Chapitre 7

Le soir même après avoir dormi toute la journée, Heda put s'assoir dans le lit. Elle dégusta un bouillon pour le dîner. Indra lui donnait la bectée comme une enfant. Elle avait trouvé cela ridicule, ses bras lui faisaient mal mais elle pouvait les bouger ! Son second n'avait rien voulu entendre et ses guérisseuses s'amusaient de la situation.

À la fin du repas elle demanda à la femme plus âgée seule avec elle dans la cabane.

– Vont-elles venir avec nous ?

– Je ne sais pas, je lui laisse encore jusqu'à demain… Son fils et son autre fille seront là. Ils vont revenir du village où ils sont partis troquer quelques affaires.

Le Commander hocha la tête face à cette nouvelle. Elle observa celle qu'elle considérait comme son amie.

– Indra… commença-t-elle.

La femme leva la tête vers elle.

– Merci, murmura Lexa.

– Je n'ai fait que t'obéir Heda.

– Indra…

Le Capitaine sourit tendrement à la jeune femme.

– Je t'en prie Lexa. Maintenant dors, tu dois encore te reposer, dit-elle avant de sortir de la cabane.

La jeune femme ferma les yeux et s'endormit rapidement.

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Assises devant la maison, la mère et la fille guettaient leur retour pendant que les deux « invitées » s'entretenaient dans la maisonnette. Lexa se portait bien mieux, elle pouvait même faire quelques pas. Abby avait vérifié la veille ses points de sutures et aucune infection n'était visible.

– Les voilà, dit simplement Clarke distinguant une silhouette encore à plusieurs centaines de mètres de l'habitat.

Elle se leva et s'étira, fatiguée par les évènements des deux jours précédents. Elle aspirait à une nuit tranquille, sans que son esprit ne vagabonde vers la femme alitée. Une nuit sage… ou si nuit agitée il devait y avoir, elle acceptait qu'elle ait lieu en compagnie du Commander…

Tout en s'avançant pour les accueillir, la jeune femme se rendit compte qu'une seule personne rentrait du village, elle fronça les sourcils en demandant à Bellamy :

– Octavia n'est pas avec toi ?

– Si, mais elle est passée par un autre chemin, elle voulait te saluer dans la cabane, expliqua-t-il à sa mère en arrivant à leur niveau.

Il mit pied à terre puis prit sa sœur dans ses bras.

– Je suis heureux d'être rentré, avoua-t-il en se tournant vers Abby qui lui souriait maternellement.

Ils se dirigèrent tous les trois vers la maison.

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« Retiens que le coup furieux brise tous les coups de haut grâce à la pointe, il n'est pourtant rien d'autre qu'un coup de paysan diagonal », se récita Indra en se retournant, exécutant ce geste contre un ennemi invisible derrière elle.

Seules ses années de pratiques et de maîtrises de l'épée lui permirent d'arrêter juste à temps cet assaut violent qu'elle entreprenait, à peine à quelques centimètres de la nuque de la jeune femme devant elle.

Celle-ci ne sembla pas inquiète d'être passée si près de la mort. Ses yeux bleus calmes et pensifs l'observaient curieusement, sans la moindre méfiance ou crainte à son égard.

Elle ouvrit simplement la bouche pour énoncer :

– Apprends-moi.

La guerrière rangea lentement son épée dans le fourreau sur sa hanche gauche, se donnant quelques instants pour se remettre de cette apparition.

– Octavia !

La voix d'Abby trahissait une dureté due à la peur qu'elle venait de ressentir face à la scène qui s'était déroulée sous ses yeux un instant auparavant. En quelques enjambées elle les rejoignit, se plantant devant sa fille elle lui ordonna.

– Va aider Bellamy, maintenant !

La jeune femme la dépassa sans rien dire, Abby se retourna, la rattrapa par le coude, et l'attira à elle pour la prendre dans ses bras.

– J'ai eu peur, lui murmura-t-elle pour expliquer son ton cassant.

Sa fille resserra leur étreinte.

– Je savais qu'elle arrêterait le coup avant, précisa-t-elle.

