7# Go (Partir)
Yoruichi avait rationalisé sa décision de toutes les manières possibles. Elle s'était trouvé les meilleures excuses, les meilleures raisons. Sauver ses deux amis d'enfance et la vie de huit victimes étaient, à ses yeux, assez important pour tout perdre. Des vies, surtout des vies de personnes proches d'elle, qui lui avaient donné plus qu'ils n'auraient pu le croire, valaient bien sa propre vie. Son statut, son rang, sa noblesse, tout ça n'aurait eu aucun sens si elle n'avait pas sauvé Kisuke, Tessai et les Vizards. Elle s'en serait voulu toute sa vie.
Mais au fond d'elle-même, il y avait toujours cette petite voix qui la narguait. Cette petite voix qui lui rappellait que derrière elle, elle avait laissé quelque chose de précieux. Ce n'était pas difficile pour elle d'imaginer l'expression de Soi Fon lorsqu'on lui avait annoncé sa disparition ou, pire, sa mort, comme ils en étaient capables. Les grands yeux s'écarquillant légèrement avant de se refermer, puis de laisser place à un éclat triste et amer. Même si elle espérait que sa petite garde se remettrait de son départ, elle savait qu'elle avait peu d'espoir à se faire. Elles étaient... proches. Peut-être un peu trop, songea Yoruichi, si cela l'empêchait de repenser à ce qu'elle avait du faire en restant sereine. Sauf qu'elle ne pouvait pas se reprocher ça. Si elle avait décidé de nier ses sentiments, elle n'aurait pas été mieux que Kisuke en train de faire l'abruti dès qu'on lui parlait de Shinji. Alors elle avait rationalisé.
Soi Fon n'était pas en danger de mort. Soi Fon était en sécurité. Soi Fon s'en remettrait. Soi Fon était forte et elle réussirait à aller au-delà de cette épreuve.
Kisuke et Tessai avaient eu, plus que jamais, besoin de son aide. Voilà pourquoi elle était partie. Parce que son amitié pour les deux hommes étaient plus importantes que des titres ou des noms.
Mais cette petite voix continuait de murmurer. Celle qui lui disait que tout n'irait pas parfaitement, qu'elle avait blessé sa petite garde, qu'elle allait s'en vouloir. Mais il avait fallu. Ou dix têtes se seraient écroulées sur le sol. Et elle refusait d'avoir le sang de ceux qu'elle appréciait sur les mains.
Partir n'était pas un choix, mais une nécessité.
