La bataille venait de se clore et, avec elle, la fin de cette éprouvante journée. Comateux, je me suis effondré sur le champ de bataille, peu de temps après l'arrivée de l'armée des morts. Je ne sais pas comment j'ai survécu, et, à vrai dire, cette incertitude m'effraie. Je pense que mon corps a dû passer pour mort au milieu de tous ces corps. Un corps blessé, couvert de sang est semblable à tant d'autres au milieu de ce charnier. D'imaginer ce qui se serait passé si on ne m'avait pas trouvé m'effraie. Serai-je mort là-bas? M'aurait-on laissé me vider de mon sang au milieu de tous ces inconnus? Je préfère ne pas me poser trop de questions qui m'empêchent de dormir. Dormir, je ne fais que ça depuis deux jours. Dormir, manger, parler un peu pour montrer que je suis en vie.
Je ne fais rien de plus. Je n'en peux plus de cette inaction. Je dors peu depuis Azkaban, j'ai trop peur de fermer les yeux et de ne plus les rouvrir.
Et pourtant, là, je ne peux faire que ça. Une fois mes paupières closes, je revois sans cesse les images de la bataille. Des morts, des visages souriant dans l'enfer, des masques hideux, du sang, des flots rouges épais qui se mêlent à la boue.
J'ai l'impression de me perdre dans une sarabande de corps abimés et de cadavres. La mort, je ne la connaissais pas de cette façon. Chez nous elle est plus propre, aseptisé. Un sort, et tout est fini. Si vous tombez sur quelqu'un d'aussi sadique que ma cousine on joue un peu avec vous. Mais là, là, la mort est sale. On se sert d'épée pour tailler les tendons, déchirer les chairs, et briser les os. Les pierres explosent dans un enfer de flamme, et les flèches se fichent en vous.
Maintenant, je sais plus où j'en suis, et si j'arriverai à sortir de ce cauchemar. J'ai vu des gamins mourir aujourd'hui, j'ai vu des femmes tenir les corps sans vie en pleurant toutes les larmes de leur corps. J'ai l'impression de retrouver la noirceur d'Azkaban, dans ces pertes et cette folie qui plonge ce pays à la merci d'un nouveau mage noir.
Mes souvenirs d'ici-bas se mêlent à ceux d'où je viens. Dans mes cauchemars, le visage de ma mère laisse place à celui de Denethor, ce père qui a tenté de tuer Faramir. J'ose espérer que jamais ma mère n'aurati osé me tuer, et ce même par chagrin ou par folie.
Ma blessure guérit lentement, tout comme mon esprit. La plaie béante à mon flanc suppure et mon esprit se charge de pus. Je sombre de plus en plus dans la noirceur de mon âme. J'aimerai mourir et retourner chez moi. J'aimerai m'endormir et me réveiller face au visage souriant de James. Dans mes cauchemars d'autrefois se rajoute le visage des hommes et orques tués, un homme transformé en torche humaine, un sorcier monté sur une créature ailé, et un anneau. Un minuscule anneau qui parait briller de mille feux. Un anneau que j'aurai déjà vu dans une autre vie. Un anneau pendu au coup d'un Hobbit.
Dans mes rêves des anciens jours s'ajoutent de nouveaux sourires. Le rire de Pippin se mêle à celui de James. Les sourires de Merry et Pippin, venus me rendre visite, me rappellent cette journée à l'infirmerie entouré de mes meilleurs amis. Un sourire doux aussi, un sourire de femme qui me rappelle celui de Lily. Une femme aux cheveux blonds, qui se penche au-dessus de moi pour soigner mes plais.
Un sourire qui me sort de mes cauchemars. Un sourire qui fait fondre l'anneau et me réveille. Un sourire qui permet à mon cœur de s'apaiser dans ce lit trempé de sueur nocturne. Un sourire que j'aimerai voir en vrai.
