Elle avait un peu d'argent sur elle. Elle marchait sans trop se hâter, et au bout de quelques perlustrations elle vit une petite boutique de couturier. Elle ressortit métamorphosée. Ne voulant pas passer des heures à la taverne en la compagnie de marins vulgaires et autres gens peu recommandables, elle continua à visiter Port Royal. Elle avait une petite idée en tête. Jack lui avait dit de ne pas se faire remarquer, mais l'occasion était trop propice. Elle demanda à un passant où était le cimetière de Port Royal et s'y rendit, bien décidée à trouver la tombe de sa mère, chose d'ailleurs très difficile car elle était sûrement ensevelie sous un autre nom si elle n'avait pas été jetée à la mer…

Elle vit un homme, probablement un marin, prier agenouillé sur une tombe.

-Excusez-moi…

Dans la lumière chaude du soleil des Caraïbes, la jeune fille devait sembler une apparition divine au pauvre homme.

-Oui ?

-Est-ce que vous savez par hasard où est la tombe de la femme de ce pirate… Sparrow ?

Elle s'était efforcée de grimacer en prononçant le mot pirate. L'homme la regarda étrangement.

-Qui es-tu ? Tu me sembles bien jeune pour connaître toute l'histoire…

-Peu importe mon nom. Gemma Sparrow a tué mon grand frère et brûlé notre maison, je voulais savoir si elle était ensevelie ici.

-Personne ne sait où est son cadavre, jeune fille… mais on a murmuré qu'elle n'était pas morte… légende, ou réalité, on a entendu une histoire…

Il se tut brusquement, nullement intentionné à en dire plus.

Debra comprit et lui glissa vingt piastres dans la main.

-Qu'est donc cette histoire ?

-On a dit… on a dit que les soldats, sous l'alors commodore Norrington, l'avaient embarquée sur un navire et emmenée dans une île lointaine, dans une immense prison… personne ne sait pourquoi, si cela est vrai, n'est-elle pas morte pendue… mais on dit aussi que ce navire a été attaqué… par un équipage Italien… qui recherchait Gemma Sparrow… ce sont seulement des histoires, mais il se pourrait… il se pourrait qu'elle soit vivante.

L'homme avait fini, visiblement. Mais Debra restait là, à poursuivre l'horizon du regard, perdue au milieu du bleu infini de la mer, trop choquée pour effectuer un seul mouvement. Sa mère… vivante ? Elle devrait exiger la vérité de Jack, maintenant. Elle voulait savoir jusqu'au moindre détail ce qui était passé à Port Royal… comment il avait su qu'elle était morte.

-Tu sais, jeune fille…

Il n'avait décidément pas fini. Debra, en soupirant, ajouta dix piastres à la somme précédente et regarda l'homme fixement dans les yeux, nullement impressionnée par les cicatrices qui ornaient son visage.

-Quoi ?

-C'était il y a quinze ans… mais aujourd'hui, on murmure sur ce navire italien… il n'est ni pirate, ni marchand… personne ne sait ce qu'il contient, mais beaucoup l'ont vu… un navire de guerre imposant, un galion du nom de Santa Caterina, portant le pavillon vénitien… et on dit qu'une femme blonde, émaciée, au regard mélancolique et au corps meurtri, guette l'horizon… comme toi, avant, n'est-ce pas, Debra Sparrow ?

Debra sursauta. Comment avait-il pu… ?

-Je ne suis pas aveugle, Debra… tu lui ressembles trop… les cheveux, la façon de marcher, le regard fier… fais attention, à Port Royal. Beaucoup de gens connaissaient ta mère… et même avec cette robe, tu lui ressembles trop. Fais-toi petite, oublie ton orgueil, fais semblant d'être une provinciale apeurée…

-Pourquoi tu me dis toutes ces choses ? Je suppose qu'en m'amenant à Norrington, tu y gagnerais beaucoup, non ?

-Peu importe… Harvey Prince ne fera jamais rien à la fille de Gemma Sparrow…

-Alors… merci.

-Amen.

Debra redescendit comme dans un rêve l'herbe douce qui ramenait vers Port Royal. C'était impossible… une légende, sûrement, racontée par quelques marins de passage…

Elle ne voyait pas l'heure de revoir Jack.

