Chapitre cinq :
Bonsooooir ! Je suis désolée pour ce nouveau retard mais … vaut mieux tard que jamais non ?^^ Alors, ce chapitre est un peu plat mais il nécessaire. C'est une sorte de transition pour mieux aborder ce qu'il va se passer par la suite. Il y a également un nouveau personnage dont la présence et le caractère seront approfondis par la suite. J'espère que vous aimerez … Si non, n'hésitez pas à me le dire ^^ ! Je retravaillerai sur la fic ;) ^^ (S achez que ce chapitre ne me satisfait pas x) )
Merci à toutes/tous pour vos reviews qui me font extrêmement plaisir à chaque fois ! Je n'ai parfois pas trop le temps de vous répondre mais sachez que j'en prends compte et que cela me motive à écrire la suite. Je vous remercie tous du fond du cœur et espère que vous serez à mes côtés jusqu'à la fin.
Bisous bisous,
N 'hésitez pas à commenter !
Silver Plume.
P.S : Aayala Alrix et Petite Déesse, je n'oublie pas vos fictions et y passe dès que je peux ! Désolée pour le retard :/ ...
Dix-sept Octobre 1986,
16h40,
Café en face du Rodwenn Hill.
Ambre soupira tout en tournant machinalement sa cuillère dans la tasse. Voilà maintenant deux heures qu'elle attendait au sein de cet établissement, regardant régulièrement la porte d'entrée qui restait désespérément fermée. Ne viendrait-il jamais ? Son chocolat devenait de plus en plus froid et les regards de plus en plus insistants. Tout le monde, le directeur en premier, commençait à se demander ce que faisait ainsi une jeune fille de son âge, immobile sur son siège depuis plus longtemps que les éternels papys bavards. La jeune blonde avait même entendu un couple murmurer sur leur passage qu'une telle attitude n'annonçait rien de bon. Elle allait donc encore passer pour une tarée... encore ! A croire qu'il le faisait exprès. A croire que le fait de la mettre dans de fâcheuses situations lui plaisait !
Jetant un regard bref et agacé à sa montre comme-ci celle-ci était l'entière responsable de la situation, Ambre finit par se passer une main sur le visage tout en soufflant bruyamment. Non mais vraiment ! Ce mec n'était pas croyable ! Même pas capable d'arriver à l'heure en dix-sept ans d'existence ! Comment ferait-il pour trouver un emploi plus tard ? Ce serait juste impossible. Personne ne voudrait embaucher un retardataire compulsif. Ce comportement avait assez duré, il était temps qu'Ambre lui en fasse la remarque. Même si elle était quasiment sûre que cela ne changerait pas grands choses …
La porte du café s'ouvrit soudainement, laissant passer un léger vent frais et sortant la jeune fille de ses pensées. Une lueur d'espoir au fond des yeux, elle tourna rapidement la tête dans la direction concernée … puis sentit une vague de déception l'envahir. Encore une fois, ce n'était pas lui. Combien de temps encore la fera-t-il poireauter ?
« Je m'attendais à être accueilli plus chaleureusement … » murmura Hermès, mi-amusé mi-vexé en s'asseyant en face d'elle.
« Désolée …, lui répondit Ambre, honteuse, le rouge lui montant aux joues. C'est juste que j'espérais voir quelqu'un d'autre … »
« Je le sais, ne t'en fais pas. - le Dieu des Voyageurs esquissa un sourire bienveillant avant de lever le bras pour appeler le serveur – Mais il ne devait pas arriver vers quatorze heures ? Un café, s'il vous plaît. » reprit-il à l'adresse du garçon
Celui-ci hocha la tête et griffonna rapidement quelques mots sur son carnet avant de repartir vers le comptoir, la tête basse.
Ambre but une gorgée de son chocolat froid avant de regarder Hermès, tout en gardant le silence. Pourquoi remuait-il le couteau dans la plaie ?