Abby recula en l'étudiant. Elle l'étonnait régulièrement.

– Comment… ?

Pour toute réponse Octavia haussa les épaules, sourit timidement, puis repartit vers la maison.

La guérisseuse jeta un coup d'œil à la guerrière qui observait cette nouvelle venue avec intérêt.

– Sait-elle se battre ? Demanda-t-elle à la propriétaire des lieux.

– Oui.

– Elle m'a demandé de lui apprendre…

Abby sourit, c'était bien le genre de sa fille.

– Vas-tu le faire ? Questionna-t-elle.

– Peut– être… Elle m'a surprise, et il est rare que cela m'arrive encore, confessa Indra.

– Si tu décides de la prendre pour élève, attends-toi à ce que cette émotion ne soit pas la dernière.

– Tu accepterais qu'elle me suive sans rien dire pour apprendre l'art du combat à l'épée longue, si délicat, brutal et difficile ?

– Non, cependant Octavia ne m'écouterait pas. C'est un esprit libre et je préfère qu'elle apprenne à tes côtés que seule sur les routes.

Sur ces mots la femme s'en alla retrouver ses enfants sous le regard songeur du maître d'armes.

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Alors qu'Octavia poussait la porte pour entrer dans la cuisine la voix grave de son frère expliquait :

– Il cherche un apprenti…

– Menuisier ? C'est ce que tu voudrais faire ? L'interrogea Clarke.

– Pourquoi pas, j'aime le bois et il faudra bien refaire la charpente de la grange un jour ou l'autre, expliqua-t-il, puis en apercevant sa sœur, il continua. Abby te cherche.

– Je l'ai déjà croisé, répondit-elle, ainsi que cette femme avec l'épée.

– Indra, précisa Clarke. C'est une de nos « invités »…

Octavia attendit mais comme sa sœur restait silencieuse, elle s'approcha d'elle et lui murmura.

– J'ai un message de la part de Niylah…

Clarke se retourna vers elle se fichant tout d'un coup de la carotte qu'elle épluchait. Sa cadette scruta ses traits et sourit. « Tes lèvres sont douces… » Récita-t-elle, s'amusant du trouble que la phrase de la grounder provoquait chez la personne à ses côtés.

La jeune guérisseuse reporta son attention sur le légume dans ses mains et chuchota un vague merci.

Bellamy occupé devant le four n'avait rien suivi de cet échange, il revint vers elles et leur demanda si elles voulaient qu'il regarde leur arme, s'apprêtant lui-même à aiguiser sa dague dans la cours.

Elles répondirent par la négative, puis Octavia s'empara d'une pomme de terre pour aider sa sœur à préparer le repas.

Pendant que son frère s'en allait la jeune sœur observait son aînée face à elle. Elle s'apprêtait à lui poser une question quand sa mère pénétra dans la maison.

– Clarke peux-tu aller voir Lexa ? Octavia et moi devons parler.

Devant le ton de la guérisseuse elle s'exécuta, s'essuyant les mains sur un torchon, avant de sortir de la pièce.

Dans l'arrière cours Bellamy s'entretenait avec Indra. La femme lui montrait la pierre à aiguiser dont elle s'était servie un jour auparavant. Il hocha la tête expliquant quelque chose que Clarke n'écouta pas, alors qu'il tendait le doigt vers la grange invitant la guerrière à le suivre, ce qu'elle fit après une brève hésitation.

La jeune femme continua son chemin, et entra dans la cabane. Heda debout face à l'étagère sur lesquels reposaient plusieurs livres se tourna doucement, curieuse de découvrir qui venait lui « rendre visite ».

– Il faut que je change tes bandages…

Lexa hocha la tête puis s'assit un peu maladroitement sur le lit. La guérisseuse la rejoignit.

Clarke adopta un visage impassible. Elle serait faire face cette fois-ci, elle savait se contrôler. Elle avait été émue la première fois, mais aujourd'hui il fallait qu'elle se reprenne. Cette jeune femme allait partir et une autre grounder lui avait fait plus ou moins comprendre qu'elle lui manquait…

Toujours le regard concentré, elle souleva à nouveau le t-shirt et étudia la plaie. Comme l'avant-veille, ou sa mère, elle constata que la guérison se déroulait sans encombre et avec rapidité.

