A/N : Cette fois, le titre de ce chapitre est un extrait des paroles d'une chanson des Strokes, You only live once.
Chapitre 7 : Some people think they're always right
OoOoOoOoO
Lundi matin.
Le réveil est difficile. J'ai encore super mal dormi, si ça continue mes cernes vont s'incruster dans ma peau et ne partiront jamais. On va finir par me confondre avec la Dame Grise.
Et Sirius ne voudra plus de moi.
Ouais, ouais, encore lui... En fait, j'ai passé toute la soirée à réfléchir aux implications de ma décision d'hier soir. Enfin, réfléchir est un mot un peu fort, « paniquer » me semble plus approprié.
J'ai essayé de me convaincre que ce n'est pas si terrible, qu'il s'agit juste de lui donner un coup de main pour qu'il garde une bonne opinion de moi. Que cela m'aidera même peut-être à passer à autre chose, à démystifier ma vision de Sirius Black le beau Gryffondor rebelle.
Mais la vérité, c'est que je suis terrifiée. Je me connais, je n'arriverai pas à prendre les choses à la légère, à gérer la situation rationnellement et sans prise de tête. Ça va être une catastrophe. Une catastrophe, vous dis-je ! La guerre contre Vous-Savez-Qui, à côté, ce sera de la gnognotte.
Déprimée, je traîne les pieds jusqu'à la salle de bain... et manque de me prendre la porte en pleine poire lorsque Aphroda en sort, toute pimpante. Elle se lève toujours la première parce qu'elle prend du temps dans la salle de bain. Comme si elle en avait besoin.
- Salut, dit Aphroda en me toisant sous ses cils lourds de mascara, pas le moins du monde préoccupée d'avoir failli m'éborgner.
- Salut, je marmonne avant de me barricader dans la salle de bain.
Best friends forever.
Je prends une douche rapide, qui a le mérite de me réveiller un peu. Puis je m'ausculte un instant dans le miroir, histoire de vérifier que personne ne m'a changé les cheveux en vert cette nuit – par les temps qui rôdent, on ne sait jamais.
- Un peu de fond de teint, très chère ? me suggère le miroir d'une voix innocente.
- Nan, je grogne.
Je préfère garder mon look de cadavre. Comme ça, au moins, quand je me compare aux autres filles, je peux toujours me rassurer en me disant que je pourrais être plus jolie si je faisais plus attention, comme l'a si gentiment fait remarquer Madeleine l'autre jour.
J'attrape une brosse et entreprends de me coiffer un peu. J'ai les cheveux couleur paille, longs parce que ça fait une éternité que je ne suis pas allée chez le coiffeur. Les seules fois où j'y vais, c'est quand ma mère m'y oblige avant un mariage d'un des innombrables membres de ma famille. J'y échappe pour les enterrements, allez savoir pourquoi. Peut-être parce qu'on a l'air plus en deuil quand on est mal coiffé.
Une fois habillée, je descends pour le petit-déjeuner en même temps que les filles. Je m'assieds à côté d'elles sans écouter leurs papotages, guettant avec anxiété l'arrivée des Maraudeurs.
Les voilà.
Sirius ne fait pas attention à moi, il est en train de raconter quelque chose à Remus Lupin. Il s'assied à table, se sert à manger en hochant la tête à ce que lui répond Lupin. Ils ont l'air sérieux, pour une fois. Sirius semble réfléchir en silence pendant quelques instants. Puis il relève la tête, scanne rapidement la Grande Salle des yeux et tombe sur... moi en train de le fixer avec des yeux de merlan frit.
Pas rougir, Lucy, pas rougir !
Argh, trop tard. J'ai même pas eu le temps de détourner les yeux, genre « c'est pas toi que je regardais, mais le tableau moche derrière ».
Il me fait un signe de tête, en mimant quelque chose des lèvres comme pour me poser une question.
Il veut savoir si je suis toujours d'accord ? Ou si je vais bien ? Ou juste me dire bonjour ?
Aucune idée. Je réponds avec un demi hochement de tête qui veut tout dire.
Il me fait un grand sourire et lève le pouce, comme pour dire « super ! ».
Je lui souris faiblement en réponse, et détourne rapidement les yeux.
Qu'est-ce qu'il a compris ? Que je n'avais pas changé d'avis pour le pari ? Sûrement, sinon je n'aurais pas eu droit à un si grand sourire.