Le soleil commençait lentement à décliner, les ruelles se vidaient, les commerçants retiraient leurs marchandises. Elle demanda à un passant où était la taverne de Jill, et celui-ci, après avoir ricané en l'observant de la tête aux pieds, lui indiqua le chemin.

La grimace de l'homme était décidément déplaisante, mais Debra ne pouvait pas suivre les conseils d'Harvey. Elle était une pirate… orgueilleuse, et elle marchait la tête haute… elle ne pouvait même pas imaginer faire différemment.

Elle entra dans la taverne. Sale, puante, remplie de fumée acre et de créatures vulgaires. Evidemment, la taverne recommandée par son père ne pouvait pas briller de raffinement… Debra sentait tous les regards sur elle, mais elle n'en semblait nullement troublée. Elle décida seulement de s'asseoir dans le coin le plus discret de la salle pour ne pas se faire remarquer. Ses yeux lançaient des étincelles quand elle observait les gens. Tous sales, soûls… Une femme énorme d'une blondeur pour le moins étonnante servait tout le monde, un sourire sur les lèvres. Jill, pensa Debra. Dans un autre coin, une prostituée riait avec un homme d'assez douteux aspect. La moue dégoûtée de la jeune pirate s'éteignit quand Jill vint lui demander ce qu'elle voulait. Une bouteille de rhum… avait-elle l'alternative ?

Pendant qu'elle sirotait l'alcool, elle réfléchissait encore aux paroles d'Harvey. Possible que quelqu'un la reconnaisse ? Santa Caterina… elle savait seulement que l'Italie était un pays en Europe. Elle demanderait des renseignements à Adrian… sa famille venait de là-bas, peut-être connaissait-il le pays à travers quelque histoire…

A chaque minute qu'il passait, elle désirait toujours plus quitter cet endroit malfamé. Elle détestait les lieux fermés, et cette odeur de fumée la faisait éternuer. Et puis la compagnie n'était certainement pas de son goût… à bien regarder, il n'y avait pas une immensité de gens ce soir-là. Une douzaine, à peu près. Beaucoup étaient assis tous seuls, comme elle, perdus dans leurs pensées, mais un groupe de quatre trônait littéralement au milieu de la pièce. Celui qui semblait être le chef était un homme disgracieux, grand, costaud, rempli de balafres, noirci par le soleil. Le petit groupe riait comme cent personnes et une énorme quantité de bouteilles vides étaient posées sur la table.

Trois heures, à peu près, s'étaient écoulées depuis que Jack et Debra s'étaient séparés. Elle calcula qu'il en fallait encore une, peut-être même moins. Elle était sûre que Jack enverrait Adrian. Personne ne le connaissait à Port Royal… Bien que rien n'était sûr… Harvey l'avait reconnue, quelqu'un pouvait distinguer en Adrian une ressemblance avec le comte Black Baranovsky…

En pensant à lui, Debra avait déjà retrouvé le beau sourire lumineux et épanoui qu'elle avait hérité de sa mère. Les dernières semaines s'étaient écoulées comme dans un rêve… tout ce qu'elle aurait pu désirer s'était réalisé.

Enfin… il y avait autre chose qu'elle désirait maintenant… elle voulait de tout son cœur que la Santa Caterina existe encore. Elle se demanda ce qu'en aurait pensé Jack…

-Hey poupée ! Tout va bien ?

La pirate sursauta. Elle n'avait pas remarqué que le chef de la compagnie des cinq, comme elle l'avait surnommée, s'était approché de sa table.

-Tout allait beaucoup mieux avant votre venue.

Il partit d'un rire méchant.

-Allez ma belle, viens boire un verre avec nous…

-Je n'en ai pas la moindre envie, la compagnie n'est pas vraiment de mon goût.

Elle savait qu'elle jouait avec le feu mais elle ne pouvait pas s'empêcher de répondre à l'homme dégoûtant qui lui faisait face. Il semblait soûl mais encore assez lucide.

-On ne t'a pas dit que les catins avec des belles robes comme toi ne viennent pas ici ?

-Je ne vous permet pas de m'appeler comme ça !

Les yeux de la pirate lançaient des éclairs, et elle sortit sa longue dague avec une rapidité fulgurante. Elle se leva et fit face à l'homme, nullement intimidée.

-Je ne suis pas comme les femmes de Port Royal. Chez moi ces insultes se lavent seulement avec la mort.