Cependant, le regard noir qu'elle lui lança ne fonctionna pas, le Dieu des Voyageurs se contentant de lui lancer un sourire moqueur. Avec un grognement – qui ne fit qu'élargir le sourire d'Hermès – Ambre baissa le regard et reprit une nouvelle gorgée de sa boisson.
Le silence régna entre eux quelques instants – durant lesquels le serveur apporta le café - puis Hermès reprit, d'une voix amusée :
« Pas très ponctuel, le frérot, hein ? »
« Je ne te le fais pas dire …, Ambre soupira une énième fois, l'air profondément désespérée. , et c'est tous les ans comme cela. Il semble incapable d'être à l'heure. Même s'il adoptait un coq pour le réveiller ou qu'un ours grognait méchamment à ses oreilles tous les matins, je suis sûre qu'il trouverait le moyen de ne pas l'entendre. »
« Tu crois qu'il s'agit d'une panne de réveil ? Il n'y a pas de problème de vol ou quelque chose de ce genre ? »
« J'ai regardé, et il n'y aucun retard d'annoncé. Son avion a atterri à l'heure normale. Il a du le rater et prendre celui de 11h20, s'il restait des places disponibles. Et la seule raison pour qu'il le rate est la panne de réveil … il ne l'entend jamais. C'est son principal problème. S'il ne l'avait pas, il serait à l'heure. »
De nouveau le silence. Hermès se donna mentalement une claque. Il adorait être avec la jeune blonde, lui parler, entendre le son de sa voix … et le voilà incapable de continuer une conversation !
Non mais vraiment, fais un effort, Hermès !, pensa-t-il avec agacement, dis quelque chose ! »
« Et, hum … tu crois qu'il va bien s'entendre avec Apollon et moi ? »
Ambre esquissa un mince sourire, comme si elle se doutait qu'Hermès n'en avait rien à faire et s'obligeait simplement à continuer la conversation. Où était-ce une illusion ?
« Je pense. Y'a de grandes chances. Répondit-elle tout de même en touchant nerveusement sa cuillère. Il a un caractère très semblable à celui d'Apollon : il aime taquiner et faire des pitreries. C'est un vrai clown. Et un grand musicien. Il joue du piano depuis ses sept ans. Quant à toi …, Ambre rougit violemment tout en déglutissant difficilement et en baissant le regard. Il est difficile de ne pas t'aimer. »
Cette remarque alla droit au cœur du Dieu des Voyageurs qui sentit une agréable chaleur l'envahir. Son rythme cardiaque s'accéléra quelque peu et il lui sembla que l'univers était soudainement plus clair, plus chaleureux. (NDLA : désolée pour ce moment de pure guimauve x) )
« Merci …, murmura-t-il doucement en tentant de retrouver le contact visuel avec Ambre, en vain. Sincèrement. Cela me fait vraiment plaisir venant de toi … »
« Y'a pas de quoi … » , se contenta de dire Ambre, toujours aussi rouge, la tête baissée vers sa tasse vide.
Puis, après un moment de silence gênant durant lequel tous deux ne surent quoi dire, elle ramassa ses affaires, déposa un billet sur la table et partit, sans un regard pour Hermès.
XxXxXxXxX
Pourquoi, pourquoi, pourquoi ? Pourquoi avait-elle dit cela ? Pourquoi ?! D'accord, elle le pensait mais ce n'était pas une raison pour le lui dire ! Elle lui avait quasiment fait une déclaration ! Elle qui voulait ignorer ses sentiments, c'était mal parti ! Non mais franchement ! Qu'est-ce qu'il lui prenait ?!
« Souviens-toi, Ambre, se réprimanda-t-elle, avec tristesse et colère en entrant dans l'hôtel et en bousculant inconsciemment un couple de personnes âgées. C'est un dieu, tu es une mortelle. Entre toi et lui, cela ne fonctionnera pas ! »
« Peut-être que si, qu'est-ce que tu en sais ? », s'exclama une voix familière derrière elle.