De toute façon, je n'allais pas faire marche arrière. Ça ne se fait pas, n'est-ce pas ? Il faut que j'assume mes choix. Y compris mes choix masochistes et suicidaires.
Je suis une femme forte et courageuse. Et vive l'auto-persuasion.
Sauf que lorsque j'arrive dans la salle de Métamorphose pour le cours de ce matin et que je le vois debout devant ma table, à discuter avec Potter et Pettigrow qui sont déjà installés, je n'ai qu'une envie c'est de prendre mes jambes à mon cou.
Je me dirige lentement vers ma place, essayant de ne pas (trop) paniquer.
A mon grand soulagement, Sirius s'apprête à aller à sa place quand j'arrive mais il me fait un sourire en s'éloignant, que Potter intercepte.
Je m'assieds à ma place, sors mes affaires tout en sentant le regard de commère de Potter posé sur moi.
- Hé... tu t'entends bien avec Sirius ? finit-il par me demander, curieux.
Je me tourne lentement vers lui tout en réfléchissant.
Si je réponds non, ça voudrait dire que Sirius n'avance pas dans son pari. Et si je réponds oui, ça voudrait dire que le pari a été trop facile avec moi.
- En quoi ça te regarde ? je réponds à la place.
- Simple curiosité, se défend Potter en levant les mains.
Je hausse les épaules, essayant de prendre un air détaché. Au fond, je suis très fière de ma répartie.
Heureusement, l'arrivée de McGonagall m'évite de trouver une nouvelle réponse inspirée. J'ignore Potter et fais mine de me concentrer sur le cours qui commence.
- Bonjour à tous, dit McGo. Avant de commencer la leçon, je vous rends vos essais corrigés de la semaine dernière.
Elle donne un coup de baguette et chaque parchemin vient se poser à la table de son propriétaire.
Misère, j'ai eu un P.
Pas étonnant, je l'ai rédigé la semaine où Sirius ne faisait que de me poursuivre en me faisant croire qu'il était réellement intéressé par moi.
Je suis sûre qu'il a eu un O lui, comme Potter qui regarde sa copie sans même faire semblant de ne pas s'y attendre.
- Je conseille à tous ceux qui ont eu en-dessous de A de redoubler leurs efforts lors des prochains cours, car la Métamorphose humaine intégrale est fondamentale pour obtenir son ASPIC en métamorphose, déclare McGo d'un air sévère. Relisez vos notes, approfondissez vos connaissances à la bibliothèque, et entraînez-vous aux sorts basiques à deux ou plus, cela ne peut que vous faire progresser. Aujourd'hui, nous allons nous entraîner à la métamorphose intégrale en objet, qui est moins complexe que la métamorphose intégrale en animal, bien que tout aussi dangereuse. Rappelez-vous bien des consignes de sécurité que j'ai données lors des derniers cours.
Quelles consignes ? Oups, je devais pas être très attentive.
- Commencez par former des groupes de deux, je vous prie. Dans le silence !
Comme d'habitude dans ces cas-là, le silence n'est pas de mise. Et comme d'habitude, je ne sais pas avec qui me mettre. C'est dans des moments comme ça que je me dis qu'avoir des amis, c'est quand même bien pratique.
Madeleine se met avec Liliane. Aphroda avec Richard Clarke. Sirius avec Lupin. Potter avec Pettigrow. Lily Evans avec Mary McDonald.
Qui restera-t-il à la fin ? Suspense...
Merde. Tout le monde a trouvé un partenaire, sauf moi... et Snape.
Un futur Mangemort en puissance, génial j'aurais pas pu tomber mieux.
Je m'avance vers lui avec prudence. Il grimace en constatant qu'il ne reste plus que moi mais ne dit rien.
Je me demande s'il sait que je suis née-moldue. Sûrement, ce genre de types doit garder une liste de tous les élèves de Poudlard, classés selon leur sang.
- Silence s'il-vous-plaît ! réclame McGonagall. Bien, le but de ce cours est de métamorphoser son partenaire en fauteuil. Pour ce faire, essayez de visualiser quelle sorte de fauteuil pourrait être votre partenaire. Songez à la forme, à la matière, à la taille, à la couleur qu'aurait votre partenaire s'il était un fauteuil. Ne vous focalisez pas sur sa solidité ou sur sa consistance, ce qui importe, c'est l'apparence que prendra votre fauteuil.