L'homme rit, d'un rire mauvais, s'adressant à ses compagnons qui s'étaient entre temps approchés. Ils rigolaient, ils murmuraient, ils observaient Debra comme si elle était un cheval.

-Ah ah… regardez-là la catin ! Orgueilleuse en plus… mais oui trésor, j'aime les chiennes désobeissantes comme toi…

Les yeux de Debra avaient retrouvé cette lueur de haine, cette lueur si dangereuse qui l'animait dans les combats. La dague à la main, elle se sentait cependant si pathétique… à défendre son honneur contre ces ivrognes. Ils étaient cinq… que pouvait-elle faire ? Avec la force immense du désespoir, elle brandit sa dague contre le visage du chef, cherchant à le surprendre. Une poigne de fer s'empara de son poignet.

-Lâchez-moi !

Ils rirent encore, admirant le spectacle. Elle se débattait furieusement. L'homme resserra l'emprise et s'approcha d'elle. Près, toujours plus près. Il voulut atteindre ses lèvres, mais elle se dégagea brusquement vers l'arrière. Des larmes de fureur et de fierté perlaient à ses joues blanches. L'homme, soûl et énervé par son comportement, la gifla avec force.

-N'essayes pas de te débattre, chienne ! Je t'aurai, que tu le veuilles ou non.

Ce fut Jill qui intervint.

-Eh, je ne veux pas de ça ici ! Va dehors si tu la veux, Tom ! Et emmènes ta bande de gueux avec toi !

-Mais bien sûr Jill… Au plaisir ! fit-il tirant son chapeau, un sourire tordu rendant son visage encore plus disgracieux. Il poussa Debra hors de la porte, avec violence. Elle tomba par terre, sur le sol crade. Elle lança un regard implorant aux compères du dit Tom, sa dernière trace de fierté ravalée.

-S'il vous plaît…

Elle était si belle… belle et vulnérable.

-Regardez-là, la catin ! Elle ne se débat plus, la chienne ! Il suffit de salir sa belle robe pour la faire taire ! Je vais t'apprendre, moi, comment il faut me traiter !

Elle ne supplia pas deux fois. Inutile de s'humilier encore plus, pensa-t'elle. Elle s'était désormais résignée à ce qui allait suivre… résignée mais toujours aussi désespérée… qu'aurait-dit Adrian ? La répudierait-il ? Il fallait déjà voir s'ils la laisseraient en vie… Des larmes coulèrent à nouveau le long de son visage parfait à la pensée du beau pirate et de ce qu'il lui dirait. Elle ne voulait pas… elle ne voulait pas souffrir, elle ne voulait pas…

L'homme sortit sa longue épée. Elle était toujours à terre, incapable de se lever, maintenue par deux de ses compères. Avec l'épée, il déchira le tissu délicat de la robe, entre les seins.

-Non !

La blancheur de sa peau leur fut révélée… il sourit encore plus, admirant le corps parfait de la jeune femme.

-Vous, enlevez-vous de là ! Vous l'aurez après… quand j'aurai fini avec elle. Allez boire encore quelque chose, je veux rester seul avec la chienne…

Ils obtempérèrent. Elle lança encore un dernier regard suppliant vers l'un d'eux, celui qui semblait le moins agressif. Il détourna le regard, gêné par cette supplication fière et émouvante de cette femme qui allait vivre l'enfer.

Ils étaient seuls. Seuls dans la nuit noire de Port Royal, seuls dans ce coin noir et malfamé. Le froid commençait à se faire sentir. Il rit à nouveau, implacable et cruel. Elle ferma les yeux, cherchant à se convaincre qu'il s'agissait seulement d'un rêve, d'un atroce cauchemar. Il la releva brusquement et la plaqua contre le mur gris en pierre. Il avait déchiré complètement sa robe, dévoilant ses formes. Les pierres acérées perçaient son dos blanc. Il la caressait, avec violence, sauvagement, avec ces mains noircies par la saleté, profitant lâchement de cette jeune femme sans défense. Elle ravala ses larmes. Ses yeux étaient voilés par l'obscurité de la nuit… l'obscurité de la vie. Elle les ferma encore, invoquant un miracle.

Le miracle se présenta en la personne d'Adrian Baranovsky. Il n'y avait aucun mot pour décrire son regard quand il vit la scène. Un mélange de dégoût, d'incrédulité et de haine brûlante.

-Debra !

-Adrian ! Sauve-moi !

