Severus Snape avait le cœur en miette, le moral dans les chaussettes et lesdites chaussettes égarées quelque part à l'autre bout du château. Il lui semblait que plus jamais il ne pourrait se relever. Il avait passé toute la nuit agenouillé ici, sur le sol froid de son salon, incapable de bouger ou d'émettre un son.

Merlin, qu'avait-il fait ?

Voici donc ce qu'était devenu le grand Severus Snape, maître des potions, prince de Sang-Mêlé, espion pendant la guerre et terreur des cachots ? Ah ! le voilà beau, l'homme de glace et de fer ! Agenouillé au sol comme la dernière des loques, à pleurer une femme qu'il fut incapable de rendre heureuse ! Une femme qui détenait son cœur, ce vieux cœur usé et fatigué, si fragile sous sa coque, et qu'il avait bêtement laissée partir. Une femme idéale, brillante et spirituelle, avec un caractère de feu, plein de mauvais côtés mais tant d'autres si chérissables ! Ce visage qui s'enflammait sous la colère, avec ces joues rosées par l'embarras et ces yeux que le plaisir et l'amour faisaient étinceler de milles reflets lumineux. Cette femme si parfaite pour lui, si chère à son cœur, ce cœur arraché qu'elle avait emporté avec elle sans même s'en douter, ce cœur qui traînait désormais misérablement derrière elle. Sa sottise était-elle donc irrémédiable ? Devait-elle lui coûter tout ce qu'il chérissait, depuis l'aimable affection de Lily Evans jusqu'au tendre amour d'Hermione Granger ? Et ce goût amer qui lui piquait la langue, nouait sa gorge et lui retournait l'estomac, cet arrière-goût de défaite, devait-il souffrir telle atrocité par pure couardise ? Comment pouvait-il seulement envisager répéter cette erreur fatale, celle-là même qui lui coûta l'amitié de la belle rousse et qui venait, à l'instant, de le priver des bras chéris d'une femme qui avait su ravir son cœur malgré toutes les barrières qui en défendaient l'entrée ? Quel bougre stupide, cuistre et couard était-il donc pour oser regarder l'histoire se répéter sans chercher à en modifier la funeste chute ? Pour quel grand héro se prenait-il, ce maître des potions, espion et professeur respecté, pour oser seulement se lamenter sur sa propre bêtise sans chercher à réparer ses tors ? Devait-il donc souffrir de voir le bonheur le fuir sans fin ni remède ? N'était-il pas celui qui, par ses filtres et son savoir, réparait les maux et enfermait la chance dans une simple fiole ? Quelle dérision !

Un rire amer s'échappa d'entre ses lèvres closes, blanchies et exsangues, avant que ne reviennent les larmes. Un torrent de perles salées dévastèrent ses joues, s'échouèrent dans les creux de ses pommettes et déformèrent le faciès de cire et de fer qui tomba au sol où il se brisa en mille morceaux, comme le cœur et la fierté du vieux Serpentard. Ne restait plus que Severus Snape, ce Severus maladroit et malheureux des ravages que causaient sa langue fourchue par l'orgueil et la crainte d'être blessé, ce solitaire enhardi qui cherchait malgré tout la compagnie d'une femme, une seule, qu'il fit fuir par la dague que la crainte l'encourageait à sortir. Ce Severus qui souhaitait bien faire, malgré qu'il ne sût pas s'y prendre, et qui souffrait de cette carence affective que causaient les tors de sa maladresse.

