Chapitre 6 – Rosings Park
Darcy faisait galoper Combat à vive allure à travers la campagne anglaise. Il souhaitait rejoindre Rosings Park avant le crépuscule et jusqu'à maintenant, il pouvait seulement distinguer le bout des tourelles qui dépassaient de la lisière lointaine des arbres. Il pressa Combat jusqu'au pied d'une colline verdoyante puis vers la forêt, où il rejoignit le chemin de gravelle qui menait vers Rosings. Alors qu'il pressa encore Combat sur le chemin, ils se hâtèrent et Rosings émergea bientôt de la canopée de la forêt.
Tandis qu'il s'approchait de la vaste demeure, un des soldat de la Garde Noire ordonna que soit abaissé le pont levis. Il quitta sa monture une fois arrivé devant les jardins où un domestique l'attendait pour prendre en charge son cheval et le mener aux écuries. Darcy marcha à travers les jardins somptueux, vers les escaliers puis à l'intérieur du château. Il fut accueilli par le majordome, Franklin, qui le salua et lui demanda de bien vouloir le suivre dans la salle du trône de sa tante. Ils traversèrent un couloir magnifique avec un plafond doré, de riches boiseries sombres parfaitement gravées, et des soldats de la Garde Noire postés à tous les mètres.
Franklin entra dans la pièce en premier, et annonça la présence de Darcy.
"Ah! Mon neveu préféré! Vous voilà enfin arrivé." S'exclama Lady Catherine quand Darcy fit son entrée dans la pièce. Elle était assise dans un large fauteuil richement tapissé de tissus. Ses cheveux foncés étaient tirés en un chignon élaboré et un cache-œil recouvrait le trou où se trouvait autrefois son œil gauche. Il s'approcha de sa tante et lui fit une révérence formelle en guise de salutations et puis une autre vers sa cousine, Anne, qui demeurait silencieuse aux côtés de sa mère. Sa cousine se présentait de la même façon que dans ses souvenirs, pâle, et immobile.
"Comment votre voyage s'est-il déroulé?" S'informa sa tante.
Il lui fit un étalage élaboré de son périple en partance de Pemberley, incluant la chance qu'il avait eu de tomber sur quelques zombies imprévisibles. Elle se mit alors à le bombarder de questions jusqu'à ce qu`elle décida d'ajourner leur retrouvailles pour que tous aillent se rafraîchir avant le souper.
Déambulant dans les couloirs de Rosings en route vers un autre parloir aussi richement décoré que le précédent, Darcy se remémora le temps qu'il avait passé ici alors qu'il était enfant. Il s'approcha d'un mur dans le corridor où se trouvait une peinture de sa tante qui se tenait debout sur un Lucifer zombifié et vaincu. Darcy ne put s'empêcher de sourire. La nature ostentatoire de sa tante n'avait jamais cessé de le fasciner. Il se déplaça ensuite pour contempler le second tableau. Il représentait quatre hommes qui montaient des chevaux – Les Quatre Cavaliers de l'Apocalypse comme on les appelait. Quand il était jeune, il avait entendu plusieurs légendes et histoires racontant que lorsqu'ils se montraient, cela signifiait que la fin des temps était proche. Maintenant qu'il était devenu adulte, il ne croyait plus à ce genre de fable fantaisiste.
Franklin annonça sa présence et Darcy entra dans le parloir. Sa tante et sa cousine y étaient déjà, habillées de belles robes à la dernière mode. Darcy lui-même avait troqué son manteau de cuir noir pour une redingote noire plus adéquate pour un dîner, et aussi parce que sa tante le lui avait demandé. Mis à part les questions occasionnelles de sa tante concernant sa sœur ou les commentaires indirects à propos de l'union farfelue entre Anne et lui, tous les trois gardèrent le silence. Après le souper, Darcy et sa tante discutèrent des meilleures stratégies à adopter en cas d'attaque majeure de zombies. L'esprit de sa tante s'échauffait quand il s'agissait de l'éradication du fléau, et elle n'avait jamais manqué une opportunité de prendre part à un combat pour ensuite se vanter de ses qualités supérieures de guerrière. Après tout, elle maniait l'épée qui avait fait couler le plus de sang dans toute la Grande-Bretagne. En ayant suffisamment entendu pour la soirée, il s'excusa et se retira pour la nuit.
Le sommeil ne vint pas facilement alors que tout son esprit était remplit d'images d'Elizabeth. Il se retourna sur le dos et plaça ses bras sous sa tête. Darcy avait été distrait toute la soirée. Il savait qu'il agissait de façon imprudente et cavalière, et il réalisait qu'il n'aurait pas dû venir pour s'exposer ainsi. Et pourtant, il ne pouvait s'empêcher de vouloir la revoir une dernière fois. Il était en colère contre lui-même d'avoir quitté Meryton alors qu'il venait tout juste de la cerner. À ce sujet, il avait été beaucoup plus prudent envers Bingley qu'il ne l'avait été pour lui-même. Mais dès qu'il envisageait la perspective de sa visite prévue le jour suivant, il ne pouvait s'empêcher de sourire.
