Disclaimer: Je ne possède rien. Mais je ne suis pas contre, hein!

Fond musical: "L'assasymphonie", Mozart L'Opéra Rock

7.

Armando Dippet se laissa tomber dans une chaise en rotin à coté de son chaudron. L'incantation l'avait littéralement épuisé. Si seulement cela pouvait marcher... Le garçon était dangereux, il l'avait su au premier regard. S'il restait... S'il restait, le professeur préférait ne pas être là pour le voir agir. Il ferait de grandes choses, de mauvaises choses, c'était certain... Dippet se leva difficilement en appuyant ses paumes sur ses genoux, sortit et referma la porte qui ne produisit qu'un bref son sec. La clé tourna avec un chant d'oiseau mécanique, puis plus rien. Un silence étouffant s'abattit sur les cachots.

-

-Qu'est-ce c'est que ça?

Harry regarda avec agacement le visage de Jedusor se décomposer puis ses lèvres parfaites esquisser un sourire concupiscent.

-Quoi?

Jedusor ne lui prêta pas attention et, oubliant son projet d'attaquer Wanda Chase - ce qui n'était pas, tout compte fait, une si bonne idée-s'assit lestement sur le rebord de la fenêtre, à côté du serpent qu'il se mit à caresser d'un doigt indifférent. Harry déglutit. Jedusor le regarda d'un œil acéré et lui annonça très sérieusement, avec néanmoins l'ébauche d'un rictus au coin de la bouche :

-Mon cher Harry, tu viens subitement de devenir très intéressant.

Inconsciemment, Harry recula d'un pas. D'accord, Jedusor était vraiment malade. Il valait mieux se méfier. On ne sait jamais, avec les psychopathes... La porte derrière lui n'était qu'à quelques mètres... Sauver Wanda... Harry ne savait pas d'où lui était venu ce stupide courage qui l'avait encouragé à se jeter sur Jedusor et à lui hurler des propos incohérents. On aurait presque dit un Gryffondor. Par Salazar, il fallait qu'il se reprenne. Soudain, alors qu'il risquait un regard vers l'issue, Jedusor, qui était devant lui, lança, sans qu'il le voie, un ordre murmuré à la bête :

-Retiens-le.

A la grande surprise d'Harry, une voix répondit à Jedusor :

-Oui, Maître.

Harry se retourna d'un seul coup. Hurla.

-

Le hurlement d'Harry résonna sinistrement entre les murs de la grande pièce. Il rebondit entre les pierres, glissa le long du cadre de la fenêtre, frôla Jedusor qui leva le nez pour le humer, et s'éteint dans un gargouillis terrifié. Harry tremblait de tous ses membres, debout au milieu de la pièce. Le serpent coulaitlentement vers lui, miroitant dans la demi-lumière sa couleur métallisée. Le serpent parlait. C'était une succession ininterrompue de "Oui, Maître." sifflés, susurrés,murmurés, mais parfaitement intelligibles pour l'adolescent. Il essaya de s'enfuir mais la porte se ferma avec un chuintement feutré. Harry leva un regard fou vers Jedusor, qui, tout en tournant sa baguette en bois d'if entre ses longs doigts pâles, lui adressa un sourire qui se voulait désolé :

-Nous aurons plus de place pour parler ailleurs, n'est-ce-pas?

Harry sentit la chair gluante du serpent s'enrouler autour de sa cheville, essaya de crier de nouveau mais n'y arriva pas, bafouilla une malédiction, sentit les crocs du boa pénétrer son mollet, et sombra. Il n'y avait plus rien. Le noir.

Quand il reprit conscience, la première chose qu'il vit fut une tasse. Adorable, au demeurant-bien qu'Harry ne soit pas un fervent admirateur des tasses en porcelaine-, décorée de petits hypogriffes magiques qui voletaient en rond, avec des dorures sur l'anse. Une tasse ra-vi-ssan-te. La seule chose un peu troublante était qu'Harry n'avait absolument aucune idée de la raison de la présence de cette tasse juste devant lui -si près qu'il louchait pour pouvoir la regarder, ce qui ne devait pas être très élégant-.

-Bois.

Harry se concentra sur la main qui tenait la tasse. Blanche,avecdes ongles soigneusement manucurés, et à l'index une lourde bague noire et or avec dessus quelque chose qui ressemblait à un symbole, un cercle qui contenait un trait vertical, enfermé dans un triangle. Cela ressemblait à un œil, et Harry frissonna en se sentant étrangement observé. La main -enfin, non, techniquement, pas la main- réitéra son ordre :

-Bois.

