Franchement, je suis désolé pour l'attente interminable. Je n'ai vraiment pas les meilleurs horaires depuis deux mois. Je suis comme un petit poisson à l'air libre puisque je n'ai plus beaucoup de temps pour écrire, ce qui me déprime encore plus et m'empêche encore plus d'écrire. C'est un cercle vicieux. Dites merci à BeN qui pense régulièrement à me rappeler à l'ordre gentiment lol. Je remercie comme d'habitude, Idiote et BeN, et toutes ceux et celles qui prennent le temps de me lire à chaque fois, ceux qui m'ont mis en favoris, ceux qui suivent. Merci ! J'espère que vous apprécierez ce chapitre.
-7-
Dead was the night
Reisan
Alias Mizuiro Kojima
Membre de la Division Zéro
Directeur des Renseignements de sa Majesté
On oubliait bien souvent que toutes les marionnettes avaient un maître.
- Depuis combien de temps la division Zéro est-elle au courant ?
Dans la pénombre, la seule chose qui permettait de distinguer son visage des ténèbres était le halo bleuté enveloppant l'écran de l'ordinateur portable.
Son nom était sur la façade du building de 35 étages. Rien dans son bureau ne permettait de le différencier d'un bureau de direction ordinaire. Des étagères avec des trophées et des œuvres d'arts hors de prix longeaient les murs immaculés. Un canapé et un fauteuil en cuir faisait face à la porte. Un écran plat donnait en boucle les informations sur la chaine d'actualité, Japan News. Une console Xbox Kinect trônait sur une table basse design. Un club de golf était négligemment abandonné dans un fauteuil.
Le jeune homme joua quelques minutes avec l'écran de l'ordinateur portable avant de changer de position.
- Qu'est-ce que la division Zéro sait exactement ? Pourquoi ne pas avoir mis le Gotei 13 sur les rangs ? Que se passe-t-il ?
Autant, il aimait à poser des questions, autant Mizuiro Kojima détestait répondre aux questions. Il se souvenait encore les questions incessante de Mara, sa « mère », et cela suffisait à lui filer une vilaine migraine. Pourquoi tu ne m'appelle pas Maman ? Pourquoi me détestes-tu ? Pourquoi n'en fais-tu qu'à ta tête ? Qui es-tu ? Qu'as-tu fait de mon fils ?
Les gens adoraient poser des questions même quand il savait qu'il n'était aucunement dans l'intérêt de leur interlocuteur de répondre.
- Tu poses trop de question.
Mais Kisuke Urahara ne se laissa pas démonter pour autant. Il était de cette race de gens butés.
- Surtout, je ne pose pas les bonnes questions. J'étais tellement occupé à essayer d'entretenir les illusions d'Ichigo selon tes ordres que j'ai failli passer à côté du plus important. Même avec tous ses capteurs disséminés aux quatre coins de la ville, Kaikoroku n'a jamais réussi à détecter la moindre trace de reiatsu ennemi, ce qui a première vue peut paraitre normale et laisser penser à une erreur d'instrument... Mais nous sommes plus malin que ça, n'est-ce pas ?
Mizuiro ne répondit rien, son visage grave. Il poussa du doigt le balancier de Newton. Les boules argentées s'entrechoquèrent avec un bruit sourd. La sirène d'une ambulance résonna au loin.
- J'ai cherché à comprendre ce qui était en train d'arriver à Karakura sur un plan inter-dimensionnel en recherchant un ennemi inconnu. C'était en pur perte ! Pendant 45 secondes, tous les jours, à des heures aléatoires, Karakura bouge de son axe sur la ligne spatio-temporelle. Les répercussions sont minimes dans la vie de ses habitants. C'est même bénéfique d'une certaine manière parce qu'il semble que cela a ralenti la prolifération de hollow. Mais le changement est bien là. Le phénomène est guidé et seule un ennemi avec des ressources considérables - que dis-je ?- colossales pourrait effectuer de telles prouesses. Ni le Seireitei, ni son ennemi direct, le Hueco Mundo, ne possède une telle technologie à l'heure d'aujourd'hui... Seul...»
Mizuiro détourna les yeux pendant quelques secondes. Un large écran plat sortit du plafond. Il tourna la tête vers les baies vitrées. Les stores s'abaissèrent automatiquement, recouvrant la façade du dernier étage. Ses pupilles opaques, il reporta son attention sur Urahara Kisuke.
- C'est très bien toutes ses recherches.
Si en dix ans, Urahara n'en était que là de ses observations. Il n'avait peut-être pas à se préoccuper d'Ichigo, la probabilité qu'il retrouve ses pouvoirs avec un mentor aussi à la ramasse était quasi nulle.
