Chapitre 6

Sirius revint vers l'école d'un pas lent. Il ne cessait de se répéter que le bilan était plutôt positif. Après tout, il était parvenu à établir un contact avec le garçon. Ils avaient échangé quelques mots. Pourtant, il se sentait mal.

Comment pouvait-on accepter un destin pareil ?!

Il essaya de se mettre à sa place, de comprendre ce qu'il pouvait ressentir. Mais comment imaginer une vie pareille ?!

Il fallait qu'il réagisse. Il s'en voudrait toute sa vie, s'il lui tournait le dos maintenant. Et il n'était plus question de se demander si oui ou non il était légitime de traiter les loups-garous comme des animaux ou comme des êtres humains en dehors des nuits de pleine lune. Parce que ce qu'il avait vu était tout simplement inacceptable.

Il allait agir, mais il était conscient que ce ne serait pas facile. Il allait se heurter à la résignation du garçon. Comment lui faire comprendre qu'il y avait une autre alternative à la vie sans avenir que lui proposait son propre père ? Qu'il ne méritait pas de mourir seul, abandonné dans une cave ?

Il écarta de ses pensées la foule de questions qui l'assaillaient, et la petite voix qui lui murmurait que c'était bien beau, de vouloir changer les choses, mais qu'il n'avait pas la plus petite idée de la façon dont il procèderait.

Et puis, que ferait-il de lui, une fois sorti de sa prison ? Allait-il le cacher dans sa chambre, à Poudlard ?

Ce n'est pas le moment d'y songer, se dit-il. Tu auras bien le temps après. Le plus urgent, c'est de lui faire comprendre qu'il n'est pas obligé d'être aussi résigné, qu'il a droit à un minimum d'attention.

Ce ne serait pas facile. Mais il espérait bien parvenir à lui faire accepter sa présence, qu'il le laisserait le soigner.

Pomfresh… Il faut que j'aille à l'infirmerie trouver des remèdes.

Il n'avait pas du tout aimé l'aspect de la blessure qu'il avait au bras. Et puis d'ailleurs… D'où lui venaient toutes ces blessures, en fait ? Il avait vu l'homme lancer un sort au garçon, mais il doutait que cela explique tout… Cela n'expliquait pas les morsures, en tous cas.

Etait-ce le garçon lui-même, qui se mordait… ?

Sirius se sentait désemparé. Chacune des questions qu'il se posait soulevait un coin du voile sur des horreurs qu'il ne voulait même pas imaginer.

Il regagna la salle commune des Gryffondors par automatisme. Là, il fut brusquement saisi par la chaleur des lieux. Ce n'était pas que le bon feu qui brûlait dans la cheminée, mais aussi l'ambiance qui régnait là. Ses condisciples qui discutaient ensemble, installés sur les vieux fauteuils confortables. L'impression qu'ils appartenaient tous à une seule même et grande et famille. Par comparaison, la cave qu'il venait de quitter ne lui apparaissait que plus sordide.

Est-ce qu'il y aurait un jour une place ici pour ce pauvre garçon ? L'accueillerait-on avec la même bienveillance qui avait suivi sa propre arrivée chez les Gryffondors ? Ses yeux se posèrent sur James, et il se rembrunit. La plupart de ses condisciples devaient partager le sentiment de James sur les loups-garous.

Mais s'ils le voyaient tel que je l'ai vu moi, si seul et si démuni… Peut-être qu'ils reverraient leur jugement ?

Peut-être que James changerait lui-aussi d'opinion ?

Il aperçut Lily, plongée dans ses devoirs. S'il y avait une personne capable d'ouvrir les yeux de James, c'était bien elle.

Alors, au lieu de rejoindre James et Peter, ce fut vers elle qu'il se tourna.

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Lily leva les yeux, surprise de le voir se poster près d'elle. « Oui ? fit-elle.
- Je peux m'asseoir ?
- Ça dépend… J'ai du travail, j'aimerai le finir avant le dîner.
- C'était juste… A propos de ce matin… »

Lily fronça les sourcils. Comme toujours, Sirius fut frappé par l'intensité de son regard. Elle avait quelque chose d'effrayant, vraiment. Comme si elle avait la faculté de pénétrer plus profondément que quiconque au cœur des choses.

