CHAPITRE 7

Musique : Birdy – Skinny Love

Il aurait aimé pouvoir croire que ce SOS signifiait en réalité quelque chose comme "Je ne peux pas survivre sans vous" ou "Je ne me remets pas de votre baiser", mais il connaissait parfaitement Kate Beckett, la jeune femme avait bien plus de dignité et de retenue que ça. Et lorsqu'il reposa son téléphone sur le siège à côté de lui (après avoir composé son numéro de téléphone pour la 8ème fois en trois minutes), il sut définitivement que ce message n'avait rien de romantique. Il le sentait au plus profond de ses tripes. Quelque chose s'était passé. Quelque chose de grave...

Il grilla son 3ème feu rouge tandis que l'intro Highway to hell faisait vibrer son auto-radio dont le volume était poussé au maximum. Il se dit qu'en parlant d'enfer, il jouait peut être un peu trop avec le feu...

Une sirène de police lui fit d'ailleurs craindre le pire presque au même moment, mais ce n'était visiblement pas à son attention qu'elle hurlait. Le véhicule balisé le doubla quelques instants plus tard et poursuivit ce qui semblait être une "chasse à l'homme" sans se préoccuper de son cas.

Lorsqu'il se gara enfin devant chez elle, quelques minutes plus tard, il jeta un coup d'oeil inquiet à la fenêtre de son appartement. La lumière était toujours faible, tamisée, comme lors de son départ moins d'une heure plus tôt. Cela le rassura très brièvement, car lorsqu'il baissa les yeux, il comprit que comme il le craignait, quelque chose de grave s'était passé. Un des carreaux était brisé dans son angle et laissait deviner des traces de lutte à l'intérieur de la pièce.

Les mains tremblantes il coupa le contact et entreprit de sortir de la voiture. Il traversa la rue en trombe, sans même vérifier la présence de véhicules en approche et pénétra dans l'immeuble dont la lourde porte d'entrée était restée ouverte.

Il gravit les marches quatre à quatre, le coeur battant à tout rompre, se préparant psychologiquement au pire. Ressassant en une mosaique d'images désordonnées la scène du cimetière deux mois plus tôt, les longues semaines d'hopital qui avaient suivi et les quelques prières qu'il avait fait sans y croire en attendant son réveil..."Pas deux fois", songea-t'il, "S'il vous plait. Vous me l'avez rendue une fois, ce n'est pas pour me la reprendre un mois plus tard..."

Il ne savait pas très bien qui il priait comme ça, mais lorsqu'il emprunta le couloir menant à son appartement, il espera très fort qu'on l'ait entendu cette fois encore.

"Pas deux fois"...

Lorsqu'il apperçut les gonds démontés et qu'il constata que la porte était littéralement écrasée sur le sol, il en vint à envisager la perspective que ses prières n'aient pas forcément de récepteur cette fois ci.

La pièce était dans un état désastreux, la plupart des livres qui occupaient les étagères une heure plus tôt jonchaient à présent le sol, les ustensiles de cuisine et la vaisselle avaient été jetés violemment sur le carrelage, les cadres au mur étaient lacérés. Une sorte de nuage de poussière ou de sciure rendait étouffante l'atmosphère de la pièce. Il toussa en se frayant un chemin à travers ce désastre, la cherchant des yeux.

Il n'eut pas à balayer la pièce du regard très longtemps avant de l'appercevoir. Ou plutôt d'apercevoir sa silhouette, allongée sur le sol, au pied de l'escalier. Son coeur se serra.

Il s'approcha d'elle, bouillant d'inquiétude.

-Kate ?

Le corps de la jeune femme était secoué de tremblements. Ce qui aurait du le rendre dingue d'inquiétude le rassura cependant paradoxalement un court instant. Elle était vivante. Et elle était consciente.

Totalement recroquevillée, elle était repliée sur elle même, les mains ramenées contre ses genoux et sa respiration saccadée était fortement amplifiée par la violence de ses tremblements.

Il se pencha tout doucement au dessus d'elle, et posa une main sur son épaule, la majeure partie de son visage était caché par une mèche de cheveux.

