Le capitaine décida de rester un peu plus longtemps à terre que prévu, ils avaient passé plusieurs mois en mer après tout, le marins avaient le droit d'en profiter un peu. Il pu ainsi prendre le temps de faire visiter la ville à Flora et lui montrer d'autres quartiers pittoresques que le marché.

Un soir, alors qu'ils s'apprêtaient à retourner sur le navire, ils furent interpellés par quatre personnes venant dans le sens inverse. Quel ne fut pas le choc pour Flora de découvrir son beau-père accompagné de ses hommes de main.

– C'est donc là que tu te cachais, la salua son beau-père avec un sourire pervers.

– Non, pas toi ! murmura la jeune femme avec effroi en reconnaissant l'homme qui s'avançait vers eux.

– Laisse-la tranquille, lui ordonna Hook, comprenant rapidement à qui ils avaient à faire.

Il fit reculer Flora derrière lui.

– Elle m'appartient, pirate ! cracha-t-il avec mépris. Mais je suppose qu'il n'y a que l'appât du gain qui te motive, alors je vais t'offrir une jolie somme pour que tu me la rendes et que tu t'en ailles sans faire de vague, lui proposa-t-il d'un ton plein de suffisance.

Le pirate fit mine d'être intéressé et se tourna vers la jeune femme. Elle lui lança un regard désespéré, priant pour que ces vieux instincts de pirate ne la trahissent pas.

– La dame n'a pas l'air d'avoir envie de te rejoindre, répondit-il finalement. Et je ne suis pas avare au point d'aller contre la volonté d'une dame.

Son interlocuteur perdit son sourire méprisant et fit un signe de tête à ses hommes. Ils acquiescèrent en silence et se dirigèrent vers le capitaine en sortant leurs armes.

Hook fit reculer un peu plus Flora et dégaina son sabre en souriant.

– Trois gentilshommes pour s'en prendre à un pauvre pirate, ce n'est pas très fair-play, releva-t-il en se préparant à combattre.

– Quel intérêt d'être fair-play avec un chien de pirate, on veut juste te faire mordre la poussière, déclara l'un de ses adversaires en l'attaquant.

Le pirate para l'attaque et esquiva celles des deux autres malfrats. Le combat semblait très déséquilibré, mais Hook n'était pas à son premier combat contres plusieurs ennemis à la fois. Il maniait son sabre avec une grande dextérité et esquivait les attaques adverses d'une manière fluide et instinctive.

Pendant que le pirate était au prise avec ses opposants, l'homme méprisant s'était rapproché de Flora et la saisit par le bras.

– Maintenant que je t'ai enfin retrouvé, tu vas gentiment revenir à la maison, la menaça-t-il en commençant à la traîner derrière lui.

Après avoir fait docilement quelques pas pour le suivre, Flora sentit une colère noire lui monter au nez. Elle ne retournerait pas avec lui, elle n'était pas parti tout ce temps pour rien, elle avait changé !

Elle se dégagea brutalement de sa poigne, ce qui le surprit, il ne s'attendait pas à ce qu'elle se rebelle. Refusant de se laisser faire et comptant bien le lui faire comprendre, elle se jeta sur lui et le rua de coup avant qu'il n'ait eu le temps de réagir. Bien qu'il lui fasse encore peur, il lui semblait moins costaud que dans son souvenir. Son beau-père reprit vite ses esprits et l'attaqua à son tour. Il commença par essayer de l'immobiliser en l'écrasant de son poids mais la jeune femme se tortilla tant qu'il n'arriva pas à prendre le dessus. Il utilisa donc une de ses techniques favorites, la strangulation. Alors qu'il lui serrait fermement le cou, Flora tenta de se dégager, sans succès. Manquant d'air, elle commençait à voir des points noirs envahir sa vue. A tâtons, elle chercha à sortir son couteau caché dans sa botte. Elle luttait pour ne pas perdre connaissance quand ses doigts trouvèrent enfin son arme qu'elle lui planta dans la cuisse. Sous le coup de la douleur, son agresseur hurla et relâcha sa prise. Ils s'écroulèrent tous les deux à terre, l'un se tenant la cuisse pour stopper l'hémorragie, l'autre suffoquant et toussant pour reprendre sa respiration.

Quand elle eut retrouvé son souffle, Flora ne put en rester là, il fallait qu'il souffre autant qu'elle avait souffert. Elle se rua sur lui, son couteau cranté levé, le même qu'il utilisait pour la menacer quand elle ne se soumettait pas assez vite. Il évita et dévia la plupart de ses attaques mais cela ne l'empêcha pas de se faire taillader à plusieurs reprises les bras et le visage. Il lui suppliait d'arrêter mais la jeune femme, folle de rage, voulait en finir définitivement avec lui. Elle arma son bras dans le but de lui planter en plein cœur.

Mais, avant qu'elle n'ait pu faire le moindre geste, quelqu'un lui retint le bras. Elle chercha à se dégager sans se retourner mais en vain. Elle se sentit ensuite tirer en arrière et remise sur ses pieds. Elle se retourna brutalement, faisant face à Hook qui la retenait et l'empêchait de satisfaire sa vengeance. Derrière lui, elle vit les trois hommes de main de son beau-père en piteux état, entassés par terre.

