Titre :Les Nouvelles Recrues

Disclaimer :Harry Potter et tous ceux qui l'entourent appartiennent à J.K. Rowling. Lomonaaeren est l'auteur de cette fiction, dont je ne suis que la traductrice.

Chapitre Sept – Comment affronter ses meilleurs amis

« Parle, Harry. »

Les mots d'Hermione avaient du poids, pensa Harry. Ils glissaient sur sa peau comme des pierres, et sur sa langue aussi. Il la regarda s'asseoir dans la chaise qu'elle avait fait apparaître à côté du lit d'Harry – elle ne faisait pas confiance aux meubles branlants de leur chambre, avait-elle dit – et se pencher vers lui. Il était sûr qu'elle aurait mis ses mains sur ses hanches, si sa position actuelle ne l'en empêchait pas. Elle était dans une telle expectative qu'à chaque fois qu'il essayait de rassembler ses pensées, elles lui échappaient.

« Alors ? »

« Laisse-lui une chance de s'exprimer Hermione, » aboya Ron. Il faisait les cent pas le long du mur le plus éloigné, ses mains tripotant nerveusement le coin des posters de Quidditch. Harry pouvait voir les petits joueurs volants du poster le plus proche observer Ron avec appréhension, comme effrayés qu'il puisse les arracher du mur s'il n'arrêtait pas immédiatement. « Je crois qu'il lui faudra du temps pour penser à quelque chose qui puisse expliquer ce qui lui est arrivé en Combat ou en Offensive et Défensive. » Il s'immobilisa et s'adossa contre le mur, jetant un regard sceptique à Harry. Il avait les bras croisés.

Harry déglutit. « Je pensais ce que j'ai dit en Combat. Ces – malaises – se produisent quand je suis trop stressé. »

« Mais ça ne t'est jamais arrivé l'année dernière, » objecta Hermione avant de se stopper net.

Harry eut un grognement silencieux. Il savait, à la façon dont ses yeux s'écarquillaient et sa mâchoire se décrochait, qu'elle se rappelait de toutes les fois, l'année précédente, où il avait décrété avoir besoin d'être seul et s'était éclipsé, en particulier quand Ron et Hermione avaient déjà des plans pour la soirée. La plupart du temps, il avait effectivement senti le début d'une crise, mais pas à chaque fois.

« Ce n'est pas si terrible que ça, » commença-t-il.

« Mais qu'est-ce qui se passe pendant ces malaises ? » insista Hermione. « On pouvait seulement te voir trembler, mais c'est plus que ça pas vrai Harry ? »

Harry soupira et baissa la tête. « C'est plus que ça, » acquiesça-t-il à contrecœur alors qu'il tentait de trouver une explication qui ne les inquiéterait pas davantage. Hermione voudrait probablement l'envoyer chez un conseiller, ou un Guérisseur d'Esprit, ou quoi que fut l'équivalent d'un psychologue Moldu, et Harry n'y tenait pas. Personne ne pourrait le traiter normalement en sachant qui il était, pensa-t-il, et le traitement serait inefficace s'ils ne savaient qui il était. Il ne connaissait personne souffrant des mêmes troubles que lui depuis la guerre, ce qui voulait sans doute dire que c'était le problème d'Harry, et seulement son problème. Peut-être était-ce parce qu'il avait tué Voldemort, ou parce qu'il était le maître de la Baguette de Sureau, ou parce qu'il était mort puis ne l'était plus. Il n'en avait aucune idée.

Et aucune envie de le découvrir. Il voulait une vie normale. Il ne voulait pas que son nom devienne une fois de plus célèbre, peu importe la raison.

Ce qui voulait dire que détourner l'attention d'Hermione était le plus important.

Alors il releva la tête, sourit légèrement et haussa les épaules. « L'une des raisons pour lesquelles je ne vous en ai jamais parlé, c'est parce que c'est tellement stupide, » dit-il. « C'est moins grave que ça ne le paraît. Oui, vous me voyez trembler, mais dans mon esprit, je suis juste fatigué. »

« Fatigué ? » Hermione se pencha vers lui pour le détailler. Ron le fixait sombrement. Harry ne s'inquiétait pas trop de savoir si Ron le croyait ou pas. Il était bien plus intéressé par ce que foutait Harry en partageant sa magie avec Malfoy qu'il ne l'était par les crises. Harry l'avait compris à la façon dont son meilleur ami l'avait regardé pendant le cours de Dearborn, avant de détourner les yeux.

