6ème année, novembre :

A Poudlard, les préfets disposaient de leur propre salle de bain, et elle était plutôt luxueuse. L'entrée étant gardée par un mot de passe, Rémus avait depuis longtemps cédé et laissé les autres Maraudeurs profiter de la pièce. Mais, au grand regret de Sirius, un sortilège empêchait les élèves d'y entrer à deux, même cachés par la cape d'invisibilité.

Cependant, il n'empêchait pas un préfet d'entrer avec un chien - ni, une fois à l'intérieur, le chien de se retransformer en Sirius ravi :

"Je n'en reviens pas de ne pas y avoir pensé avant ! On va bien s'amuser tous les deux !

— J'avoue, je n'y croyais pas... Ah, mais surtout, quoi qu'il arrive, il ne faut pas dire à James que ça marche !

— Pourquoi ?

— Parce qu'Evans est préfète et utilise cette salle de bain. Parce qu'il sera parfaitement incapable de résister à l'envie d'entrer en douce et d'utiliser sa cape pour la voir. Parce qu'il se fera prendre. Et qu'elle le tuera. Sans oublier que ça grillera définitivement le peu de chances qu'il arrive à mettre de son coté.

— Mais c'est justement ça qui est drôle ! Non ?

— Non. Silence absolu. Promets le.

— Mais...

— Promets-le sur ton nouveau balai."

Sirius râla que son petit ami ne savait définitivement pas s'amuser, mais s'exécuta. Après tout, ils avaient beaucoup mieux à faire ici que de se disputer.

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Face à une baignoire de la taille d'un jacuzzi, Sirius ne mit qu'une seconde à se retrouver nu et une seconde de plus à arroser toute la pièce en sautant dans l'eau. Mouillé alors qu'il était encore en train d'hésiter à coté, Rémus s'ébroua rapidement mais ne fit aucun commentaire. Il était trop occupé à prendre son courage à deux mains pour rejoindre son petit ami. Quelque part, il devait bien s'avouer qu'il espérait que le plan pour entrer à deux ne marcherait pas...

Mais d'un autre coté, il en avait vraiment envie. Sirius était à moins d'un mètre de lui, parfaitement nu, et n'attendait que lui. L'incarnation du fantasme absolu. Il fallait simplement aller rejoindre ce fantasme avec son corps à lui, blafard, couvert de cicatrices, trop mince, trop... Pas à la hauteur. C'était surtout ça. Il se sentait cruellement pas à la hauteur de son partenaire, et dès qu'il aurait enlevé ses propres vêtements, il ne pourrait plus le cacher.

Collé au bord de la baignoire, la tête posée sur les avant-bras, Sirius le regardait en souriant. Et c'était juste trop.

"S'il te plait, tu peux regarder ailleurs ?

— Pourquoi ?

— Parce que ça m'aiderait."

Avec une étonnante docilité, le brun obéit et se retourna, laissant Rémus plus tranquille pour se déshabiller et se plonger dans l'eau à son tour. Pour l'instant il était à peu près caché par la mousse, et ça rendait les choses plus faciles. Même si ça n'allait pas durer.

Voyant son petit ami si intimidé, Sirius fit pour une fois preuve de beaucoup de tact dans son approche. Ils avaient tout leur temps et il ne voulait pas l'effrayer davantage. Il prit le temps de l'embrasser, sur les lèvres, puis descendit plus bas, sur son épaule, son torse, et le fit rire en prenant une grande inspiration pour descendre encore. Évidemment sous l'eau ça ne donnait rien - à part détendre Moony qui profita d'une remontée pour lui rendre ses baisers.

Padfoot avança alors sa main sur l'entrejambe de son partenaire. Il fut soulagé de constater que malgré sa gêne, il y avait au moins une partie de Moony qui était très contente de la situation, et n'attendait que de se faire masser tendrement. Ou peut-être un peu plus fort ? Plus vite ? Oui, ça donnait des résultats intéressants...

Le loup-garou était rouge, les yeux fermés, retenant son souffle pour ne pas gémir, et Sirius fut le premier surpris de sentir sa main qui tâtonnait elle aussi à la recherche de son érection. Il avait vraiment pensé que pour la première fois, il allait devoir se débrouiller tout seul, étant donné la timidité de son partenaire. Mais si Rémus voulait participer, il n'allait pas s'en plaindre.

Entre gestes maladroits et baisers passionnés, guidés à la fois par leur propre plaisir et les soupirs de l'autre, ils ne purent se retenir très longtemps et finirent pour jouir en même temps.

Ce qui les fit rire, encore tout excités d'avoir franchi cette étape et déjà impatients de recommencer.

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Puis la vie reprit son cours habituel - celui où recevoir tout l'enthousiasme de vivre d'un Black surexcité au petit déjeuner est banal, alors qu'on n'a même pas terminé son café.

"Moony !" s'exclama Sirius. "C'est bientôt mon anniversaire !

— Je sais. Ça fait presque un mois que j'ai droit au compte à rebours tous les matins.

— Et j'ai choisi ce que je voulais comme cadeau !