Harry grogna et saisit la tasse. Elle était chaude et la tiédeur rassurante dans sa paume le réconforta. Il approcha son nez des effluves qui en sortaient et reconnut la saveur familière de l'Earl Grey. Il but. Puis tout revint. En masse. Sans aucune distinction. Les souvenirs affluaient dans une cohorte désordonnée, à toute vitesse. Harry posa sa tasse d'une main tremblante et saisit sa tête à deux mains. La gueule du serpent, ouverte, sa langue fourchue d'où s'échappaient des mots. L'odeur froide de Jedusor, de mûre et d'eau de cologne, alors qu'il regardait la neige. La morsure, douloureuse, injuste. Son cri énorme qui avait envahi la salle. Wanda prostrée sous le vent, son aile blessée. Le visage narquois de Jedusor, son magnifique et irritant rictus. Le serpent. Le reflet du serpent sur la pierre. Le serpent. Ses mots. Ses mots. Les mots blessent, ceux-là mordaient. Fort. Harry se mordit la lèvre. Tout cela devait avoir une explication rationnelle. Il ricana intérieurement. Rationnelle. Haha. Bien sûr. Rationnelle dans un monde où des bouts de bois faisaient pousser des queues de cochon aux cousins imbéciles et où les tableaux parlaient entre eux. Bref. Tout cela devait avoir une explication, disons, plausible. Envisageable. Harry était d'accord pour les murs qui bougeaient et les chocolats-philtres d'amour, mais pas les serpents qui parlaient. Désolé, mais là, il saturait. Et encore, ce n'était rien de le dire. Bientôt, il allait lui pousser un bouchon sur la tête et il allait se mettre à siffler comme une cocotte-minute. Et le pire, c'est que ce ne serait même pas si étonnant que ça. Harry prit une grande inspiration, une gorgée de thé brûlant qui lui enflamma la gorge au passage, et, fumant -au propre comme au figuré-, interrogea son ravisseur :

-Bon.

Il fixa Jedusor qui semblait très amusé :

-Qu'est-ce que c'est que ce bordel?

Jedusor eut l'audace de paraître choqué, ce qui énerva encore plus -si c'était possible- Harry :

- ...?

Jedusor reposa lentement sa tasse, croisa les jambes dans un geste ridiculement efféminé mais néanmoins très élégant, joignit ses mains, et répondit enfin, parlant comme si Harry avait gagné le jackpot de quelque absurde jeu télévisé -quoi qu'il était très peu probable que Jedusor connaisse la télévision, il avait tout l'air d'un gosse de riche nourri au caviar- :

-Ceci, mon cher Harry -allait-il arrêter de l'appeler "Mon cher Harry", par Merlin?- est une très très bonne nouvelle pour toi -et pour moi, par la même occasion-.

Il eut un petit rire. Harry, suprêmement énervé, mit sa bouche en cul de poule, saisit sa tasse, commença à tourner frénétiquement dedans sa petite cuillère en argent, croisa les jambes, et commenta :

-Ah oui, vraiment?

Jedusor eut la bonne grâce de ne pas se sentir vexé, et continua comme si de rien n'était, sourire aux lèvres :

-Vraiment. Mon cher Harry -le cher Harry en question allait l'étrangler dans les deux minutes, s'il continuait-, tu parles le Fourchelang.

Harry se préparait à répéter "Oui, vraiment?", quand il enregistra ce qu'avait dit Jedusor. Le quoi?

-Le quoi?

Jedusor savourait, et ça se voyait.

-Le Fourchelang.

-Qui est ... ?

-La capacité de parler aux serpents.

C'en était trop pour Harry. Parce que c'était tout simplement impossible. Il y avait peut-être une ou deux légendes qui parlaient de ça... et bien sûr, en tant que Serpentard, cela ne lui aurait pas déplu, mais le fait était que c'était impossible. Et c'était très bien comme ça, d'ailleurs. Harry éclata d'un rire qui sonnait curieusement faux, même à ses propres oreilles. Et, comme il pressentait que, malgré ses tentatives désespéréesde se convaincre que tout cela n'était qu'un gigantesque canular, le canular en question allait finir par se révéler véridique, il demanda d'une voix lasse et désabusée :

-La capacité de parler aux serpents? Comment cela peut-il être possible?