« Oui, » répondit Harry. « Je ne saurai pas comment l'expliquer. Je vois des hallucinations, des couleurs floues, et j'ai envie de bailler à m'en décrocher la mâchoire. J'ai l'impression que tout irait mieux si je pouvais bailler. Il haussa les épaules avec impuissance. « Je sais bien que ce sont des signes de manque de sommeil. Je pense que ça irait mieux si je pouvais juste dormir davantage. »

Comme il était sûr qu'elle le ferait, Hermione saisit la perche qu'il lui tendait et sauta sur ses pieds, rayonnante. « Evidemment ! Je ferai en sorte que tu puisses avoir de la Potion de Sommeil Sans Rêve, et ton problème devrait être résolu. »

Harry joua le jeu et adopta une expression grave et sérieuse. « Mais est-ce que cette potion n'est pas addictive ? Je crois que je n'aime pas trop ça Hermione. »

Hermione rit. « Elle est addictive seulement si tu en prends pendant trop longtemps, et sans supervision. Il y a une potion moins puissante que tu peux prendre, et elle ne met pas dans l'état semi-comateux que provoque le Sommeil Sans Rêve, même si elle t'aide à chasser les cauchemars. » Elle sautillait presque, les yeux brillants. « J'en demanderai à l'Auror Roto dès que possible. »

Harry s'apprêtait à demander qui était l'Auror Roto avant de ses rappeler : l'instructeur de Potions de Combat. Eh bien, si quelqu'un s'y connaissait en potions et était prêt à accorder à Hermione ce qu'elle voulait, c'était bien lui. Son caractère était à l'opposé de celui de Rogue, selon Hermione.

Laisse-la faire, pensa-t-il, souriant à son amie et se réjouissant de la voir sourire en retour. Elle en sera ravie, et les nuits où j'aurai vraiment besoin de sommeil, comme la veille d'un examen, ça me facilitera les choses.

En vérité, il n'était pas sûr de vouloir bloquer les cauchemars. C'était après les nuits sans rêve, comme aujourd'hui, qu'il avait les crises les plus intenses.

Hermione se dirigeait vers la porte quand Ron se racla ostensiblement la gorge. « Harry ne nous a toujours pas expliqué ce qui s'était passé pendant le cours de Dearborn, » rappela-t-il.

Hermione cligna des yeux et se retourna. « C'est vrai Harry. Que s'est-il passé ? Malfoy et toi avez agi comme si vous aviez déjà combattu ensemble auparavant. » A la fin de sa phrase, elle avait repris l'habituelle combinaison de suspicion et de curiosité qu'elle arborait quand elle voulait découvrir un secret.

Harry grogna. Il aurait été plus facile de dire la vérité à Ron seul que de la dire à Ron et Hermione. Ron et lui se seraient disputés, mais ils auraient fini par se réconcilier, et Ron aurait tout révélé à Hermione. Maintenant il devait s'inquiéter de leur réaction à tous les deux.

Il se demanda de nouveau s'il voulait vraiment être Auror. Cela représentait tellement de travail, et sans aucun bénéfice pour l'instant. La plupart de ses instructeurs lui demandaient de faire davantage d'efforts, il avait rendu ses meilleurs amis inquiets et en colère, et il devait passer du temps avec Malfoy, la personne qu'il détestait le plus au monde maintenant que Voldemort, Rogue et Bellatrix étaient morts. Peut-être que ce serait mieux s'il pouvait juste partir vivre dans un petit cottage quelque part au calme.

Puis il se souvint qu'il devrait vivre dans son cottage sans Ron et Hermione.

Et sans Ginny.