Le Commander l'observait, perplexe devant ce « médecin » si troublée qui n'exprimait plus rien aujourd'hui, elle fronça les sourcils face à ce changement d'attitude puis sourit malicieusement en récitant :

« O, you should not rest between the elements of air and earth, but you should pity me… »*

Clarke leva la tête vers elle et se mordit la lèvre en fixant la bouche d'Heda.

– Shakespeare…

– Oui, répondit la convalescente en se rapprochant et l'embrassant.

Clarke hésita à la repousser, toujours dans le souci de se maîtriser, mais lorsque quelle sentit sa langue caresser la sienne elle l'attira à elle, provoquant un léger soupir de contentement chez le Commander.

Lexa fut agréablement étonnée, celle qui semblait si ingénue avait décidé de prendre les choses en main, ce qui n'était pas pour lui déplaire.

Un léger raclement de gorge se fit entendre puis la voix du Capitaine gronda :

– Heda…

La blessée expira agacée, et brisa doucement leur étreinte avant de tourner son visage de marbre vers son Second à l'entrée de la cabane.

– Heda, il faut qu'on parle, reprit Indra.

Lexa hocha la tête et déclara.

– Clarke peux-tu nous laisser s'il te plaît ?

– Je dois vérifier tes bandages, répondit-elle platement.

Le Commander la regarda, et la jeune femme comprit pour la première fois qu'elle se trouvait devant un Chef, un Leader, et qu'il était hors de question qu'elle ne lui obéisse pas. Aussi se leva-t-elle et s'avança vers la porte.

– Je repasserai tout à l'heure, expliqua-t-elle en sortant de la maisonnette pendant que la guerrière fermait la porte derrière elle.

Les deux femmes se jaugèrent plusieurs minutes en silence. Finalement Heda demanda.

– Quelle est la réponse d'Abby ?

– Je n'en sais encore rien…

– T'est-il venu à l'esprit qu'elle pouvait dire non… commença la blessée.

– Bien entendu !

– … Mais qu'elle n'est pas du genre à laisser ses enfants sans protection, continua Lexa ne donnant pas l'impression d'avoir été interrompue.

Indra plissa les yeux.

– Que veux-tu dire ?

– Nous avons besoin de Clarke…

– Non…

– À la guerre tous les coups sont permis… « Ne négligez pas de courir après un petit avantage lorsque vous pourrez vous le procurer sûrement et sans aucune perte de votre part », récita-t-elle.

Indra arqua un sourcil devant la citation de Sun Tzu, puis répondit :

– Lexa. Séduire Clarke ne la fera pas forcément te suivre.

Le Commander réfléchit aux dernières paroles de son second.

– Ne les sous-estime pas, continua Indra, je commence à suspecter Abby d'être bien plus intelligente et dangereuse qu'on pourrait le croire, et sa fille n'est peut-être pas aussi facile à piéger que tu ne le penses. Oui nous avons besoin d'elles, mais si elles décident de rester ici, nous devrons faire autrement.

– Elles nous suivront. Elles suivront Heda. Il en va aussi de leur salut, si Nia gagne, elles ne vivront pas longtemps, elles le savent.

– Oui, répondit Indra, mais fais attention à la façon dont tu essais de les convaincre, tromper cette fille n'est pas une bonne idée.

Devant le silence de son Chef elle conclut :

– À vouloir voler trop haut et trop près du soleil, on tombe, l'avertit-elle avant de sortir de la pièce.

Lexa sourit face à l'analogie. Indra était subtile, son avertissement ne faisait pas référence à l'orgueil du Commander mais à ses sentiments, car cette Clarke l'avait interloquée bien plus que ce qu'elle ne voulait l'admettre.

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N/A : * Traduction : « Oh, vraiment, tout repos vous serait refusé entre ciel et terre si vous ne consentiez à me prendre en pitié » La nuit des rois, Acte I scène V.

Pour répondre à Guest, oui on en apprendra plus sur Raven.