L'homme la lâcha, surpris par l'arrivée du pirate. Il n'eut pas le temps de faire un geste, un coup de pistolet le dévasta. Debra était encore là, immobile, plaquée contre le mur, une foulée de larmes coulant sur son visage. Elle chercha de se recouvrir tant bien que mal, pleine de honte. Elle ne voulait pas croiser le regard d'Adrian. Elle aurait voulu précipiter, s'engouffrer sous la terre.

-Debra, chérie, dis-moi quelque chose !

La passivité de la jeune femme l'inquiétait plus que tout. Elle leva les yeux, lentement. Le regard hagard et suppliant qu'elle lui lança, il n'aurait jamais pu l'oublier. Le regard de l'animal blessé et désespéré.

-Mon ange…

Il courut vers elle, la serrant fort dans ses bras, voulant lui transmettre un peu de chaleur, lui insuffler un peu de vie. Elle était paralysée, froide et tendue dans ses bras. Il lui caressa les cheveux, mais elle trembla violemment et s'éloigna, l'expression apeurée.

-Ma chérie… je suis tellement désolée de ne pas être arrivé à temps. T'as-t'il fait beaucoup de mal ?

-Non, non… partons d'ici, je t'en supplie ! Les autres… les autres sont à l'intérieur !

-Il y a… des autres ?

-Peu importe, Adrian, emmène-moi loin d'ici, emmène-moi à la Perle !

Elle criait hystériquement, encore bouleversée.

-Non, Debra. Je veux me venger de ces hommes.

-Je sais… mais ils ne m'ont rien fait. Seulement… lui.

Elle lança un regard chargé de dégoût vers le cadavre de Tom.

-Et ils sont quatre… tu es seul avec une pauvre femme sans défense.

Une immense amertume se dégageait de ses paroles.

-Debra… tu n'es pas une femme sans défense, tu es mon ange et tu es la fille de Jack Sparrow.

-Tu… tu ne me répudieras pas, pour… pour ça ?

-Comment peux-tu dire une chose pareille, trésor… je t'aime… tu es tout pour moi. Et tu as besoin de protection. Viens, retournons au navire. J'ai une petite chaloupe, mais il faudra être prudents. Prends mon manteau.

Elle s'emmitoufla dans le long manteau du pirate et se laissa conduire par la taille, marchant devant elle comme une aveugle, vidée de tout. Longtemps durant le long trajet monotone sur la mer d'encre, elle ne prononça pas un mot, regardant dans le vide, la mine mélancolique. Adrian était gêné, ne trouvant pas les paroles… d'ailleurs que pouvait-il dire ? Il pouvait seulement remercier le hasard de l'avoir fait arriver encore à temps pour éviter le pire…

-Que diras-tu à ton père ?

-J'ai des choses plus importantes à lui dire que ça.

Le ton était glacial.

-De quoi parles-tu ?

-Des révélations, de quoi penses-tu qu'il s'agisse ?

-Pourquoi es-tu si agressive, Debra ?

Le regard triste et langoureux qu'elle lui adressa lui firent regretter ses paroles.

-Tu veux que je ne lui dises rien, c'est ça ?

Il lui parlait maintenant comme à une enfant, cherchant à la faire sentir à l'aise.

-Je ne sais pas, fais ce que tu veux, mais arrêtes, arrêtes de me tourmenter !!

Elle se mit encore une fois à pleurer. La belle et glaciale miss Sparrow fondait en larmes pour la énième fois de la nuit.

-Je suis désolée, Adrian, je me comporte comme une gamine. Après tout… il ne s'est rien passé. Je ne t'ai même pas remercié de ton arrivée. J'implorais un miracle, et tu es arrivé… qu'aurais-je fait sans toi ? Je me sentais si inutile et impuissante…

-Ne t'inquiètes pas, chérie, n'y penses plus… tu es en sûreté maintenant. Tu n'aurais pas dû descendre à Port Royal… ton père est habitué, mais toi…

-Non. Ce que j'ai appris… valait… valait peut-être le coup.

-Que sont ces fameux renseignements, Debra ?

-J'ai connu un tel Harvey Prince, au cimetière. Il m'a appris des choses incroyables… sur ma mère.

-Je comprends.

La Perle Noire était déjà en vue, imposante et noire à la pâle lueur de la lune.

-Adrian… ne lui dis rien, s'il te plaît. Si quelqu'un doit lui parler, c'est moi.