— Attends, je m'assois.

— Comment ça ? Tu es assis.

— Disons que je me prépare à un choc. Mais c'est bon. Vas-y. Je suis prêt.

— Je ne sais pas ce que tu t'imagines. Ma demande est parfaitement modeste. Très simple. Et ne coûte rien.

— ...

— Je voudrais juste que tu m'enseignes ton sort explosif.

— ...

— S'il te plait ?

— Même pas en rêve, Black. Et ça ne sert à rien d'insister encore. Laisse juste tomber. Oublie l'existence de ce sort.

— Dis-moi au moins où je peux le trouver ! J'ai épluché la moitié de la réserve interdite pour... Heu, non, non, je n'ai absolument rien dit... Oublie, d'accord ?

— C'est ça. Je n'ai rien entendu et toi tu n'as rien demandé. Du coup, que veux-tu pour ton anniversaire ?"

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"Moi, j'ai trouvé le cadeau idéal pour l'anniversaire de Sirius !" se vanta James. "Regarde ça !

Il sortit de sa poche une balle en caoutchouc, d'un rouge vif, qui fit "pouic" quand il la pressa.

Vexé, Sirius commença à protester qu'il n'était pas le genre de chien à courir après n'importe quelle baballe - ignorant superbement Rémus qui, entre deux quintes toux, sortit un "quidditch" moyennement discret. En riant, James lui lança l'objet...

Difficile de dire lequel fut le plus surpris des deux quand Sirius eut le réflexe de courir après la balle, avant de s'arrêter net, rouge de honte, et de crier : "C'est pas ma faute, c'est l'instinct !"

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Minerva McGonagall, sévère professeur de métamorphose, avait depuis un certain temps l'habitude des coups bas suivis de grands yeux innocents de Sirius Black. Même si, pris sur le fait, c'était la première fois qu'il osait tenter un :

"Je vous en prie, vous ne pouvez pas me punir aujourd'hui, c'est mon anniversaire !

Derrière lui, les Gryffondors attendaient le verdict et prenaient les paris. Vu la faiblesse de sa défense, la cote de Sirius n'était pas excellente sur ce coup-là. Et effectivement, la professeur lui rétorqua :

— Monsieur Black, pour votre information mon propre anniversaire est le 4 octobre. S'il vous est possible, à cette occasion, de me faire l'immense cadeau de ne pas enfreindre le règlement ni provoquer la moindre catastrophe durant au moins vingt-quatre heures, je serais sans aucun doute la première à vouloir fêter dignement votre avancée en âge. En attendant, ça sera trois heures de retenue et dix points en moins pour Gryffondor.

— Vous êtes dure, Minnie. Mais c'est pour ça qu'on vous aime.

— Gardez vos familiarités pour vous, Black. Quatre heures. Ce soir. Et bon anniversaire."

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Pour parachever un seizième anniversaire décidément très décevant, Sirius reçu ce soir-là le cadeau de sa famille. Un exemplaire de l'Almanach Sorcier, soigneusement annoté par sa mère, qui avait mit des marque-page et des commentaires sur les héritières les plus intéressantes du moment, classées par ordre d'attrait... pour la famille Black. Il vit même, en bas de liste, quelques héritiers avec la mention acceptable dans le pire des cas. C'était un bel effort de la part de ses parents si attachés à la future progéniture Black. Mais restait tout de même beaucoup trop déprimant pour mériter autre chose que la poubelle.

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Sirius se rendait dans son dortoir, un peu déçu de ne pas avoir trouvé de fête d'anniversaire surprise dans la salle commune des Gryffondors. C'est vrai qu'avec ses retenues il était rentré tard, mais quand même. Lui avait déjà organisé des anniversaires surprise à deux heures du matin. Ça n'avait étonnamment pas plu à tout le monde, mais c'était marrant.

Il senti alors qu'on l'enlaçait par derrière. Rémus, évidemment, qui s'était comme toujours approché sans un bruit. Il lui murmura :

"Joyeux anniversaire mon amour.

Ça, ça remontait déjà pas mal le moral, il fallait bien l'avouer. Même si...

Toujours contre son oreille, Rémus chuchota :

— Comme on n'avait pas beaucoup de temps, je t'ai réquisitionné pour la soirée. Les autres fêteront ton anniversaire demain. Ça ne te dérange pas ?

— Non. Absolument pas. Tu pensais à quoi ?"

Avec un sourire, Rémus lui prit la main et l'emmena tout au sommet de la tour d'astronomie. Souvent utilisée par les couples qui voulaient dormir à la belle étoile en été, elle était déserte en ce froid mois de novembre, mais le préfet lança rapidement un sort protecteur et ils purent s'installer confortablement.

Et sous l'éclat complice du croissant de lune et des étoiles, les deux amoureux profitèrent de leur soirée. Moony avait prévu le gâteau préféré de Sirius et lui avait offert un cadeau. Mais surtout, ils prirent le temps d'admirer le ciel, enlacés tendrement, tandis qu'ils pouvaient se murmurer tous les serments d'amour qui sont trop embarrassants pour être dit de jour.