Elle ne réfléchit pas seulement avec sa tête, comprit-il. Elle sent vraiment les choses…

« Je suis allé à la bibliothèque faire des recherches sur les loups-garous, continua-t-il, refusant de se laisser troubler.
- Et ? Tu penses maintenant qu'il faut vraiment les éliminer comme les monstres qu'ils sont ? Organiser des battues à grande échelle, les massacrer comme on a massacré les simples loups sur le continent ?
- Non… Je cherchais quelque chose qui me renseignerait sur la vie des loups-garous quand… tu sais… quand ils ne sont pas transformés… »

Lily referma son livre, et Sirius comprit qu'il avait réussi à capter son entière attention.

« Et ?
- Je n'ai rien trouvé, admit-il. Rien qui puisse démentir ce que Pyrus a affirmé… »

Lily ne répondit pas tout de suite. Sirius n'était certainement pas du genre à se laisser facilement intimidé, mais il aurait vraiment préféré qu'elle ne le regarde pas de cette façon-là. Il avait l'impression qu'elle le décortiquait, et il n'appréciait pas du tout.

« J'avoue que je suis surprise, Black… dit-elle finalement. S'il y a une personne ici que je croyais encore pétri de préjugés stupides, c'était bien toi…
- Pourquoi ?! répliqua Sirius, révolté.
- L'éducation que tu as reçue…
- Il me semble que j'ai prouvé que je n'en étais pas dupe, non ?! protesta-t-il. Est-ce que tu m'as déjà entendu dénigrer les Moldus ? Est-ce que je t'ai déjà traitée de Sang-de-Bourbe ?
- Non, admit Lily. Mais certains de tes propos… Ton attitude… Tu as une telle tendance à te prétendre supérieur aux autres… ! »

Sirius ne répondit pas. Il savait déjà ce que lui reprochait Lily. Les mêmes reproches que ceux qu'elle faisait à James.

« Quoi qu'il en soit… poursuivit Lily. Que tu n'ais rien trouvé ne m'étonne pas vraiment. Je ne crois pas qu'il y ait beaucoup de personnes à s'être penchées sur le sort des loups-garous… Ce sont des êtres nuisibles, cela seul intéresse le commun des sorciers.
- Mais ils ne se transforment que les nuits de pleine lune ! Et le reste du temps… ?! Est-ce qu'ils ne sont pas humains ?
- Tu trouveras peu de personnes pour l'admettre, Sirius.
- Mais c'est ce que tu penses, toi.
- Oui. Et on me juge idiote pour cela ! »

Elle releva légèrement la tête, dans une attitude de défi. Elle était réellement courageuse, pensa Sirius. Si plus de personnes étaient comme elle, prêtes à défendre leurs convictions avec autant de force, peut-être les partisans de Voldemort seraient plus circonspects dans leurs prises de position.

« Tu es vraiment une fille exceptionnelle… » murmura Sirius. La jeune fille vira brusquement à l'écarlate. « Tu te moques… protesta-t-elle.
- Non, c'est vrai, je le pense. »

Il y eut un silence un peu gêné. Sirius avait réalisé qu'il venait de faire un compliment à la jeune fille. C'était un peu troublant.

« Si tu t'intéresses aux loups-garous, j'ai un bouquin pas trop mal… reprit Lily, s'efforçant de retrouver une contenance. Il ne se cantonne pas à la description basique, ni à la façon la plus efficace d'en venir à bout. Il est un peu plus complet que ceux qu'il y a ici, à la bibliothèque. Je l'ai trouvé à Pré-au-Lard…
- Et tu l'as acheté… C'est un sujet qui te passionne particulièrement, les loups-garous ?
- Non… C'est juste que ce livre-là sortait un peu de l'ordinaire, il a éveillé ma curiosité. Et de toute façon, plus on a de regards sur un sujet, mieux c'est, non ?
- Tu as raison. »

Il se leva.

« Merci, Lily. »

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Ce ne fut que lorsqu'il descendit pour le dîner qu'il remarqua que James le boudait. Au lieu de s'asseoir à table à côté de lui, il choisit de s'installer trois places plus loin. Un peu déconcerté, Peter tergiversa un moment, avant d'opter pour James. Ce qui n'étonna pas Sirius.