Ne pense pas à Ginny, se rappela-t-il. Il devait leur dire la vérité maintenant, au moins parce qu'il savait que Ron avait probablement reconnu la magie compatible grâce à son éducation de Sang-Pur. Alors il allait le faire, et s'inquiéter d'apaiser Ron uniquement une fois qu'il aurait dit la vérité. « Malfoy et moi sommes magiquement compatible. On l'a découvert par accident quand on a trouvé l'illusion et le message dans le couloir ensemble. » Ca semblait plausible, et Harry pouvait garder pour lui les leçons de duels. Ron serait tellement en colère s'il l'apprenait qu'il commencerait à s'énerver, et leur dispute durerait bien plus longtemps que si Harry se taisait. « Alors on ne peut pas se battre directement l'un contre l'autre. On ne peut même pas se lancer de sort, » ajouta-t-il en laissant transparaître sa colère dans ses mots. « On savait qu'on ne pourrait pas se battre en duel quand Dearborn nous l'a demandé. Mais on travaille vraiment bien ensemble.

« Evidemment, » marmonna Ron d'une voix basse, colérique et triste à la fois. La tristesse était la plus dure à gérer pour Harry. « Bien sûr, si tu devais être magiquement compatible avec quelqu'un, ce serait ce Serpentard gluant plutôt que moi. »

Harry se tourna vers Ron et lui dit la vérité aussi violemment qu'il le put, parce que Ron en serait heureux cette fois. « Il y a personne d'autre que toi avec qui j'aimerai être magiquement compatible Ron. Malfoy est un salopard, je le déteste, et je déteste le fait que je ne puisse rien y changer et je doive avoir cette – ça avec lui. »

Ron se mordit la lèvre et écarquilla les yeux. « Mais j'ai entendu dire que les sorciers magiquement compatibles deviennent amis en général, » grommela-t-il. « C'est tellement génial de combattre comme ça, en tandem avec quelqu'un, qu'ils n'ont pas le choix. »

« Je voudrais toujours pouvoir choisir, » répondit Harry, gêné à l'idée d'être forcé à apprécier Malfoy. « Mais même si je finis par bien m'entendre avec lui, tu penses vraiment que ce serait comparable à toutes les batailles qu'on a vécu ensemble, toutes les farces, la recherche des Horcruxes, et toutes ses années à Gryffondor ? » Il attrapa Ron par l'épaule et le secoua. « Parce que ça ne changera rien pour moi. Malfoy ne pourra pas devenir mon meilleur ami. La place est déjà prise. »

Ron le serra dans ses bras. Ce fut bref – ça l'était toujours avec Ron – mais Harry ne lui en accordait que plus de valeur, parce qu'il pouvait compter sur les doigts d'une main le nombre de fois où Ron l'avait serré dans ses bras. La plupart du temps, il laissait ça à sa mère et à Hermione.

« Merci Harry, » dit-il quand il se dégagea. Son visage était à la fois calme et joyeux, comme s'il venait d'avaler une gorgée de Felix Felicis. « Je le dirai à cet imbécile s'il essaie de me menacer. »

« Exactement. » Harry lui donna un petit coup de poing dans l'épaule et sourit. « Il a besoin qu'on le remette à sa place de toute façon, puisqu'il a l'air de se prendre pour le meilleur élève du programme. »

« Oh, Harry, » fit soudain Hermione. Elle avait l'air de s'être contrainte à réfréner sa curiosité jusqu'à ce que Ron et lui se soient expliqués. « Il y a tellement de choses que je voudrais savoir. Comment est-ce que tu ressens la magie compatible ? Pourquoi est-ce que tu peux combattre aussi efficacement avec Malfoy alors que vous n'avez jamais combattu ensemble ? La magie seule ne peut pas faire ça. Je crois que ça dépend de la personnalité, et tu sais combien vous avez toujours été opposés, et je ne pense pas que votre passé… »

Harry croisa le regard de Ron alors qu'Hermione s'emportait, et ils se sourirent avec complicité. Ils avaient chacun leur rôle dans le trio, et celui d'Hermione était de poser un million de questions à la fois.

Harry se sentait plus heureux qu'il ne l'avait été depuis le début de la formation, en réalité, comme s'il était de retour à Poudlard. Il se demanda pendant un instant si, puisque dire la vérité à propos de la magie compatible l'avait rendu si heureux, il ne devrait pas également dire à Ron et Hermione la vérité sur ses cauchemars et ses crises.

Il rejeta finalement l'idée. Conserver leur amitié était important, et les crises ne l'étaient pas.