Surprise, Ambre sursauta et se retourna. Apollon se tenait derrière elle, les sourcils froncés, l'air préoccupé. Cela lui arrivait donc ?
« Cela ne peut pas fonctionner, Fred., répondit-elle, agacé continuant son chemin jusque dans l'ascenseur. Et tu le sais très bien. C'est un Dieu. Il peut avoir toutes les femmes qu'il veut. Alors pourquoi s'intéresserait-il à moi ? »
« Parce qu'il t'aime, Ambre ! Il est même accro ! Je ne l'ai jamais vu aussi amoureux ! Il tient énormément à toi. Et tu le sais très bien, ne dis pas le contraire ! » s'écria-t-il en appuyant sur le cinquième bouton.
« On ne se connaît pas assez pour sortir ensemble … »
« Vous avez eu le coup de foudre l'un pour l'autre. Je ne vois pas où est le problème. »
« … On est quasiment comme deux inconnus … »
« C'est pour cela qu'hier encore, vous finissiez les phrases de l'autre. »
« … Il est vachement plus âgé que moi … »
« Mais il peut adopter l'apparence qu'il souhaite. Donc tu n'auras jamais l'impression de sortir avec un pépé vieux de trois mille ans. Et puis, l'amour n'a pas d'âge. »
« … et je sors déjà avec quelqu'un … »
« Qui baisse chaque jour dans ton estime. »
« Apollon, pour une fois, tu pourrais être de mon côté, non ? »
« Tes arguments ne sont pas recevables, princesse. Alors, non. Et puis, je suis trop fan de votre couple ! Mes deux meilleurs amis ensemble, t'imagine ! Hermy avec Amby et Amby avec Hermy ! »
Les portes de l'ascenseur s'ouvrirent et Ambre sortit précipitamment en grognant. Pourquoi tout semblait s'être ligué contre elle ? Qu'avait-elle fait pour qu'Aphrodite s'acharne sur elle de cette façon ? Pourquoi était-elle obligée d'être attirée par deux garçons ? Pourquoi fallait-il qu'elle soit tombée amoureuse d'un Dieu ? Pourquoi Apollon semblait-il être d'accord avec tout cela ? Ne pouvait-il pas y avoir quelqu'un pour l'empêcher de succomber ?
D'un geste rageur, Ambre ouvrit la porte de sa chambre et se jeta sur son lit, la tête enfouie dans l'oreiller. Après plusieurs grandes et rapides inspirations, la rage se transforma en tristesse et la jeune fille ne put retenir des larmes : elle éclata en sanglot. Réaction stupide mais ô combien bénéfique …
« Ambre … »
Affligé par ce spectacle, Apollon soupira et vint s'asseoir à côté de sa descendante, caressant ses cheveux dans un geste se voulant réconfortant.
