Chapitre 7
-Et c'est pour ça que je suis là.
Elle resta assise et le silence s'installa. Une part d'elle-même avait envie de se lever et de fuir en courant, mais fuir où ? Elle n'avait nulle part où aller... Elle ne voulait certainement pas mourir, mais la vie dans un monde pareil, était-ce vraiment de la vie ? Son autre elle tenait à le faire, c'était sûr et, elle avait une dette envers cette fille : sans elle, elle n'aurait jamais vécu ces deux années de bonheur. Et qu'est-ce qui la retenait ici, après tout ? Elle rouvrit les yeux.
-Je le ferais.
-D'accord., murmura Richard.
Elle se leva, nauséeuse. Elle devait quitter cette pièce.
-Ça m'étonne., souffla le jeune homme. Tu prends ça très calmement.
Elle sourit vaguement sans se retourner et regarda l'homme qui était venu la chercher.
-Parfois, il y a des choses impossibles qui se passent et tout ce qu'on peut y faire, c'est y croire.
Il releva les yeux et il y avait une telle douleur muette sur son visage qu'elle sentit son cœur se fendre en deux. Dire qu'elle mourrait lui avait moins coûté que ce regard. Elle s'en détacha, violemment, et marcha vers la porte. Une fois dehors et hors de vue, elle s'adossa au mur et ferma les paupières, essayant de contrôler ce tournis effroyable.
-J'irais avec elle.
Elle retint sa respiration en entendant la voix de l'homme sans nom.
-Tu ne peux pas., répondit John. Tu ne peux rien faire pour elle.
-Je sais. Mais elle n'a pas besoin d'y aller seule.
Elle remonta lentement les escaliers, retourna dans sa chambre et fouilla l'armoire. Elle y trouva des habits à sa taille et enfila un jean rapiécé et un T-shirt kaki. Elle dénicha également une veste noire qu'elle supposa à elle et n'eut donc aucune honte à se l'approprier. Ceci fait, elle partit du principe qu'ils la trouveraient quand ils auraient besoin d'elle et monta dans le grenier. Au milieu de la poussière, elle s'assit dans un renfoncement de la pièce, face à une fenêtre. Il ne pleuvait pas, mais le ciel était d'un gris terne terrifiant. Elle s'étonnait elle-même de sa capacité à avoir accepté tout cela, mais, d'une certaine manière, c'était comme si son inconscient y était déjà préparé. Sans doute était-ce le cas, après tout, elle avait vécu tout cela auparavant, même si elle ne s'en souvenait pas. Son regard se perdit au loin et elle ne revint à elle qu'en entendant le grincement de la porte. John s'approcha et vint s'asseoir en tailleur sous la fenêtre. Ils se regardèrent un instant, puis elle laissa ses yeux errer à nouveau vers l'extérieur.
-J'ai entendu parler de Snow Glove. L'attaque a eu lieu principalement parce qu'il y avait des Moldus et parce qu'il y avait un quartier sorcier tout près avec des gens pour qui la pureté du sang ne voulait rien dire. Tu le savais, pas vrai ?
Il eut un sourire rapide et ne répondit rien. Elle inspira et cracha rapidement sa question.
-Pourquoi moi ?
-Je te demande pardon ?, fit-il, étonné.
-Je sais, je vous ai fait promettre et tout, mais je sais que...
Elle s'interrompit, elle ne connaissait pas son prénom. En désespoir de cause, elle désigna quelqu'un de plus grand qu'elle.
-Je sais qu'il doit venir avec moi, alors pourquoi pas lui ?
Devant la mine surprise de John, elle s'expliqua.
-Je veux dire, je ne veux pas que ce soit lui, je ne veux pas qu'il le fasses, je préfère mourir, je préfère...
Elle s'arrêta à nouveau. Que venait-elle de dire ? Préférerait-elle vraiment mourir à la place d'un homme qu'elle ne connaissait pas ? Non... Non. Mais pour cet homme ? Oh, elle mourrait des dizaines, des centaines de fois, s'il le fallait !
-Que ce soit moi...
Elle le regarda, stupéfaite de cette révélation incongrue. Il ne cacha pas un nouveau sourire.
-Pourquoi moi ?, reprit-elle.
-Parce que tu es trop jolie. Et que la mort d'une belle fille aura plus d'impact sur l'esprit d'un jeune garçon que quoi que ce soit d'autre. Il ne doit pas oublier, Rose. Jamais.
