7. La nuit avait été courte mais la discussion avec son père avait aidé Peeta à tenter de mieux comprendre sa génitrice. Même quand elle l'avait morigénait comme quoi son nettoyage était des plus exécrables au moment où il était parti pour l'école, il avait réussi à sourire et à lui souhaiter une bonne journée. Elle l'avait regardé avec un air surpris en suspendant son flot de réprimande.

Là, Peeta était assis dans la cour à regarder les autres élèves à la veille de la moisson.

Les plus jeunes ne comprenant pas que demain pouvait à tout jamais changer leur vie, jouaient comme si de rien n'était. Ils s'amusaient comme des jeunes de leur âge … « Qu'ils en profitent …, se dit Peeta. A partir d'un certain âge, on n'y arrive plus , ou alors on fait semblant. »

Ceux dont c'était la première moisson, les gamins de douze ans, se tenaient à l'écart des plus vieux, par groupe de deux ou trois maxi, Peeta avait l'impression de lire une certaine appréhension dans leur regard, voire de la peur. « Tu m'étonnes ! Les trois-quarts du temps, ça tombe sur eux ! » Ils chuchotaient entre eux en regardant avidement les plus vieux.

Puis, son regard tomba sur ses camarades dont c'était la dernière moisson, eux, paraissaient aussi stressés que les plus jeunes, mais restés en un groupe un peu plus important. Peeta se dit que malheureusement, il devait attendre cette moisson avec impatience, contrairement aux plus jeunes, pour être enfin tranquille et être débarrassés de ce poids sur leurs épaules. Ainsi, ils pourraient enfin commencer à vivre. « Comme j'ai hâte d'avoir dix-huit ans, pensa soudain Peeta. » Puis, se reprenant soudain « Enfin, si j'y arrive un jour ! ».

Et enfin, son regard tomba sur les élèves, certains étaient ses amis, qui comme lui, étaient au milieu de la période de « moissonnage », ils étaient presque tous comme lui, seul ou en groupe très restreint, à s'observer mutuellement ou à rester assis côte à côte en silence. « Il faut se dire que demain est probablement le dernier jour du reste de notre vie ! , réfléchit tristement Peeta. » La boule d'angoisse qu'il ressentait depuis déjà quelques jours en pensant à la moisson ne le quittait plus désormais.

L'ambiance en cette vieille de moisson était vraiment spéciale, pesante, voire lourde. Ce n'était vraiment pas la période que préférait Peeta dans l'année. « Vivement demain soir ! ». Peeta leva les yeux au ciel et regarda le magnifique ciel bleu. C'était vraiment dommage que la moisson ou les Hunger Games ait lieu en cette période de l'année, c'était celle que préférait Peeta. La chaleur faisait enfin son grand retour et le soir, le ciel prenait des teintes orangées qu'il appréciait particulièrement.

Son regard continua d'errer sur ses camarades de classe et bien sûr, inconsciemment, il tomba sur Katniss. « Katniss … ». Cette fois-ci, elle était en grande discussion avec Madge Undersee, la fille du Maire. Il put donc la contempler à loisir quand il sentit qu'on l'observer à son tour, il tourna sa tête et s'aperçut que c'était ce Gale qu'il le fixait ostensiblement. Peeta lui rendit son regard et ils restèrent ainsi à se dévisager, l'un comme l'autre ne voulant pas baisser le regard, « qu'est-ce qu'il veut celui-là ?, je ne baisserais pas les yeux le premier mec … », ce petit manège durant quelques longues secondes et puis soudain, Gale tourna le regard ailleurs dans un mince sourire, Peeta se rengorgea « J'ai gagné ! » et il porta ses yeux là où Gale avait portait les siens et il croisa alors le regard inquisiteur de Katniss, son cœur faillit sortir de sa poitrine. C'est alors qu'une main se posa sur ses épaules, il sursauta.

_ A quoi vous jouez les mecs ?, interrogea Delly.