J'observe notre Mangemort junior du coin de l'oeil, essayant de l'imaginer en fauteuil, mais ce n'est pas chose facile. D'autant plus qu'il est assez intimidant et que je n'ose pas le fixer trop attentivement. Lui me jette juste un coup d'oeil perçant pendant cinq secondes puis détourne les yeux, en tapotant impatiemment du pied.
Cinq secondes à regarder une Sang-de-Bourbe, ça doit déjà être trop pour lui.
- C'est fait ? demande McGo.
La plupart des élèves n'ont pas l'air très sûr d'eux, mais McGo poursuit quand même :
- Bien. La formule est Homo Cathedras. Gardez en tête l'image de votre partenaire en tant que fauteuil, rappelez-vous bien que vous devez transformer uniquement l'apparence corporelle de votre partenaire, et non pas sa consistance. C'est fondamental pour la métamorphose en objet. Une fois que vous vous sentez prêt, lancez la formule et je passerai vous voir.
- Je commence, déclare immédiatement Snape en se tournant vers moi.
- OK, dis-je en essayant de ne pas avoir l'air effrayé.
Quelque chose me dit qu'il n'y a pas moyen de négocier. Je garde quand même ma baguette à la main.
Il me fixe quelques secondes en plissant les yeux, l'air concentré, puis lance, avec un coup sec du poignet :
- Homo Cathedras !
Le sort m'atteint en pleine poitrine, mais ce sont mes jambes qui commencent à se métamorphoser en premier. Je les sens trembler puis prendre d'un coup leur forme de fauteuil dans un petit « plop », mais je n'ai pas le temps de voir en quoi elles se transforment, car le reste de mon corps débute à son tour sa métamorphose.
C'est une expérience pas très agréable, pour tout dire. J'ai l'impression d'être du papier bulle qu'on s'amuserait à éclater de partout.
Quand mon corps cesse de se métamorphoser, j'essaye de voir quel fauteuil je suis devenue, mais ce n'est pas chose facile, étant donné que je ne peux pas bouger ce que ma tête est devenue. Quelle sensation étrange. Autour de moi, j'entends mes camarades se faire eux aussi métamorphoser, des tas de petits « plop » résonnent dans la salle.
- Bravo Potter ! j'entends McGonagall s'exclamer pas loin. Votre fauteuil est parfait ! Il reste cependant quelques poils, attention. Essayez une seconde fois en faisant attention aux poils, je repasserai vous voir. Cinq points pour Gryffondor.
Puis, elle arrive vers nous.
- Mr Snape, dit-elle d'un ton moins admiratif qu'avec Potter, votre fauteuil possède encore des pieds et des mains...
Ah oui tiens ! J'ai gardé mes pieds et mes mains ! Je les secoue joyeusement, comme pour narguer Snape. Hé hé. Je me demande si je pourrais marcher... J'imagine bien Snape me courir après en vociférant.
- Refaites un essai, dit McGo en me tapotant de sa baguette. Puis vous laisserez votre partenaire essayer à son tour.
Plop par plop, je retrouve mon corps alors que McGo s'éloigne vers deux filles de Poufsouffle.
J'ai à peine le temps de me remettre que Snape me relance le sort, et c'est reparti... Effet papier bulle.
Dis donc, je crois bien que je me transforme en... fauteuil en rotin ! Oui c'est ça, un bois couleur paille, tout entortillé. Je devrais peut-être aller chez le coiffeur plus souvent, en fait.
Je ne sais pas ce qui ne va pas cette fois, mais quand Snape me redonne mon apparence humaine, il n'a pas l'air très content de lui. Ceci dit, ce mec fait toujours la gueule, donc je ne sais pas si je peux me fier à son expression.
Bon, à mon tour, alors.
Voyons, voyons, quel fauteuil pourrait être Snape ?
Il n'a pas l'air de s'intéresser à moi, il regarde autour de lui quels fauteuils sont devenus nos camarades. J'imagine qu'il se dit que ça peut être matière à se moquer des autres. Du coup, je peux l'examiner sans avoir trop peur.
Cheveux noirs, yeux noirs, cape noire... quelque chose me dit que ce sera un fauteuil noir.
J'essaye de le regarder plus attentivement, pour voir quelle forme il pourrait prendre... mais tout ce qui me saute aux yeux, c'est ce nez énorme au milieu de son visage. Je n'arrive pas à me détacher de son nez. C'est terrible, je ne vois que ça !