Puis les larmes tarirent d'avoir trop coulé, et ses yeux devinrent aussi secs qu'aurait du l'être son cœur. Il trouva alors la force, infime, de se relever. Ses jambes tremblaient comme deux roseaux sous le vent, son ventre criait famine et l'écho des pas qui résonnaient dans le couloir annonçaient le début imminent des cours, auxquels il ne se sentait pas le courage d'aller. Il chancela jusqu'au canapé où il s'effondra d'une traite, comme égaré entre deux états de semi-conscience. Cette douleur qui pulsait dans sa poitrine, s'infiltrait dans ses veines et battait à ses tempes, jamais il n'aurait cru la ressentir encore un jour. Il retrouvait le mal qui l'avait rongé après son tout dernier accrochage avec Lily Evans, celui qui avait tout achevé, de sa propre main. Toute sa vie, il s'était appliqué à oublier cette douleur, ce monstre qui le rongeait vicieusement avec le temps et que seule la présence d'Hermione avait su apaiser. Lily Evans ne lui avait jamais pardonné. Et il était bien le seul à blâmer : jamais il n'avait sérieusement tenté de s'excuser, son orgueil et sa fierté s'y opposaient trop farouchement. Aussi la plaie n'avait-elle jamais pu cicatriser lorsqu'elle lui avait été arrachée d'abord par James Potter, puis par Lord Voldemort. Jamais il n'avait pu se pardonner et cette culpabilité le rongeait, jour après jour, jusqu'à ce qu'apparaisse cette jeune fille bornée, têtue comme une mule et absolument insupportable, péremptoire, insignifiante et atrocement séduisante. Que dirait-elle, cette Lily Evans, cette lionne volcanique et impétueuse qu'il avait jadis aimée, si elle le voyait ainsi, répéter la même bévue et s'en lamenter comme autrefois, aussi stupide et inutile que dans ses jeunes années ? Que dirait-elle s'il lui demandait pardon, s'il implorait grâce et suppliait qu'elle ne le poursuivît pas de sa rancune ? Oh, certainement lui pardonnerait-elle les écarts de sa langue fourchue et sa haine envers son fils et son bien-aimé. Peut-être lui pardonnerait-elle également sa traitrise et sa lâcheté, s'il les lui expliquait. Mais pourrait-elle l'absoudre d'un péché tel qu'il répétait ce même schéma infernal et rendait malheureuse la seule femme qui fût désormais digne d'être aimée par lui ? Lui pardonnerait-elle tel acte de traitrise, croirait-elle un seul instant à sa rédemption s'il laissait les choses ainsi se faire, sans chercher à n'y rien changer ? Non, certainement pas ! Lily ne pourrait le lui pardonner, et elle aurait entièrement raison. Car lui-même ne pouvait laisser faire telle infamie, telle injure à la mémoire de celle que son jeune cœur avait tant chérie et à son mari qui, malgré toute la haine que Séverus lui portait, restait un exemple en matière de courage et de dévotion. Ainsi ne lui restait-il plus qu'une ligne de conduite unique qui, quoiqu'effrayante pour sa faible témérité de Serpentard, était la seule qui fût acceptable pour sa bonne conscience. C'est donc déterminé qu'il se redressa sensiblement, les yeux grands ouverts et le souffle profond, avant de finalement se relever, empocher sa bourse et filer par un passage secret qu'il avait découvert du temps des Maraudeurs.

Ce jour là, tous les élèves de Poudlard poussèrent un cri de joie à l'unisson : le professeur de potion séchait ses propres cours.

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Détruite, dévastée.

Voilà ce qu'était Hermione, et ses deux amis se sentirent d'autant plus mal à ses côtés qu'ils ne pouvaient totalement dissimuler leur joie qui, malheureusement, n'était pas partagée par celle qui en était pourtant l'adroit artisan. Le dortoir des Gryffondors, vidé par les bons soins d'Harry, résonnait des sanglots de la jeune femme. Roulée en boule sur son matelas, ses bras fins serrant son oreiller trempé de larmes, les cheveux en bataille et les yeux rougis, la jolie brune offrait un spectacle qui ne pouvait que toucher même les cœurs les plus endurcis. Chacun d'un côté du lit, Harry et Ron partageaient sa douleur sans un mot, tout deux aussi impuissants l'un que l'autre et désespérés de cet état de fait. Entre deux éclats de voix brisée, Hermione maudissait la nature vile et égoïste du Serpentard, accablait sa mauvaise chance et achevait en se chargeant des pires tors, soutenant tantôt son manque de patience, tantôt son physique ingrat, tantôt sa fichue manie à en vouloir toujours trop. Et si ses deux compagnons restaient obstinément muets lorsqu'il s'agissait de Severus Snape, ils se firent un vif devoir de démentir tous les tors que la jeune fille eût pu se trouver et de lui montrer sans détours que rien, que ce fût dans son physique ou dans son caractère, n'était tel qu'elle fût si repoussante. Mais Hermione n'entendait rien et s'obstinait dans son malheur, au grand dam de ses amis qui, trop gauches et mal-à-l'aise, ne surent comme l'aider sans commettre de bévue.

