Ginny ne s'était pas réveillé et pourtant elle n'avait pas sentit que Harry avait fait une transition de couche. Le jeune homme cauchemardait systématiquement dès qu'il s'endormait. Les visions malheureuses de Voldemort ne s'étaient pas éteintes en même temps que lui. Les regards de ceux qui avaient perdus la vie le hantaient chaque nuit et devenaient un lourd fardeau à porter en plus des autres. Alors, quand ça le prenait, il défaisait ses couvertures et allait rejoindre Ginny dans le lit étroit qu'elle occupait.
Inconsciemment, la jeune Weasley enserrait ses mains autour de celles de Harry placée au centre de sa propre poitrine. Pour le peu de confort qu'ils avaient, ils dormaient sur les flancs, l'un caressant l'autre et vice versa.
Vers huit heures et demie, Ginny ouvrit les yeux en premier. Son premier réflexe fut de constater la présence de son homme derrière elle. Elle soupira s'étirant et glissa hors du matelas discrètement pour ne pas le réveiller lui qui avait tant besoin d'un sommeil plus stable. A petits pas, elle descendit en robe de chambre pour prendre son petit déjeuner.
La porte du salon était ouverte et une odeur de tabac froid avait envahit la maison. Elle avait l'habitude désormais que Rogue fume quelques cigarettes le soir. Dès le matin la jeune femme toussa et trouva cela trop agressif. Elle le trouva face au feu, l'air circonspect.
-" Je ne pensais pas que vous seriez rentré dans la nuit." Amorça Ginny calmement. Il mira dans la direction de la Gryffondor.
-" J'ai passé un long moment au bar où mon père avait l'habitude de se pinter chaque soir de sa vie... Je ne me rappelle pas qu'il y avait autant de prostituées dans mon enfance." Soupira-t-il.
Ginny était partie dans la cuisine sortant un bol pour son petit déjeuner.
-" Vous avez faim ?"
-" Non merci." Répondit-il. La politesse dont il fit preuve estomaqua la jeune femme qui nota un comportement loin de la norme. Elle s'arrêta un instant et reprit contact visuel avec son ancien professeur.
-" Tout va bien ?" S'enquit-elle. Pour toute réponse il tourna de nouveau la tête et offrit un regard noir emplit de remords.
-" Hermione est partie." Murmura-t-il douloureusement. Ginny lâcha la cuillère qu'elle avait dans les mains.
Au milieu du centre ville se tenait un parc, point de verdure essentiel parmi les échoppes et bâtiments d'époque victorienne. La rosée matinale perlait sur l'herbe qui n'était pas recouverte de la délicate couverture de feuilles mortes aux couleurs chatoyantes sous le soleil du matin.
Assise sur un banc Hermione demeurait calme et passive. Elle observait le spectacle de la nature en plus de l'agitation humaine. Les moldus allaient travailler, faire leurs courses...
Ses pas l'avaient guidés là sans raison. Elle ne connaissait pas la ville et réalisant qu'elle n'avait pas le moindre sou en poche, elle comprit que tôt où tard elle allait devoir être confrontée à la réalité.
A côté d'elle, un homme habillé en costume lisait la première édition du journal matinal. Hermione glissa ses yeux discrètement dessus et vit la date au dessus d'un article sur le procès des attentats de Lockerbie.
19 Septembre 1998
Elle soupira blasée et se mordit la lèvre inférieure avant de rire nerveusement.
Depuis les vitraux du bureau directorial, Minerva McGonagall scrutait l'horizon. Le soleil levant baignait la canopée de la forêt interdite dans une lumière dorée aveuglante. Aux pieds du château, la désolation de la guerre.
Les cernes violacée, la sorcière venait de reprendre les lieux et inspecter le quotidien de ce qu'avait laissé derrière lui, Severus Rogue disparut depuis le milieu de la nuit. Elle n'avait guère eut besoin de fouiller bien longtemps et son inquiétude se matérialisa lorsqu'elle avait trouvé le portrait d'un Dumbledore dormant, caché dans le meuble central. Doucement, elle sortit la peinture pour la poser sur le bureau vide de toute trace d'activité récente. Le Phénix sur son perchoir, se faisant encore vieux observait d'un œil curieux cette femme familière qu'il avait apprit à apprécier après toutes ces années.
