Chapitre 7 : Le cœur d'une sirène

Elle ressentit une douleur vive lui transpercer le cœur, comme si un feu prenait en elle. Sa respiration devenait difficile, chaque bouffée d'air qu'elle inspirait lui faisait mal. Sa gorge et ses poumons brulaient, sa vue se troublait. Elle fut prise de vertiges, sentant des flèches invisibles lui transpercer le corps, son cœur surtout. Il battait à une vitesse folle et ne cessait d'accélérer, il lui faisait mal. Ses larmes brulaient ses joues, larmes de douleurs mais aussi, larmes d'amour pour celui qui l'avait trahi. Elle savait parfaitement ce qu'il lui arrivait, la sorcière l'avait suffisamment mise en garde sur l'inconstance du cœur humain. C'était avant tout la raison pour laquelle le peuple des mers n'était pas autorisé à entrer en contact avec le peuple de la terre. Toute la nuit elle ne pensa qu'à lui, elle voyait une silhouette féminine accrochée à son bras, danser avec lui, l'embrasser. Du château s'élevèrent des dizaines de fusées qui éclatèrent en un joyeux feu d'artifice, ainsi le jour de sa mort était un jour de fête pour celui qu'elle aimait. Malgré ses multiples tentatives, elle n'arrivait pas à crier sa souffrance. Ses larmes doublèrent quand elle se dit qu'elle était arrivée en retard à son rendez-vous, peut être avait-il cru qu'elle ne viendrait pas.

Selon les deux villageoises, il aimait cette femme qu'il avait épousé, il n'avait donc certainement pas pensé à elle. Elle ne comprenait pas pourquoi il lui avait fait miroiter un amour passionné, peut être avait-il besoin de passer le temps en attendant l'arrivée de sa futur épouse? Au moins cette femme était humain mais il ne savait pas que Liza l'était également, elle avait été bien naïve de croire qu'il préférerait un poisson. Jamais un humain n'aimerait un être recouvert d'écailles, sans doute avait-il voulut s'amuser. Pourtant, elle ne regrettait pas de l'avoir sauvé, elle avait vécu sept merveilleux mois avec lui. Au moins, elle savait ce qu'était l'amour et ne regrettait rien de ce qu'elle avait sacrifier pour cet homme. La douceur de son sourire et la passion de ses baisers n'avaient été destinées qu'à elle, même qu'il ne s'agissait que d'une comédie. Elle réussit à sourire malgré la douleur, il allait vivre heureux avec celle qu'il aimait, et c'était ce qu'elle désirait le plus en réalité, qu'il soit heureux.

Son agonie dura toute la nuit, recroquevillée sur ce rocher froid, et aux premières lumières du jour, une douleur plus forte encore que tout ce qu'elle avait ressenti l'enveloppa. Son cœur s'arrêta d'un coup, elle glissa du rocher sur lequel elle était restée assise toute la nuit pour rejoindre l'océan. Emporté par le courant, son corps inanimé flottait mollement au rythme des vagues et fut bientôt rejeté sur le rivage.

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Il se réveilla avec un mal de crâne comme jamais il n'avait eu, il se retourna et vit de longs cheveux blonds. De prime abord, il ne se méfia pas; la femme qu'il aimait été également blonde, oui, mais elle ne pouvait pas quitter l'océan. Il se redressa dans son lit pour constater qu'en effet, ce n'était pas elle qui dormait, nue, à côté de lui. Il constata qu'il n'était pas habillé non plus. Avec difficulté, il essaya de se remémorer les événements de la nuit passée. Il se souvint alors avec horreur que la veille, il avait célébré son mariage avec cette femme qu'il n'aimait pas, et que son père avait entrepris de le faire boire pour assurer la descendance de la famille.