Les invités étaient attendus pour deux heures de l'après-midi, pour le thé, et connaissant l'obsession particulière qu'entretenait le Pasteur Collins pour sa tante, Darcy supposa qu'ils allaient se montrer prompts. Anticipant leur arrivé, il faisait les cents pas dans un couloir qui se trouvait au-devant de la maison. De là, il pouvait jeter un coup d'œil discret au chemin principal.
Darcy s'arrêta et s'approcha de la fenêtre pour apercevoir trois silhouettes qui s'avançaient vers l'entrée. Il verrouilla son regard immédiatement sur Elizabeth. Ses yeux étaient brillants et plusieurs mèches frisées de sa chevelure indomptable encadraient son visage. Elle regardait son cousin occasionnellement et puis sa chaperonne qui discutait avec lui. Darcy observa la jeune femme qui l'accompagnait et la reconnut comme étant la fille de Mr. Lucas, Charlotte. Elizabeth semblait heureuse et elle n'était pas du genre à dissimuler ses sentiments alors peut-être était-elle enthousiaste à l'idée de ses fiançailles.
Sa tante lui avait demandé de les rejoindre dans la salle du trône lorsqu`ils arriveraient, question de les présenter en bonne et due forme. Darcy avait intentionnellement omis de lui dire qu'ils avaient déjà fait connaissance, ne souhaitant pas divulguer toute leur histoire. Il marcha vers la porte et les entendit saluer sa tante. Darcy prit une profonde inspiration et entra dans la salle à la droite de sa tante et de sa cousine.
"Mr. Darcy?" Dit Elizabeth, choquée de constater sa présence.
Darcy fixa Elizabeth, légèrement bouche bée. Il jeta un coup d'œil à sa tante, sachant qu'elle allait se retrouver confuse, et suspicieuse devant le manque d'explications au sujet du fait qu'ils se connaissaient déjà.
"Miss Bennet." Répondit Darcy à Elizabeth en lui offrant une révérence polie.
Lady Catherine promena son regard de Darcy à Elizabeth et demanda sans détour, "Vous connaissez mon neveu? "
"Oui." Répondit Elizabeth avec entrain. "J'ai eu le plaisir de le rencontrer dans le Hertfordshire." Darcy continua de fixer le plancher, le plafond, ou les murs, évitant de croiser son regard, et celui de toutes autres personnes d'ailleurs. Il remarqua qu'elle ne se trouvait pas directement à côté de son promis. À la place, Charlotte Lucas se tenait étrangement entre eux deux.
C'est alors que Franklin entra dans la pièce pour annoncer l'arrivé de Mr. Wickham. Les yeux de Darcy s'écarquillèrent de stupeur et la rage commença à monter en lui. Pourquoi il était ici?
"Est-ce le soldat dont vous m'avez parlé?" Demanda sa tante alors que Wickham entra dans la pièce, lui offrant une révérence galante. Quand Wickham releva la tête, il remarqua la présence de Darcy. Il haussa les sourcils en guise de surprise et Darcy le gratifia d'une mine renfrognée.
"Oui, Miss Bennet requiert en son nom une audience avec vous pour discuter d'un éventuel moyen de combattre le fléau." Dit le Pasteur Collins.
"Hmm… un Lieutenant… rien de moins." Dit Lady Catherine, très peu impressionnée. Darcy fronça les sourcils vers Wickham et ses yeux rétrécirent. À quelle sorte de jeu s'amusait-il?
"En effet." Approuva Collins sur le même ton condescendant.
"Le thé est servi." Annonça Franklin en interrompant leur conversation.
"Oh!" S'exclama Lady Catherine, ravie. "Allons-y?" Elle se leva de sa chaise.
"Oh, avec plaisir." Dit le Pasteur Collins alors qu'il s'avança pour l'aider à descendre les escaliers de son piédestal.
Voyant que sa cousine était demeurée seule sur sa chaise, Darcy tendit la main vers Anne et l'aida à descendre les escaliers avant d'emboîter le pas à sa tante. Elizabeth se pencha et murmura quelque chose à l'oreille de Wickham avant de marcher à côté de Darcy pour se diriger vers le parloir.