Lorsque sonna le début des cours, ils insistèrent pour qu'Hermione reste couchée à se reposer. Et pour la première fois de sa vie, la jeune fille obtempéra sans broncher, même faiblement, et se mit sagement au lit. Les deux garçons lui proposèrent de rester à ses côtés et, devant son refus catégorique, l'embrassèrent chacun sur une joue et quittèrent la chambre, non sans lui avoir fait promettre de ne rien faire d'irréfléchis.

Devant le portrait de la grosse dame, Harry retrouva Draco. Ron, qui avait accepté de laisser à Blaise un délai de quelques jours avant que leur relation ne soit connue, partit seul de son côté. Le blond ne tarda pas à remarquer l'air préoccupé de son amant et, après lui avoir volé un rapide baiser au coin des lèvres, s'empressa de s'enquérir du sujet de ses tracas. Harry rechigna d'abord à parler, mais son tourment était tel qu'il se résolu à lui faire un récit détaillé de la situation d'Hermione, et des inquiétudes qu'il nourrissait à son sujet. A peine eut-il achevé que la mine de Draco changea du tout au tout. Son air se fit plus grave et son visage si préoccupé qu'il regretta presque de lui avoir fait part de cette histoire. Mais un baiser le rassura bien vite, alors que le visage de Draco se détendait petit à petit. Un sourire confiant prit bientôt place sur le visage marmoréen et la chaleur qu'il insuffla à Harry lui fit l'effet d'une bouffée d'air, de sorte qu'il se sentit habité d'un souffle nouveau, chargé d'espoir et de bonne fortune. Nouant ses doigts à ceux de son amant, l'héritier Malfoy le tira doucement vers la Grande Salle.

« Ne t'inquiètes pas, je connais mon parrain. Il peut-être borné mais il n'est pas du genre à répéter ses erreurs. Il suffit juste de lui laisser un peu de temps. »

Rasséréné par ces bonnes paroles et confiant dans le jugement de son amant, Harry retrouva le sourire, un sourire hésitant mais qui contenta pourtant son blond, et se glissa jusqu'à ses lèvres où il déposa un baiser profond et amoureux qui leur fit perdre leurs sens à tous deux.

L'après-midi même, l'absence du maître des potions fut annoncée à une foule de Gryffondors en liesse. Harry rayonnait : une fois encore, Draco avait eu raison.

xXx

De son côté, Blaise Zabini se démenait en tous sens pour tenir sa promesse. Il écrivit une longue missive à l'adresse de ses parents, dans laquelle il exprimait la profondeur de ses sentiments, la force de son attachement et l'étendue de sa détermination. Il y expliqua comment il s'était aperçu, petit à petit, de la place que prenait le rouquin dans son monde, comment il avait su découvrir toutes ses qualités et comment il avait appris à les apprécier. Il n'y demanda aucune compréhension de leur part, seulement une tolérance suffisante pour qu'il puisse vivre sans être inquiété des machinations de sa famille. Il exprima aussi quelques uns de ses projets d'avenir, et y renouvela les marques d'attachement sincères à tous ceux qui partageaient son sang, de sorte qu'il souhaitât que le choix de son cœur ne l'éloignât pas de ceux qu'il aimerait toujours comme sa famille. Enfin, il confia l'enveloppe cachetée au hibou de ses parents, un grand duc aux ailes majestueuses et au bec noir luisant, non sans lui avoir adressé une dernière caresse affectueuse sur le haut de la tête.