- Bon, on va pas y passer la nuit, s'impatiente Snape d'une voix désagréable.
Tellement d'amabilité en une seule personne, c'est effarant.
Bon ben OK, il l'aura voulu.
- Homo Cathedras ! je lance, sans vraiment avoir une image précise de mon fauteuil en tête.
A mon soulagement, il commence bien à se transformer en quelque chose qui ressemble à un fauteuil. Un fauteuil en cuir noir qui a l'air aussi dur que de l'acier, mais un fauteuil quand même.
En fait, mon fauteuil serait parfait s'il n'y avait pas un nez énorme planté en plein milieu du dossier.
Par la chemise hawaïenne de Merlin, j'ai transformé tout de Snape sauf son nez !
J'entends un gros éclat de rire à ma droite.
- Ah ah ah, tu as vu ça Queudver !? s'exclame Potter, hilare. Patmol, Lunard, regardez Servilus ! Excellent !
Ce con est mort de rire. Pettigrow aussi pouffe de rire alors que j'entends au loin le rire aboyé de Sirius. Et ils attirent l'attention de tout le monde autour de nous. Enfin, tout le monde qui n'est pas métamorphosé en fauteuil.
Ouh la, c'est pas bon, ça, Snape va me tuer ! Il faut que je le re-transforme en humain, vite !
Mince, c'est quoi la contre-formule déjà ? J'aurais vraiment dû écouter McGo !
McGo qui se dirige vers nous, d'ailleurs, attirée par les éclats de rire des élèves autour de nous.
- Homo Revelio ! lance-t-elle en pointant sa baguette vers Snape.
Elle arrive à notre hauteur, tandis que Snape se re-transforme peu à peu en humain.
- Miss Picotti, qu'attendiez-vous pour lancer le contre-sort ? me reproche-t-elle, sévère.
- Je... j'étais sous le choc, désolée... me défends-je, ne souhaitant pas avouer que j'avais oublié la formule.
McGo me lance un regard perçant, elle ne me croit pas vraiment mais, devant mon regard pas rassuré pour un sou, n'insiste pas.
- Vous autres, retournez à vos métamorphoses ! lance-t-elle aux élèves qui regardaient la scène.
Et elle s'éloigne à grands pas vers un autre groupe. Je me tourne avec appréhension vers Snape, qui a repris forme humaine.
A côté de nous, Potter a repris ses essais, mais il est toujours secoué d'éclats de rire passagers.
L'expression meurtrière de Snape me fige sur place de terreur. On dirait que de la fumée va sortir de ses oreilles.
- Tu me paieras ça, Sang-de-Bourbe, menace-t-il entre ses dents, le regard aussi assassin qu'un Avada Kedavra.
Je déglutis difficilement. Je crois pas qu'on deviendra copains.
OoOoOoOoOoOo
- Hé, bien joué pour Snape, c'était génial ! me félicite Mary McDonald, une fille de Gryffondor à qui je n'ai jamais parlé de ma vie, en arrivant dans la Grande Salle pour le déjeuner.
Je lui adresse un sourire forcé. C'est la troisième personne, après Potter et Soukaina Badaoui, une Poufsouffle née-moldue, à me féliciter pour ma métamorphose ratée sur Snape.
Comment leur faire comprendre que je n'ai absolument pas fait exprès ?
Maintenant, Snape m'a dans le collimateur. Je peux dire au revoir à ma tactique de ne pas me faire remarquer par les Serpentards.
- Hé Picotti, j'ai entendu dire que tu avais provoqué Snape en Méta', c'est vrai ? me demande un Serdaigle de septième année, Jonas Smith, alors que l'on s'installe à table.
Oh c'est pas vrai, ils vont me lâcher avec ça ?
Smith est l'un des seuls à n'avoir pas continué Métamorphose pour les ASPICs. Contrairement aux autres, lui n'a pas l'air admiratif en me posant cette question... Je crois que les Serdaigles n'ont pas trouvé ma petite bavure aussi brillante que les Gryffondors.
- C'était pas volontaire, je rétorque.
- Franchement Lucy, c'était pas très malin, intervient Aphroda d'un air supérieur. Snape n'est pas quelqu'un à énerver, surtout quand on voit qui il fréquente.