Au bas, le pont détruit montrait le sillage du passage de la mort en ces lieux féériques. Plus rien ne serait désormais pareil.
La gargouille pivota et laissa entrer Harry encore sale de poussière, de sang et de sueur. Il trouva sa directrice de dos, se retournant lentement alors échevelée, dans un état de fatigue avancé. La dernière fois qu'ils s'étaient retrouvés dans des circonstances similaires, ce fut au petit matin de la mort de Dumbledore.
-" Potter." Murmura-t-elle.
-" J'ai besoin de vous professeur."
Elle opina du chef et attendit que le jeune homme amorce sa requête.
-" Est-ce que vous savez où je pourrais trouver de la documentation, n'importe quoi qui concerne Dumbledore, les derniers mois de sa vie, des documents qu'il aurait dissimulé ?" La directrice de Gryffondor ouvrit grand les yeux devant la demande peu banale du sorcier de sa maison.
Pourquoi à peine sortit d'un duel mortel s'intéressait-il de nouveau subitement au vieil homme ?
-" Je... Le professeur Dumbledore m'a confié, quelques semaines avant sa mort, un tas de souvenirs dans des flacons." Admit-elle
-" Vous les avez encore ? C'est une question de vie ou de mort" S'empressa Harry. Minerva haussa les sourcils devant l'attitude du jeune homme
-" Je les ai placé dans mon coffre à Gringotts."
-" J'ai besoin que vous les fassiez rapatrier le plus rapidement possible." Harry détourna un instant le regard et trouva le portrait de Dumbledore posé sur le bureau directorial. " Vous l'avez trouvé où ce portrait ?"
-" Aucune importance Potter !" Tempéra l'animagus.
-" Si, ça en a pour moi... C'était ici depuis le début n'est-ce pas ? Rogue l'a toujours eu sous le coude ?" S'énerva Harry.
-" Je ne sais pas !" Minerva comprit un tas de choses à cet instant. " Vous voulez les souvenirs de Dumbledore pour prouver quoi ?" Demanda- t-elle peu certaine de vouloir connaître la réponse.
-" J'ai besoin de disculper un innocent."
-" Rogue est loin d'être innocent, hier matin encore il m'a menacé d'envoyer votre maison en séance de torture lorsque j'ai su qu'il détenait Hermione captive." Une vive émotion fit vibrer la voix de l'écossaise.
-" Hermione n'a jamais été captive, ni prisonnière, ni rien." Révéla Harry.
-" Comment pouvez-vous affirmer une telle chose, elle qui a dû tant souffrir... Vous lui avez fait un enfant..." Le Gryffondor soupira, gêné et encore peu aisé à discuter à propos de ce sujet qu'il devait immédiatement découdre.
-" Ce n'est pas moi qui suis responsable de cette paternité." La sorcière fit les yeux ronds.
-" Si ce n'est vous ni monsieur Weasley..."
-" Il y a un millier de raisons qui font que Hermione n'a jamais été la captive du professeur Rogue. Il vous a berné, il m'a berné et elle... Elle m'a berné en beauté aussi. Sa grossesse n'a rien à voir avec moi. Rogue a été une aide précieuse durant notre cavale et... Je ne l'ai jamais su avant cette nuit. Je ne peux que deviner le lien qui les unit même si les derniers mots qu'il ait prononcé avant de disparaitre la concernaient directement."
Minerva n'osait plus bouger comme paralysée par ce sous-entendu. Alors toutes les pièces du puzzle s'assemblaient.
-" Rogue n'a jamais cessé d'agir du côté de l'Ordre. Après ce que j'ai vu, ce que j'ai compris, je sais que cet homme est innocent et j'ai besoin que vous m'aidiez à le prouver." Ajouta Harry.
