Yay, un nouveau chapitre! Et même pas si longtemps que ça après Février, tiens! (Attendez, DEUX MOIS, c'est rien du tout, je suis hyper fière de moi).

Ca veut donc dire que Avril est terminé, que Mai n'est encore qu'un projet, et vu que je pars en Erasmus pour un an, je ne vous promets rien. Je vais essayer, hein, mais n'y comptez pas trop.

(Et vous voulez savoir un truc marrant, je me suis dit "Tiens, je poste un nouveau chapitre, je vais répondre aux reviews. Sauf que NON. J'avais déjà répondu (ok, pas à toutes)! Mais je tiens vraiment à vous remercier, vous ne pouvez pas savoir à quel point ça me fait plaisir de recevoir des reviews. Le problème étant que je ne peux pas vous répondre si vous n'êtes pas inscrits sur Fanfiction, mais, à la limite, on s'en balance, parce que je vais vous citer nommément tellement vous êtes choupis et je culpabilise de ne pas vous répondre. Donc, merci à Marine Felton, Crayoline, Liz17 et Guest, à qui je n'ai pas répondu. (Et crayoline, regarde, 6 jours après ta review, un nouveau chapitre!)

Mars. Où les éléments semblent se liguer contre moi.

Vendredi 4 mars. En train de bosser comme une tarée.

Evidemment, Evelyn a choisi le pire week-end de l'année pour me rendre visite. Très typique de ma sœur. Je croule littéralement sous les devoirs, et mes révisions pour le MCAT accaparent le peu de temps qu'il me reste. Autant dire que la visite d'Eve se fait uniquement sous la férule de Ellie, qui en semble absolument ravie.

« De toute façon je la préfère, me fait Ellie alors que Eve se dévoue pour nous préparer à manger. »

Je relève la tête de mon cours d'Anatomie pour la toiser avant de replonger aussi sec dans mes révisions.

« Non, mais, c'est vrai, regarde-la ! »

« Ellie, je fais d'un ton profondément ennuyé. Je bosse. »

« D'accord. N'empêche que ta sœur elle, a le sens de l'esthétique beaucoup plus prononcé que le tien et que je peux l'emmener faire du shopping sans me faire sermonner sur ta situation financière. »

« Ellie, si tu achètes quoi que ce soit à ma sœur, je fais d'un ton dur, je te jure que tu vas le regretter. »

« Relaaaaaaax, on a fait du lèche-vitrine, c'est tout. Elle a juste acheté du vernis à ongles. Ça va ? Tu tiens le coup ou tu veux l'étrangler pour sa superficialité ? »

« Elle peut acheter tout ce qu'elle veut, je m'en contrefiche, tant que c'est elle qui paye. »

« Tu sais ce que c'est votre problème à vous les Taylor ? enchaîne Ellie. Vous êtes beaucoup trop fiers. Je crois que c'est votre côté italien. »

« C'est prêêêêêêêêêêt, annonce Eve. »

Le lendemain.

« Alors, tu as demandé Harvard finalement ? je demande à ma sœur alors qu'on se promène sur le campus. »

Elle secoue la tête.

« J'ai pas d'assez bonnes notes pour y rentrer, elle fait avec une pointe de regret. »

« Alors t'as demandé quoi ? »

« Boston University, Stanford, Duke, GW, Georgetown, Northwestern, Notre-Dame, George Washington, elle me répond. »

« Attends, t'as rien demandé dans l'Ivy League ou à New York ? je m'exclame. »

Elle hausse les épaules.

« Soyons réaliste Lizzy, j'aurais aucune école de l'Ivy League, je suis pas première de la classe et mon profil ne les intéresse pas. Quant à New York… . »

Elle soupire.

« Il n'y a que James pour être assez masochiste pour aller à la fac à New York. C'est trop près de Maman, je n'ai pas envie qu'elle débarque tous les quatre matins pour s'assurer que je chercher bel et bien un mari qui me mettra à l'abri du besoin. »

Je ne peux pas vraiment la blâmer.

« James a des circonstances atténuantes, c'est un mec, je souligne. Maman ne veut pas qu'il se marie, il pouvait donc se permettre d'aller à NYU. Et où est-ce que tu préfèrerais aller ? »

« Notre-Dame, elle répond immédiatement. »

« C'est dans l'Indiana, je lui fais remarquer. »

« Et ce sont majoritairement des catholiques, elle me rétorque. Mais ça dépend surtout du montant de la bourse qu'ils me proposeront. »

Je m'arrête net.