Mulciber, Avery, Rosier, entre autres, je sais. Sans parler de Malfoy et des frères Lestrange, qu'il fréquentait aussi avant qu'ils ne quittent Poudlard. Ça ne m'étonnerait pas que ces gens là soient maintenant aux côtés de Vous-Savez-Qui. Snape n'est pas le pire, il reste relativement discret, mais tout le monde sait que c'est un grand adepte de Magie noire.
- Je sais, dis-je agacée. C'était pas voulu, je te dis.
- Il fallait réfléchir avant d'agir, insiste Aphroda. Ce genre de provocation pourrait avoir des répercussions sur notre Maison.
Non mais je rêve, depuis quand Aphroda s'inquiète de l'image de notre Maison ? Elle me fait la leçon en plus !
- C'est bon, Aphroda, elle t'a dit qu'elle avait pas fait exprès, intervient Emeric Headkins le troisième et dernier garçon de Serdaigle de notre année. Et de toute façon, je ne pense pas que Snape fera un quelconque lien avec notre Maison.
Je relève la tête, surprise qu'il me défende contre Aphroda. En tout cas, il a cloué le bec à Aphroda car celle-ci hausse les épaules l'air de dire « on verra bien », mais n'insiste pas. Ça tombe bien, je n'avais pas d'idée de répartie. Je replonge dans mon assiette alors qu'une nouvelle conversation démarre entre les Serdaigles.
Au moment de sortir de la Grande Salle, je me fais accoster par Sirius.
- Hey ! s'exclame-t-il en m'apercevant.
Il se détache de son groupe d'amis et s'approche de moi. Je me mets à paniquer : il y a plein de monde autour de nous, qu'est-ce qu'il fabrique ?
- Géniale, ta métamorphose de Servilus ! s'écrie-t-il, avant d'ajouter à mi voix : Rendez-vous après le dîner devant la salle des sortilèges, OK ?
- Heu, merci, je réponds en hochant la tête légèrement.
- C'est dommage qu'on avait pas d'appareil photo ! ajoute Sirius à voix haute avant de repartir vers ses amis qui l'attendent.
Croisant mon regard, Potter lève le pouce comme pour me dire encore une fois « bien joué ! », puis le petit groupe s'éloigne définitivement. Personne n'a remarqué ce que Sirius m'a dit à mi-voix.
Devant moi, quelques Serdaigles nous ont entendus et se sont retournés, dont Emeric Headkins et Aphroda. Si le premier ne dit rien et se détourne rapidement, Aphroda, elle, me fusille du regard.
Qu'est-ce qu'elle a encore ? Jalouse que Sirius m'ait félicitée ?
Et encore, elle ne sait pas qu'il m'a donné rendez-vous ce soir, hé hé...
Je ne fais pas attention à elle et prends la direction de la bibliothèque, histoire de lire un peu avant le cours de Potions. Sur le chemin, je ne peux m'empêcher de chantonner stupidement dans ma tête : « j'ai rendez-vous avec Sirius, heu ».
Et cette fois-ci, je ne suis pas obligée de lui poser un lapin !
OoOoOoOoOoOo
Pendant le cours de Potions, entre deux regards haineux de Snape que Potter et Sirius ne manquent pas de charrier à la moindre occasion, je dresse une liste des choses à ne pas faire en présence de Sirius pour le rendez-vous de ce soir. Je suis tellement distraite que je manque de faire cramer mon philtre du Mort vivant. A la fin du cours, il pue et a pris une couleur vert vomi au lieu du mauve pâle qu'il aurait dû être. Slughorn y jette un regard dégoûté et m'enjoint de le retravailler d'ici la semaine prochaine. C'est pas demain qu'il m'invitera à ses soirées hype.
De toute façon j'ai jamais été très bonne en Potions, je suis trop distraite, je ne sais pas comment j'ai fait pour avoir E à mon BUSE. J'ai seulement gardé cette matière parce que je me dis que c'est quand même bien utile. Enfin, à partir du moment où on arrive à faire une potion correcte, ce qui n'est pas mon cas.
Je décide de monter prendre une douche au dortoir avant le dîner car j'ai l'impression que l'odeur de ma potion ratée me colle à la peau. Je me lave aussi les cheveux, au cas où.
Je passe le dîner à stresser, m'efforçant de manger ce qu'il y a dans mon assiette au lieu de mes ongles. Peine perdue.