Les plats apparurent sur la table, mais Sirius ne se servit pas. Il ne comprenait pas. Bon, d'accord, il lui avait une nouvelle fois fait faux bond et avait disparu pendant plus d'une heure sans l'avertir… Et il n'avait pas couru le retrouver, après son escapade dans le parc, préférant finir ses devoirs au plus vite, afin d'avoir suffisamment de temps le lendemain pour retourner sous le saule.

Il soupira. Il n'avait vraiment pas envie de se torturer l'esprit pour James. Il était bien assez tourmenté par ailleurs !

Ses yeux tombèrent sur la nourriture, en abondance sur la table, et il revit dans un éclair le contenu misérable de l'assiette du garçon. Il devait avoir bien faim, pour accepter de manger une pareille pitance !

Le chocolat, c'était une bonne idée, songea-t-il. Mais il lui faudrait des aliments qui tiennent mieux au corps…

Il tendit la main pour prendre un morceau de pain et le regarda pensivement. Peut-être le garçon accepterait-il plus facilement la nourriture que des soins médicaux ? Il comprendrait ainsi qu'il cherchait vraiment à lui venir en aide…

Plongé dans ses pensées, il commença à manger machinalement.

Demain, il lui apporterait de la nourriture. Ce serait facile. Se procurer des remèdes, en revanche…

Il leva les yeux vers la table des Serpentards et sourit vaguement, en posant les yeux sur Severus Rogue.

Non, peut-être que ce ne serait pas si difficile, finalement…

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

L'ambiance était lourde, dans le dortoir. James était sorti de la salle de bain et s'était allongé sur son lit sans un mot, tandis que Peter disparaissait à son tour pour faire sa toilette. Sirius observa son meilleur ami sans un mot, profondément ennuyé.

Si au moins il comprenait ce qu'il lui reprochait ! Sirius ne se sentait vraiment pas d'humeur pour ce petit jeu-là. Sa rencontre avec le garçon sous le saule l'avait mis émotionnellement à plat.

« Tu me fais la gueule ? lâcha-t-il finalement.
- Moi ? Non, répondit James, d'un air qui manquait vraiment de conviction.
- Tu ne m'as pas dit deux mots de tout l'après-midi ! protesta Sirius. Qu'est-ce que je t'ai fait ?! C'est à cause de ce matin ? »

Le regard de James était carrément glacial. Sirius sentit sa tension nerveuse monter encore d'un cran.

« Allez, James ! Arrête de bouder comme un gamin et dis-moi !
- Que je te dise quoi ?! répliqua James, exaspéré. Je n'ai rien à dire ! »

Il lui tourna le dos sans un mot de plus. Sirius était perplexe. Mais il n'avait certainement pas envie de se bagarrer avec James ce soir. Il grimpa dans son propre lit et tira les rideaux. Puisque James ne voulait pas le voir…

Il prit le livre prêté par Lily et commença à le feuilleter.

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L'humeur de James ne s'était pas améliorée, le lendemain matin. Il desserra à peine les dents, lorsque Peter lui adressa la parole. Sirius l'ignora. S'il voulait à tout prix jouer ce jeu-là… Lui-même avait d'autre chose en tête. Il avait lu les deux tiers du livre. Un livre bien plus intéressant que tous ceux qu'il avait consultés à la bibliothèque, Lily avait raison. S'il ne détaillait pas précisément la vie des loups-garous au quotidien, il évoquait par contre explicitement les différentes mesures qu'ils adoptaient pour ne pas devenir une menace pour leur entourage. Ce qui signifiait clairement qu'associer « loup-garou » et « monstre sanguinaire » n'allait pas de soi. Si ces personnes désiraient tellement protéger les leurs, c'était bien qu'ils n'étaient pas mus par une volonté irrésistible de dévorer leur prochain !

Il avait lu que les loups-garous qui s'enfermaient pendant les nuits de pleine lune avaient tendance à retourner leurs pulsions agressives contre eux-mêmes, et allaient même parfois jusqu'à se blesser eux-mêmes gravement. Voilà qui expliquait les traces de morsures que Sirius avait relevées sur le garçon.

Loin de faire du mal à autrui, il était son propre bourreau. Ce constat n'avait fait que bouleverser Sirius un peu plus.

Dans la Grande Salle, il s'assit près de Lily, déjà attablée devant son petit-déjeuner.