-Bien sûr. Viens, monte.

Il l'aida à monter sur le navire, emmitouflée comme elle était dans le lourd manteau. Jack les attendait sur le pont, faisant les cent pas avec nervosité.

-Trésor, tu es là finalement ! Je suis content que tu sois ici.

Il dévisagea la tenue de sa fille et une étrange lueur lui traversa les yeux.

-Jack… je dois te parler.

Il voyait aussi les yeux rougis et la mine hagarde de Debra, la manière dont elle s'agrippait à Adrian, comme pour rechercher une protection. Inquiet, il lui demanda :

-Il s'est passé quelque chose, n'est-ce pas ?

Elle acquiesça, croisant les yeux de son père, incertaine. Elle reprit à parler.

-Rien… rien de bien grave. Adrian est arrivé à temps pour venger… pour venger mon honneur. Mais ce n'est pas de ça que je voulais te parler…

-Trésor… viens ici, s'il te plaît…

Il la serra dans ses bras avec tendresse, un père et sa fille, une affection et une démonstration oubliée. Debra pleurait sur son épaule, touchée par le geste. C'était depuis qu'elle avait quatre ans qu'il ne la cajolait plus ainsi… depuis… depuis que Gemma était partie. Etait-ce un signe du destin ? Une erreur qui se remettait en place après tant de temps ?

Jack Sparrow avait un pli de préoccupation sur son front. Il se reprochait de l'avoir laissée à Port Royal, ce nid de vipères et de dégénérés. Après une éternité, Debra se dégagea lentement de l'étreinte protectrice et reprit à parler. Elle voulait tout raconter à son père, lui révéler ce qu'elle avait appris au cimetière.

-Jack, il faut que je te parle. J'ai appris des choses.

Un bref éclair de colère traversa le regard du capitaine Sparrow, mais il se contrôla tout de suite.

-Viens dans ma cabine.

Debra le suivit sur le bois craquelant du navire et lança un regard en arrière, rempli de gratitude, vers Adrian qui l'observait depuis le timon qu'il avait repris.

La cabine du capitaine était chaotique et chaleureuse comme toujours. Debra s'assit sur le bord du lit pendant que Jack marchait à grands pas dans la cabine. Un silence gêné s'installa.

-Ecoute, Jack, j'ai connu un marin à Port Royal. Un tel.. un tel Harvey Prince.

-Jamais entendu parler.

-Peu importe, lui a entendu parler de toi… et de maman.

-ARRETES !!! TAIS-TOI !! NE DIS PLUS UN MOT ! JE T'AVAIS INTERDIT DE T'OCCUPER DE TA MERE !! COMBIEN DE FOIS DOIS-JE REPETER QU'ELLE S'EN EST ALLEE A JAMAIS ???

Le visage de Jack était ravagé par la colère, comme à chaque fois qu'il parlait de Gemma.

-Tu ne veux pas savoir… ? Tu ne veux pas savoir qu'elle n'est pas morte ?

La révélation eut l'effet d'une bombe. Jack resta un instant silencieux à dévisager sa fille, puis il recommença à crier avec violence.

-VAS-T'EN ! Comment peux-tu m'infliger ceci, Debra ? Comment peux-tu te permettre de me traiter ainsi ? Tu es immonde ! Et maintenant fous le camp d'ici et ne me reparle jamais plus de ta mère !

-Jack, s'il te plaît…

-VAS-T'EN !

-Non… non, je m'en irai pas, Jack. Peu importe si tu ne crois pas à ce que je te dis, mais moi, je veux savoir. Est-ce que maman était Italienne ?

-Je t'ai dit de t'en aller.

Déjà le ton était moins convaincu.

-Je veux juste cette réponse… après, si tu ne veux pas savoir qu'elle se trouve sur un navire, torturée et prisonnière, encore une fois peu importe. Mais il faut que tu me dises si elle était Italienne… si elle venait d'une ville nommée Venise ?

-Oui, oui, oui ! Et maintenant laisses-moi en paix ! Mais avant de t'en aller, écoutes-moi bien, Debra. Je ne rigole pas… je ne plaisante plus. Ne mets plus jamais le nez dans ces affaires, oublie tout ce qui concerne ta mère. Ce n'est pas une proposition, c'est un ORDRE ! Et je prétends que tu obéisses, sinon, sinon tu verras un Jack Sparrow comme tu ne l'as jamais vu avant. Il ne faut pas jouer avec le feu, trésor, ne l'oublie jamais.

