Merci à ma bêta-reader, Kédra, pour ses corrections ! Je sais que ça fait plus d'un mois que je n'avais pas posté, j'en suis désolée ! Rassurez-vous normalement, ça devrait mettre moins de temps à présent. Je dis bien normalement.
Au faite, je n'ai pas pas lu le tome 7, alors merci à ne pas mettre de spoiler dans les reviews. Je préfère prévenir.
Bonne lecture !
Chapitre VII : À la Rencontre des Ténèbres
Mon visage semblait plus pâle qu'à l'ordinaire. Mais ce n'était pas une impression. Ma peau blanche tranchait avec les fins cheveux noirs qui l'encadraient. Quant à ma longue robe d'un vert si sombre qu'il en paraissait noir, elle ne faisait que rendre le contraste encore plus flagrant.
Tandis que je m'observais une dernière fois dans le miroir, mon coeur s'emballait. Je respirais profondément. Mes mains moites s'accrochaient fermement à ma commode.
Dans quelques minutes, j'allais rencontrer Lord Voldemort, le Seigneur des Ténèbres, en personne. Il venait me voir, moi jeune sorcier insignifiant parmi d'autres. D'après Lucius et Bellatrix, il le faisait rarement.
Était-ce vraiment moi qu'il souhaitait voir ? Plus je me regardais dans la glace, plus cela me paraissait irréel. Comment cet adolescent blême et gringalet sans talent particulier pouvait intéresser un mage noir de cette envergure ?
J'eus un faible sourire cynique. S'il espérait qu'il allait avoir affaire à quelqu'un de la classe, de la trempe ou du talent de Sirius, il allait être surpris et déçu.
Je baissai les yeux sur ma robe. Au moins, je ne tremblais pas. J'essuyai mes mains humides sur le tissu sombre. Au moment où je relevai la tête, j'aperçus une haute silhouette dans le miroir. Je me retournai pour faire face à mon père.
Il me regardait, sans ciller. Au fond de ses yeux gris, les mêmes que Sirius, brillaient une lueur de fierté. C'était bien la première fois que Père m'accordait ce regard. Autrefois, il était réservé à Sirius.
Un sourire effleura ses lèvres tandis qu'il s'approchait de moi.
Il fit glisser quelques mèches rebelles derrière mes oreilles. Ses prunelles d'argent me jaugèrent encore quelques instants. Finalement, il parut satisfait du résultat.
-Légèrement nerveux ? Me demanda-t-il d'un ton léger.
Nerveux ? L'expression exacte serait « mort de peur ». Mais je me contentai d'approuver de la tête et d'ajouter :
-Oui, un peu. Et il y a de quoi.
Père ne me quittait pas des yeux. Son regard était si insistant qu'il me mettait mal à l'aise. Sa mâchoire se contractait et se relâchait sans cesse. Il semblait assez agité et tentait de le cacher. Finalement, il soupira :
-C'est étonnant comme tu as vite grandi. J'ai l'impression que la dernière fois où je t'ai vu, tu venais tout juste de naître.
J'avais également souvent cette impression, moi aussi. Encore une fois, je tus mes pensées. Je ne répondis pas. Père continua :
-Je n'ai pas souvent été là, ces dernières années. Je le reconnais. Parfois, je me demande si, si j'étais resté plus près de ton frère et de toi plus souvent, cela aurait pu changer quelque chose à sa fuite. Mais le principal, Regulus, c'est que tu sois encore là, toi. Et j'espère que tu t'en sortiras et que tu feras honneur à notre famille.
La fin me décevait plus que je ne voulais l'admettre. Je baissai les yeux, voulant cacher ma déception. Mais Père m'attrapa le menton et me força à le regarder.
-Regulus ?
-Oui, Père ?
-Es-tu sûr de ce que tu fais ? Bientôt tu ne pourras plus revenir en arrière.
-Il est déjà trop tard pour revenir en arrière, répondis-je avec un bref sourire.
-Alors, bonne chance, mon fils, me dit Père comme à regret. Il ne va pas tarder.
-Merci, Père, répondis-je, hésitant.
Je pris un dernier bol d'air et sortis sous le regard de mon père.