« Eve, si tu choisis ta fac en fonction de la bourse, je te tue, je la menace. »

« Lizzy, tu sais pertinemment que… »

« Je veux rien savoir. Si tu es acceptée à Notre-Dame, tu vas à Notre-Dame. Point. »

« On n'a pas les moyens de … elle commence à protester. »

Je compose rapidement le numéro de Papa.

« Lizzy, mon ange ! fait-il en décrochant. Que se passe-t-il de si trépidant dans le Massachusetts pour que tu m'appelles en milieu de journée ? »

« Eve dit qu'elle refusera d'aller à Notre-Dame si ça coûte trop cher. »

Gros blanc à l'autre bout du fil.

« Passe-la-moi fait Papa d'un ton froid. »

Je tends le téléphone à ma petite sœur.

« Evelyn, si tu es acceptée à Notre-Dame, tu iras, même si je dois t'y envoyer à coups de pieds au fesses ! il hurle dans le téléphone. »

Eve grimace et éloigne le téléphone de son oreille.

« Si tu as Notre-Dame, ce dont je suis absolument certain parce que tu es une jeune fille brillante malgré cette fascination incompréhensible pour Robin Patterson, tu iras, même si je dois vendre ta Grand-Mère à un réseau de traite des Blanches pour payer les frais de scolarité. Compris ? »

« Mais, Papa ! »

« Evelyn, mon petit bout, il n'y a absolument aucune chance pour que je te laisse renoncer à ton rêve pour des raisons financières. L'argent, c'est mon problème. Toi, tu devrais plutôt te concentrer sur tes études pour donner encore l'occasion à ta mère de pester parce que tu vas à la fac au lieu de trouver un mari. Ce qui est assez ironique quand on sait qu'elle-même a rencontré son époux à la fac, mais passons. Repasse-moi Lizzy, tu veux mon ange ? »

Eve me rend mon téléphone avec un air résigné. Papa me dit de rentrer bientôt parce que je leur manque et raccroche.

Mon Papa, c'est le meilleur.

Eve a un air pensif plaqué sur le visage pendant le reste du week-end. Ma petite sœur en pleine réflexion, ça ferait presque peur, alors je décide de la laisser tranquille et d'attendre qu'elle me parle. Ce qui, évidemment, arrive alors que je l'accompagne à la gare.

« Lizzy ? elle commence sur un ton incertain. »

« Oui ? »

« Pourquoi on ne voit jamais les parents de Papa ? »

Ok, alors ça c'était sans aucun doute la question la plus incongrue que Eve m'ait jamais posé.

« Je sais pas, je réponds, un peu perdue. Ils sont fâchés je crois. »

« Mais, pourquoi ? »

« Je sais pas. Demande à Maman ou Papa, moi j'ai en aucune idée. »

« Mais ça ne t'intéresse pas ? »

Non.

« Si, bien sûr, je mens. »

Si la famille de Papa est à moitié aussi folle et encombrante que celle de Maman, je remercie le ciel de ne pas avoir de contact avec elle.

« Et Lindsey, elle est toujours avec Luke ? je demande l'air de rien. »

Eve embraye aussitôt sur la vie amoureuse de sa sœur jumelle, et on s'éloigne des terrains mouvants.

Samedi 12 Mars. En fuite.

Ellie a débarqué chez moi ce matin avec la ferme intention de faire ce qu'elle appelle un « ménage de printemps ». Autrement dit, elle vire toutes mes fringues pour les remplacer par celles qu'elle vient d'acheter. (Je ne veux pas dire, mais j'ai quand même pas l'impression qu'ils ne foutent grand-chose dans le département d'Anglais si Ellie a le temps de refaire ma garde-robe en entier).

« J'en peux plus, a-t-elle déclaré alors que je venais de lui ouvrir la porte. Je craque. Je ne sais pas comment Juliet a fait pour vivre à tes côtés pendant autant de temps, parce que tu n'as absolument aucun style, et ne mets pas ça sur le dos de ta soi-disant pauvreté. Maintenant, tu me laisses faire, et tu ne protestes pas, parce que j'ai réussi à te refaire une garde-robe pour moins de deux cents dollars. En fait, c'est même mieux si tu n'es pas là. Va réviser quelque part. »

J'ai gentiment obéi – Ellie est d'une humeur massacrante en ce moment – et je suis allée me réfugier au café du coin pour bosser mon MCAT tranquillement.