-" Tu veux manger quelque chose Mione ?"
Ginny était concentrée au volant de la Ford Cortina que son père avait soigneusement retapé durant l'été. Hermione ne disait mot sur le siège passager. Plus rien ne l'étonnait. Sa meilleure amie, sorcière au sang pur dépassait ses propres prouesses en matière de conduite, elle qui n'avait fait que démarrer et sortir la voiture du garage de ses parents sous l'œil superviseur de sa mère. Une vive émotion étreignit la jeune femme qui gardait la baguette de son amie dans les mains afin de ne pas être gênée sur la route. Elles parcouraient le centre-ville de Cokeworth où les gens déambulaient de façon presque guillerette, panier à la main. Dans les rues se tenait le petit marché hebdomadaire qui concentrait une petite foule à lui tout seul.
Le ventre rugissant d'un vide laissé après un repas plus que frugal la veille, Hermione opina du chef voulant voir où son amie compter l'emmener, apprenant par cœur les rues de la ville et ce qu'elles contenaient dans l'espoir de pouvoir s'enfuir lorsque personne ne la soupçonnera.
Ginny gara la voiture un peu plus loin dans une allée humide presque déserte où peu de moldus faisaient le passage. Les jeunes femmes descendirent de la voiture.
-" Allez, suis-moi." Fit la plus jeune des deux sorcières. Hermione emboîta le pas sur la route pavée et rendit la baguette à Ginny.
Leurs pas ne les guidèrent guère loin et la rousse s'arrêta devant un tout petit bâtiment cabossé, façade en pierre recouverte d'un crépi couleur crème. Une enseigne au dessus de la porte d'entrée indiquait un petit salon de thé.
Les filles entrèrent et tinta une petite clochette au dessus de la porte indiquant leur présence aux gérants. Il n'y avait pas foule pour un samedi matin mais Ginny avait prit l'habitude de venir depuis quelques semaines alors qu'elle avait découvert l'endroit se promenant avec George et Drago.
L'ambiance de la maison était très chaleureuse. Hermione se surprit à sourire devant la douceur qu'affichait l'établissement. Les murs étaient recouverts de lames de bois brillantes sur lesquelles étaient accrochées d'anciens tableaux représentatifs des noblesses européennes, quelques photographies en noir et blanc de paysages. Dans l'entrée, un comptoir immense contenait des étagères remplies de boîtes en fer, de jarres de verre et de sachets de thé à vendre pour la clientèle de la plus simple à la plus farfelue des infusions. Sur un des côtés du comptoir se trouvait la vitrine pleine de pâtisseries colorées et appétissantes, chocolats, petits fours, cakes et viennoiseries se côtoyaient éveillant les sens de gourmandises les plus difficiles à émoustiller. Dans le salon, les petites tables rondes se dressaient au milieu des fauteuils couleurs rose pâle à inspiration baroque. Une petite nappe en dentelle de Bruges se tenait sous les théières fleuries déjà mises à disposition.
La magie semblait exister dans le monde moldu.
Hermione se surprit à apprécier cet instant se délectant de la merveilleuse odeur de frangipane qui s'insinuait dans la boutique. Elle pensa également que depuis qu'elle avait quitté la maison, aucun souvenirs n'était remonté à la surface. L'effet de la potion devait être en fin de vie ou mort. Elle dût se concentrer de nouveau pour ne pas sombrer dans l'angoisse.
-" Bonjour mesdames." La petite voix d'une dame se fit entendre. Les filles cherchaient d'où cela pouvait-il venir. Elles baissèrent les yeux vers le comptoir et trouvèrent ce tout petit bout de femme mûre assise bien sagement. Ses cheveux étaient grisonnants et elle portait des lunettes de vue attachées à un lien autour du cou pour éviter de les faire tomber. " Vous m'avez ramené de la clientèle à ce que je vois." Fit-elle d'un petit ton rieur.
-" Oui Miss Daisy." Fit Ginny presque révérencieuse.
-" Allez vous installer je vous apporte une carte."