Quand les assiettes disparaissent et que les élèves sortent de la Grande Salle, je les suis comme un automate, l'estomac noué.
Reprenons. La liste des choses à ne pas faire en présence de Sirius. Ne pas rougir. Ne pas le regarder dans les yeux. Ne pas me tripoter les cheveux. Ne pas ronger mes ongles. Ne pas dire des choses stupides. Ne pas m'imaginer en train de l'embrasser. Ne pas... quoi d'autre ?
Aaargh, au moins les autres fois où on s'est retrouvé tous les deux, je n'avais pas à m'y préparer.
Mes pieds m'emmènent jusqu'au couloir des Sortilèges, alors que ma tête leur hurle de se réfugier dans la tour de Serdaigle. J'arrive devant la salle de Sortilèges.
Il n'y a personne.
Peut-être qu'il ne va pas venir. Peut-être qu'il a oublié. Peut-être que j'ai mal compris. Peut-être qu'il a changé d'avis.
- Hé, Lucy !
Je sursaute violemment. Sirius se tient dans l'embrasure d'un tableau pivotant, à moitié caché dans l'ombre.
- Viens, suis-moi, fait Sirius en me faisant signe de le rejoindre.
Le tableau se referme derrière nous une fois que je suis dedans.
- Lumos ! dit Sirius d'une voix confiante.
Sa baguette éclaire un couloir étroit et plein de virages.
- Allons-y, dit Sirius en s'avançant dans le passage secret.
- Allons-y où ? je demande, méfiante.
- Dans un endroit où on ne sera pas dérangé, explique Sirius en partant devant de son habituelle démarche nonchalante.
Je le suis en m'interrogeant. Qu'est-ce qu'il appelle un endroit où on ne sera pas dérangé ?
J'ai vite ma réponse quand après moins d'une minute, il ouvre une porte qui donne sur une petite pièce désaffectée qui semble avoir été une remise il y a un temps.
- C'est une salle qui n'est accessible que par ce passage, explique Sirius. On a tout essayé pour ouvrir cette autre porte là-bas, mais rien n'y fait. Elle ne s'ouvre ni de l'intérieur, ni de l'extérieur.
Je hoche la tête. C'est pratique, ça, une salle où personne ne peut entrer.
- Ça ira très bien, dis-je d'un air que j'espère désinvolte.
- Parfait, dit Sirius en se haussant sur une table d'un geste souple.
Ne sachant pas trop où me mettre, je décide de m'adosser près de la fenêtre. Je jette un oeil dehors, il fait nuit mais je peux dire qu'on est assez haut, donc on doit être au sixième ou au septième étage, au moins.
- Donc, tu voulais me parler de quoi ? je demande, le silence me mettant mal à l'aise.
Sirius, lui, n'a pas l'air mal à l'aise du tout. Il est assis confortablement sur la table, appuyé en arrière sur ses mains, avec élégance. Il dégage une présence incroyable, alors que moi, mon malaise doit se sentir à des kilomètres.
Il est dix fois trop beau pour moi.
- Et bien, je me disais qu'on devrait discuter de notre arrangement, dit-il d'une voix posée. Enfin, si tu es toujours d'accord.
Je hoche la tête vaguement.
- Le problème, poursuit Sirius, c'est comment on va faire pour convaincre James qu'on sort ensemble sans s'afficher en public...?
L'entendre parler de sortir ensemble avec autant de désinvolture me met encore plus mal à l'aise. L'idée même de sortir avec Sirius me paraît complètement irréelle... pour moi, ça a toujours été un fantasme irréaliste et irréalisable. Ce qui est d'ailleurs toujours le cas, vu que la situation actuelle est bien éloignée de mes fantasmes.
Malheureusement.
- Heu... ça dépend, de quoi aurait besoin Potter pour être convaincu ? je demande, n'osant pas ajouter « qu'on sort ensemble » à la fin, telle une gamine pré-pubère.
- Je pense qu'il faudrait juste qu'on ait l'air amoureux, dit Sirius très sérieusement. Donc, faire des trucs de couple, tu vois.
Je hoche la tête en me demandant ce qu'il entend exactement par des « trucs de couple ».
- Ça ne me paraît pas incompatible avec le fait de ne pas rendre ça public, dis-je. Il suffit de dire à Potter que je souhaite garder ça secret. Et tu pourras t'éloigner tout seul quelques fois en prétendant que tu vas passer du temps avec moi, ça ne devrait pas être trop compliqué.