« Qu'est-ce qui te bloque ? » demanda-t-il doucement après quelques minutes
Ambre ne répondit pas tout de suite. Elle se redressa lentement, s'essuya les joues avec sa manche et vint se blottir dans les bras du Dieu du Soleil qui resserra son étreinte tout en souriant doucement. Puis, tout en se retenant de pleurer, elle murmura :
« Je … je ne sais pas trop … c'est un Dieu, Apollon. Je ne sais pas si tu réalises … O.K, pour le moment, vous êtes en repos, vous devez passer un an parmi les mortels. Mais après ? Je veux dire, si j'acceptais de sortir avec lui, ce que j'ai énormément envie de faire malgré Hugo, on passerait sans doute une année merveilleuse mais ensuite, il devra partir et … et ce sera certainement fini entre nous. Or, je pense que si je me laisse aller à l'aimer, à accepter pleinement mes sentiments à son égard et qu'ensuite je dois lui dire adieu, je doute que je puisse un jour m'en remettre. Ce serait trop violent, trop douloureux … et puis, je me sens également coupable vis à vis d'Hugo. Coupable et honteuse. Je l'aime, 'Pollo. Vraiment. Et pourtant … j'aime aussi Hermès. Je ne sais pas quoi faire … c'est horrible ! J'ai l'impression d'être dans l'une de ces vieilles séries où tout le monde sort avec tout le monde … parce que si je quitte Hugo pour Hermès, ce serait horrible pour lui. Et je serais triste. Mais j'ai l'impression que je le serais encore plus si j'essaie de m'éloigner d'Hermès … »
« Tu sais, Amby, commença le Dieu du Soleil en desserrant son étreinte pour regarder Ambre dans les yeux. Hermès a raison. Tu te poses définitivement trop de questions. Et tu te fais beaucoup trop de soucis. Je t'assure ! (ajouta-t-il voyant que la jeune fille esquissait un petit sourire amusé.) Il faudrait que tu apprennes à profiter de l'instant présent. A ne pas penser tout le temps à l'avenir. A ne pas te gâcher la vie à cause de lui. Tu te préoccupes trop de ce qui pourrait se passer par la suite, dans le futur et à cause de cela, tu passes à côté de beaucoup de choses. Essaie de ne plus y penser. Concentre-toi uniquement sur le présent et profite. Tu es amoureuse d'Hermy ? Sors avec lui ! Et profite ! Tu vas te faire plus de mal en restant distante avec lui et en enfouissant tes sentiments plutôt qu'en te laissant aller. Et puis, tu sais, Hermès est du genre fidèle, princesse. Il ne sort pas avec n'importe qui et prend régulièrement des nouvelles de ses anciennes petites amies. Elles occupent toujours de la place dans son cœur. De plus, il t'aime vraiment. Et crois-moi, même si l'année prochaine nous ne serons plus tous les jours à tes côtés, cela ne signifie en aucun cas la fin de votre relation. Je pense que si tu acceptes de sortir avec lui, il ne te lâchera plus avant une centaine d'années, minimum ! Tu lui as tapé dans l'œil, Ambre. Et dix fois plus fort que toutes les femmes avant toi. »
« Tu dis cela pour me réconforter … », murmura la jeune blonde, d'une voix douce mais pourtant sans appel.
« Non, ce que je dis est la vérité. Je connais mon meilleur ami, Ambre. Je sais ce qu'il ressent pour toi. Et je te rappelle que je suis le Dieu des Prophéties. Je suis déjà au courant de certaines choses. »
« Comme ? »
Ambre le regardait, perplexe et rougissante, les sourcils levés.
« Sorry, je ne peux pas en dire plus. » répondit Apollon, un sourire narquois aux lèvres, fier de sa réplique précédente.
Ambre soupira, l'air tout de même plus amusée que déçue ou agacée. Puis, elle vint se blottir de nouveau dans les bras d'Apollon en murmurant un faible mais sincère merci.
« Merci d'être là, Apollon. Merci d'être là pour me faire rire et trouver les bons mots pour me remonter un tant soit peu le moral. Mais je ne sais toujours pas comment je dois faire pour Hugo … »
« Écoute ton cœur, Ambre. Il n'y a que lui qui puisse te dire le nom de celui que tu aimes vraiment. Et poses-toi cette question : Aimes-tu réellement Hugo ou essaie-tu juste de trouver un moyen de le remercier pour tout ce qu'il a fait pour toi ? »
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Vingt-cinq Octobre 1986,
Chambre numéro 100,
00H35.