Ils prirent place sur leur chaise une fois que Lady Catherine fut elle-même installée au bout de la table. Tous, sauf Wickham qui choisit de demeurer debout derrière sa chaise. Le Pasteur Collins souhaitant profiter de la meilleure vue sur Sa Grâce, s'assit sur le siège qui faisait directement face à la tante de Darcy, avec Charlotte à sa droite. Pendant ce temps, Darcy prit place à la gauche de sa tante, avec Elizabeth à sa propre gauche et sa cousine en face de lui. Darcy ignora le thé et les scones qui se trouvaient devant lui, n'ayant aucun appétit, et continua de focaliser sur l'homme qui avait infecté son père et presque ruiné sa sœur.
"Votre Grâce a peut-être entendu parler que certains des innommables n'avaient toujours pas succombé à l'urgence de se nourrir de cervelles et qu'ils avaient donc pu maintenir leur humanité." Commença Wickham.
"Et comment résiste t-il à ce besoin impérieux? Grâce à leur forte constitution?" Plaisanta Lady Catherine à qui Collins offrit un ricanement mesquin.
"Oui." Confirma Elizabeth. "Aiguisé par de la piété et de la cervelle de porc qui leur est donné à boire en communion." Elizabeth tourna les yeux vers Darcy. "La cervelle de porc étanche leur soif de cerveau humain." Il souleva les sourcils, confus devant son comportement, comment pouvait-elle croire que les morts-vivants puissent conserver leur civilité pendant qu'ils perdaient leurs capacités morales. Il en avait lui-même fait le constat à plusieurs reprises : une fois que l'un d'entre eux avait été mordu, malgré une lutte sans merci, les infectés parvenaient coute que coute à se nourrir de cerveau humain dès que l'occasion se présentait, complétant ainsi leur transformation. Aucune rationalité n'émanait des innommables, aucun contrôle, aucune retenue. C'était inévitable.
"Oh, oui, bien sûr." Déclara Lady Catherine.
"La couronne est au bord de la ruine." Déclara Wickham.
"Vous êtes ici pour solliciter de l'argent Monsieur!" S'exclama Darcy, incrédule. Il aurait du se douter des intentions de Wickham. Évidement que sa tante ne se laisserait pas berner par ses belles manières et saurait cerner son véritable dessein.
"Je suis ici," Rétorqua Wickham, "pour proposer de mettre un terme à cette boucherie. Ces zombies ont de l'entendement et avec un financement adéquat, je suis certain de pouvoir cultiver la confiance et la volonté d'aider de cette nouvelle vague de morts-vivants qui semble avoir de l'influence auprès de leur congénères inférieurs."
"Des zombies aristocrates?" Demanda Lady Catherine en pouffant de rire.
"Oh, vraiment!" Dit Collins en ricanant.
"Je préfère croire que ce sont des âmes perdues au purgatoire." Dit Wickham dans le but de se défendre.
"Hmm…" Dit Lady Catherine alors qu'elle considérait ce que Wickham venait de lui proposer.
"Leur commune semble s'être soumise à leur commandement." Dit Wickham. "Il suffit seulement que l'un d'entre eux prenne conscience de son pouvoir et il les mènera à la bataille."
"Les innommables sont comme des sauterelles" Statua Lady Catherine.
"Des sauterelles." Répéta Collins en continuant de sourire bêtement.
"Elles avancent et détruisent tout sur leur passage." Continua sa tante. "Sans avoir besoin de chef!"
"Oh, eum, sauf un en fait." Déclara Collins avec hésitation.
"Hmm?" Questionna Lady Catherine en se tournant vers le Pasteur Collins. Darcy s'appuya contre le dossier de sa chaise et quitta Wickham des yeux avec hésitation pour les poser sur Collins.
"Oh, et bien, eum." Commença t-il. "Si on se fit au Livre de la Révélation, l'antéchrist conduira la légion des morts, euh, au jour qui devra être le dernier jour de l'humanité."
"Vous êtes si gai Collins." Dit Lady Catherine avec désinvolture.
"Merci Lady Catherine, c'est très généreux de votre part. Franklin, reste t-il encore des scones?" S'enquit le Pasteur Collins en prenant une gorgée de thé. Le majordome se précipita pour satisfaire la demande de Collins.
"Si nous pouvions négocier avec ce groupe…"
"D'aristocrates?" Termina Lady Catherine. "Pour en arriver où?"
"À un traité." Répondit Wickham.
"Une conciliation?" Dit Darcy, choqué tandis qu'il sentit sa colère envers Wickham s'enflammer. "Jamais."
"Dans ce cas, notre destin sera fort sombre." Répondit Wickham. "Votre Seigneurie, les morts-vivants se reproduiront toujours plus rapidement que les vivants. Il nous faut neuf mois pour faire un enfant, seize ans pour en faire un soldat et une seconde suffit pour un zombie. Sachez que s'ils resserrent les rangs, nous ne pourrons les vaincre. Notre seul espoir est de coexister avec les zombies avant qu'ils ne trouvent leur antéchrist." Wickham tourna son regard vers Darcy et osa s'adresser à lui. "Votre père aurait soutenu une telle entreprise."