Jedusor fit la moue, apparemment déçuque son "invité" ait si vite accepté qu'il maîtrisait le langagede la gente serpentine, mais expliqua :

-Certaines personnes -à ce jour, toi et moi sommes les seules à ma connaissance- ont le pouvoir de parler aux serpents. Ils peuvent les contrôler. Salazar Serpentard était célèbre pour son habileté à parler le Fourchelang. C'est pourquoi la maison des Serpentards est représentée par un serpent.

Harry était abasourdi. Jedusor prit une autre gorgée de thé, et continua, tout en caressant sa bague :

-Je suis l'héritier de Salazar Serpentard, je pensais donc être le seul. Il se trouve que non. Puisque tu existes.

Harry frissonna. Il avait soudain l'impression qu'exister était son pire défaut. Jedusor semblait, curieusement, considérer qu'il était absolument impossible qu'ils fassent partie de la même famille. Pourtant, pour ce qu'Harry savait, il était orphelin, non? Harry se promit d'étudier la question. Jedusor releva la tête et dit avec un grand sourire jovial -à l'arrière-goût cruel- :

-Mais nous allons faire avec!

Harry hocha ironiquement la tête. Oui, il faudrait bien faire avec le fait qu'il était vivant. Quel intérêt pouvait bien avoir son don improbable pour Jedusor? Il prêta attention aux paroles de ce dernier.

-Il paraît donc évident que tu fais partie d'une sorte d'"élite".

Jedusor avait les yeux perdus dans le vide. Ses splendides orbes ébène. Harry l'interrompit :

-Une "élite"?

Jedusor agita sa main dans un geste agacé pour chasser la question importune :

-Oui, oui.

Il reprit :

-Une "élite" dont je fais également partie.

Il toisa Harry, l'enveloppa de son regard polaire.

-Et ilest hors de question que tu salisses mon nom.

Il explicita :

-Il est hors de question que tu sois médiocre.

Il resta pensif pendant quelques secondes, puis se concentra de nouveau sur Harry :

-Tu ne dois pas être bon, tu dois être le meilleur. Tu ne dois pas être respecté, tu dois être adulé.

Il sourit, et son sourire était comme un feu, un feu vorace aux longues flammes ondulantes, un feu noir et opaque derrière lequel l'attendaient comme un tribunal, une rangée muette de pupilles impatientes de lui jeter la première pierre.

-Et cela, tu dois l'apprendre avec moi.

-

Harry avala son thé de travers. Récapitulons. En dehors du fait qu'il était un sorcier, qu'il pratiquait la magie, fait auquel il avait à peu près réussi à s'acclimater, et qu'il avait traversé le temps en touchant un miroir, un presqu'inconnu venait de lui annoncer 1) Qu'ils parlaient tous les deux la langue des serpents, le Fourch.... bref, et 2) Qu'il allait lui apprendre à ... à quoi, au fait? A avoir des bonnes notes en classe? A pratiquer la magie noire? (La deuxième proposition lui semblait la plus probable, entre parenthèses.) Harry toussa légèrement et annonça à Jedusor :

-Non.

Jedusor ne parut pas surpris mais l'interrogea quand même, pour s'amuser un peu avec lui, sûrement :

-Non quoi?

Harry se retint de lever les yeux au ciel :

-Non, vous ne m'enseignerez rien du tout. Merci, j'ai déjà donné.

Il eut un pincement au cœur en pensant à Wanda. Jedusor ricana :

-Eh bien, cela n'a apparemment pas porté ses fruits.

Harry s'empêcha de se jeter sur l'adolescent moqueur. Encore un de ces accès de courage -d'inconscience- typiquement Gryffondor. Allons bon. Il allait falloir qu'il fasse quelque chose. De toute façon, il ne risquait pas de faire grand-chose à Jedusor : il parait la violence avec une habileté presque surhumaine. Il soupira -lentement- par le nez, ce que Jedusor sembla trouver très divertissant, puisqu'il leva un sourcil dubitatif. Harry revint à la charge :

-Je n'ai rien à apprendre de vous.

Jedusor lui jeta un regard impénétrable.

-Je crois que si, justement.