Je descendis les escaliers d'un pas mesuré. Lucius m'attendait dans le hall de l'entrée. Il me détailla des pieds à la tête et fit un signe d'approbation. D'un mouvement de la main, il m'incita à le suivre. Il m'emmena dans une petite pièce déserte non loin du salon. Il se tourna vers moi.
-Bellatrix et moi avons beaucoup parlé de toi au Seigneur des Ténèbres. Alors, j'ose espérer que tu seras à la hauteur. Lorsque tu seras face à lui, en premier tu t'agenouilles et tu baisses les yeux. Tu ne te relèveras que sur son ordre, est-ce clair ?
-Oui.
-Tu lui réponds avec politesse et respect. Appelle-le Maître ou Seigneur. Et surtout, ne le contredis jamais. Tu vas tout retenir ?
-Ça n'a rien de bien compliqué, répliquai-je.
Lucius ouvrit la porte qui donnait sur le salon. Il m'attrapa le bras et me tira à sa suite. À peine la porte fut-elle fermée qu'il se laissa tomber sur ses genoux. Je m'agenouillai à mon tour, regardant le sol. J'entendis Lucius qui parlait :
-Voici le jeune homme dont je vous avais parlé, Seigneur. Regulus Black.
-Bien Lucius, répondit une voix glacée. Tu peux disposer.
Sur le sol, je vis l'ombre de Lucius se relever et quitter la pièce rapidement. Je gardai le visage baissé. Je sentais le regard du Seigneur des Ténèbres peser sur ma nuque.
-Tu peux te relever, Regulus, m'annonça la voix froide. Je veux te voir.
Lentement, je m'exécutai.
Je n'aimais pas cette voix. Elle me semblait si inhumaine. Chaque fois que je l'entendais, des frissons de peur me parcouraient l'échine. Je n'osais imaginer l'apparence de son propriétaire.
À regret, je levai la tête. Presque aussitôt, je rencontrai des yeux aussi rouges que le sang. Je déglutis difficilement. Les traits de celui qui deviendrait mon maître semblaient brouillés comme si on lui avait brûlé le visage. Mais sans utiliser de feu. Je ne parviens pas à trouver de description adéquate pour refléter le manque d'humanité qui se dégageait de Voldemort. C'était comme s'il lui manquait quelque chose.
-Alors, voici donc le cousin de Bellatrix. Regulus, en quoi crois-tu que tu pourrais être utile à notre cause ?
Je réfléchis longuement. Quels talents particuliers possédais-je ? «En rien » fut la première réponse qui me vint à l'esprit. Mais…Et mes rêves prémonitoires ? Devais-je lui en parler ? Je n'en avais vraiment pas envie et, au fond de moi, quelque chose me disait que je ne devais pas le faire. Et s'il le découvrait un jour ? Je pourrais toujours faire l'idiot qui n'était pas au courant, qui pensait que ses rêves n'avaient rien de réels. Mais y croirait-il ? J'en doutais. Finalement, je décidai de ne rien lui dire.
-Je me débrouille en duel. Et j'ai toujours été le meilleur de ma classe en botanique et en potion, répondis-je lentement.
-Tu as choisi le métier que tu exerceras ?
-Oui, maître. Guérisseur.
Voldemort eut un sourire.
-Nous n'avons pas encore de guérisseur dans nos rangs. Tu pourras nous être plus utile que tu ne sembles le penser. Approche.
Il ne haussait pas la voix quand il donnait des ordres. Il n'en avait pas besoin. Il possédait l'autorité et la prestance. Il avait aussi le pouvoir. Et cela, on pouvait le deviner, rien qu'au son de sa voix. Il m'inspirait la peur, mais aussi du respect et de l'admiration. C'était un grand sorcier. Cela ne faisait aucun doute. À présent, je comprenais l'enthousiasme avec lequel Bellatrix parlait de son maître. Il avait un charisme impressionnant.
Sans tarder, je m'approchai. Il m'attrapa le menton et me força à le regarder droit dans les yeux. Un moment de silence se fit. Des souvenirs me revenaient sans que j'en sache la raison. Soudain, je réalisai. Il utilisait la légilimancie sur moi. Il voulait certainement vérifier si j'étais digne de confiance.
La légilimancie et l'occlumancie n'avaient jamais été mes points forts, à l'inverse du cas de Severus. Je ne pouvais donc rien faire pour l'empêcher de fouiller dans mon esprit.