- Je suis impressionné. Mais pendant ce temps, je n'ai pas l'impression que tu fais ce que je t'ai demandé de faire. Cela me dérange un peu, je dois dire. Un bon soldat se doit d'exécuter la mission qui lui a été confié.
Néanmoins, il était impératif qu'il ne fasse pas d'erreurs de calculs. Il voulait garder sa tête, n'importe quel tête en vérité sur ses épaules. Il était encore plus important aujourd'hui qu'il y a dix ans qu'Ichigo reste inoffensive. La santé de sa majesté déclinait chaque jour... Le palais était en état de siège permanent... D'un jour à l'autre... C'était vraiment le mauvais moment pour ennuyer les grandes instances...
- Ichigo est parfaitement sous contrôle.
Les rapports d'Intel eux disaient le contraire. La situation était préoccupante.
- Ce n'est pas ce que mon petit doigt m'a dit.
C'était un problème de taille. Cela commençait à monopoliser beaucoup de ressources de surveiller ce gosse. Reisan soupira. En même temps, Ichigo et lui étaient « potes ». Ils avaient immédiatement accroché. Vrai de vrai, il aimait bien ce gosse. Mais il avait des ordres à exécuter. Il avait des ordres à exécuter et il en avait ras la casquette de cette inconnue dans son équation. La porte de son bureau s'ouvrit, et Jackie, sa secrétaire, entra avec une pile de dossiers. Jackie Tristan n'était à priori pas la plus féminine des femmes, cela ne l'empêchait pas de dégager un certain sex appeal dans un tailleur pantalon. Il lui fit signe d'un geste de ne plus faire un pas. Elle obéit et resta figé en pleine action. La plupart des gens obéissaient devant un pouvoir plus fort que le leur. Il ne faisait pas exception. Mais Ichigo n'était pas de cette race-là. Il aimait bien ce gosse. Cela l'avait toujours fasciné. Même le visage enfoncé bien profondément dans le bitume, Ichigo trouvait toujours le moyen de se relever.
- Je ne sais pas ce qui t'a été raconté mais Ichigo n'est toujours pas prêt de retrouver ses pouvoirs. C'est ce que tu voulais n'est-ce pas ?
- C'est sûr ?
Il la fit approcher d'un geste de la main. Il avait faim. Il mangerait bien une douzaine de pizza au moins. Il contempla la ville en contrebas puis sa subordonnée. Leurs regards se croisèrent pendant une fraction de seconde. Elle déposa les dossiers sur le bureau devant lui avant de partir sans un mot lui chercher à manger.
- Certain. J'y veillerais.
- Je ne fais pas confiance à ceux qui l'entourent.
Il était à ce poste depuis assez longtemps pour savoir qu'une situation n'était sous contrôle que si la menace était complètement annihilée. Ichigo étant bien en vie, il restait donc une épine géante dans son pied. Il avait aussi de vraies réserves quant à l'entourage immédiat de ce gosse. Cela avait toujours été un facteur important, son entourage, et maintenant que Chad était mort et que le Quincy avait mis les voiles, on ne pouvait pas dire que cela allait dans son sens. C'était chiant que Keigo se soit marié. À défaut de Chad et Ishida, il aurait su tenir Ichigo en laisse. Non même si Keigo avait un certain potentiel, tenir Ichigo en laisse demandait plus que de la bonne volonté. Il fallait une vraie expertise en la matière. Pouvait-il se fier donc à Hirako ou Ichimaru pour remplir la mission ?
- Je me porte garant du capitaine Shinji Hirako.
Kaikoroku s'alluma et une photo de Shinji avec son masque de Vizard apparu en son centre, avant de glisser sur le côté pour faire de la place à sa biographie.
Capitaine Shinji Hirako.
Distinction : Ancien Capitaine de la cinquième division du Gotei 13
Date de naissance : 10 Mai, Année _X du règne de sa Majesté.
Lieu de naissance : Soul Society.
Age : 299 ans.
Famille
Père : Shinichi Hirako (décédé)
Mère : Linda Hirako (décédé)
Frère : Kichirou (inconnu)
Ryouta (décédé)
Sœur : Hilda (mariée, 4 enfants)
Epouses/Concubines/Partenaires connus: Masato Dagori (épouse), Vice-capitaine Hiyori Sarugaki (Assassinée)
Zanpakutō : Sakanade
Porteur Reiatsu : Sigma.
