Bouh !
Bon, ben, 7ème chapitre, avec un Harry un brin plus sobre... et un petit récit de la part de Sev'.
En espérant que cela vous plaise !
Anaïs Didi


VII / Récit

Le lendemain matin, ce fut avec un gémissement pitoyable que Severus fut tiré de son sommeil de Portrait. Il regarda attentivement le vivant s'étirer, battre des yeux, porter sa main à son front en gémissant, la laisser tomber, effleurer ses joues encore humides, avant de se laisser tomber pitoyablement.

Harry, lui, ne regardait pas le portrait, et pour cause ! Le whisky/vodka/vin de table de la veille résonnait encore lourdement dans sa tête et il ne reconnaissait pas l'endroit où il se trouvait.

-Oh putain...
-Restez poli, Potter.
-SNAPE ?! Où suis-je ?
-A votre avis ?
-Euh... dans votre pièce ?
-Bra-vo.
-Vous foutez pas de moi, s'il vous plaît...

Potter semblait si misérable que Severus n'eut pas le courage d'en rajouter. Il se contenta simplement de changer de sujet.

-Vous vouliez savoir comment j'ai acquis mes connaissances, je crois ?
-Oui... oui, bien sûr...
-Eh bien, je vais vous le dire. Asseyez-vous, Potter.

Severus vérifia que l'ex-adolescent était bien installé, puis, grâce à un petit bout de magie très utile aux tableaux, fit venir des jus de fruits que le vivant prit avec circonspection.

-Je vous ai raconté ce qui s'était passé avec ma mère, mais je ne vous ai pas dit ce qui était arrivé à mon père. Je vais donc le faire.

« Quand ma mère est morte, j'étais donc en première année, et j'ai reçu deux lettres. L'une venait des pompes funèbres, m'annonçait le décès d'Eileen, et me conviait aux funérailles. L'autre venait de mon père, me disant qu'elle avait été assassinée par des hommes proches de sa famille, qui lui en voulaient de s'être mariée à un Moldu, et qui souhaitaient faire abattre mon père et ma mère. Il me disait donc qu'il fallait qu'il fuie, qu'il ne viendrait pas à l'incinération, que c'était trop dangereux, mais que je ne risquais rien.
J'étais tout gosse et encore relativement innocent. Je l'ai donc cru.

« Quelques jours après, lors de l'incinération de ma mère, quand tout le monde est parti, j'ai pris un peu de la cendre et je me suis jurée de la venger. J'en voulais à mon père qui l'avait rendue malheureuse, qui ne l'avait pas protégée, mais je voulais surtout abattre les hommes qui l'avait achevée. J'aimais énormément ma mère, et je ne pouvais pas tolérer qu'elle soit morte, que ça soit véritablement ses cendres à elle que je portais dans la main. J'ai donc fait le serment le plus profond de ma vie ce jour-là.

« Quand je suis arrivée à Poudlard, je me suis vite rendu compte que j'étais meilleur que la moyenne. Après avoir fait ce serment, j'ai travaillé, travaillé des jours et des nuits entières, ingurgitant des connaissances, souvent en lien avec la magie noire, j'ai travaillé pour avoir la capacité de tuer son agresseur, mais aussi pour oublier ce que ça m'avait fait, de voir ma mère s'en aller... E je suis devenu le meilleur, terrifiant les autres, me liant avec les pires adorateurs de Voldemort, pour essayer d'infiltrer ce monde que, je croyais, était responsable de la mort de ma mère.

« Et puis un jour, alors que j'étais en septième année, j'ai fais une découverte qui allait définitivement me briser. J'ai rencontré un membre de la famille Prince. Le dernier encore en vie, malade à en crever. Je l'ai écouté, lui qui ne savait pas qui était son interlocuteur mais qui était si fatigué qu'il aurait parlé à tout le monde.

« Il a parlé de ma mère, de sa douleur à l'idée de qu'elle soit partie, de son bonheur quand il avait appris son mariage, avec un Moldu de surcroît, Moldus qui étaient adorés chez les Prince, de son désespoir quand son mari l'avait trompée puis assassinée, de sa recherche sans fin de son malfaiteur, jusqu'au moment où la maladie allait finir par trop l'affaiblir. Et il a finit par y passer, à côté de moi, sans avoir jamais su que j'étais le fils d'Eileen Prince. Que j'étais son neveu.

« J'ai été détruit par cette révélation. C'était mon père, ce Moldu, qui avait assassiné ma mère, après avoir fait son malheur. Je ne voulais pas y croire, alors j'ai fais des recherches très poussée, allant jusqu'à examiner les cendres de ma mère. Et j'ai compris que mon père m'avait berné. Moi, qui était censé être le meilleur sorcier de Poudlard après Albus Dumbledore. Moi, qui avait bossé à m'en rendre malade pour venger ma mère, alors que je ne cherchais pas au bon endroit. J'ai donc considérer que les Moldus étaient des erreurs de la nature, des immondices, et que la seule chose de bien qu'ils aient faite, c'était Lily Evans. Lily qui venait de tomber amoureuse de James Potter, et à qui je ne voulais plus faire confiance. Les Moldus étaient tous des traîtres et des assassins, selon ma vision de l'époque, je me suis donc enrôlé chez les Mangemorts, et j'ai poursuivis mes recherches.

« Ce fut un an plus tard que je revis mon père, au bras de sa maîtresse, la cinquième depuis qu'il avait tué ma mère. Je suis devenu fou de douleur, de rage et de rancoeur. Je l'ai donc tué. Tué d'une manière que je ne vous raconterais pas, Harry, sachez juste qu'il a énormément souffert. Mais je ne ressentais plus rien, noyé dans la douleur d'avoir définitivement perdu Lily qui venait de se marier avec Potter.

« Pendant encore deux ans, j'ai été le toutou de Voldemort, j'ai arrêté d'apprendre, je ne faisais que tuer ces Moldus, traîtres et assassins. Puis est venu le moment de la prophétie. Et j'ai compris que Lily allait mourir, j'ai compris que je ne pouvais pas l'oublier et que c'était moi qui l'avait trahie. Je n'ai pas pu la sauver, mais j'ai passé le reste de ma vie à apprendre, à engranger les connaissances pour que ce genre de choses n'arrive plus, pour que je puisse avoir assez de savoir et de sagesse pour agir correctement. »

Harry avait écouté bouche bée le long récit du Maître des Potions. Quand celui-ci fut finit, il cligna des yeux et sourit très doucement, l'air plus serein.

-Je... je vous remercie de m'avoir dit ça, professeur… Vraiment, vous savez ?
-Ah ?
-Oui... vous m'avez prouvé qu'on peut survivre à la mort d'un proche…

Severus esquissa un bref sourire.

-Vous tiendrez le coup, vous aussi.
-Vous le pensez vraiment ?
Harry venait de planter à nouveau ses yeux émeraude dans les onyx du tableau, qui en aurait eu le souffle coupé s'il avait encore eu besoin de respirer.

-Oui, je le pense. Vous êtes fort, Harry, vous y arriverez.
-J'aime votre façon de prononcer mon nom...
-Tant mieux pour vous.

Harry se leva lentement, et caressa la toile des doigts, caressa le dessin des joues et des lèvres du portrait qui n'aurait, à son grand désarroi, voulu qu'une seule chose : être encore en vie pour sentir les doigts fragiles effleurer sa peau.

Et, pour la première fois de sa vie et de sa mort, Severus Snape rougit de honte face à un ancien élève qui ne s'en rendit absolument pas compte, et quitta la pièce sur un « merci ».