Chapitre 6

L'autre maison dans le village

Il était tard dans toute l'Angleterre et si, par-ci par-là, on allait déjà se coucher, d'autres étaient en train de se laver ou de manger. C'était justement le cas de Tom Jedusor qui faisait voler les aliments vers la table et les couverts le suivaient. Il fallait dire que pour un enfant, qui plus est dénué de magie, tout ça était plutôt saisissant. Certes, magnifique mais aussi effrayant.

Modestie suivait ces mouvements des yeux, demeurant comme toujours d'une impassibilité effrayante.

Elle avait même eu le temps et l'occasion de remarquer que le jeune homme aimait vraiment utiliser sa baguette. Il en faisait usage pour presque tout. Que ce soit pour laver des choses ou en déplacer d'autres. Elle ne se souvenait pas l'avoir vu utiliser ses mains pour quoi que ce soit. Et puisqu'il était plus rapide qu'elle, il l'avait plus d'une fois prise de court.

Pas que ça la gênait.

- Qu'est-ce que vous pouvez me dire sur cette femme dans la forêt ?

Le jeune homme s'assit alors que les louches et spatules mettaient la nourriture dans les assiettes.

Modestie fut surprise de le voir apporter les aliments à sa bouche en empoignant sa fourchette.

- Qu'est-ce que tu peux me dire ? Reprit-il avec un sourire charmeur.

- Que cette femme est dangereuse. Elle veut manger mon frère. Je dois l'arrêter aussi vite que possible. Annonça-t-elle avec détermination.

Jedusor fut surpris de cette vigueur mais il sourit ensuite.

- Je t'aiderais.

- Rapidement ?

Modestie n'avait pas encore touché à son repas.

- Aussi rapidement que je le peux. Ce n'est pas aussi simple que tu sembles le penser. Expliqua-t-il sobrement. C'est une Sorcière qui possède aussi un Sorcier puissant à ses côtés.

La fillette le regarda avec un peu de stupeur. Elle se serait attendue à ce qu'il s'agisse, au contraire, d'un Ogre. C'était ce que les contes lui avaient appris. Il était probablement stupide de réagir de la sorte et elle préféra n'en rien dire. De toute façon, Jedusor ne semblait pas avoir remarqué les réflexions qu'elle se faisait.

- Qu'est-ce qu'on doit faire ?

Son ton était toujours neutre.

- Je vais m'assurer que le Sorcière ne mange pas ton frère. Je m'en chargerai seul pour que tu n'aies rien à craindre.

Modestie le dévisagea. Tout dans son visage donnait l'impression qu'elle pensait « je n'ai rien à craindre. »

- Comment tue-t-on une sorcière ? Insista-t-elle. Est-ce que le feu marche vraiment ? Ma mère disait que oui. C'est son travail : elle chasse les Sorcières.

- Où est ta mère ?

Les sourcils de la fillette se froncèrent légèrement. Cette question la mettait mal à l'aise mais elle n'avait peut-être pas le choix d'y répondre. Si ça pouvait l'aider à retrouver son grand-frère en un seul morceau…

- Est-ce que vous savez si cette Sorcière va sauver mon frère ?

- Mange. Dit-il.

Elle ne toucha pas à son plat alors qu'il découpait ses morceaux de dinde et enfournait un gros morceau dans sa bouche.

- Oui. Lâcha-t-il. Il n'y a aucun doute que la Sorcière soignera ton frère. Elle va certainement lui faire faire de nombreuses tâches et attendre qu'il devienne gros. C'est comme ça qu'elle les aime.

Il retint un sourire en mettant cette fois une fourchetée pleine de petit pois entre ses lèvres.

- Croyance n'a jamais pris facilement du poids. Dit Modestie d'un ton qui se voulait positif. Ma mère vit à Londres mais elle nous a suivis à Gloucester. Je pense qu'elle a plusieurs raisons de ne pas rentrer immédiatement.

- Elle doit tenir à vous. Répondit-il avec un sourire.

Le regard qu'il se reçut de la jeune fille était presqu'un sarcasme à lui tout seul.

- Je suppose que non. Mais je ne suis pas surpris. Les parents sont des plaies.