-Eh bien, à moins qu'il aille dans une réalité virtuelle, il ne risque pas d'oublier.
Il la fixa, éberlué, et émit un court rire, presque contre sa volonté.
-Je rêve ou tu viens de faire une blague ?
-Je n'étais pas très drôle, avant ?
-C'est surtout l'époque qui ne s'y prêtait pas.
Il reprit son sérieux, se pencha rapidement en avant, l'embrassa au front et se leva.
-Je vais faire les derniers réglages.
Elle resta seule un moment, puis d'autres pas se firent entendre. Richard s'installa à l'endroit que John avait quitté.
-Les dernières visites d'une condamnée ?
-Quelque chose comme ça., répondit-il, pince-sans-rire.
-Sacrée promesse que je vous ai faite faire., reprit-elle, après un moment.
Devant les yeux compatissants du jeune homme, elle lâcha enfin.
-Je tenais donc si peu à vivre ?
-Tu tenais plus à vivre que quiconque sur la surface de cette planète. Mais c'est pas vivre, ça. Chaque jour, on se demande si c'est pas le dernier chaque jour, on se demande si c'est celui où on meurt de faim.
Elle réalisa alors pour la première fois que ce ne devait pas non plus être facile pour eux et lui adressa une moue d'excuse auquel il répondit en secouant la tête et en levant les yeux au ciel.
-On était très amis, avant, pas vrai ?
-Plus que ça, Rose. On était compagnons d'armes.
Il y eut un silence où il l'examina, hésitant, avant de dire.
-Tu veux mon opinion ?
-Bien sûr.
-Tu ne tenais pas vraiment à aller Snow Glove, à sauver le monde. Je crois que tu voulais surtout le... nous revoir. Peu importe ce que ça te coûterait.
Elle sourit, sans comprendre réellement la teneur de ses propos. Un long moment se passa et lorsque leurs regards se croisèrent, Rose Weasley sentit un réel courant de sympathie entre elle et Richard Friendly. Elle sut alors qu'il était certainement la seule personne à qui elle pourrait le dire. Son image se fissura et ses yeux brillèrent de larmes.
-Je ne veux pas mourir.
Il tendit la main et saisit la sienne.
-Je sais. Personne ne veut jamais. Mais ça arrive pourtant.
Elle le fixa, yeux écarquillés devant sa mine gênée et éclata soudainement de rire.
-Tu n'es vraiment pas doué pour réconforter, tu sais !
-Je sais.
Après un instant de silence, elle reprit.
-Pour nous, qu'est-ce qui se passe ensuite ?
-Si tout se passe comme nous le voulons, absolument rien. Nos vies seront comme elles devaient être et tout ce qui nous menacera sera l'ennui.
-Je crois que l'ennui sera parfait.
-Oui, moi aussi.
La haute silhouette de l'homme sans nom se dessina dans l'encadrement de la porte et Rose sentit son cœur se serrer. C'est sans surprise qu'elle l'entendit dire :
-On peut y aller.
Ils se levèrent et le suivirent silencieusement. Il les mena à l'extérieur, les guidant à travers un chemin de gravats. Perdant souvent l'équilibre, Rose avançait pourtant, la vue brouillée par des larmes de chagrin face à cette destruction. Ils parvinrent finalement à un endroit dégagé, où John, entouré de plusieurs machines, attendait déjà. Il lui demanda de se placer à un endroit spécifique et celui qui devait l'accompagner se tint derrière elle. En d'autres circonstances, elle aurait admiré l'ingéniosité de ces trois hommes et leur détermination, mais tout ce qu'elle pouvait faire était tenter de refréner la panique monstrueuse qui coulait dans ses veines comme de l'eau glacée. Elle observa Richard suivre les instructions de John, qui, lui, tapait à l'ordinateur à l'abri sous une bâche. Il releva la tête et leurs regards se croisèrent.
-Tu veux savoir comment ça marche ?
Elle n'eut pas le courage de mentir.
-Non.
Il parut comprendre, ordonna encore à Richard de vérifier un branchement et annonça enfin.
-C'est bon.
Rose hocha la tête et leur fit un léger signe en guise d'au revoir. Le cœur battant à toute allure, elle tremblait fortement. L'homme derrière elle lui saisit la main et la serra à lui en briser les phalanges. Elle ferma les paupières.