-Kate...Chuchota-t'il

Il repoussa doucement la mèche de cheveux en question et constata avec effroi que toute la partie droite du visage de la jeune femme était tuméfiée et violacée. Les yeux grand ouverts, comme en état de choc, elle fixait un point droit devant elle tout en continuant de trembler.

-Mon dieu Kate, qu'est ce qui vous est arrivé...

Elle parvint enfin à détacher son regard du point invisible qu'elle fixait avec insistance et son regard croisa celui de l'écrivain.

-Mon ventre...je...j'ai...du mal à...respirer Castle...Articula t'elle péniblement.

Il baissa les yeux en direction de ce dernier, puis tenta doucement de détacher ses mains qui maintenaient toujours ses genoux serrés contre son corps. D'une caresse sur le visage, il l'invita à se détendre un peu.

-Shhhhht, murmura-t'il alors que la jeune femme, soufflée par la douleur du mouvement, étouffait un cri. Laissez moi vous aider...

Il prit toutes les précautions du monde pour soulever le bas de son pull et constata avec effroi la violence des blessures qu'on lui avait infligé. Une large plaie ensanglantée recouvrait toute la partie gauche de son abdomen. Et les bleus et les bosses qui recouvraient le reste de son corps laissaient craindre au mieux à quelques côtés cassées. Au pire...

-Avec quoi est ce qu'on vous a frappé ? S'enquit-t'il horrifié, une boule dans la gorge.
-Base...ball...Articula péniblement la jeune femme.

Choqué, il chassa d'office l'image qui venait de s'insinuer dans son esprit et lui donnait envie de se saisir d'une arme et de sortir faire justice lui même. A la place, il saisit en tremblant son téléphone portable d'une main tandis que de l'autre il caressait toujours le visage de la jeune femme.

-J'appelle les secours, tenez-bon...

Il raccrocha un court instant plus tard, et entreprit de s'asseoir contre la première marche de l'escalier sans lui faire mal. Il continua à doucement la rassurer. Les tremblements avaient ralenti un peu leur course, et la jeune femme semblait peu à peu retrouver un rythme de respiration correct.

-Ils...cherch...ils...cherchaient...tenta-t'elle d'articuler sans vraiment parvenir à ordonner ses idées.
-Economisez vous Kate, chuchota Castle en lui caressant doucement les cheveux.
-Ils ont...parlé entre eux...ils ch..cherchaient...des documents que...Mont...gomery m'auraient sens...ément donné...Insista t'elle...Mais je...n'...n'ai jamais rien eu de tel Castle...Je vous le jure...

La main libre de l'écrivain retomba lourdement sur le sol et le portable qu'il tenait à l'intérieur avec.

Il était déja dévasté par l'état dans lequel il venait de la trouver, elle n'aurait pas pu l'achever d'avantage qu'avec ces quelques mots...

On venait d'agresser la femme qu'il aimait avec une violence rare, et tout ça pour quoi ? Pour récupérer des documents qu'il avait lui même en sa possession depuis près de deux mois sans lui en avoir jamais parlé...Tout était de sa faute...Juste parce qu'en pensant naivement l'épargner il avait choisi de lui mentir et l'avait mise en danger...

"C'est moi qui aurait du finir dans cet état" songea-t'il...

-Ca n'aurait pas du se passer comme ça Kate, murmura-t'il en la serrant contre lui et en la berçant doucement. Ca n'aurait pas du se passer comme ça...

Elle ne répondit pas, le rythme de sa respiration avait ralenti encore un peu, elle ferma les yeux...

-Kate ? S'inquiéta-til devant l'absence de réponse.

Dehors les sirènes d'une ambulance retentirent, il entendit qu'on se garait devant l'immeuble et puis des voix masculines et des pas précipités sur le macadam. Les secours ne tarderaient plus.

-Kate ? Tenta-t'il une seconde fois.

Sans résultat. La jeune femme ne répondit pas.

Il leva les yeux au ciel pour tenter une dernière prière desespérée à Yoda, Gandalf et tous les dieux du monde réunis. Puis il ferma les yeux à son tour, essayant d'apporter toute la conviction humainement possible à sa demande.

Mais dans ses bras , la jeune femme, inerte, venait de cesser de respirer.

(A suivre)