Plus tard.

« Elizabeth. »

Jésus, Marie Joseph et tous les saints du paradis ! Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi ? Pourquoi, alors que j'avais réussi avec grand succès à éviter Conor jusque là, il fallait que je tombe sur lui dans un coin reculé du campus, dont j'aurais pu jurer qu'il ne connaissait même pas l'existence ?

« Conor, je réponds en levant la tête. »

Il est seul. Enfin, avec une jolie brune à ses côtés. Qui me sourit. Mais pas de SuperGarce à l'horizon.

« T'as réussi à semer SuperGarce ? je m'enquis. »

« SuperGarce ? répète la brune. »

« SuperGarce ? répète Conor, secoué d'un fou-rire. »

Je hausse les épaules. Oui, bon, bah, voilà, je donne des surnoms aux gens que je fréquente. Et encore, SuperGarce n'est pas le pire, ils devraient m'entendre parler de Mark.

« Candice, je m'amende. »

« Tu appelles Candice SuperGarce ? me demande la fille en s'asseyant en face de moi. »

Bon sang Lizzy, tu n'es pas foutue de fermer ta grande gueule pour une fois dans ta vie ?

« Non, non, non, pas du tout, c'est juste… je tente de m'expliquer. »

« Epouse-moi. »

Choquée, je dévisage la brune en face de moi, qui vient de me demander en mariage à l'instant même.

« Pardon ? je m'écrie, au bord de l'apoplexie. »

« Gee, intervient Conor. Sois gentille avec Elizabeth, je crois que tu viens de lui faire faire une crise cardiaque. »

« Mais c'est la femme de ma vie ! proteste la dénommée Gee. Elle déteste suffisamment Candice pour l'affubler d'un surnom qui lui va comme un gant, et en plus elle est jolie et a d'excellents goûts en matière de café ! »

« Gee, Elizabeth ne va pas t'épouser alors que vous n'avez même pas été présentées. Redemande-lui dans deux heures, je suis sûre qu'elle sera beaucoup plus réceptive. »

Gee fait la moue.

« D'accord. Eugenia d'Arcy, mais si tu m'appelles autrement que Gee, je te tue, fait-elle en me tendant la main par-dessus la table. »

« Elizabeth Taylor. Et si tu m'appelles autrement que Lizzy, je ne répondrais pas, je complète en lui serrant la main. »

« Taylor ? elle relève avec un sourire. »

« Ma mère est folle de cinéma, je soupire. »

« Conor, tu comptes prendre racine ou tu vas t'asseoir et aider ta sœur à conquérir la femme de sa vie ? l'admoneste-t-elle. »

« On la dérange peut-être, fait remarquer Conor. »

« Mais non, fait Gee avec un grand sourire. On ne dérange jamais personne, tout le monde est toujours ravi de nous voir et tu sais pourquoi ? Parce que nous sommes des êtres adorables qui apportons joie et bonheur à ceux qui nous entourent. Enfin, moi en tout cas. Toi, ça reste à déterminer. Je pense que tu as passé trop de temps avec Tante Cecily quand tu étais petit, elle a déteint sur toi. »

« On peut laisser Tante Cecily là où elle est, c'est-à-dire en Caroline du Nord ? demande Conor, exaspéré. »

« En Caroline du Nord ? je fais en étouffant un éclat de rire. Sérieusement, il y a vraiment des gens qui vivent en Caroline du Nord ? Je veux dire, à part ceux qui bossent à Duke ? Oh, je fais en avisant leurs têtes. Votre tante bosse à Duke. Ok. Au temps pour moi. »

« Elle n'y travaille pas vraiment, mais comme c'est son alma mater, elle aime bien y retourner de temps en temps et voir comme ça se passe. »

« En d'autres termes, elle emmerde le doyen six mois par an, traduit Gee avec un sourire resplendissant. Et nous le reste de l'année. »

« Ne dis pas du mal de Tante Cecily. »

« Je ne dis pas du mal de Tante Cecily, même Maman admet que sa sœur est une emmerdeuse de première ! Le seul qui refuse de reconnaître que Tante Cecily lui casse les pieds depuis le jour où elle a appris à parler, c'est Oncle Walter, et le jour où Oncle Walter dira quelque chose de méchant sur qui que ce soit, ce sera le signe que l'Apocalypse est imminente. »