Il se leva et se rhabilla rapidement sans attendre le réveil de son épouse, sans voir qu'elle avait profiter de son ébriété pour lui passer son alliance. Il avait besoin d'air et de calme, il avait besoin de se laisser bercer au rythme du son des vagues qui viennent mourir sur le sable. Il se dirigea donc vers la plage, l'air marin fouettant son visage l'apaisa un peu. Il inspira profondément, laissant ses pas le guider. De loin , il aperçut une silhouette échouée sur le sable. Il ne la distinguait pas vraiment, seulement une robe orangée et de longs cheveux dorés se mêlant au sable de la même couleur. Il se demanda ce qu'une jeune femme pouvait bien faire dans un endroit pareil quand il se rendit compte que certaines parties de son corps devenaient de l'écume, emportée par les vagues. La seule explication serait que cette femme soit une sirène, mais il voyait clairement ses pieds dépasser de sa robe. Les sirènes pourraient donc devenir humaine? A cette pensée, son cœur s'arrêta un instant de battre. Au bord du désespoir il se mit à courir vers ce corps sans vie et tomba à genoux, découvrant sa bien-aimée. Il avait beau crier, l'appeler, elle ne lui répondait pas, elle ne réouvrirait plus ses beaux yeux ambres. Elle était humaine. Alors que le conte lui revenait entièrement en mémoire, et ses larmes redoublèrent, il avait épousé une autre femme sans même savoir quel sacrifice elle avait fait pour lui.

Il la prit dans ses bras, comme pour empêcher l'inévitable décomposition de son corps. Les châtelains l'avaient retenu pour le marier de force, mais elle ne le savait pas. Pourquoi n'était-elle pas venue au château puisqu'elle pouvait marcher? Pour l'arracher à cette femme, pour qu'ils puissent vivre heureux ensemble. Elle s'était enfui de chez elle comme il avait lui-même projeté de le faire. Il hurlait de désespoir qu'elle ait pu croire qu'il ne l'aimait plus. Elle était morte par sa faute, sa précieuse princesse des mers. Bientôt, il ne resta d'elle que son diadème, la robe orangée et l'alliance de corail qu'elle portait. Il passa l'anneau à la chaine qui retenait le sien et serra le diadème dans ses mains en pleurant. Il eut soudain une vision d'horreur, une vie longue dans le château, auprès de cette femme qui était la cause de la mort de l'amour de sa vie, il avait renoncer à devenir Roi en décidant de partir, plus rien ne le retenait ici. Sans elle, la vie ne pouvait plus rien lui apporter.

Il se leva et se tourna vers le château qui dominait l'océan et la plage, comme pour lancer un défi à tous ces occupants, ceux qui avaient gâché sa vie. Tenant toujours le diadème, il se remit à marcher, ne cherchant plus à essuyer ses larmes. Il arriva au sommet d'une falaise qui surplombait les eaux limpides, celle-là même qui abritait un saule pleureur, il avait été le témoin de leur amour, il serait le témoin de leur mort. Il fixait la surface sans la voir vraiment, il enleva son insigne de prince qu'il laissa tomber dans l'herbe, rejointe par son alliance, responsable de son malheur. Il prit l'anneau de corail qu'il portait à son cou et le passa à son doigt. D'un pas décidé, il avança vers le bord et n'hésita pas une seconde à se lancer dans le vide. Il plongea et se laissa couler, invitant l'eau à infiltrer ses poumons. La mort ne fut pas longue à le prendre. Avant de fermer les yeux pour toujours, il revit sa sirène nager vers lui pour le sauver, tout comme le soir de leur rencontre...

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On le retrouva sur le rivage recouvert d'écume, noyé, mais souriant, un fin diadème d'argent dans les mains. Malgré ses yeux embués de larmes, le Roi remarqua le bijou que tenait son fils, il le connaissait, il se rappelait l'avoir vu durant son adolescence. Son meilleur ami, devenu depuis le Roi du royaume sous-marin, le lui avait montré, depuis, il devait appartenir à l'une de ses filles. Il vit également l'alliance de corail, et tout prit sens dans l'esprit du Roi qui se maudit de n'avoir rien vu. Il savait que son fils passait tout son temps dans l'océan, mais il n'avait rien soupçonner alors qu'il connaissait parfaitement l'existence des êtres des mers. Accablé de chagrin, et de ses propres reproches, le Roi tomba à genoux auprès du cadavre de son fils. Il fut enterré comme il avait été trouvé avec le diadème dans les mains et l'anneau à son doigt à la place de l'alliance d'or, son père ayant refusé que l'on enlève l'écume qui le recouvrait.