Sans qu'il puisse comprendre pourquoi, Ambre se débattait dans son lit, comme-ci elle luttait contre un ennemi invisible. Le visage ruisselant de sueur, les mâchoires crispées et les poings serrés, la jeune blonde semblait en proie à une véritable angoisse, donnant des coups de pieds et de poings en tout sens, lâchant parfois des cris qui n'avaient rien de rassurant. Ce tableau était insupportable aux yeux d'Hermès et pourtant, celui-ci ne savait pas quoi faire. Il avait très envie de la prendre dans ses bras et de la réconforter, en lui murmurant des paroles rassurantes tout en lui déposant de doux baisers sur son front. Seulement, il craignait que ce ne soit pas du goût d'Ambre qui se montrait de plus en plus distante et mal à l'aise en sa présence. Il ne voulait pas mettre un terme à cette relation déjà assez étrange et compliquée. Et ce geste pouvait tout détruire …
Mais enfin, Hermès, réfléchis ! Tu ne peux pas la laisser ainsi ! Se morigéna-t-il, appuyé contre le mur en face du lit double alors qu'Ambre se débattait de plus en plus violemment et poussait des cris de plus en plus forts et inquiétants. Ton comportement est tout simplement égoïste ! »
Après un énième cri ainsi qu'une nouvelle série de gestes brutaux et de gémissements de douleur, Ambre commença à trembler, comme le ferait une personne en proie à des convulsions. Ne supportant plus cette vision, et mettant de côté ses préoccupations purement égoïstes, Hermès se précipita à son chevet avant d'interrompre son geste à quelques centimètres de la jeune fille. Était-ce bien la meilleure solution ? Ne valait-il pas mieux appeler Apollon ou Mathew, le jumeau ?
« Her … Hermès …, murmura Ambre, toujours en proie à son cauchemar. Aide … Aide-moi … »
Cette phrase eut pour effet d'accélérer les battements du cœur du jeune dieu et d'effacer ses dernières réticences. Ambre l'appelait à l'aide. Il fallait qu'il intervienne.
Ni une, ni deux, Hermès s'assit sur le lit et saisit Ambre sous les bras, dans le but de l'amener à lui. Comme il s'y attendait, la jeune fille, déjà bien affolée, prit subitement peur et se débattit plus violemment encore, tentant de frapper Hermès par tous les moyens. Loin de se démonter, celui-ci la prit dans ses bras et lui déposa un baiser sur le front tout en murmurant doucement :
« C'est moi, Ambre. C'est Hermès. Tout va bien, ne t'en fais pas. Tu es en sécurité, tout va bien … »
Il répéta les deux dernières phrases jusqu'à ce que la jeune blonde se détende totalement, adoptant une respiration plus calme et un visage plus paisible dans ses bras. Puis, une fois qu'il fut sûr qu'Ambre s'était définitivement calmée et que son mauvais rêve avait définitivement disparu, il la déposa doucement sur le matelas, déposant un dernier baiser sur sa joue. Cependant, alors qu'il s'apprêtait à se lever et à quitter la chambre, Ambre se réveilla brusquement et lui saisit le poignet, l'air de nouveau angoissée.
« Reste … s'il te plaît. » murmura-t-elle, implorante, en le regardant dans les yeux, ce qu'elle ne faisait pas souvent.
Surpris, Hermès resta immobile pendant quelques secondes avant de lui sourire et se coucher à ses côtés. Ambre, visiblement rassurée, esquissa elle aussi un léger sourire avant de poser la tête contre le torse du jeune Dieu et de fermer les yeux.
XxxXxXxXxXxX
31 Octobre 1986,
Hôtel Rodwenn Hill,
Chambre d'Ambre,
19h03.
Il était de nature traditionnel que le lycée privé de Phoenix organise un bal d'Halloween, cette fête étant très prisée par les jeunes Américains. Ambre elle-même l'appréciait et aimait se déguiser avec ses deux meilleures amies, Lisa et Samantha : ce genre de soirée lui permettait généralement d'oublier quelques temps ses tracas quotidiens et de passer de bons moments. Cependant, l'enthousiasme était loin d'être présent cette année. Debout devant son miroir, les cheveux en pétard, le visage pâle couvert de fausses cicatrices et vêtue de vêtements déchirés et maculés de ketchup, la jeune fille semblait profondément plongée dans ses pensées, le regard vide.