« C'est d'ailleurs bien dommage qu'il n'ait pas transmis cette qualité à Ellie, commente Conor. »

« Andrew avait tort Conor. »

« Je sais bien qu'il avait tort, mais Ellie n'avait pas à renchérir ! »

« C'est Ellie, qu'est-ce que tu croyais, qu'elle allait rester les bras croisés à se faire laminer par Andrew alors qu'il avait tort ? Bien sûr qu'elle a répondu, bien sûr qu'elle lui a dit ses quatre vérités, et bien sûr qu'Andrew n'a pas apprécié ! »

« On peut arrêter de se disputer pour une histoire entre Andrew et Ellie ? demande Conor, ennuyé. »

Oh, non, il faut qu'ils continuent, sinon je ne vais jamais comprendre pourquoi ces deux-là se sont disputés ! Ellie ne me dira rien, et je ne connais pas suffisamment Andrew pour me permettre de lui demander ce qu'il s'est passé.

« En tout cas, reprend Gee, Andrew n'aurait jamais dû dire à Ellie qu'elle traitait les mecs comme des jouets parce que a) c'est faux et b) ce n'est pas de la faute d'Ellie si Damian s'est imaginé qu'ils allaient se marier et fonder une famille dans les trois mois qui venaient. J'aurais été à la place d'Ellie, moi aussi j'aurais paniqué ! Ils étaient sortis ensemble trois fois en un mois, pas de quoi fouetter un chat ! »

« Je croyais qu'on avait un accord, lui rappela Conor d'un air sombre. Pas d'allusions à ta vie sentimentale en ma présence. »

« C'était une hypothèse cher frère. Ma phrase commençait par un conditionnel. Et tu n'as aucun problème pour discuter de la vie sentimentale de Henry, pourquoi tu ne veux pas qu'on parle de la mienne ? elle proteste. »

« Oh, tu peux en parler autant que tu veux, mais pas devant moi, je préfère penser que tu as toujours neuf ans et demi et que tu joues à la poupée Barbie. »

« Je n'ai jamais joué à la poupée Barbie, rétorque Gee d'un ton définitif. »

Oui, définitivement, Gee et moi étions faites l'un pour l'autre. Nonobstant ce fait, je replonge dans mes révisions, et laisse la fratrie d'Arcy s'entredéchirer sans qu'ils aient l'air d'avoir conscience de ma présence.

Suffisamment tard pour que je juge que Ellie ait fini de martyriser mon armoire.

Doux Jésus. Ma chambre est un champ de bataille.

« J'ai fait trois piles, m'annonce-t-elle fièrement. La première, c'est les vêtements que j'ai acheté et ceux que j'ai jugé digne de figurer dans ta garde-robe. A deuxième, c'est ceux que je te permets de garder si tu me promets, non, si tu me jures que tu ne les mettras que chez toi les jours d'intenses révisions ou de grippe. La troisième, c'est ce que je jette. »

Inutile de dire que la troisième pile est la plus haute. Je grimace devant l'amoncellement de fringues qu'elle va jeter.

« Lizzy, tu n'y échapperas pas, la troisième pile part avec moi ce soir. Je voulais les donner à la Croix Rouge, mais je me suis dit qu'ils ne méritaient pas ça. Je t'aime bien, mais tu t'habilles encore comme si tu avais dix-sept ans. Tu en as bientôt vingt-deux, ça serait sympa que tu commences à t'habiller comme une adulte. »

Tant qu'elle ne me force pas à porter des talons…

Jeudi 17 Mars. En pleines révisions.

Mon ordinateur fait un « ping ! » tout à fait inopportun vu que je suis au beau milieu d'un exercice de Biochimie. Je vérifie. Mail de Jules.

Je me sens immédiatement coupable. Genre, méga coupable. Genre, je vais vraiment devoir aller me confesser bientôt. Foutue culpabilité catholique. Ça fait des jours que je n'ai pas donné de nouvelles à Jules, et vu ce qu'il s'est passé récemment, il y a pas mal de choses que j'ai passées sous silence.

Je survole le mail, plein d'anecdotes croustillantes sur les Britanniques et sur ses cours. Je me fends d'une réponse courte insistant sur le fait que j'étais débordée et que je n'avais le temps de rien faire.