Biographie : Entré à l'académie où il est sorti six ans plus tard major de sa promotion, a été promue troisième siège de la septième division, puis 8ème siège dans la deuxième division, puis troisième siège à la quatrième division. Il a achevé Bankai et a succédé à Toshi Konemaru à la tête de la cinquième division. Par deux fois, il fut salué par ses pairs pour sa bravoure au combat. Premier Rédacteur en chef du Seireitei News. Trahi par son vice-capitaine Aizen Sousuke. Transmutation non autorisé au stade primaire grâce au processus d'Hollowfication. Condamné à la peine capitale pour Haute trahison. S'est exilé et a rejoint un groupe de rebelles appelé les Vizards. Gracié après la Guerre d'Hiver par le Central 46, autorisé à réintégrer le Gotei 13 et à retrouver les avantages de sa fonction. Offre qu'il a déclinée après l'incident du Hangar 210 causant la mort de plusieurs de ses alliés.
Non, décidément, ce n'était pas Shinji qui l'inquiétait le plus.
- Pas de l'Hostile ? Pourquoi l'aider si tu ne lui fais pas confiance ?
- Gin est une donnée imprévisible mais utile.
Une photo de Gin enfant puis une de lui à l'âge adulte se succédèrent sur l'écran. Pour imprévisible, cette donnée-là était imprévisible.
Capitaine Ichimaru Gin
Distinction : Ancien Vice-capitaine de la Cinquième division, Ancien Capitaine de la Troisième division.
Lieu de Naissance : Inconnu.
Age : inconnu.
Famille
Père : Inconnu
Mère : Inconnu
Frère/Sœurs : Inconnu
Épouses/Concubines/Partenaires Connus: Vice-capitaine Rangiku Matsumoto (concubine)
Seuls adresses connues : Inuzuri, Mont Mori
N'est entré dans aucun registres shinigami donc date d'arrivée à la Soul Society impossible à déterminer.
Zanpakutō: Shinso
Porteur Reiatsu : Omega (Donnée non vérifié)
Biographie : A passé une partie de sa jeunesse dans Inuzuri. A achevé l'académie en un an ... A échoué à trois reprises au test de Seishinkokyū... Promue cinquième siège puis troisième siège de la cinquième division. Élevé au rang de vice-capitaine de la cinquième division puis à celui de capitaine de la troisième. Condamné sous multiples chef d'accusations... A échappé à l'exécution... Est réapparu à Karakura juste avant les évènements du hangar 210.
- J'apprécie ta franchise. Répondit-il distraitement. Alors, pourquoi vouloir rouvrir ces vieux projets?
Kisuke cligna des yeux de surprise. Il joua avec les bords de son chapeau. C'était extrêmement difficile de pouvoir prédire les actions d'un type comme Kisuke Urahara. Reisan savait ce qui motivait ce genre de type. Il savait ce qui était important lui et c'était déjà pas mal. Il avait veillé à recouvrir ses traces et à brouiller les pistes. Mais cela serait-il suffisant pour racheter une paix précaire à Karakura ? Serait-ce suffisant pour exécuter la mission ? Rien n'était moins sûr. À sa manière, Ichigo et Urahara était fait du même moule. Il ne se couchait jamais vraiment.
- Urahara ?
Urahara se tourna une dernière fois vers l'écran.
- De la visite... Je dois me déconnecter.
Il coupa la connexion. Il pensait parfois que ce serait peut-être une bonne chose si cette ville de malheur était rayé de la carte une bonne fois pour toute. Après tout...
Jackie ouvrit à nouveau la porte du bureau, les bras chargés de cartons de pizza. Elle posa la pile sur la table basse avant de redresser la tête vers lui.
- Boss ?
- Hum...
- Cela n'a pas l'air d'aller.
- Il nous a laissé un message aujourd'hui ?
- Non. Je dois dire que pour moi ce n'est pas plus mal. Il est plus capricieux que sa majesté et plus capricieux que... Enfin vous savez ! Pour qui se prend-il ?
Jackie sortit quelques secondes pour retourner avec une pile de bento traditionnels qu'elle rangea à côté de la pile de pizza.
Reisan soupira et haussa les épaules.
- Il refuse toujours d'envoyer les renforts en plus et de déclarer l'état d'alerte.
Jackie sortit à nouveau avant de revenir avec encore plus de bento.
- Du coup, Reisan est épuisé. Il s'épuise à maintenir la digue en place manuellement. Maintenir l'ordre dans cette ville en perdition est en train de lui coûter sa santé. Je sais bien qu'il ne faut pas dire du mal de lui. Mais vraiment... Je ne comprends pas sa stratégie. On aurait dit qu'il tient vraiment à perdre cette province.