"Je crois avoir toléré votre présence assez longtemps Wickham." Répondit Darcy avec plus de retenue qu'il s'en serait cru capable. Comment osait-il mentionner son père? "Gardes!"
"Alors que les gardes s'approchaient, Wickham regarda Darcy et se montra une fois de plus entreprenant. "Je vous prie de ne pas oublier ce moment, ni cette offre si négligemment balayée. Une aube de zombies s'est déjà levée. Ouvrez les yeux sur ce jour nouveau ou sombrez dans l'oubli." Wickham dit une révérence polie vers Lady Catherine et fut ensuite escorté hors de la pièce par la Garde Noire.
"Mr. Darcy." Dit Elizabeth. Il se tourna pour la regarder. "Vous êtes aussi froid qu'un mort-vivant."
Ignorant toute forme de civilité, il se leva abruptement et quitta le parloir. Darcy marcha rapidement dans le corridor, puis descendit l'escalier principal et se rendit vers les écuries. Après avoir sellé Combat, il le monta et lui ordonna d'avancer, ressentant le besoin de s'échapper.
Darcy n'arrivait pas à savoir ce qu'il haïssait le plus, le retour de Wickham dans sa vie, ou ses sentiments pour Elizabeth. Wickham avait fait plus de mal à sa famille que quiconque, et contre tout son bon jugement, ce qu'il avait commencé à ressentir envers Elizabeth était une chose qu'il ne se serait jamais cru capable de ressentir. Maintenant, Elizabeth allait appartenir à un autre et Wickham était une fois de plus libre, du moins jusqu'à la prochaine fois qu'il décide de faire irruption dans sa vie.
Darcy chevaucha jusqu'à ce que les étoiles brillent et que la lumière blanche de la lune éclaire le ciel. De retour aux écuries, il brossa et nourrit Combat avant de marcher vers le château. Il alla quérir discrètement son katana avant de se diriger vers les jardins. Le donjon de sa tante lui était uniquement réservée, alors il se mit à frapper les différents arbustes dans son jardin en grognant de frustration. Après qu'il eut terminé son désordre, il monta l'escalier principal et se mit en route vers ses quartiers.
"Je ne sais pas ce qui s'est passé auparavant entre vous et ce lieutenant." Dit une voix féminine. "Mais je le trouve tout à fait charmant. Mal informé, mais charmant."
Darcy se retourna et vit sa tante apparaître dans ses habits de combat, les joues rouges et son katana en main. Darcy la fixa sans répondre.
"Voulez-vous manger quelque chose?" Demanda t-elle sur un ton plus doux.
"Non, mais je vous remercie ma tante." Répondit-il.
Sa tante eut alors la brillance d'esprit de ne pas insister à propos de Wickham, mais malheureusement, elle détourna la conversation sur un sujet aussi, sinon encore plus sensible pour lui.
"Je pense que le Pasteur Collins a trouvé une femme tout à fait convenable." Commenta t-elle alors qu'ils se mirent à marcher ensemble. "Elle est jolie et apte à porter des enfants, malgré sa situation et l'avantage qu'elle saura retirer de celle-ci. Somme toute, une jeune fille agréable."
"En effet." Répliqua Darcy.
"Oui, Miss Lucas lui convient parfaitement." Continua t-elle. Darcy la regarda, stupéfait, et s'arrêta brusquement.
"Que voulez-vous insinuer?" Demanda Darcy de façon précipitée.
"Je veux insinuer..." Dit Lady Catherine en se retournant pour le regarder. "…que la constitution taciturne de Miss Lucas balancera très bien le comportement… extraverti… de Mr. Collins. Quoi? Pensiez-vous vraiment que Miss Bennet était une prétendante convenable? " Sa tante se mit à rire. "Cette jeune fille est si opiniâtre et impétueuse, sans parler du fait qu'elle manque de bonnes relations. Quel mauvais choix elle aurait fait pour une union avantageuse."
"Oui… plutôt." Répondit Darcy discrètement. Il n'avait entendu aucun des mots que sa tante venaient de lui dire tellement il était sous le choc de cette nouvelle. Elizabeth n'était pas la fiancée de Collins. Elle était libre. Et malgré son rang inférieur et les attentes de sa famille, Darcy devait admettre qu'il était très attaché à elle. Et il y avait de l'espoir. C'est alors que Darcy décida qu'il allait dès le matin suivant, lui présenter une offre qu'elle n'oserait pas refuser.
~French translation provided by milah stanivovich