Modestie comprit qu'il essayait d'abonder dans son sens. Elle aurait pu s'en sentir ravie mais elle avait juste un élan de désapprobation, voire de haine, lorsqu'il faisait ça. Certes, il était certainement la première personne à vraiment daigner faire attention à ce qu'elle pensait et voulait, hormis son frère, mais il y avait un goût d'amertume…

µµµ

Il était déjà très tard et si Mary-Lou Bellebosse avait une foule de prospectus en main, elle n'avait pas le choix : il fallait qu'elle rentre quelque part pour la nuit. Il avait beau faire encore clair et doucement chaud, elle ne tenait pas à se perdre ainsi à l'extérieur. Déjà qu'elle avait dû passer sa première nuit à la bonne étoile et qu'elle n'en gardait pas de très bon souvenir…

Il était préférable qu'elle aille dans une de ses auberges qu'elle avait remarquée. Elle avait encore un peu d'argent sur elle et, de là, elle pourrait appeler Charité pour qu'elle s'occupe de ses frères et sœurs. Quoiqu'elle était presque sûre qu'elle faisait déjà ce qu'il fallait. Si il y avait bien une chose que cette empotée savait faire, c'était ça. Encore heureux puisqu'elle lui avait enseigné ça toute sa vie.

D'un autre côté, elle écopait de tels problèmes qu'on aurait pu en douter…

µµµ

Lorsqu'il se réveilla, la première chose que Croyance nota, avant même que des odeurs flottaient généreusement dans cet immense manoir grâce à quelconque magie, c'était la douleur. Ou plutôt l'absence de douleur. Il n'avait plus mal ! Il n'avait vraiment plus mal. Ou juste des tiraillements. Il aurait juré qu'il aurait souffert encore longtemps mais non !

Il se tourna dans son lit si agréablement chaud et profita de cette absence de douleur dans tout son corps. Il s'étira un peu puis se recroquevilla mais d'une façon plaisante.

Il ferma les yeux pour somnoler un peu. Il savait qu'il n'était plus à la maison mais dans la maison d'une Fée, ou de son ami le Niffler mais sous la protection de la Fée néanmoins, alors il avait sans doute le droit. Il espérait.

Sa gorge se serra en songeant que ce n'était peut-être pas le cas.

Il se redressa dans le lit et se hâta d'en sortir, filant vers ses habits pour les enfiler. Il ajusta ses cheveux dans son affreuse coupe au bol et approcha ensuite sa main de la porte. Est-ce qu'il avait seulement le droit de sortir ? En voulant faire les choses bien, ne risquait-il pas de les faire mal ?

Sa main était bloquée sur la poignée de porte et son cœur palpitait.

Que faire.

Il se recula et alla sur son lit, serrant ses mains sur ses genoux, la tête basse. Il attendit.

Les oiseaux chantaient dehors et il lui sembla avoir vu le Niffler faire une balade à l'extérieur avant qu'il n'entende des bruits à la porte.

- Oui ? Dit-il en se levant.

L'entrée s'ouvrit, libérant Newt qui lui offrit un sourire alors que ses yeux se perdaient vers le lit qui avait été entièrement refait. Et d'une rigueur millimétrée.

- Tu veux venir manger ? Proposa-t-il.

- Oui, Madame. Merci beaucoup.

- C'est normal.

Newt se déplaça et repartit vers la salle à manger. Croyance le suivit et ferma derrière lui.

- Comment se porte ta jambe ?

- Très bien. Merci beaucoup. Je n'ai presque plus mal. Peut-être que je pourrais vous être utile alors…

- M'être utile ?

Il mit la main sur la rampe alors qu'il descendait à sa suite.

- Faire le ménage, ranger…

- Oh… J'utilise la magie pour ça. Tu n'as pas à t'embêter. Lui répondit Newt.

Il descendit plus rapidement les marches et se précipita vers la fenêtre qu'il ouvrit. Une façon de faire si singulière que l'adolescent ne put qu'écarquiller les yeux. Il fut plus sidéré encore lorsqu'il vit une chouette entrer dans la maison en lâchant quelque chose d'enroulé. Newt le rattrapa et étendit le bras pour accueillir la bête. Laquelle lui planta ses serres dans le poignet, ouvrant des entailles d'où s'écoulèrent des traits carmin.

La bête était sans nul doute sublime, faisant penser à un épervier à cause de son marquage brun tacheté de blanc et son poitrail blanc et beige. Ses yeux jaunes pétillèrent en fixant ce qu'il y avait sur l'épaule de Newt.

- Ça suffit Roberta ! Pickett est un ami, tu te rappelles ? Viens, on va te trouver quelque chose à te mettre sous le bec.

Il se tourna en terminant sa phrase.

- Viens, Croyance.

Il partit à nouveau vers la salle à manger. L'adolescent le suivit mais sursauta lorsqu'il vit un cochon passé à toute vitesse. Était-ce lui où il était aussi étrangement plus haut qu'un cochon normal ?!

Lorsqu'il arriva dans la salle, Percival mangeait déjà. La Fée installa « Roberta » sur la table et lui prépara un petit ravier de graine, ce qui lui fallut un roucoulement pour le remercier. Le Niffler s'empiffrait, prenant presque toute la place.