« Peut-être ne le reverrai-je jamais… » pensa-t-il, et la tristesse submergea un instant ses traits.

Mais sa résolution était prise, et il se refusait à revenir dessus. Il avait besoin de Ronald comme un mourant avait besoin d'air. Le quitter n'était pas envisageable.

Il ouvrit la fenêtre et regarda le hibou s'envoler jusqu'à disparaitre à l'horizon, où ses yeux se perdirent pendant de longues heures. Il vit se lever le petit matin, et jugea que sa lettre devrait recevoir réponse d'ici le lendemain. Aussi quitta-t-il sa place et se prépara-t-il pour aller en cour, comme à son habitude.

Il feignit l'indifférence toute la journée durant, son masque glacial implacablement figé sur ses traits alors que l'angoisse lui tordait le ventre. Pourtant il ne flancha pas une seule seconde, trop déterminé par le regard tendre de Ronald qu'il sentait flotter sur ses traits à la manière d'une caresse légère et amoureuse, pleine du respect qu'inspiraient une admiration et une adoration sincères et profondes. Ce regard lui redonnait du courage, ces quelques fibres de courage qui faisaient si cruellement défaut aux membres de sa maison. Le soir, il retrouva Ronald dans une aile déserte du château, où ils échangèrent des étreintes enflammées ponctuées de mille promesses et serments. Et lorsqu'il s'étendit entre ses draps, ce soir là, il s'endormit avec la béatitude d'un homme heureux, aimé et comblé, sans qu'un instant ne vienne à son esprit de quels troubles sa famille pourrait l'inquiéter dès le lendemain venu.

xXx

Mr Zabini, comme beaucoup d'aristocrates de son rang, se targuait de mener sa famille d'une main de fer sur le droit chemin de la réussite sociale et financière, dans lequel il excellait particulièrement. L'union de sa famille avec celle de sa femme avait, entre autres bénéfices, permis à sa société d'étendre ses marges d'action et de conquérir plus des trois quarts du marché où il régnait désormais en maître. Ses firmes et leurs ramures croissaient favorablement et semblaient ne connaître aucune borne à leur extension, tant et si bien qu'il lui fut impossible de prévoir le brusque crash économique qui ébranla le marché et causa désordre dans ses entreprises. Plusieurs durent fermer, et s'il dut se résigner à telle extrémité, il ne consentit point à en laisser passer les gains. Aussi conçu-t-il le projet simple, mais efficace, d'autant plus qu'il avait déjà fait ses preuves dans son propre cas, de concevoir un héritier. Héritier qui, par une heureuse union, garantirait à ses filières un renouveau et un essor bénéfiques à sa compagnie.

Ainsi naquit Blaise Zabini, jeune pousse rebelle et bien trop folle pour concevoir naturellement quelque inclinaison pour l'ordre et l'organisation des affaires. Aussi Mr Zabini s'employa-t-il à régler sa conduite de la plus stricte des manières, profitant de sa jeune nature pour modeler ses attitudes à sa convenance. Blaise se montra élève studieux et appliqué, quoique difficilement tenable dans ses débuts. Il répondit de son mieux à chaque sollicitation de son père qui se targua d'être un excellent pédagogue, à défaut de réaliser que le respect que lui portait son fils reposait sur une terreur profonde et un désir de plaire presque maladif. Pas un instant il ne se douta que la nature profonde de son fils, qu'il s'était si hardiment employé à supprimer, pût ressurgir un jour. Pas plus qu'il ne se doutât que la crainte qu'il avait insidieusement distillé dans l'amour que lui portait son fils laisserait un jour sa place à une détermination farouche et une dévotion profonde envers un étranger, un parti sans revenu ni intérêts pour ses finances.