Elle réapparu à nouveau avec deux cages renfermant trois poules chacune. Elle déposa le tout dans un coin.
- Je vous apporte le dessert tout de suite où...
- Non, ça ira. Tu veux bien t'assoir. Cela me donnera l'illusion de ne pas diner seul.
Les fenêtres tremblèrent presque imperceptiblement. La tour oscilla doucement. Un rugissement féroce résonna dans toute la ville. Reisan ouvrit les stores.
- Une nouvelle attaque ?
Il ne répondit rien. C'était différent d'une nouvelle attaque. L'air était saturé de pression spirituelle hollow. Cette ville marchait vraiment sur la tête.
- Reisan...
- Cela ira.
- La digue spatio-temporelle ne va pas tenir à ce rythme. Vous ne pouvez pas la maintenir dans votre état. Il faut vraiment obtenir des renforts. Dois-je faire parvenir une nouvelle demande au palais ?
Il resta silencieux. Il aimait beaucoup Ichigo. Lui et le rouquin, ils s'étaient tout de suite compris d'une certaine manière. Il aimait ce gosse. Seulement, Ichigo était en train de réussir l'exploit de détruire une ville entière avant même de fêter ses trente ans d'ex. Le premier faux pas d'Ichigo, il l'avait fait le jour de sa naissance. Son existence tout entière et celle de ses sœurs n'avaient pas lieu d'être. Puis plus tard, sa rencontre avec Rukia Kuchiki avait activé ses pouvoirs et depuis la vie des habitants de cette petite ville n'avait plus jamais été la même. Les combats perpétuels avaient affaiblie la couche inter dimensionnelle. Le reiatsu complètement hors norme d'Ichigo et celui de ceux qui venait toujours plus nombreux pour le combattre avait affaibli l'enveloppe protectrice qui séparait Karakura des autres mondes, comme le trou de la couche d'Ozone. C'était comme un gros trou dans leur défense à l'insu même du Gotei 13. On ajoutait à ça, un ennemi puissant venu d'ailleurs et prêt à tout pour arriver à ses fins.
Il lui traversa l'idée que c'était sans doute exactement ce qu'il voulait. Cela lui ressemblait de comploter l'apocalypse. Il était tellement fan d'apocalypse. Reisan n'avait pourtant pas le choix. Les ordres étaient les ordres. Peu importe de qui il venait.
Mizuiro Kojima contempla sans un mot la ville qui s'étendait à ses pieds depuis le 25ème étage du Kojima Building. Il regarda les Garganta s'élargirent dans le ciel.
- Boss ?
- J'ai faim. Allons manger.
- Boss ?
- La ville sera encore là demain.
- Vous en êtes sûr ?
Mizuiro se laissa tomber dans le canapé et s'attaqua à une première pizza.
- Ils arrivent.
Jackie ferma les yeux. Elle renifla l'air avant de pousser un grognement peu élégant. Reisan continua de rouler les tranches de pizza devant lui avant de les avaler presque sans mâcher. Il attaquait déjà sa sixième pizza, puis un bento de sushi et de riz. Jackie écarquilla les yeux brusquement.
- Ils sont là.
Ritto Shinoda
Petit frère de Yori Shinoda
4ème siège de la première division
Il pensait mourir d'ennui bientôt...
La lune était pleine, le ciel clair, la nuit chaude. Ritto Shinoda, quatrième siège de la première division, s'était contenté de rouler les manches de son shihakusho noir sur ses épaules avant de partir en patrouille. Il était tenté à présent de faire comme Yori, son grand frère et de rester torse nu. Il tourna la tête. Malgré les kilomètres qui les séparaient, il pouvait distinctement apercevoir son jumeau. Il ne se ressemblait pas du tout physiquement. Il avait les yeux vert bouteille, Yori les avait gris vert des marais. Sa crinière était ébouriffé et tenait presque toute seule, Yori avait les cheveux les plus soyeux du monde pour un mec qui n'aimait se laver qu'une fois par semaine et ils retombaient loin dans son dos. Ritto portait comme seule signe distinctif un piercing sur l'arcade sourcilière, Yori était couvert de tatouage dans le plus pur style rônin. Il était grand et plutôt élancé et ça malgré le fait qu'il était né un bon quart d'heure après son frère. Yori, lui, était un plus trapu même si la différence de taille à cette distance n'était pas flagrante. Enfin, Yori aimait à patrouiller torse et pieds nus, son uniforme enroulée sur ses hanches, et se comportait généralement comme s'il avait été élevé par une meute de loup au pied d'une montagne. Lui, il était généralement civilisé et joviale. Ils étaient comme l'eau et la boue pourtant ils s'entendaient en général très bien.