Non, passe vraiment ton temps avec moi !
- Non, James aura un moyen de savoir avec certitude si je suis bien avec toi, contre Sirius. Désolé, mais il faudra vraiment qu'on se retrouve régulièrement tous les deux.
Il me fait un petit sourire d'excuse.
Yes, génial !
- Ah, dis-je en prenant un air dépité.
Je résiste à l'envie de demander quel est ce moyen dont dispose Potter (est-ce grâce à ça que Sirius arrive toujours à me trouver où que je sois ? Il m'a certifié que ce n'était pas un sort de pistage...) et demande à la place :
- A quelle fréquence selon toi ?
- Je ne sais pas. Pour l'instant, James pense que je suis toujours dans la phase séduction, répond Sirius avec un sourire amusé. Ce qui n'est pas plus mal parce que le pari n'aurait plus vraiment eu d'intérêt si j'avais gagné tout de suite. Du coup, on peut se permettre de prendre notre temps pour mettre au point les détails de notre plan.
- OK, je hoche la tête. Comment est-ce qu'on procède alors ?
Sirius prend un air calculateur, s'appuyant sur ses mains en se penchant légèrement en avant.
- Je pense que... il nous faut une phase d'entraînement avant de passer à l'action, dit-il très sérieusement.
Vu le vocabulaire qu'on utilise, j'ai l'impression qu'on se prépare à braquer une banque.
- Comment ça ? je demande.
D'un geste souple, il descend du bureau et va s'asseoir sur une chaise, plus près de là où je me trouve. J'essaye de dissimuler mon malaise à l'idée qu'il vient de se rapprocher de moi. Il y a encore quelques mètres de distance entre nous, ça reste gérable.
- Dans un premier temps, il faut qu'on apprenne à se connaître un minimum, afin d'être crédible en tant que couple, déclare Sirius, les coudes posés sur la table, comme s'il présentait un exposé à la classe.
- Et dans un deuxième temps ? je demande.
- Dans un deuxième temps... fait Sirius, pensif. Dans un deuxième temps, on verra. On va procéder par étapes. Pour l'instant je propose qu'on se voie de temps en temps, sans que ça ait l'air de rendez-vous, pour apprendre à mieux se connaître et donc donner l'impression à James qu'on se rapproche.
- OK, dis-je. Et comment on fait pour « apprendre à mieux se connaître » ? On se raconte nos vies ?
Je n'arrive pas à cacher le ton cynique de ma voix. Cette situation est trop ridicule.
Mais cela fait sourire Sirius. Il se tourne davantage vers moi, à moitié allongé sur le bureau sur le côté, la tête posée sur sa main. Ses cheveux bruns tombent sur ses yeux dirigés vers moi. Il est tellement beau... Et mon coeur bat beaucoup trop vite.
- Je ne sais pas, dit-il d'un ton badin. Qu'est-ce que tu sais de moi ?
Ouh la la, c'est quoi cette question ?
Et il me fixe de ses yeux gris, profonds, attendant ma réponse avec curiosité.
Je me mords la lèvre, cherchant par où commencer, essayant d'ignorer son regard posé sur moi.
- Et bien, en gros... je sais que tu viens d'une famille de sang-pur plutôt orientée vers la magie noire et la pureté du sang, je commence prudemment. Que tu es le seul à être à Gryffondor et que tu ne t'entends pas trop avec eux. Et... je ne pense pas que tu partages leurs idées.
- Pas vraiment, non, dit-il gravement, toujours en me regardant. Quoi d'autre ?
Quoi d'autre, quoi d'autre... Si tu savais tout ce que je sais sur toi, ça te ferait peur. On va éviter de dire que je sais qu'il est un Animagus. Et que l'un de ses meilleurs amis est un loup-garou. Ou que je sais quel est son dessert préféré.
- Heu... je sais que tu es ami avec Potter, Lupin et Pettigrow. Que tu détestes Snape et les Serpentards en général et que vous aimez bien leur faire... des blagues.
Si on peut appeler ça comme ça...
- Je sais que vous passez votre temps en vadrouille autour du château et que vous avez eu plus de retenues que tous les élèves de Poudlard réunis.
- Oui, c'était le bon temps, fait Sirius d'un air nostalgique. Et c'est tout ?
Oh que non, si tu savais. Je fais mine de réfléchir.