Aura-t-elle le courage d'y aller ? Aura-t-elle le courage d'affronter tous ces jeunes déguisés en zombies et en vampires ? Supportera-t-elle le flot de souvenirs qui risquaient de la submerger au fil de la soirée ? Supportera-t-elle l'horrible impression de le revoir ? Halloween avait toujours été sa fête préférée … Ne risquait-il pas de venir la hanter ? Ne risquait-il pas d'apparaître de nouveau au sein de ses cauchemars, en lui proférant ses habituelles menaces ?
Et Hugo ? Aurait-elle la force de lui faire face ? De croiser son regard ? Cela faisait six jours qu'ils ne s'étaient pas parlé, qu'elle ignorait volontairement ses messages. Aurait-elle la force de lui dire la vérité ? Que son cœur commençait à appartenir à un autre ? A un Dieu Olympien ? Hugo avait toujours été un tempérament colérique et violent, à l'image de son parent divin … Se pourrait-il qu'il lève la main sur elle à l'annonce de la nouvelle ?
« Waouh ! Cool le déguisement ! T'as enfin laissé le costume de sorcière au placard ? »
Ambre sursauta et jeta un regard à travers le miroir afin de voir son interlocuteur : une personne habillée tout en noir, le visage dissimulé sous un masque à l'effigie d'une citrouille et tenant dans sa main droite un couteau de boucher immaculé. Le déguisement ne laissait voir aucun indice sur la véritable identité de son porteur mais la jeune blonde avait d'ors et déjà reconnu la voix.
« Le tien n'est pas mal non plus, Mat' !, répondit-elle avec un large sourire, retrouvant soudainement sa vivacité habituelle. Mais tu n'as pas peur de blesser quelqu'un avec ce truc-là ? », ajouta-t-elle en désignant l'arme d'un mouvement de tête, les sourcils légèrement froncés.
Le dit Mat' étouffa un petit rire.
« On a peur, p'tite Barbie ?, s'exclama-t-il d'un ton amusé, sa voix étonnamment plus grave sous le masque. T'en fais pas, ce n'est pas un vrai. Seulement une illusion made in Apollon. Pas mal, hein ? »
« Ne m'appelle pas Barbie, Mathew !, s'écria Ambre en ne prêtant pas attention à la deuxième phrase de son jumeau. Tu sais bien que je déteste ce surnom ! »
« Mais ça te définies hyper bien ! L'apparence, la minceur, les formes, la beauté, la couleur de cheveux … Et puis tu laisses Apollon t'appeler Amby ! » répliqua rapidement le jeune homme en faisant un brusque écart sur le côté, évitant ainsi un oreiller.
« Pourquoi t'obstines-tu à me comparer à cette poupée superficielle et immonde ? Sérieusement ? Je n'ai rien avoir avec elle, Mat' ! Mets-toi bien ça dans le crâne ! »
Le jeune homme n'avait pas besoin de jeter un coup d'œil à sa sœur pour savoir qu'il l'avait mise en colère. Depuis une dizaine d'années déjà, il avait conscience que ce petit surnom énervait la jeune blonde au plus haut point. Mais il n'était pas question pour lui de battre en retraite : ce serait trop facile. Son job de jumeau était de taquiner sa sœur, de la faire sortir hors de ses gonds, et non de la choyer. Et puis, il y tenait lui, à ce surnom.
« O.K, O.K …, finit-il par concéder alors que la pluie de coussins puis de vêtements continuait à s'abattre sur lui, ponctuée par quelques cris de rage de la part d'Ambre. Je ne t'appellerai plus ainsi … mais dis-moi, entre toi et notre ami aux cheveux bouclés, c'est l'amour fou, non ? Ma belle … »
L'énerver au plus haut point. La faire sortir de ses gonds.