« Tu n'as pas bonne mine, remarqua-t-elle.
- J'ai lu tard… répondit-il.
- Tu ne vas pas t'asseoir avec Potter ?
- Il est fâché contre moi.
- Vraiment ? Pourquoi ?
- Je n'en sais rien… Il est pénible, parfois… »

Il jeta un coup d'œil en direction de son ami. Celui-ci le fusilla du regard. D'accord, il lui en voulait toujours. Mais pourquoi, ça…

« Ça lui passera… conclut-il. Ton livre est franchement intéressant… reprit-il. J'ignorais que les loups-garous ne représentaient de danger que pour les êtres humains…
- Il y en a, au Ministère, qui seraient bien avisés de le lire, ce livre… remarqua Lily, lui tendait le dernier exemplaire de la Gazette. Ils veulent leur refuser le droit au procès…
- Oh… »

Sirius survola l'article. Le journaliste soulignait qu'il était ridicule de proposer à un animal de se faire représenter par un avocat, puisqu'il agissait par instinct.

« C'est paradoxal… murmura Sirius. D'un côté, on leur refuse le droit de plaider leur cause parce qu'on juge qu'ils ne sont pas capables d'aller à l'encontre de leur nature, et de l'autre, on les déclare responsable des meurtres qu'ils commettent…
- Je sais… répondit Lily sombrement. Et ce pauvre homme continue à jurer qu'il était enfermé, pendant la pleine lune, et qu'il n'a rien pu faire… »

Et si un jour quelqu'un découvrait le garçon dans sa prison… Allait-on l'extraire de là pour l'abattre sans même prendre en compte qu'il ne sortait jamais de sa cave ? Sirius sentit son estomac se tordre rien qu'à l'idée.

« C'est inadmissible… murmura-t-il. Et on ne peut rien faire ? »

Lily le dévisagea, une flamme étrange dans les yeux. Comme si elle le voyait vraiment pour la première fois.

« Je vais faire une pétition. Et l'envoyer au Ministère. Cela ne sauvera peut-être pas la vie de ce pauvre homme, mais ce sera toujours mieux que rien ! proposa-t-elle. Tu la signes ?
- Oui. »

OOOOOOOOOOOOOOOOOOOOO

Ils quittèrent la Grande Salle ensemble. Sirius avait suggéré de commencer à faire circuler leur pétition parmi les Poufsouffles. Ils étaient naturellement plus ouverts au dialogue, peut-être les préjugés étaient-ils moins tenaces, chez eux… Lily avait acquiescé. Mais elle ne renonçait pas à « ouvrir les yeux » de ses propres condisciples.

« Les Gryffondors ne sont pas des Serpentards, conclut-elle, avant de le quitter. On doit bien réussir à leur faire comprendre qu'il est stupide de voir systématiquement les loups-garous comme des monstres ! »

Sirius lui sourit. Elle faisait preuve d'un optimisme incroyable, mais vraiment galvanisant.

C'était bien, d'être de son côté, pensa Sirius en la regardant s'éloigner. D'habitude, il était la cible de ses foudres. Et autant l'avoir comme adversaire était épuisant, autant être son allié était enthousiasmant.

S'il ne parvenait pas à faire changer James d'avis sur les loups-garous, il parlerait peut-être du garçon à Lily.

Se retrouvant seul, il regarda autour de lui, à la recherche de ses amis. Il était tellement habitué à leur trio que se trouver maintenant sans James et Peter lui paraissait complètement incongru. Il finit par repérer James, à l'autre bout du hall. James qui le regardait avec une animosité non dissimulée. Il soupira. Cela devenait franchement pesant !

Il traversa le hall d'un pas décidé et se planta devant James, qui se tendit légèrement à son approche.

« Bon, décide-toi à me dire ce qui ne va pas, ou rentre-moi dedans si tu veux, mais là, ça devient franchement casse-pieds, ton attitude ! déclara-t-il.
- Parce que tu ne vois pas le problème ? lâcha James.
- Non. Honnêtement non ! Allez, James, dis-moi !
- Les loups-garous ! s'exclama James.
- Pardon ?
- C'est quoi, cette lubie ?! Tu veux vraiment prouver à la terre entière que ce sont de charmantes petites bébêtes ?! Tu veux en adopter un, peut-être ? »

Sirius pâlit. Il se revit à genoux devant la cage du garçon, à tenter désespérément de nouer un contact avec lui. Adopter ?! Le terme le hérissait. Ce garçon n'était pas un animal ! Et pourtant… Pouvait-il, en toute honnêteté, prétendre qu'il l'abordait comme un humain ? Ne se proposait-il pas de l'apprivoiser comme il l'aurait fait avec un chien récalcitrant ?