Alors que je pensais à Severus, le souvenir de notre dernière rencontre me revenait.
La pression qu'exerçait Voldemort sur mon menton disparut ; ainsi que sa présence dans mon esprit. Je me remis à respirer. Je n'avais pas remarqué que j'avais retenu mon souffle pendant tout ce temps.
-Tu es un Sang-Pur, tu as des capacités. De plus, avoir un Mangemort à Sainte-Mangouste et qui sache guérir les autres Mangemorts blessés sans créer de problème constituerait un atout à ne pas négliger. De plus, Bellatrix et Lucius ont beaucoup insisté pour que je t'accepte dans nos rangs. Et ils font partie de mes meilleurs éléments. Alors Regulus, vas-tu nous rejoindre ?
Sa voix avait encore baissé. À présent, elle résonnait comme une menace. Une menace de représailles si je ne rentrais pas dans le rang comme mes parents me l'avaient toujours si bien enseigné. Je n'avais pas le choix. Je le savais déjà. Je l'avais assez répété à Severus pour ne pas l'oublier.
-Oui, maître, répondis-je dans un souffle.
-C'est bien ce que je pensais. Tu es digne de ton sang, Regulus. La lignée des Black peut être fière de t'avoir comme héritier. Cependant, il faut mériter la Marque. Après qu'elle te sera posée, il faudra que tu prouves ta valeur aux autres.
Je sentis mon coeur s'accélérer. Je n'aimais pas cela.
-Quand aurai-je la Marque, Maître ? Demandai-je en tentant de contrôler ma voix.
-Quand tu auras quitté Poudlard. Je préfère ne prendre aucun risque avec Dumbledore ; sauf si la situation l'exige. On se reverra cet été, Regulus. Reste en contact avec Bellatrix et Lucius.
Voldemort se releva du fauteuil où il s'était installé. Puis sans m'adresser un regard, il disparut de la pièce.
Je poussai un soupir et me laissai tomber à terre. Tel avait été mon premier entretien avec le Seigneur des Ténèbres. Et je n'étais pas prêt à recommencer de si tôt. J'étais soulagé d'apprendre que j'avais jusqu'en juillet pour me préparer à l'inéluctable. J'allais être marqué. Plus que sept mois d'insouciance. Plus que sept mois avant que je n'entre dans le plein coeur de la guerre.
Le vieux manoir semblait prêt à s'écrouler à tout moment. Le son des courants d'air accentuaient l'aspect sinistre de la demeure. Cet endroit reflétait parfaitement ce que le Seigneur des Ténèbres avait fait de lui. Rien qu'en y pensant, j'en avais des frissons.
Derrière moi, Lucius s'impatientait. Il me poussa entre les omoplates et déclara, méprisant :
-Tu n'es pas là pour une visite guidée, Regulus. Avance. Le Maître n'aime pas attendre.
Je respirai profondément et continuai à avancer. C'était aujourd'hui que le Maître allait me marquer. Dans peu de temps, je serai un Mangemort, comme Mère l'avait tant désiré.
J'étais vêtu d'une simple robe noire et d'une cape à capuchon noire également. Lucius était déjà en tenue de Mangemort. Mais sous n'importe quel masque j'étais capable de le reconnaître. Tout dans sa démarche, sa façon de se tenir et sa voix montrait qu'il était un Malefoy et fier de l'être.
J'avais rabattu ma capuche sur ma tête. Mon visage restait en grande partie dans l'ombre. Seuls mon menton et ma bouche étaient à découvert.
Guidé par Lucius, je parcourus plusieurs couloirs et pièces. Enfin, nous entrâmes dans une ancienne salle de bal. Elle était presque vide. Le seul meuble présent était un immense fauteuil de velours sombre. Voldemort trônait dessus dans toute sa splendeur.
Aussitôt, je m'agenouillai, imité par Lucius. Tandis que j'observais le sol, j'aperçus aux pieds de Voldemort une silhouette maigre et noire. Elle tremblait et sa respiration était lourde. Cette personne souffrait. Cependant, je ne bougeai pas, me contentant de l'observer. J'avais trop peur des conséquences qui s'ensuivraient si je me levais pour l'aider sans autorisation. De plus, si elle avait souffert, c'était pour une raison. Elle venait certainement d'être punie.