C'est pourquoi il ne comprit pas quels sentiments liaient son fils à ce Weasley, ni quel intérêt il pouvait trouver à lui porter un si vif attachement. La lettre qu'il reçut de son héritier le laissa coi, et il dut s'y reprendre à plusieurs fois avant d'en saisir un premier sens. Son fils refusait donc l'alliance qu'il lui avait arrangée. Pire, il la refusait pour un parti sans dot ni richesse, et qui plus est, pour un homme.

Si Mr Zabini avait une bonne faculté d'adaptation à tous types de circonstances, celle-ci lui demanda quelques bonnes dizaines de minutes et trois grands verres de cognac. Et même une fois le dernier verre vidé d'un trait, il cru encore avoir commis quelque méprise sur le contenu de cette fameuse lettre, qu'il s'empressa de relire pour retomber ensuite dans le même état léthargique que précédemment.

La réponse fut pour lui une source d'embarras. Il ne sut tout d'abord par où commencer, puis la rédaction lui causa quelques soucis. Enfin, il ne sut trop que dire, ni comment exprimer le vif désappointement dans lequel la missive de son fils l'avait jeté. Il n'avait ni le désir de l'encourager dans cette voix là, ni celui de le blesser dans ses sentiments, aussi la rédaction de sa lettre fut-elle extrêmement délicate pour lui qui, de nature, n'était pas enclin à ménager ses semblables ou à faire des cajoleries. Il s'y essaya pourtant avec toute l'ardeur qu'un père puisse avoir à convaincre son fils de prendre les décisions qu'il croit justes, et il employa tous les trésors de l'éloquence pour le dissuader d'entreprendre telle relation au grand jour et le pria vivement de reconsidérer son choix au profit d'une jeune aristocrate tout juste héritière d'une richesse conséquente et fort bienvenue dans les caisses de l'entreprise familiale. Enfin, il lui assurait que cet instant d'égarement ne saurait entamer l'attachement qu'il lui portait et qu'un père se devait de toujours conserver à l'égard de sa progéniture. Il acheva par une brève marque d'affection, ferma l'enveloppe et la cacheta du sceau des Zabini. Il la contempla un instant, priant pour que ses mots puissent frapper le bon sens de son fils et le ramener dans le droit chemin. Et, alors que son hibou s'éloignait en direction de Poudlard, sa lettre fermement prise entre ses serres, il soupira d'un dépit profond et songea à un nouveau moyen de faire repartir ses finances. Car tout rigide et autoritaire qu'il fût, il n'ignorait pas quelle réponse recevrait sa lettre et se savait incapable d'aller à l'encontre du bonheur d'un fils qui avait su, en dépit de tout, se faire aimer d'un fond du cœur d'un père aigris et utilitaire.

Trois coups successifs se firent soudain entendre à la porte du grand salon, et un domestique annonça l'arrivée de Mademoiselle Anshaw, à sa demande urgente en vue d'une union future avec son fils. Mr Zabini s'enfonça dans son fauteuil, face à la cheminée où brûlait un feu ronflant, et prit le temps de se servir un grand verre de cognac qu'il sirota tranquillement avant de s'intéresser au domestique qui s'agitait inconfortablement à l'entrée de la pièce. Un léger sourire flotta sur ses lèvres comme il lui répondait :

« Miss Anshaw ? Oh, renvoyez-la donc avec mes plus sincères excuses… Mais consolez-la bien : je crois que nulle demoiselle n'aura l'honneur de marier mon fils. »

Puis il congédia d'un geste le domestique qui, confus, s'épouvanta de devoir faire telle annonce à une jeune dame si convenable. Tâche dont il s'acquitta pourtant fort bien, sous l'œil amusé de son vieux maître qui termina son verre à la santé de son fils, et à la prochaine crise cardiaque de sa si détestée – et détestable – épouse.