« Ping ! » à nouveau. Je regarde le mail. Une seule ligne. « Et il a un nom, la raison pour laquelle tu es aussi débordée ? »

Oh, Juliet. Tu es trop perspicace pour ton propre bien. Je renvoie un mail un peu sec pour lui faire comprendre que je bosse pour l'examen le plus important de ma vie. Elle me répond qu'elle veut des détails, mais qu'elle est patiente et que ça peut attendre qu'elle revienne.

Je me mets à prier pour qu'elle oublie d'ici-là.

Plus tard.

Ellie débarque surexcitée chez moi. Je lève la tête.

« Devine quel jour on est ? me lance-t-elle. »

« Jeudi, je réponds. Qu'est-ce que j'ai gagné ? »

« Le droit de passer la soirée en ma compagnie pour fêter la St Patrick. »

Oh, non. Non, non, non. Hors de question. Je HAIS les pubs irlandais. Tout le monde me regarde toujours comme si j'étais une extraterrestre fraîchement débarquée de Neptune.

« Nope, je réponds d'un ton définitif. »

« Si. Allez, laisse tes bouquins, décompresse un peu avant « l'examen le plus important de ta vie » dit-elle en mimant les guillemets. »

« Non. »

Elle plisse les yeux et change de tactique.

« Si tu viens ce soir je te laisse tranquille pendant un mois. Pas de sorties, pas de « oh, il faut absooooooooolument que je te présente Machin, tu verras il est beau et riche », pas de shopping forcé, pas de socialisation. Rien. Nada. »

C'est très tentant quand même. Un mois entier sans être forcée de sortir…

20 minutes plus tard.

J'ai enfilé un pull vert « pour faire couleur locale » comme le dit Ellie, qui n'est pas plus irlandaise que moi belge et, effort suprême, j'ai consenti à mettre du mascara et du crayon. Ellie s'extasie sur ma bonne volonté, et, très sagement, renonce à me faire porter des talons.

La seule chose positive de ce soir, c'est que le pub est à dix minutes de Lowell, trajet que j'arriverais à faire même complètement torchée.

« Est-ce que je peux, encore une fois, souligner à quel point cette soirée est inepte, étant donné que je suis italienne et que, c'est bien connu, les Italiens et les Irlandais se tapent dessus depuis qu'ils sont arrivés aux Etats-Unis ? je me plains. »

« Tu peux. Mais je te conseillerais de ne pas mentionner ton italo-américanité puisque, comme tu viens de le souligner, les Irlandais te détestent par pur principe, elle dit avec un sourire avant d'entrer dans le bar. »

Il est hors de question que « italo-américanité » soit un mot, je décide avant de la suivre.


Je pense qu'il n'y a rien de plus cliché que de rentrer dans un pub irlandais à Boston et de voir des vieux barbus écluser des pintes de Guinness avec les Dropkick Murphys en fond sonore.

C'est tellement cliché que ça en devient même ridicule, je décide. Sérieusement ? Les Dropkick Murphys ?

Ellie me prend par le bras et m'entraîne vers un coin encore plus sombre du pub. Un jour, il faudra qu'on m'explique cette fascination qu'ont les Irlandais pour les boiseries sombres et les lampes qui n'éclairent presque pas. On se croirait dans un bar clandestin au beau milieu de la Prohibition.

« Lumière de ma vie ! tonne un rouquin en nous voyant arriver vers lui. »

Il ouvre grand les bras et Ellie lui fait un câlin.

« Tu es de plus en plus belle Ellie, fait-il remarquer. Et qui est ta délicieuse amie ? »

« Elizabeth, Henry. Henry, Elizabeth. Sois gentil avec elle, elle est Italienne, fait Ellie avec un murmure horrifié. »

Le rouquin me fixe avec un sourire narquois.

« Elizabeth, hein ? LA fameuse Elizabeth ? demande-t-il à Ellie. »

Sinon, bonjour, je suis juste en face de toi et je ne suis pas débile, tu PEUX me parler directement. Ellie hoche la tête.

« Mon cousin m'a beaucoup parlé de toi, fait-il en me souriant. »

« D'accord, je réponds, perplexe. Ton cousin étant… »

« Henry ! fait une voix féminine derrière nous. »

On se retourne. Gee et Conor se dirigent vers nous. Gee se jette dans les bras de Henry, alors que je gratifie Ellie d'un regard meurtrier. Sérieusement ? C'est EUX les cousins ?