« Ta gueule, James ! » répliqua-t-il, lui tournant les talons.

Il avait beau ne pas comprendre pourquoi James lui faisait un procès à propos des loups-garous, il ne voulait pas en entendre davantage. Il était trop troublé pour cela.

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Il passa la matinée tout seul, plongé dans ses pensées moroses. Comment allait-il faire comprendre à ce garçon qu'il n'était pas un animal, si lui-même se comportait avec lui comme s'il en était un ?! Son animalité ne venait-elle pas moins de sa nature que de la façon dont on le traitait ? En agissant ainsi, il ne ferait que le conforter dans ce rôle de créature dégénérée qu'il fallait enfermer…

Mais comment l'aborder autrement, puisqu'il était si manifeste que ce garçon ne se sentait pas sur le même pied d'égalité que lui ?

Commence par le soigner ! Soigne-le, nourris-le, et parle-lui !

Le soigner. Il devait se concentrer sur cela, et pas se disperser en interrogations philosophiques. Rester dans le concret, pour ne pas sombrer dans la dépression. Il se sentait si affreusement malmené, émotionnellement parlant… ! Penser à la souffrance du garçon le tourmentait même physiquement. Il avait des nœuds dans l'estomac, un poids perpétuel dans la poitrine, et il était conscient d'avoir les nerfs à fleur de peau. Et il avait beau appréhender terriblement le moment où il retournerait sous le saule, il brûlait d'y être. Même s'il savait qu'il ressortirait de là en morceaux, tremblant de tous ses membres et des larmes plein les yeux.

« J'ai réussi à obtenir dix signatures ! s'exclama Lily en le rejoignant avant le déjeuner.
- Chouette ! lui répondit-il avec un sourire. J'en ai parlé à Mildred Johnson, elle n'est pas contre le principe que toutes les créatures devraient avoir les mêmes droits.
- Je vais lui parler cet après-midi, dans ce cas.
- Et je suis à peu près sûr de réussir à faire signer Catelyn… ajouta Sirius. Elle signerait n'importe quoi, si c'est moi qui lui demande…
- Ah… Est-ce que ça vaut le coup, dans ce cas ? Si elle signe pour tes beaux yeux, et pas parce qu'elle croit que c'est juste ? »

Sirius haussa les épaules. « Tu te poses trop de questions, Lily. Ce qui est important, c'est d'avoir des signatures ! Les gens du Ministère se moquent de savoir si ces filles ont signé parce que je leur ai fait du charme !
- Tu es d'un pragmatisme terrifiant, Black !
- Et toi, tu es d'une honnêteté stupéfiante, Lily… »

Ils échangèrent un sourire.

« D'accord, fit la jeune fille. Trouve-moi des signatures ! Mais ne me dis pas comment tu les obtiens ! Je tiens à mon intégrité ! » Sirius s'inclina légèrement vers elle pour la saluer… et capta le regard noir de Rogue posé sur lui.

« Tu devrais demander à Servilus de signer notre pétition, proposa Sirius.
- Arrête, Sirius, demanda Lily, perdant son sourire.
- Tu crois qu'il serait partisan des droits des loups-garous ?
- Non, je ne pense pas. Inutile d'aller chercher les ennuis avec lui.
- Mmmhhh…
- Tu m'écoutes, Black ?! Arrête-ça ! »

Sirius se dirigea droit vers Rogue, ignorant les tractions de la jeune fille sur sa manche. « Lily et moi militons pour la défense des droits des monstres et autres créatures infectes et gluantes, commença-t-il. Comme tu es directement concerné par notre proposition, tu signes ? »

Il vit la main de Rogue se porter automatiquement dans les plis de sa robe. A la recherche de sa baguette, évidemment.