Harry enrageait. Ce qu'il pouvait être énervant! Et c'était quoi, d'abord, cette pièce? Il jeta un regard autour de lui. Elle était plutôt spacieuse, remarquablement bien éclairée par de grandes lampes en papier qui serpentaient le long des murs et des appliquesprès de la table où ils étaient assis. Les murs étaient de pierre lisse, légèrement sombre, et leur continuité était seulement troublée par l'unique porte qui se dressait à l'exact opposé de l'endroit où les deux garçons se trouvaient. Peut-être que Jedusor avait peur qu'il ne s'échappe? Harry envisagea la solution, mais s'en désintéressa aussitôt. Quoi qu'il dise, il avait besoin de Jedusor pour mieux comprendre son don. Il se replongea dans l'examen de la salle. Elle était relativement vide -un cercle de petits fauteuils couleur chair ou marron clair par-ci par-là, mais c'était tout-, à l'exception de l'endroit où ils se trouvaient : un cercle intime de deux fauteuils bruns et confortables au centre desquels se dressait une minuscule table marquetée aux pieds effilés. Sur la table, devant lui, se trouvait un service en porcelaine -une théière, deux tasses et un pot de lait, ainsi qu'une sucrière et quatre cuillères en argent-. L'ensemble produisait un ensemble chaleureuxet tiède, un cocon rassurant où, d'ailleurs, Jedusor ne semblait pas avoir sa place. Ici, tout était dans le demi-ton : la lumière, tamisée mais éclatante; les fauteuils et leur couleur mi-figue mi-raisin; le service, désuet mais joli malgré tout. Jedusor, lui, était dans le perpétuel excès : ses mains étaient trop longues, trop blanches et trop fines; ses yeux étaient trop noirs et trop froids; ses cheveux étaient trop coiffés et trop intenses; son être même était trop extrême pour ne pas être incongru dans ce palace de douceur; et pourtant, il semblait y être parfaitement à l'aise, évoluant avec la grâce féline propre à ses semblables. Harry redevint hautain et assena :

-Je refuse.

Jedusor sourit d'un air ironique.

-Ce n'était pas une proposition.

Harry se glaça. Il ne dit rien, et Jedusor en profita pour lui présenter sa vision des choses :

-Soyons clairs, ce n'est pas du volontariat. Ni du babysitting.

Il s'esclaffa à sa propre boutade sans apparemmentréaliser qu'Harry et lui avaient à peu près le même âge.

-J'exige certaines choses en retour.

Harry s'étouffa avec sa propre salive. Comment osait-il? Jedusor ne lui prêta pas attention et poursuivit :

-Certaines choses comme, pour commencer, ta totale obéissance...

Il regarda Harry avec un air sévère de maître d'école.

-Ton succès...

Harry se serait bien écrié "Mais bien sûr!", mais il était trop ébahi pour cela. Il se contenta d'écouter la tirade du jeune homme brun qui ne se rendait de toute évidence pas compte de l'effet que ses paroles faisaient à son futur élève :

-Quelques petits services en passant...

Harry se força à ne pas imaginer les services en question. Jedusor continua son énumération :

-Une disponibilité totale...

Harry crut à une mauvaise farce. Cela devait sûrement être ça. Autrement, quoi? Jedusor le prenait pour un distributeur? Soudain, ledit Jedusor, qui avait terminé sa liste, se tourna vers Harry et le fixa au fond des yeux :

-Sauf bien sûr si tu préfères que ton don soit révélé à toute l'école...

Ce n'était que cela? Oh, eh bien il préférait affronter les regards de la gente poudlardienne pendant quelques mois plutôt qu'un Jedusor méprisant vingt-quatre heures sur vingt-quatre, merci bien. Il allait glousser de soulagement -lui non plus n'avait jamais été très porté sur les gestures viriles- quand les dernières paroles de Jedusor lui rentrèrent le rire dans la gorge :

-Ou que ta petite-amie ait des problèmes...

Il caressa la tête du serpent enroulé sur le bras de son fauteuil.

-... disons, assez graves....

Harry voulut protéger Wanda mais la blessure que leur précédente dispute avait infligé à son ego l'en empêcha :

-Ce n'est pas ma petite-amie!

Jedusor sourit doucement :

-A toi de voir...

Après quoi il se leva, et, laissant un Harry à la fois assommé par sa menace et écrasé sous le flot de ses nouvelles connaissances, ajouta :

-Premier cours, demain à 5 heures dans la salle commune.

Il commença à partir, mais Harry le vit repasser sa tête dans l'embrasure.

-Sois à l'heure.

To Be Continued ...