Comme là, ils courraient tous les deux sur l'asphalte encore chaud. La ville, un paysage flou autour d'eux, Ritto adressa un clin d'œil à son grand frère avant de prendre son élan. Comme un seul esprit, les deux frères disparurent au même moment. Ritto réapparut perché sur le toit d'un petit immeuble. Yori accroupit sur un pôle électrique. Yori lui fit signe. Il acquiesça. Le hollow qu'ils avaient pris en chasse ne se trouvait plus très loin. Yori disparut en utilisant le shunpo. Ritto fit de même quelques secondes plus tard.
En dix ans d'affectation, Ritto n'avait pas vraiment vu le paysage de Karakura changer. Il y avait beaucoup plus de gratte-ciel en centre-ville, des gratte-ciels avec des extravagants panneaux publicitaires en plasma, témoin du dynamisme économique de la petite ville. Mais ces changement étaient moindre vraiment. La ville semblait prise dans une sorte de boucle temporelle. La plupart du temps, le troisième siège de la première division ne faisait que survoler les toits des petits pavillons du quartier résidentiel sans apercevoir l'ombre d'un hollow. C'était la mission la plus facile de sa carrière et il savait que Yori partageait son avis. Vraiment qui pourrait croire que cette petite bourgade endormie avait été classé « carrefour spirituel à grand trafic » et « territoire hostile de niveau 4 » dans les registres de la Soul Society. En dix ans, il ne s'était rien passé de notable. Il était persuadé qu'il se passerait à nouveau dix ans sans qu'il ne se passe rien de nouveau.
Quand il avait intégré le Gotei, il y a 370 ans, Yori et lui avait fait trois promesses à leur mère adoptive, Yoshiko Shinoda. La première était que quoi qu'il arrive, ils attendraient tous les deux de se marier avant de faire d'elle une grand-mère. « Toujours faire les choses dans l'ordre » était un des devises de Yoshiko, qui était de la plus vieille école qui soit, la première promotion de l'Académie.
La deuxième promesse allait avec la première. Il leur était formellement interdit de fricoter avec des mortels. Ces gens-là n'étaient pas comme eux, leur avait toujours répété Yoshiko. La vieille école n'aimait pas les unions contre-nature.
La troisième promesse était un peu plus difficile à tenir. Ni Yori ni lui n'avait la permission de mourir en mission. Cela forcerait leur mère ancien cinquième siège de la première division à remettre l'uniforme et l'idée était plus qu'insupportable pour Yoshiko Mariruta Shinoda qui depuis sa retraite aimait à vivre entièrement nu dans sa villa bourgeoise dans le nord du Rukongai. Là, aussi, elle était de la vieille école, l'école de Yamamoto.
Il avait fait tout autant de promesses à leur supérieur, le vice-capitaine Sasakibe Chojiro, alias « le vieux ». Il n'avait retenu du monologue de la honte qui leur avait servi de débriefe pré-mission que trois choses. « Restez intègre et loyales » « Si vous devez mourir, mourez dignement. », « Surtout, ne me faites pas honte, mourrez silencieusement et proprement. »
Ah oui, il y avait eu aussi :
« Ne forcez pas Yoshiko à enfiler son kimono... »
Sous ses airs de « pas y toucher », le vieux vice-capitaine était un sacré pervers.
Pour l'instant, Yori et lui se débrouillait plutôt bien pour contenter tout le monde. Ils étaient en vie. Dix ans après avoir débarquer dans cette ville de malheur. C'était déjà ça. Même si Ritto et Yori avait failli plusieurs fois crever d'ennui. Ils avaient réussi à éviter le pire, c'est-à-dire le suicide par injection de chocolat radioactif, la nouvelle invention de Kurotsuchi Mayuri.
Il avait lu des centaines de rapports sur l'activité de Karakura, « le carrefour ». Il était triste de dire qu'il trouvait la réputation de ce coin de paradis pour hollow bouseux de classe 1, un peu surévalué. Ils avaient raté l'action en ne participant à la guerre contre Aizen que de loin. Ils appartenaient à la première division, ce qui était aussi bien un honneur qu'un désavantage dans certains cas. La première division occupait toujours une fonction d'arrière-garde en temps de guerre. Peu de personne le savait mais la première division était la seule division séparé en quatre corps. Il y avait le corps des tacticiens. Il pullulait de stratèges et d'intellectuels qui s'occupaient d'analyser les données recueillies par les autres divisions et d'améliorer les tactiques de combats et les différentes manœuvres militaires. Il y avait les logisticiens. Ils géraient la trésorerie du Gotei 13, en supervisant les dépenses et en contrôlant les comptes des divisions. Il y avait le corps des émissaires. Ils avaient le plus souvent suivi l'entrainement de l'Onmitsukidō. Il pouvait porter des messages dans toute la soul society plus vite que les papillons de l'enfer. Il y avait enfin le corps d'infanterie. Un corps de guerriers d'élite dont la mission était d'assurer la protection de Yamamoto Shikeguni Genryūsai à tout instant. Les officiers les plus gradés de la première division avaient impérativement démontré leur polyvalence en servant plusieurs corps car la sélection des officiers étaient bien plus difficile que dans n'importe quelle autre division.