« Je vais te tuer, je murmure avec un sourire figé. Je vais te tuer et personne ne retrouvera jamais ton corps. »

« Quoi, tu as quelque chose contre Conor ? me demande-t-elle innocemment. »

Eleanor Campbell va mourir dans d'atroces souffrances. Et, vraiment, comment ça se fait que tous les gens que je rencontre sont apparentés ? C'est flippant. Je vis dans un microcosme bourré de gens riches qui se marient tous entre eux. Leurs enfants seront vraiment des dégénérés consanguins. Il n'y a qu'à voir la famille royale britannique pour comprendre que le mariage entre cousins est une TRES mauvaise idée.

Gee me saute dessus après avoir salué Henry et me serre dans ses bras.

« Alors, tu as réfléchis à ma proposition ? demande-t-elle, surexcitée. »

Quelle proposition ?

« Quelle proposition ? je demande, larguée. »

« Ma demande en mariage enfin, Lizzy ! On est dans le Massachusetts, c'est légal ! »

« Gee, intervient Conor. Arrête. Tu vas sérieusement faire peur à Elizabeth et elle va croire qu'on s'est échappé d'un asile psychiatrique. Et aux dernières nouvelles, tu avais un petit copain. »

« Ne sois pas rabat-joie Conor, lui rétorque-t-elle. Lizzy est mon âme sœur. Et on est tous fous dans la famille. Il n'y a qu'à voir Henry. »

« Moi aussi je t'aime Gee, répond-il en levant son verre de Guinness à son attention. »

« Evidemment que tu m'adores, je suis adorable, fait-elle avec une moue. »

J'ai comme une impressions de déjà-vu.

« Et sur ce, je vais chercher un Coca au bar, ajoute-t-elle. Lizzy, tu m'accompagnes ? »

« Tant que tu ne t'attends pas à ce que je commande un Coca aussi, je fais en haussant les épaules. »

« Je veux avoir 21 ans, elle gémit. C'est trop nul de ne pas pouvoir boire. »

« Et tu veux vraiment me faire croire que tu n'as jamais contourné la limitation ? je demande en haussant les sourcils. »

« Si, évidemment, mais je veux pouvoir boire dans un BAR. Quel est l'intérêt de vivre à New York si je ne peux pas vivre ma propre version de Sex and the City ? elle se plaint. »

« En tant que petite sœur d'un grand frère vaguement protecteur, je te conseille de ne jamais dire ça devant Conor, je lui fais remarquer. A moins que tu ne veuilles que ton petit ami ne meure dans d'atroces souffrances. »

Gee se retourne vers moi et sourit.

« Ça sent le vécu, commente-t-elle après avoir commandé un Coca. »

Je demande un Screwdriver, ce qui me vaut un regard chargé de mépris de la part du barman, mais étant en territoire irlandais, je m'en fiche un peu. En plus, je n'aime pas le whisky.

« Mon frère a failli frapper mon ex à coups de batte de baseball quand il appris qu'il m'avait trompée et mis une des filles de notre école enceinte. Et James ne rentre pas dans la catégorie « Grand frère protecteur ». C'est même à se demander s'il est Italien, je marmonne pour moi-même. Bref. Parler de ta vie amoureuse à ton grand frère : TRES mauvaise idée. Surtout quand le grand frère en question est catholique. Va savoir pourquoi, les grands frères catholiques sont beaucoup plus protecteurs que les protestants. »

Gee fronce les sourcils.

« C'est vrai que c'est bizarre, commente-t-elle. Tu crois vraiment que c'est un truc catholique ? Surprotéger les petites sœurs ? »

« Les filles, votre conversation est beaucoup trop sérieuse pour la St Patrick, intervient Henry en surgissant derrière nous. Une autre Guinness, fait-il au barman. Gee, tu peux aller distraire ton frangin ? Je dois cuisiner la ravissante Elizabeth. »

Gee acquiesce avec enthousiasme et embarque son Coca light.