_ Tu m'as fait peur Delly ! Je ne t'ai pas entendu arriver !

Il porta de nouveau son attention vers Katniss mais elle était partie, Madge était seule à présent.

_ C'est forcé, tu étais tellement occupé à jouer à « tu me fixes, je te fixe » avec ce gars là, Gale Hawthorne.

Delly réfléchit et s'exclama soudain.

_ Mais ! C'est pas le gars avec qui elle est toujours entrain de traîner Katniss ?

_ Je sais pas … Hum … Possible …

Delly Observa le profil de Peeta et remarqua son air anxieux.

_ Tu es anxieux toi, je t'ai connu plus loquace … C'est la moisson ?

Peeta haussa les épaules. Il demeura silencieux et Delly respecta son silence. Elle admira un caillou sur le sol et se mit à jouer avec. Elle connaissait son ami Peeta, s'il avait besoin de se confier, elle savait qu'il finirait par le faire. Et elle avait raison, elle l'entendit soupirer comme s'il portait un poids énorme sur ses épaules.

_ Delly … J'ai peur … J'ai peur de mourir si je suis choisi …

_ Mais Peeta … Il n'y a vraiment que très peu de chance que tu sois choisi ! Ton nom n'es inscrit que quelque fois … Tu n'as jamais pris de tesserae aux dernières nouvelles.

_ Je suis un freluquet !

Peeta retenait à grand peine de se mettre à pleurer. Il éclata d'un rire sans joie en essuyant rageusement une larme au coin de son œil.

_ Tu vois ! Je suis une chochotte ! Et ma mère ou mes frères me le rappellent assez souvent ! Je ne suis qu'un bon à rien qui ne sait pas se servir de ses dix doigts !

_ Peeta … Tu es un garçon sensible et c'est très important ! Et puis, excuses moi mais … ( Delly rougit) Ta mère n'est pas un exemple !

Peeta sourit et se détendit un peu.

_ Je ne t'en veux pas, tu as raison, mais mon père m'a expliqué la raison de ce caractère si revêche … Mais tu sais … Je … Je me dis que si je suis tiré au sort, je mourrais le premier jour et je ferais honte à ma famille et au district tout entier !

_ Qu'est-ce que tu dis comme bêtise ! Si par malheur tu étais tiré au sort, je suis sûre que tu ferais honneur au district et même ta mère serait fière de toi !

_ Fière d'un garçon qui n'est pas fichu d'éviter de faire brûler le pain ou qui ne sait faire que du dessin ? Oh ça, j'ai bien compris que de savoir dessiner ou faire de joli glaçage de gâteau ne permettait pas de gagner les Hunger Games, ça, quand elle est en colère, elle me le répète assez souvent !

_ Peeta … Arrête de te dévaloriser. Tu as énormément de talents, et tu ne les connais pas tous ! Tu n'en as pas conscience, et ta famille non plus, c'est tout ! Et je suis certaine que ce ne sont pas les Hunger Games qui vont les révéler mais ton avenir plus que prometteur. Alors …

Delly se leva, épousseta sa robe et tendit sa main à Peeta.

_ Arrête de te tourmenter avec ça, demain est certes un jour important, c'est la moisson, mais je suis absolument sûre que tu ne seras pas moissonner mon petit Peeta !

Peeta lui adressa un petit sourire en coin et se leva à son tour. Son angoisse s'était un peu estompée mais la boule était toujours bien là. Il s'aperçut alors que la cour d'école s'était vidée. Il avait passé plus de temps qu'il ne croyait à discuter avec Delly et ils étaient bien en retard pour le dernier cour de l'après-midi. Mais en cette veille de moisson, bien peu de professeur ne leur ferait de remontrances. Tous étaient dans le même état que lui.

Demain serait l'un des jours le plus difficile de l'année, avec les débuts des Hunger Games. Et nombres des professeurs de Peeta avaient des enfants en âge d'être moissonnés et eux non plus, n'avaient pas vraiment la tête à ce qu'ils faisaient.