Il avait été le premier étonné quand il avait reçu son ordre de mission dix ans plus tôt. Il s'occupait de ranger la paperasse du vice-capitaine dans son bureau, Yori, vautré sur le canapé, à s'amuser avec un papillon de l'enfer. Quand la porte de son bureau s'était ouverte et le commandant Yamamoto en personne était apparu pour leur annoncer leur déploiement.
Yori était à genoux plus vite qu'un battement d'aile de papillon. Lui, il lui avait fallu une demi-seconde de trop pour réaliser. Yamamoto avait souri en leur annonçant sur un ton jovial :
- Mes garçons, j'ai un présent très spécial pour vous. J'espère que vous saurez vous montrer à la hauteur de la tâche, mes enfants.
Yamamoto leur adressa un sourire de prédateur. Yori et Ritto avait froncé les sourcils en cœur. Sasakibe, en retrait, avait secoué la tête, l'air dépité.
Il jeta un œil à Karakura sous ses pieds avant de s'élancer dans les airs. D'un bond, il survola deux immeubles avant de se réceptionner agilement sur le rebord d'un des grands buildings du centre-ville.
Yori atterrit avec la même agilité à ses côtés.
- Je crois qu'il est dans le grand parc.
Yori hocha la tête. Ritto et Yori n'avait pas de grande difficulté à communiquer malgré la surdité de ce dernier. Yori pouvait lire sur les lèvres de n'importe qui à une distance de plus d'un kilomètre que la cible soit immobile ou en mouvement. Ce qu'il n'arrivait pas à voir avec ses yeux, il le captait avec ses autres sens et c'était ainsi depuis le jour de leur naissance.
Il fit un geste de la main pour se désigner. Ritto secoua immédiatement la tête.
- C'est mon hollow. Tu as eu ton tour, il y a deux jours. Ça fait des jours que je ne me suis pas dégourdi les jambes. Je t'avertis, je ne vais pas regarder monsieur prendre son pied tout seul. Ah ça ! Hors de question !
Yori articula tant bien que mal. Il faisait exprès selon Ritto de hacher les syllabes de manière désagréable. Cela faisait partie de sa technique pour attendrir la masse et faire pleurer dans les chaumières.
- Ne sois pas égoïste, petit frère.
- C'est moi l'égoïste. Mais je rêve en plus.
Yori haussa les épaules et baissa la tête, l'air chagrin.
- Je suis invalide.
Ritto lui répondit en langue des signes.
- Mon cul !
C'était du grand foutage de gueule, la manière dont Yori retournait toutes les situations à son avantage. Il tenait ce côté « tragédienne de théâtre » de Yoshiko. On n'avait pas connu meilleur actrice dans tout le Gotei. Demandez à sa meilleure amie, Retsu Unohana.
Yori articula encore.
- Depuis ma naissance, ma vie n'est qu'un mélancolique requiem. J'arrive à peine à marcher dans ton ombre. Tu me mets plus bas que terre.
- Tu me sors toujours le même couplet.
Troisième siège Yori Shinoda avait servi dans les trois corps. Il était bien plus décoré que Ritto. En fait, si on n'avait pas eu peur qu'il s'ennuie tout seul et devienne fou, Ritto n'aurait jamais été invité à faire partie du voyage.
- Je suis petit. Tu es tellement grand. Tellement grand.
Ritto leva les yeux aux ciels.
- Les filles ne m'aiment pas. Elle ne voit que toi.
- Tu ne les aimes pas non plus.
Yori avait une très nette préférence pour les porteurs de pénis, de préférence blond aux yeux bleus, handicapé, c'était encore mieux, qui se trainait un look de poète torturé.
- J'ai des champignons entre les orteils des pieds.
Ah le coup des champignons ! Ça... Ça... Le coup des champignons, c'était vraiment imparable. Ritto ne put s'empêcher de baisser les yeux vers les doigts de pieds en question. Là, il ne mentait pas, il devait avoir les pieds les plus dégoutants du monde.