« Me cuisiner ? je répète. »

« Absolument, il fait en hochant la tête. Mon petit doigt m'a dit que Conor était absolument fou de toi. »

« Ton petit doigt ? je soupire. Je vais tuer Ellie. »

« Nan, c'est pas Ellie, c'est Gee, corrige-t-il. »

« Gee ? Mais… elle m'a vue UNE FOIS dans sa vie, comment est-ce qu'elle est arrivée à la conclusion que son frère était fou de moi ce qui, entre parenthèses, n'est pas vrai du tout. »

« Elizabeth, c'est la première fois de ma vie que je te vois, et comprendre que Conor t'adore m'a pris environ trente secondes, il fait d'un ton définitif. »

« Loin de moi l'idée d'être présomptueuse parce que Conor est, après tout, ton cousin et tu le connais mieux que moi, mais je peux t'assurer que Conor ne m'adore pas. Loin de là. La première fois qu'on s'est vu, il a dit que j'étais, et je cite « passable mais pas assez jolie pour l'intéresser ». Et je n'ai pas l'impression que ce sentiment ait changé depuis. »

« Ok, c'est un crétin, concède Henry. Mais un crétin qui t'aime vraiment, vraiment bien. Il est juste complètement inepte en ce qui concerne le sexe féminin. Crois-moi, je pourrais te raconter des dizaines de situations où Conor s'est comporté en crétin parce qu'il ne sait pas quelle attitude adopter. Je suis persuadé qu'il est secrètement sociopathe. »

Faut pas exagérer non plus, il est juste complètement asocial.

« Laisse-lui une chance, d'accord ? suggère Henry. Promis, une fois que tu le connais, c'est un gars bien. »

Et il me tapote l'épaule avant de se saisir de sa bière et de rejoindre les autres. Finalement, c'est Gee qui a raison, les d'Arcy et affiliés sont tous fous.

Plus tard.

L'expression « bourré comme un Irlandais le jour de la St Patrick » prend tout son sens une fois que vous avez effectivement passé une St Patrick avec des Irlandais. Tout le pub entonne « Molly Malone » de concert, et malgré tout ce que vous avez pu entendre sur les ténors irlandais, en l'occurrence c'est juste une bande de gars bourrés dans un pub, donc ils chantent faux.

Gee a l'air de beaucoup s'amuser et prend des tonnes de photos compromettantes avec son portable. Il faut dire que Conor et Henry, bourrés comme des coings, se tenant l'un à l'autre pour ne pas tomber et beuglant l'hymne de Dublin, ça vaut le coup d'œil. Ellie s'est endormie sur la banquette, et je me demande comme je vais réussir à ramener tout le monde. Je ne suis absolument pas de taille à traîner une Ellie, un Conor et un Henry jusqu'à chez Conor.

3 minutes plus tard.

Charlie entre dans le bar et se dirige automatiquement vers nous.

« Besoin d'un coup de main Lizzy ? il me demande avec un grand sourire. »

« Charlie, je t'aime, j'annonce à voix haute. Tu es mon sauveur. Tu es Jésus-Christ. »

« T'emballe pas, Gee m'a appelé pour que je ramène les deux Irlandais de service à la maison pour qu'ils puissent décuver. Tu pourras te charger d'Ellie ? »

Non.

« Pas de problème, je fais avec un enthousiasme forcé. »

20 minutes plus tard.

Ellie titube en talons dans les rues de Cambridge. Je crois que je vais la laisser dormir chez moi, c'est plus près. Note pour la prochaine fois : penser à obliger Ellie à prendre des chaussures plates de rechange pour le trajet du retour. Il est presque deux heures du mat, je suis crevée, j'ai des tonnes de boulot et on est à la moitié d'un trajet qui prend normalement dix minutes.

Beaucoup trop tard alors que j'ai cours demain.

Ellie s'est couchée sans trop de résistance. Je remercie le ciel qu'elle soit une bourrée docile. Elle a même réussi à se brosser les dents toute seule.

« Lizzy ? elle fait, couchée dans ce qui était le lit de Jules, alors que je m'apprête à me glisser dans mon petit lit douillet. »

« Oui ? je demande prudemment. »

« Le lit tourne. »

La nuit va être longue.


Pour se faire pardonner d'avoir, je cite « outrageusement abusé de ma bonté », Ellie a décidé de repousser son week-end chez son père et de débaucher Ari pour me faire réviser mon MCAT. Elle a même réussi à convaincre Daisy de venir réviser avec nous.