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Ce n'est en aucun cas les cris de douleur de Mathew ni les cris de rage d'Ambre qui avait attiré son attention. Non. Les bruits sourds non plus. En fait, Hermès avait commencé à se poser des questions lorsque tout cela avait laissé place au silence.
À un long et profond silence. A un très long et très profond silence, inhabituel et drôlement inquiétant. Car depuis que Mathew Jones était arrivé, Hermès avait découvert une nouvelle facette de la jeune blonde : son côté explosif. Jamais il n'avait vu Ambre aussi en colère. A croire que Mathew faisait tout pour la mettre hors d'elle. Chaque jour, une nouvelle dispute éclatait entre les deux jumeaux, emplissant les couloirs de cris de rage ou de douleur, et chaque jour, à la plus grande fierté d'Hermès, Ambre avait le dessus. Elle qui lui avait semblé vulnérable et fragile, elle lui apparaissait maintenant comme une jeune femme combative, capable de se défendre en cas de besoin. Ce qui n'enlevait rien à son charme.
« Dis, Apollon …, commença-t-il d'une voix hésitante alors que le silence régnait toujours dans la pièce d'à côté. Tu ne crois pas qu'on devrait aller jeter un coup d'œil ? Ça devient inquiétant … »
« Je ne vois pas pourquoi, Hermy. Répondit le Dieu du Soleil, ne levant pas le nez de son maquillage. Ils se sont peut-être réconciliés sur l'oreiller. C'est chose courante après une dispute. »
« Ils sont frère et sœur, 'Pollo ! Je pense plutôt qu'ils se sont entre-tuer ! Ce ne serait pas étonnant, vu leur relation plus qu'explosive. »
« Serais-tu jaloux ? »
« Non, je suis censé. Un frère et une sœur ne peuvent pas sortir ensemble. »
Tout du moins, j'espère que ce n'est pas le cas … non, pas après cette semaine …
« Certains jumeaux sont très fusionnels, tu sais ? Et puis, Zeus et Héra sont frère et sœur et cela ne les a pas empêché de se marier ! »
« Zeus et Héra n'ont pas d'ADN ! S'écria Hermès en se levant d'un bond, la colère commençant à apparaître. Ambre et Mathew si ! De plus, il n'est en aucun cas normal qu'un frère ait des sentiments pour sa sœur ! C'est contre-nature ! »
« C'est peut-être Ambre qui a des sentiments pour Mathew. »
Le ton du Dieu du Soleil était toujours aussi sérieux et son visage impassible.
« APOLLON ! ARRÊTE ! ARRÊTE DE TE PAYER MA TÊTE, S'IL TE PLAÎT ! , explosa Hermès, après quelques instants de silence, voyant qu'Apollon ne rigolait pas. Ce n'est en aucun cas amusant ! »
« Ce que tu peux être fermé d'esprit, Hermès. C'est affolant. »
« Je ne suis pas fermé d'esprit, je dis juste que … eh, tu vas où là ? Reviens ! Apollon ! Ouvre cette porte, nom d'une pipe ! »
Énervé plus que jamais, le Dieu des Voyageurs envoya son poing contre la porte de la salle de bain, faisant trembler cette dernière. Tout son corps était secoué de tremblements et une aura inquiétante le recouvrait. Il était à la limite de l'implosion. Il devait se calmer ou tout l'immeuble y passerait. Question de sécurité. Et de discrétion. Le Dieu doutait de l'amabilité de Zeus si l'immeuble et ses deux cents occupants disparaissaient …
Calme-toi, Hermès, calme-toi …, se supplia-t-il à voix basse. Ne fais pas de conneries … pense à Ambre, pense à ton job, pense à la colère de Zeus … »
D'un pas tremblant, il se dirigea vers son lit où il s'assit et se prit la tête entre les mains. De l'autre côté de la pièce, dans la salle de bain, Apollon se laissa glisser jusqu'au sol, tentant tant bien que mal de contrôler son fou-rire silencieux. C'était tellement bon, de le faire sortir de ses gonds.