Croyance s'avança et tira une chaise.

- Non ! S'écria Newt.

Le moldu se figea.

- C'est la place de Dougal. Lui dit la Sorcière. Désolé, je ne voulais pas te faire peur mais il est invisible.

Newt lui tira une chaise, l'invitant à y venir. Croyance baissa la tête et s'excusa à foison alors qu'il venait prendre place. Les plats volèrent dans les airs, tout comme une assiette et des couverts, et il fut rapidement servit d'un œuf au plat, de bacons, de fèves à la sauce tomate, de boudin blanc, de quelques toasts beurrés et même d'une tasse de thé qui sentait divinement bon.

- Madame…

Percival leva les yeux vers lui, haussant un sourcil.

Newt lui effleura l'épaule avant de faire le tour de la table pour nourrir Dougal qui l'enlaça ce qui fit que, en retour, la Fée enlaça le vide dans une attitude presque amusante.

- Oui ?

- C'est beaucoup trop. Vous êtes sûre de ne pas vous êtes trompée ? Pas que… que je remette en doute… ce que vous faites. Je ne pense pas que vous puissiez vous tromper. Je… Pardon.

- Il y a assez à manger pour que tu manges autant que tu veuilles. Ne t'inquiète pas. Lui assura la Fée.

- Merci… Je laverais tout après si vous voulez.

- Je peux le faire, à moins que tu aimes le faire.

Croyance ne répondit rien et baissa la tête. Newt s'assit enfin aux côtés de son compagnon et ouvrit le journal. Les yeux de l'adolescent s'écarquillèrent. Les images bougeaient sur le papier alors que la Fée le passait en revue.

Non.

Il avait dû mal voir.

Mais il entendit des bruits de cochons et le jeune Sorcier posa la feuille de chou, se penchant vers l'étrange cochon de tout à l'heure. Croyance devait choisir entre fixer les images qui s'animaient ou s'intéresser à ce cochon, définitivement bizarre, que Newt installait sur ses cuisses avant d'attraper un biberon pour le nourrir. Finalement, après avoir jeté un œil à cette bête, il regarda les images qui changeaient.

- Comment…

- C'est de la magie, Croyance. Newt, tu devrais manger, toi aussi.

- Tu t'occupes de Joachim ? Proposa le magizoologiste.

- Si ça peut te faire plaisir.

Percival avala un morceau de bacon et repoussa sa chaise pour accueillir l'animal qu'il nourrit. Son compagnon commença alors à manger, tirant le journal vers lui. Croyance se pinça les lèvres.

- Je… Je peux regarder ?

Newt installa le journal entre eux, prenant le temps de lui expliquer certaines nouvelles. Il ne remarquait pas les regards de Percival qui désapprouvait de toute évidence. Il était convaincu que maintenant, il devrait trouver un sort d'oubliette particulièrement puissant. Pour être sûr qu'aucune trace ne demeurerait.

Il se doutait aussi que son compagnon tenait à le garder quelques temps encore. Même s'il marchait sans problème, c'était vrai qu'il était plutôt maigre.

Lorsque le biberon fut fini, Percival posa Joachim au sol. Il n'avait qu'à moitié mangé son plat mais il fallait dire que si c'était mangeable, les plats de Newt n'étaient pas des plus délicieux.

- Je dois y aller. On se voit vers midi, je t'enverrai un Elfe de Maison pour le repas. Lui dit-il.

- D'accord. Merci.

Percival se leva et posa un baiser sur le coin de ses lèvres avec tendresse.

Croyance leva les yeux vers lui.

- Je vous revaudrai tout ça. Chuchota-t-il, baissant ensuite le visage.

L'homme fronça les sourcils.

- C'est ma maison ! Annonça Clay. Et je veux encore plus d'or !

- Ne sors pas du Manoir. Lui dit Percival avant de disparaître d'un seul coup.

- Quoi ?! S'étrangla le Niffler.

- J'aurai dû t'en parler. C'est à cause de Seraphine qui pense que tu es dangereux. C'est temporaire. Rassura-t-il. Je ferai un meilleur rapport la prochaine fois et tu n'aurais plus à t'en inquiéter.

Sur ces mots, le magizoologiste lui lança un sourire. Il se leva, laissant le journal à Croyance, et vint prendre le Niffler dans ses bras. Lequel l'enlaça avec ses grosses pattes.

L'adolescent se demandait où était sa sœur. Il voulait lui montrer ce Monde. Ce Monde dont ils avaient rêvés et auxquels ils croyaient que rêver n'était que stupidité…