Il en était passé aux menaces… mais pourquoi diable était-il si dur, si bloqué sur ce sujet ? Pourquoi ne voulait-il pas simplement l'écouter et rêver… il ne leur restait plus que l'espoir et le rêve… pourquoi les refusait-il ? Avait-il donc tellement souffert ? Debra n'était plus en colère avec son père, elle était remplie de pitié et de tristesse pour sa réaction.

-J'espère seulement que tu y repenseras, Jack. Elle aurait aimé… elle aurait aimé que tu gardes au moins l'espoir.

Sur ces mots, Debra ouvrit la porte de la cabine. Regardant une dernière fois en arrière, elle vit son père, les mains sur le visage, ployé sur le bureau en chêne, s'emparer d'une bouteille de rhum.

Ainsi, il ne voulait pas voir la réalité en face. Quelle nouveauté, pensa-t-elle ironiquement. Tout ceci avait au moins réussi à lui faire oublier un instant les évènements de Port Royal. Elle se dirigea vers le pont, l'expression de tristesse maladive retrouvée. Elle était brisée… elle n'avait même pas la force de dormir. Elle n'avait pas sommeil. Elle avait besoin de s'accouder au bastingage et de regarder l'horizon voilé de mélancolie. Juste rêver… s'envoler de la cruauté terrestre.

-Chérie… ne restes pas ici, tu vas prendre froid. L'air est glacial.

Elle se tut. Elle n'avait plus la force ni l'envie de riposter. Et après tout, Adrian le disait pour son bien. Elle se retourna brusquement, se tournant face à lui, leurs visages à quelques centimètres, le sien encore rempli d'infinie gratitude et d'immense amour.

-Tu es si bon pour moi… si patient. Je ne pourrais jamais te remercier assez pour tout ce que tu as fait pour moi.

Il sourit avec gentillesse.

-Il ne faut pas me remercier parce que je suis égoïste. Je t'aime trop pour pouvoir te perdre. Viens, maintenant, il y a une surprise pour toi dans ta cabine.

-Une surprise ?

-J'ai pensé que ça te ferait plaisir…

-Tout ce qui vient de toi me fait plaisir.

Encore ce sourire, doux et ironique, si charmeur. Les yeux verts brillaient dans la nuit comme ceux d'un chat.

-J'ai entendu crier Jack… tout va bien ?

-Non… mais peu importe. Il est aveugle… Ecoute, Adri, est-ce que tu as entendu parler de Venise, en Italie ?

-Venise… je sais qu'il s'agit d'une magnifique ville sur une lagune. Une ville d'eau. Mais rien de plus…

-Il faut que j'en apprenne plus. Sur un galion nommé Santa Caterina… mais Jack m'a interdit de m'en occuper…

-Il a peut-être raison, chérie. Le passé appartient au passé.

-Elle est vivante. Je le sais… je le sens. Je ne pouvais pas le croire au début… maintenant je me suis convaincue.

Ils arrivèrent à la cabine et Debra se trouva devant une bassine pleine d'eau.

-Oh ! C'est… c'est trop adorable ! Tu ne peux pas imaginer combien j'en rêvais… mais tu n'as pas allégé les réserves à cause de moi ?

-Ne t'inquiètes pas… il y a tellement d'eau et de rhum à la cale qu'il est étonnant que la Perle puisse encore naviguer.

La jeune pirate plongea un doigt dans l'eau, ravie. Elle voulait se débarrasser de cette crasse, de ce déshonneur qu'elle sentait peser sur son corps et sur son esprit.

-Je dois retourner au timon, chérie. Je suis de quart cette nuit. Dors bien… et ne t'inquiètes pas. Oublies… oublies tout. Il ne s'est rien passé.

Rien passé… rien… rien… ces mots résonnaient dans la tête de Debra, et la force magnétique du regard d'Adrian lui donnaient l'impression qu'il ne s'était vraiment rien passé. Oui. Il ne s'est rien passé… rien, pensa-t-elle encore alors qu'elle se plongeait dans l'eau froide et régénératrice. Rien…

Voilà that's all pour le moment! Bizoux a tous! Et si vous êtes arrivés jusqu'ici... il y a un petit bouton à appuyer!