xXx

Le soir même, Blaise reçut la réponse de son père. Et s'il ne fut pas surpris d'y trouver les recommandations qu'un père se devait de donner à son unique héritier, la tendresse et le détachement presque flegmatique dont faisait preuve Mr Zabini l'étonnèrent au plus haut point. Ainsi, il su lire entre les lignes et déceler tout l'amour, aussi maladroit fût-il, et toute la fierté qu'il s'était si hardiment employé à obtenir de son père. C'est donc le cœur gonflé de joie qu'il se hâta de rédiger une réponse, dans laquelle il mêlait remerciements enflammés et promesses d'une alliance heureuse et bénéfique pour sa famille, malgré l'apparente pauvreté de la famille Weasley. Il ne put s'empêcher d'y renouveler les marques d'un attachement sincère, et s'empressa de remettre sa lettre au hibou grand duc, ce même hibou qu'il avait cru ne plus jamais revoir, qui s'envola aussitôt par la fenêtre. Et, alors qu'il regardait le plumage majestueux de l'oiseau s'agiter dans le vent, Blaise reconnu pour lui-même que le courage et l'entêtement des Gryffondors avait parfois ses bons côtés.

Quelques minutes plus tard, un hibou de l'école toqua à la fenêtre du dortoir des Gryffondors, chargé d'une lettre et d'un paquet qu'il déposa sur le lit de Ronald Weasley. Ce dernier reconnu dans l'instant l'écriture fine et ciselée de son amant, aussi s'empressa-t-il de clore les rideaux afin de dissimuler sa lecture aux yeux indiscrets.

Il ouvrit tout d'abord le paquet. Le ruban doré chut facilement au sol, aussi léger qu'une aile de papillon, suivit du doux bruissement du papier qu'on déplie. Le papier cadeau, d'un magnifique vert émeraude, découvrit un écrin de velours pourpre. A l'intérieur, reposant sur un coussin moelleux aux doux reflets carmin, trônait une chevalière frappée des armoiries de la famille Zabini. Magnifique, toute en argent massif finement ouvragé, gravée de lignes, de déliés et de courbes gracieuses, sertie d'un rubis flamboyant dont l'œil, hypnotique, fascinait le regard, la bague resplendissait par sa seule lumière et semblait exiger un doigt noble pour être portée. Ronald resta un instant muet de surprise, subjugué par tant de beauté et de savoir-faire en un seul si petit objet. Il caressa un instant la pierre précieuse du doigt, et fut surpris de la voir flamboyer sous son toucher, comme si elle eut été animée d'une vie propre et qu'elle l'eût reconnu, lui entre tous les autres, comme lui étant destiné. N'osant passer telle merveille à son doigt, Ron s'intéressa alors à la lettre soigneusement pliée qui reposait tout près de l'écrin. Seules quelques lignes y étaient couchées :

« Mets-la le soir du bal. Tu m'appartiens déjà, mon amour.

Je t'aime,

Blaise. »

Le souffle coupé, Ronald comprit que le métis avait obtenu l'accord de sa famille. D'abord sonné d'une telle nouvelle, il ne put s'empêcher de laisser éclater sa joie qui s'exprima en de tels transports qu'il en fut tout essoufflé, un sourire béat barrant sa figure de long en large comme il se laissait retomber sur l'oreiller. Alarmé par les éclats de sa voix, Harry vint écarter ses rideaux, la mine inquiète, pour se retrouver happé dans une étreinte folle dans laquelle Ron se plu à babiller incessamment des paroles sans queue ni tête, toutes si emplies de fièvre et de bonheur qu'Harry ne put que partager sa joie. Ils s'étreignirent longtemps, tous deux au comble de la félicité, mais décidèrent toutefois de n'en pas faire part à Hermione, du moins tant que leur professeur de potion n'aurait pas réparé ses tors. C'est donc tout heureux de leur félicité qu'ils s'endormirent ce soir là, tous deux impatients qu'arrive la date du bal où, enfin, tout le monde saurait quels amants occupaient la première place dans leurs pensées.