- T'es trop chiant. Vas-y qu'on en parle plus !
Yori dévoila un sourire aux longues canines. On pouvait dire que dans la vie, Yori était rarement perdant. Si Yori était parti avec un désavantage certain, il avait très vite compris comment combler ses lacunes. Il obtenait toujours ce qu'il voulait, en particulier de Ritto.
Le hollow de classe 1 continua son festin sans se soucier des shinigami. Soudain un rugissement féroce fit trembler le sol. Les deux shinigami fixèrent le ciel noir puis le hollow à nouveau.
- Aniki, qu'est-ce que c'est que ça ? Un nouveau Hollow ?
Yori se contenta de faire des signes de la main. S'il était capable d'articuler des phrases entières, il préférait généralement ce mode de communication.
- Arrancar ? Tu dis ? Impossible. On n'en a rencontré aucun depuis la trêve.
Yori haussa les épaules en réponse.
- Ce qui est étrange c'est que je n'arrive pas à déterminer la source avec précision. Ce reiatsu est partout. Tu y arrives toi ? C'est quoi ce reiatsu de dingue?!
Il signa à nouveau très rapidement.
- Le substitut shinigami, tu dis ? Mais il est toujours sans pouvoirs, non. Je préviens le central, nous allons à nouveau faire un tour de périmètre.
Ritto s'exécuta et contacta le central.
- Ici, le quatrième siège Shinoda Ritto, le troisième siège et moi demandons assistance...
Le hollow de classe 1 poussa un rugissement comme répondant à un appel. Yori fronça les sourcils devant la scène. Il n'avait jamais observé un pareil comportement chez les hollows. Il disparut en un shunpo avant de réapparaître au même endroit, son zanpakutō attaché à sa ceinture, derrière lui, le hollow de classe 1 se désintégrait doucement.
Un nouveau grognement fit vibrer la ville endormie. Ils restèrent tous les deux figés. Cela sentait le souffre. L'atmosphère était pesante et saturée de pression spirituelle. Un éclair zébra le ciel.
- Cela vient de ce côté, Aniki. Si ça continue, les renforts mettront trop de temps à arriver.
Les deux shinigami sautèrent de toit en toit agilement. Dix vortex firent leurs apparitions dans le ciel sans étoile de Karakura. Ils s'immobilisèrent en même temps et reculèrent parfaitement synchronisé pour assumer une position défensive dos à dos. Une vingtaine d'Adjuchas pointèrent le bout de leur nez. Un nouveau rugissement animal résonna dans toute la ville. Dans les yeux des jumeaux, des centaines d'étoiles, la soirée prenait un tour des plus intéressants.
- Nom de dieu, la soirée avait si bien commencé. Grommela le quatrième siège de la première division.
Yori hocha la tête doucement avant d'attacher ses longs cheveux noirs avec un ruban rouge.
Un nouveau rugissement de bête. Cette fois, ils en connaissaient la provenance. En quelques secondes, le nombre de hollows avait doublé. Ils étaient encerclés. Deux contre 20, ils avaient vu pire.
- J'ai pigé ! S'écria Ritto comme s'il venait d'avoir la révélation de toute une vie. En fait, il y en a deux pour chaque année passée à Karakura à rien foutre. C'est ça le cadeau du « Barbu » !
Sans attendre, Yori et lui s'élancèrent dans la bataille.
La lune était immense ce soir. Depuis la terrasse de sa chambre, Gin Ichimaru porta le verre de saké jusqu'à ses lèvres. Le balustre bourdonnait doucement. Le sol tremblait. Il sirota une gorgée du liquide transparent, le coin de lèvres relevées dans un de ses énigmatiques sourires. Il leva les yeux vers le ciel et l'encre noire colora ses pupilles pendant quelques secondes. Il pouvait sentir son hollow en ébullition sur la surface. L'excitation le gagnait. Il sentait venir des temps difficiles et sombres. Shinji Hirako sortit à la hâte sur la terrasse, scrutant le ciel, affolé. Gin apprécia voir l'incertitude dans ses yeux et sentir sa peur dans l'air. Les deux hommes se dévisagèrent longuement. Il y avait quelques choses de familier dans l'air.
Ils étaient dos à dos et même si l'ennemi était faible, leur nombre grandissant jouait en leur faveur. C'était comme si l'atmosphère vibrait autour d'eux, secoué par ce reiatsu envahissant. Si la tentation était grande de « réveiller leur zanpakutō », quelques choses lui disait que faire usage de leur zanpakutō était présentement une mauvaise idée. Il semblait que Yori ait le même avis que lui puisqu'il se contentait de tailler et trancher dans la chair de hollow. Une goutte de sueur glissa le long de sa nuque. Un nouveau vortex fit son apparition et un Menos Grande passa une tête hors du trou.