J'allais détourner mon regard quand je vis les longs cheveux noirs et gras du blessé.
-Severus ! Soufflai-je.
J'eus le réflexe de me lever et d'aller aider celui que je considérais comme un frère. Cependant, Lucius s'aperçut de ma tentative et me retint à temps.
Severus eut un faible gémissement de douleur. Le Seigneur des Ténèbres, lui, un sourire satisfait.
-Je vois que tu as reconnu ton ami, Regulus. Severus m'a quelque peu déçu dernièrement. Il n'a eu que ce qu'il méritait. Au moins, à présent, tu peux voir quelle peut-être la punition que je donne à ceux qui me déçoivent.
-Maître, fis-je d'une voix faible et tremblante, il n'a pas l'air d'aller bien.
Je ne pouvais détourner mes yeux de Severus. Il était tellement faible ! Il avait besoin de soin.
-Il s'en remettra, répondit sèchement mon maître.
Je serrai la mâchoire, fermai les yeux. Je ne pouvais rien pour lui et cela m'enrageait.
Voldemort reporta son attention sur Severus.
-Va-t-en. Et je te déconseille fortement de me refaire ce coup-là. Suis-je assez clair ?
-Ou... oui, Maî... Maître, bredouilla faiblement Severus.
Il paraissait à bout de force. Il se releva avec difficulté et se dirigea à pas lents vers la sortie, recroquevillé sur lui-même.
Je relevai les yeux quand il passa à côté de moi. À ma surprise, il me lança un regard accusateur comme si c'était moi qui venais de le torturer.
Dès qu'il eut quitté la pièce, la lourde porte claqua derrière lui.
À regret, je me retournai vers mon seigneur. Il me fit signe d'approcher. Je me levai et m'avançai. Une fois près de lui, il appuya sur ma nuque, m'obligeant à me courber de nouveau. Je me laissai faire, sans aucune résistance.
Il empoigna mon bras gauche et remonta ma manche. Ma peau blême, triée de veines bleues, fut dévoilée. Du bout de son index, il la caressa doucement comme on flatte un chien. Il sortit sa baguette de sa poche et l'appuya sur mon bras encore immaculé. Il marmonna des paroles que je ne saisis pas.
Une forte brûlure s'étendit sur tout mon membre. Je me mordis la lèvre, m'empêchant de hurler ma douleur. Des larmes me montèrent aux yeux. Je les fermai. Par réflexe, je tentai de me dégager. Mais la prise de Voldemort était plus forte. J'avais l'impression qu'on me marquait au fer rouge.
Enfin, le Seigneur des Ténèbres me lâcha. C'était enfin terminé.
Je rouvris les yeux et regardai mon bras agité de sursauts. Une marque noire le souillait à présent. Ma chair marquée à jamais. La Marque des Ténèbres, là, sous mes yeux, dans ma peau. Du sang coulait autour d'elle. Elle me narguait de ses orbites vides.
J'étais en sueur et tremblais violemment.
Voldemort se pencha sur moi. Approcha sa bouche de mon oreille.
-Au fait, tu veux savoir pourquoi Severus a été puni ? Pourquoi il t'a jeté ce regard ?
Je hochai faiblement la tête par pur automatisme.
-À cause de vos petites retrouvailles à la Tête de Sanglier. Il a essayé de te dissuader de rejoindre nos rangs. Tout le contraire de ce qu'un bon Mangemort doit faire. Et c'est grâce à toi que je l'ai appris. J'ai confié à Severus mes sources. Je ne pense pas que ça lui ait plu.
Sur ces mots, il quitta la salle à son tour.
Je me laissai retomber sur le sol, serrant mon bras meurtri contre moi. Je respirai bruyamment. J'avais vraiment mal. La douleur embrumait mon cerveau, m'empêchant de penser.
Lucius s'approcha de moi et m'observa. Je ne pouvais distinguer son expression à cause de son masque, mais la devinai au ton de sa voix.
-Tu es trop faible, déclara t-il, méprisant.
Je l'ignorai. Je posai mon front brûlant sur le carrelage glacé. Fermai les yeux.
J'étais plongé dans un nouveau monde. Un monde fait de ténèbres et de douleur. Un monde où je n'avais pas ma place.