Sa femme donna naissance à leur fille neuf mois plus tard. La petite grandit donc sans jamais connaître ni son père, ni même l'histoire de sa mort tragique. Pour elle, il avait été tué par des bandits lors d'un voyage, il était inconcevable pour les souverains d'annoncer le suicide de le fils unique. Maria était une belle petite fille avec de magnifiques yeux bleus comme ceux de sa mère, mais aussi brune que son père. Ses rires et ses jeux d'enfant illuminaient le palais et faisaient la joie tant de sa mère que de ses grand-parents. Très vite, la petite voulut apprendre à nager pour faire comme les poissons et pour pouvoir les toucher, mais à chaque fois qu'elle tendait la main, ils lui échappaient sans qu'elle ait pu ne serait-ce que les frôler. Peu à peu, Maria se transformait en belle jeune femme et avait le plus grand mal à échapper à la surveillance étroite de sa mère. Pour ce faire, et revêtait un vêtement masculin et nouait ses longs cheveux en une queue de cheval. Elle aimait nager, tout comme son père, et tout comme son père, elle avait écouté sa grand-mère lui raconter l'histoire merveilleuse d'une sirène et d'un prince. Pendant longtemps elle avait cru que les êtres mi-hommes mi-poissons existaient bel et bien.

Alors que le soleil du mois d'août assommait les châtelains, Maria profitait pleinement de la tiédeur de l'océan. Elle avait tout juste dix-sept ans et avait été fiancée en janvier, le jour de son anniversaire. Le jeune homme était certes séduisant, mais un brin prétentieux, tant pis, elle s'en accommoderait, elle n'avait pas le choix de toutes façons. Et puis Selim était issu d'une famille noble et honorable, elle n'avait pas son mot à dire. Quelque part, elle enviait Elycia, la fille du meilleur ami de son père qui était beaucoup plus libre qu'elle. Alors dès qu'elle le pouvait, elle se faufilait hors du palais pour s'immerger. Ce jour là, alors qu'elle nageait, la jeune fille fit une étrange rencontre. Elle ne vit d'abord qu'une longue queue de poisson recouverte d'écailles rouges. Piquée par la curiosité, elle plongea vers le rayonnement écarlate pour se trouver nez à nez avec un jeune homme blond aux grands yeux verts qui la fixaient avec stupeur. A y regarder de plus près, ce n'était pas un jeune homme. En effet, il n'avait pas de jambes, seulement une longue queue de poisson. Manquant d'air, elle remonta rapidement à la surface où elle remarqua qu'elle avait été suivie. C'était la première fois pour le jeune Prince qu'il voyait un être humain, et il était curieux. Il discutèrent tout l'après-midi de leurs peuples respectifs. Tous deux étaient de sang royal, héritiers du trône de leur royaume, mais malgré tout, ils oublièrent le protocole, pour se laisser aller à rire. Avant de quitter la demoiselle, le jeune triton osa poser ses lèvres sur les siennes avant de partir rouge comme ses écailles. Devant ce départ précipité, Maria éclata de rire, ils s'étaient donné rendez-vous le lendemain de toutes façons... Mais ça, c'est une autre histoire...

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Voilà le dernier chapitre, merci à tous ceux qui ont lu cette fic et laissé des com. Désolée pour ceux qui rêvaient d'un happy end pour Roy et sa sirène.

Bon, le triton blond vous aurez tous reconnu (enfin j'espère) Denny, le fils d'Eward et Winry, la soeur aïnée de Liza. A la base cette rencontre n'existait pas et d'ailleurs l'enfant de Roy était un garçon, pour ne pas laisser entendre qu'il pourrait y avoir une suite que je n'ai pas envie d'écrire. Et puis le Ross/Broch c'est pas trop mon truc. Bon, alors, j'ai mis Selim... au départ je voulais mettre Solf et je me suis rendue compte que Kimblee faisait une toute petite apparition dans le chapitre deux, même si personne n'a du le remarquer, donc c'était pas possible. Alors Selim... mouaif, pourquoi pas...

Clin d'oeil spécial à Chibi-Rizahawkeye, j'ai publié la suite avant le 19^^.

J'espère que ça vous a plu. (quelqu'un est allé voir mon fanart ou tout le monde s'en fout?)

Jaa

S-LH