- C'est comme si les frontières entre le monde des vivants et le hueco Mundo s'étaient liquéfié en quelques instants !
Le Menos ouvrit la gueule prête à lâcher son cero.
- Attention ! Yori ! Derrière toi !
Yori qui avait le dos tourné et était présentement incapable d'entendre son avertissement. Il se mit à courir de plus belle, prit appui sur la tête d'un adjuchas. La pression spirituelle dans l'air changea à nouveau de sens. La résistance sous ses pieds n'était soudain plus la même. Il trébucha. Le Menos lâcha le Cero. La boule d'énergie rouge embrasa le ciel. Yori pivota dans sa direction juste à temps. Il rattrapa Ritto au vol et disparût d'un shunpo juste avant le passage du cero.
Par chance la boule de feu retomba dans le fleuve en contrebas et la détonation eut un impact moindre sur les habitations environnantes. Les deux frères restèrent toujours dos à dos, essayant de reprendre leur souffle tandis que les hollows semblaient toujours plus nombreux. Encerclé, ils l'étaient à nouveau. Mais ce n'était plus par les hollows. Des milliers de shuriken virevoltaient autour d'eux et chaque fois qu'ils atteignaient un hollow, ils explosaient comme autant de mines explosives. En quelques secondes, la marée de Hollow était contenue. Yori se débarrassa du Menos Grande. Ritto des cinq adjuchas à sa gauche. Il ne resta plus aux deux frères qu'à remercier les renforts.
- Alors comme ça, on s'amuse sans moi ! lança leur sauveur d'une voix moqueuse.
Les lèvres de Ritto se fendirent d'un sourire.
- Tu rigoles ! Tu es à la bourre ! Tu fais un piètre shinigami suppléant.
Revêtu d'une tenue de ninja noire, le visage dissimulé par une cagoule, la jeune femme récupéra au vol cinq shuriken explosifs qui assemblés un à un formait un Ninjatō à la lame affutée. Chinokonatsu[1] retrouva le confort de son fourreau la minute d'après.
- Je croyais que tu devais bosser ce soir.
Yori toisa la nouvelle venue du regard avec méfiance. Cette femelle-là malheureusement était depuis longtemps immunisée contre sa mauvaise humeur apparente. Elle continua de marcher vers Ritto sans lui épargner un regard. Yori fulminait. Shinigami suppléant et lui s'entendaient comme chien et chat depuis le jour de leur première rencontre. Ils ne semblaient pas prêts d'enterrer la hache de guerre.
- Je ne pouvais pas bosser avec tout ce raffut. Je m'étais imaginé que des pros comme vous viendrait à bout très vite de ses trois hollows. Mais bon... Je vois que j'ai bien fait d'ôter le nez de mes bouquins.
Elle nargua un certain troisième siège avec un clin d'œil. Yori était à présent prêt à lui sauter à la gorge. Ritto se posta entre son frère et la nouvelle venue. Elle écarta sa cagoule pour dévoiler son visage armée de l'expression narquoise de celle qui venait de remporter le tournoi de football. Les joues de Ritto prirent une couleur cramoisie.
- Content de te voir, Kurosaki.
- Ça a l'air, les mecs ! Alors on se traine toujours les papis !
Yori disparut sans un mot.
- Yori... Elle plaisante !
- J'ai encore dit un truc qu'il ne fallait pas avec Grincheux ?
- Ça lui passera ! Tu as déjà mangé ?
- Tu m'invites, papi ?
- Peut-être ?
Ce n'était pas que Ritto voulait aller contre les dix commandements de Yoshiko. Bien sûr qu'il savait qu'il allait au-devant de gros problèmes avec cette Kurosaki-là... avec n'importe quel Kurosaki ! Mais Karin Kurosaki était juste trop jolie en noir.
- Tu t'y connais un peu en histoire médiévale ? J'ai un essai à remettre demain.
Ritto se tourna vers la jeune femme. Ce qu'il ne connaissait pas, il voulait bien l'inventer. Il était prêt à refaire l'histoire pour elle.
- Ouais, un peu. Ramen ? C'est moi qui offre.
- Yori?
- Je suis sûr qu'il a des tas de choses à faire. Débrief de mission... se laver les pieds... Des tas de choses à faire!
[1] Chinokonatsu : Poussière d'étoiles sanglante.