« Pardon ? demanda-t-il, avec une nonchalance affectée.
- Si quelqu'un porte plainte contre ton vilain nez crochu, tu seras le premier à te réjouir qu'on te permette d'avoir recours à un avocat ! appuya Sirius.
- Tu fais allusion à ce papier que vous faites signer pour les droits des loups-garous ? Franchement, Black, tu y crois, toi, à ce tissu d'âneries ?!
- Ce ne sont pas des âneries ! protesta Lily. Les loups-garous sont aussi humains que toi et moi !
- Que toi, oui Lily, intervint Sirius. Pour ce qui est de l'humanité de Servilus, j'ai de sérieux doutes… »

Rogue avait pâli, mais il ne releva pas. Sirius enchaîna donc. « De toute façon, tu perds ton temps avec lui, Lily. Etre humain, pour lui, ne garantit rien ! Vois la façon dont il te traite parce que tu es de parents Moldus ! Ses petits copains et lui seraient prêts à massacrer une partie de la population de cette planète sous le prétexte qu'elle n'a pas de pouvoirs magiques ! Et tu penses qu'il va se mouiller pour un loup-garou ?!
- Ce que tu fais là, c'est pathétique, Black ! cracha Rogue, venimeux. Prétendre croire à tous ces grands idéaux… ! Tu crois que Lily sera dupe ?! Et ton pote Potter, qu'est-ce qu'il en pense ?! »

Sirius se troubla légèrement. De quoi Rogue voulait-il parler ? Pourquoi mêler James à tout ça ? Il écarta la question de son esprit. Ce n'était pas le moment. Il ne devait pas dévier de son but : mettre Rogue hors de lui.

« James, ce qu'il pense de quoi ? De ton appartenance au genre humain ? Il pense que tu n'es qu'un hybride de Veracrasse ! Il a même avancé ton nom comme sujet d'étude pour le cours de Soin aux Créatures Magiques ! »

Lily laissa échapper une sorte de gloussement nerveux. C'était bien la première fois qu'elle ne lui rentrait pas dedans pour s'en être pris à Rogue !

« L'avantage, avec les loups-garous, c'est qu'il y a des signes pour nous indiquer leur nature ! Mais avec toi… Quoique… Tes cheveux, c'est un signe ou pas ? J'ai du mal à croire qu'un humain normal puisse les avoir aussi gras… C'est quoi, en fait ? Du mucus ? »

Rogue sortit aussitôt sa baguette de sa poche, et Sirius fit un violent effort sur lui-même pour ne pas l'imiter.

Ce fut Lily, qui réagit. Avant que Rogue n'ait eu la moindre chance de lui lancer un sort, elle lança un expelliarmus qui envoya valser sa baguette à l'autre bout du hall.

Sirius avait sous-estimé la jeune fille. Mais il n'eut pas le temps de pester contre ses réflexes, Rogue se jeta sur lui, le plaquant au sol.

Il encaissa le premier coup, le deuxième, alors que Lily tentait de tirer Rogue en arrière. Ne pas réagir lui demandait un effort considérable. Physiquement, Rogue ne faisait pas le poids, il le dépassait d'une bonne tête. Se débarrasser de lui ne serait pas difficile.

Mais il ne devait pas le faire.

« Arrête ça tout de suite, Severus ! » pestait Lily, en vain.

Deux bras solides intervinrent brusquement, arrachant Rogue de Sirius.

« Lâche-le tout de suite ! » ordonna James, impérieux.

Rogue se débattit pour s'arracher à son étreinte. James levait déjà le poing, mais Lily se jeta une nouvelle fois entre les protagonistes.

« Ça suffit ! ordonna-t-elle. Va-t-en, Rogue ! »

Rogue s'éloigna à reculons, les yeux fixés sur James. Sirius s'assit sur le sol et effleura sa mâchoire douloureuse. Il avait beau être malingre, Rogue savait frapper fort.

« Merci, James. »

James baissa les yeux sur lui, parut sur le point de dire quelque chose, mais tourna finalement les talons. Sirius le regarda s'éloigner, perturbé. « Ça va ? demanda Lily, lui tendant la main pour l'aider à se relever.
- Je crois…
- Tu saignes… »

Sirius posa les doigts sur ses lèvres et les retira maculées de sang.

« Ce n'est rien, certifia-t-il.
- Tu devrais aller à l'infirmerie, quand même.
- Tu as raison. J'y vais. »

Il avait réussi. Il allait pouvoir se procurer les remèdes dont il avait besoin.