« Explique-moi comment elle a l'intention de nous faire réviser alors qu'elle ne comprend strictement rien à ce qu'on fait ? me demande Daisy, affalée par terre au milieu des annales de MCAT, en tenue de révision – comprendre un sweat, qui, j'en mettrais ma main au feu, appartient à John et un vieux jogging délavé. »

« Ça fait quinze ans que je connais Ellie, fait Ari, assise très droite sur une chaise. Et crois-moi, il vaut mieux ne pas se poser de questions. Une fois qu'elle a quelque chose en tête, c'est impossible de l'en dissuader. Elle veut vous faire réviser le MCAT, elle va vous faire réviser le MCAT. »

« Mais toi, t'as pas mieux à faire de ton week-end que de nous faire réviser le MCAT ? s'enquiert Daisy. »

Ari hausse les épaules.

« Pas vraiment, non, élude-t-elle. »

Samedi 26 Mars. En sortant du MCAT.

Vous savez ce qui est horrible ? Je viens de sortir du test le plus important de toute ma vie, et j'ai l'impression d'avoir complètement échoué. C'est horrible. Trop de questions, pas assez de temps, l'impossibilité totale de savoir combien de points j'allais avoir à chaque épreuve, le stress…

Je rentre chez moi dans un état d'hébétude tel que je loupe ma correspondance de métro. Bon sang. J'ai juste envie de rentrer chez moi et de me rouler en boule sous ma couette avant de pleurer un bon coup. Les deux folles accro aux endorphines qui me servent de colocs sont parties pour le week-end donc je n'aurai même pas à affronter de « Alors, comment ça s'est passé ? » en rentrant.

Sauf que Alexander Vassiliev m'attend sur le pas de ma porte. Avec une bouteille de vodka à la main.

« Salut, fait-il avec un sourire. »

« Salut, je réponds. »

« Juliet a dit à Charlie que tu passais ton MCAT aujourd'hui. Donc Charlie m'a chargé de te changer les idées. Ça s'est passé comment ? il me demande. »

Je me contente de le regarder d'un air vide. Il me sourit.

« Oui, c'était pareil pour moi. Le seul moyen de survivre à cette journée est de boire jusqu'à tout oublier. Et ce conseil vaut aussi pour quand tu auras les résultats, il ajoute alors que j'ouvre la porte. »

Il entre et commence à farfouiller dans la cuisine.

« T'as des verres à shooter ? il me demande en ouvrant des placards. »

« Des verres à shooter ? je répète. »

« Si tu dois te bourrer la gueule, il faut faire ça bien, et se cantonner à un seul alcool, m'informe-t-il. Et j'ai amené une bouteille de vodka, donc à moins que tu aies de quoi faire un Bloody Mary dans ton frigo… »

Il ouvre le frigo.

« Putain, mais en plus t'as de quoi faire des Bloody Mary, souffle-t-il, incrédule. »

Il sort la bouteille de jus de tomate et me regarde.

« Sérieusement, quel genre de personne a du jus de tomate dans son frigo ? me demande-t-il, incrédule. »

« Le genre qui vit avec des filles qui font du sport 24 heures sur 24, je réponds. Ne me regarde pas comme ça, je n'ai jamais rien compris à leur régime alimentaire. »

« Tu veux dire qu'il est même possible que tu aies du céleri dans ton bac à légumes ? »

Je hausse les épaules. Alex retourne fouiller dans le frigo et en sort, victorieux, avec du céleri branche, un citron et du Tabasco.

« Je devrais venir chez toi plus souvent, commente-t-il. Il y a tout ce qu'il faut pour se mettre une cuite. »

« Sauf la vodka, je complète. »

« Sauf la vodka, il concède. Mais comme je l'apporte, c'est pas grave. De toute façon, t'es Italienne, tu ne sais pas choisir une bonne vodka. »

Je le crois sur parole. Alex commence à nous préparer des Bloody Mary. Je reste comme une loque sur ma chaise.

2 minutes plus tard.

On frappe à la porte. Je soupire et je vais voir qui c'est.

C'est Ari.

« Tiens, salut, je constate en lui faisant signe d'entrer. »

« Je suis désolée de passer à l'improviste comme ça, elle commence immédiatement à s'excuser, mais je me demandais si je n'avais pas oublié… Alex ? fait-elle en blêmissant d'un coup. »

Je tourne la tête vers Alex. Qui a l'air de s'être pris un 35 tonnes en pleine tronche.

« Anna ? murmure-t-il d'une voix blanche. »