- Tu crois que tu as un petit frère à Serpentard, mais je ne me souviens plus de son prénom, j'ajoute (alors que je m'en souviens très bien).
- Oui. Regulus, en sixième année, acquiesce Sirius d'un air impassible.
Je hoche la tête.
- Et voilà. Je crois que c'est tout.
Je pourrais aussi lui dire que je sais qu'il est sorti avec Aphroda l'année dernière (ça ne paraîtrait pas bizarre vu que c'est ma camarade de dortoir), mais je n'ai aucune envie d'amener ce sujet sur la table.
Mes jambes commencent à être fatiguées alors je me hisse sur le rebord de la fenêtre d'un geste aussi souple qu'une limace obèse.
Je suis au maximum de mon potentiel de séduction, là.
- OK, dit Sirius. A mon tour, alors.
- Heu, je ne sais pas si c'est vraiment néces...
- Je sais déjà que ta famille est moldue, me coupe Sirius sans m'écouter. Et vu ton nom, j'imagine qu'elle a des origines italiennes. Mais ils doivent habiter en Grande-Bretagne sinon tu ne serais pas à Poudlard.
Il penche la tête sur le côté en me regardant et semble réfléchir un instant.
- Comme tu es à Serdaigle, tu dois aimer lire, aller en cours, étudier à la bibliothèque, et... apprendre des trucs, poursuit-il, l'air mortellement ennuyé rien qu'à cette pensée. Et tu dois sûrement avoir des bonnes notes, donc les profs doivent bien t'aimer. J'imagine que tes amis sont les autres Serdaigles, et tu as l'air de bien t'entendre avec tout le monde... bon, à part Snape tout à l'heure mais c'est un cas spécial. Et... quoi d'autre ? Ah oui, tu as Études des Runes en option, d'après ce que m'a dit Remus. Et voilà !
Il me regarde en souriant, satisfait de son petit discours. Une seconde de stupéfaction s'écoule puis, soudain gênée, je détourne le regard vers la fenêtre.
Que répondre à... à ça ? Je n'arrive même pas à croire que ce soit cette image qu'il ait de moi. Je veux dire, comment peut-il ne pas avoir remarqué que je suis tout le temps toute seule et pas du tout amie avec les autres de Serdaigle ? Et il croit vraiment que juste parce que je suis une Serdaigle, j'adore aller à la bibliothèque et que j'ai tout le temps des bonnes notes ?
C'est n'importe quoi. Je savais que Sirius ne s'intéressait qu'à lui et ses amis et qu'il avait tendance à juger les gens sans les connaître, mais je ne pensais pas que c'était à ce point.
- Qu'est-ce que tu vas faire après Poudlard ? demande soudain Sirius.
- … Je ne sais pas.
- C'est dans quelques mois, remarque-t-il.
- Je sais.
Je regarde toujours par la fenêtre et un autre silence s'installe. Je ne lui retourne pas sa question parce que je sais déjà ce que lui va faire après Poudlard : il va devenir Auror, rejoindre le camp de Dumbledore avec ses amis et ils vont se battre contre Vous-Savez-Qui.
Et il me pose cette question parce qu'il veut savoir si moi aussi je vais me battre contre les idées de Vous-Savez-Qui. C'est exactement le genre de choses sur lesquelles il jugerait la valeur d'une personne. Sur lesquelles il veut me juger.
Soudain, une sensation de nausée me prend à l'estomac.
- Écoute, je ne crois pas que ce soit une bonne idée, dis-je en descendant précipitamment de la fenêtre. Je vais y aller.
Sirius se lève aussi, l'air surpris.
- Pourquoi ?
- Désolée, dis-je en me dirigeant vers la porte.
Sirius me retient par le bras. Mon stupide coeur se met à battre plus fort.
- Attends, qu'est-ce qu'il y a ?
- Rien. Je... je suis fatiguée, il faut que je rentre. On se voit demain, dis-je pour qu'il me lâche.
- OK, dit-il en lâchant mon bras.
Il semble s'apprêter à ajouter quelque chose pour s'expliquer mais je ne lui en laisse pas le temps et m'empresse de partir, le laissant perplexe dans la salle.
A/N de fin : Ah, Sirius et ses idées reçues...
Dites-moi ce que vous pensez de cette histoire et n'hésitez pas si vous avez des questions ! A la prochaine ;)