– Qu'est-ce que tu fais ? Lâche-moi ! lui cria-t-elle avec rage en essayant de se dégager.

– Si je te lâche, tu vas le tuer ! lui rappela-t-il fermement.

– Évidemment, c'est tout ce qu'il mérite ! J'ai suffisamment souffert à cause de lui, il doit payer ! répliqua-t-elle en retenant difficilement sa colère.

Il la saisit par les épaules pour lui faire entendre raison.

– Il n'en vaut pas la peine ! Tu n'es pas une meurtrière ! la sermonna-t-il pour l'empêcher de commettre une folie.

– Tu ne sais pas de quoi je suis capable, lui cracha-t-elle d'un ton menaçant.

Il la força à se retourner face à son beau-père toujours à terre.

– Regarde-le ! Regarde-le ! insista-t-il quand il la vit détourner le regard. Tu serais prête à perdre une partie de ton humanité à cause de lui ? Oui, il t'a fait souffrir au-delà de ce que je peux imaginer, et oui tu te sentiras soulagée quand tu l'auras tué. Mais seulement pendant quelques instants. Tu auras sa mort sur la conscience jusqu'à la fin de tes jours, elle te hantera à vie ! Il n'y a pas de marche arrière possible, si tu le tues. Est-ce qu'il en vaut vraiment la peine ? Tu vaux mieux que ça, tu vaux mieux que lui ! lui asséna-t-il en priant pour qu'elle l'écoute.

Flora prit quelques instants pour observer son ancien tortionnaire. Il était avachi par terre à sangloter en se tenant toujours la cuisse et il la regardait d'un air apeuré. Il avait l'air tellement pitoyable qu'une partie de sa colère retomba.

– Non, tu as raison, il n'en vaut pas la peine, convint-elle enfin. Je ne vais pas me salir les mains pour ce porc.

Elle échappa à Hook, se détourna et s'éloigna à grand pas sans un regard en arrière.

Le pirate la rattrapa rapidement et la suivit sans un mot jusqu'au navire.

Arrivée sur le bateau, la jeune femme alla se poster à la proue, le regard rivé sur l'océan. Hook alla lui chercher une serviette et une bassine afin qu'elle puisse laver le sang qu'elle avait sur les mains et le visage. Il pensa la laisser seule un moment mais quand il la vit trembler et verser quelques larmes alors qu'elle se nettoyait les mains, il lui reprit la serviette et la bassine et la serra dans ses bras. Une tempête d'émotions ravageait le cœur de la jeune femme. Elle était encore sous le coup de la colère, elle était également terrifiée à l'idée qu'elle avait failli tuer un homme. Mais elle n'arrivait pas à oublier tous les mauvais souvenirs qui avaient refait surface dès qu'elle l'avait revu. Dévastée par toutes ces émotions néfastes, elle éclata en sanglot contre le torse du pirate. Il la serra plus fort contre lui en lui frottant le dos, espérant ainsi lui communiquer assez de réconfort pour la calmer.

Après plusieurs minutes, sa crise de larme se calma et elle pu relever la tête vers celui qui l'avait empêché de commettre un meurtre. Elle se sentait vidée et extrêmement lasse.

– Merci de m'avoir arrêté, le tuer aurait entaché mon cœur pour toujours, le remercia-t-elle.

– C'est normal, dit-il en essuyant une larme qui restait sur la joue de Flora. Je sais ce que sais que d'être aveuglé par la colère et le désir de vengeance. Je sais à quel point cela peut-être destructeur quand la vengeance devient la seule chose qui nous reste dans la vie.

– Comment fais-tu pour ne pas y penser constamment ?

– J'ai trouvé une nouvelle raison d'avancer, de continuer à vivre, lui répondit-il en lui souriant avec tendresse.

Flora reposa sa tête contre son torse sans répondre. Et quand elle le fit, c'est à peine s'il l'entendit tellement elle parlait doucement, comme pour elle-même.

– A cause de lui, je ne peux pas envisager une relation avec qui que ce soit. Les notions mêmes de relation, d'amour et de sentiments ont été perverti dès l'instant où il a posé ses mains sur moi. Dès qu'un homme me touche, je repense à lui, obligatoirement, je ne pourrais jamais me laisser aller, murmura-t-elle avec défaitisme.

– Je te tiens pourtant dans mes bras, sans que tu ne cherches à me repousser, lui fit-il remarquer. Ce n'est pas la première fois et j'espère pas la dernière non plus, plaisanta-t-il avec un sous-entendu à peine voilé.

La jeune femme releva la tête et le regarda avec un léger sourire d'amusement.

– C'est vrai, mais sous circonstance atténuante à chaque fois : soit terrorisée, soit bien éméchée, soit en grand besoin de réconfort.

– Alors la prochaine fois, je m'arrangerais pour que tu sois sereine, sobre et en pleine possession de tes moyens, affirma-t-il sûr de lui.

– Qui te dit qu'il y aura une prochaine fois ?

– Je m'arrangerais également pour qu'il y ait une prochaine fois, ma belle. Ce sera peut-être moi qui aurait besoin de réconfort, proposa-t-il, faussement sérieux.

– J'aimerais bien voir ça, les faiblesses du grand capitaine Hook !

Ils restèrent encore un long moment à plaisanter avant d'aller se coucher, ce que Flora put faire en étant plus sereine et plus calme grâce à lui.