OoOoOoO

« J'aimerai tout de même que tu puisses venir à la maison plus souvent mon chéri. »

Draco répondit à sa mère par un sourire rassurant depuis la cheminée. Narcissa semblait épuisée et anxieuse. Draco espérait qu'elle ne passait pas toutes ses journées dans un tel état de stress. « Tu sais que je ne peux pas, Mère, » répondit-il gentiment, changeant de place pour ne plus être à genou devant la cheminée mais assis. Ses jambes lui faisaient mal après une dure leçon de Combat, et il avait une de ses leçons de duels avec Potter plus tard dans la soirée. « Je dois travailler, et quand je suis à la maison, ta conversation est si fascinante que je ne le fais jamais. »

Il réussit à faire sourire sa mère, et elle se passa une main dans les cheveux. « Comment puis-je regretter ton absence quand tu la justifies de façon si charmante ? » murmura-t-elle.

« J'espère que tu ne la regretteras plus, » avoua Draco. Sa maison était l'un de seuls havres qu'il lui restait dans ce monde qu'il ne comprenait plus, entre l'emprisonnement de son père et le déshonneur de sa famille. Ou peut-être que je le comprends trop bien, et que je ne le voudrai pas. « Pense plutôt que j'accomplis quelque chose qu'aucun Malfoy n'a jamais fait, et qu'on va me respecter pour ça. »

Narcissa le fixa d'un regard déconcertant – déconcertant parce que direct, et que sa mère n'avait pas regardé quelqu'un directement depuis des mois. « Si je pouvais seulement être sûre que cela contribue à te rendre heureux aussi bien qu'unique, » murmura-t-elle.

Draco écarquilla les yeux et rit. « Je ne suis pas toujours heureux Mère, » admit-il. « Mais personne ne l'est. Tu ne devrais pas t'inquiéter de ce que je ressens sur le moment. Regarde plutôt vers mon but ultime. »

Narcissa sourit, mais c'était un sourire distant, et quelques instants plus tard, après lui avoir dit au revoir, elle acheva la discussion. Draco resta assis et passa une plaisante minute à penser à ce que les Aurors diraient s'ils savaient que Draco avait facilement détourné les sorts empêchant la communication par cheminée dans les chambres des élèves pour pouvoir parler avec sa mère.

Puis son sourire satisfait fana pour devenir ce qu'il savait être un froncement de sourcil agacé.

Il ne savait toujours pas quoi faire en ce qui concernait Potter. Il était évident que ces crises ne pouvaient pas continuer, parce qu'ils étaient désormais liés dans l'esprit de leurs instructeurs. Portillo Lopez les avait fixés avec des yeux perçants, et Draco savait qu'elle se demandait comment la magie de Potter, concentré sur la Médecine, marcherait avec la sienne. Kecthum avait brièvement parlé de les mettre ensemble quand ils en arriveraient à la stratégie en équipe, mais ils n'en étaient pas encore là. Même Pushkin les avait gratifiés d'un haussement de sourcils, bien que Draco n'ait pas la moindre idée de l'utilité de la magie compatible en Observation.

Et ce matin, Gregory les avait fait s'affronter en Combat.

Potter avait frappé avec une sombre détermination, sa bouche une fine ligne, comme s'il voulait prouver qu'une partie de lui pouvait toujours combattre Draco – peu importe combien ses aptitudes au combat étaient inférieures à ses capacités magiques. Draco avait remporté le combat, mais difficilement. Ce que Potter perdait par manque de coordination et à cause de ses stupides lunettes qui lui glissaient sur le nez, il le rattrapait par pure obstination et par une très haute résistance à la douleur. Quand Draco lui avait tendu la main pour l'aider à se relever, sur les ordres de Gregory, Potter avait grogné et s'était relevé sans le regarder dans les yeux. Il avait aussitôt boité pour s'asseoir à côté de Granger et Weasley. Weasley avait tapoté le dos de Potter et avait secoué la tête à l'intention de Draco, comme pour le réprimander d'avoir fait ce qu'il avait à faire en faisant mal à Potter.

Draco avait froncé les sourcils et croisé les bras. Peu importe ce qu'avait dit Potter à Weasley, cela l'avait peut-être racheté aux yeux de son ami indigne, mais Weasley était maintenant encore plus contre Draco que jamais.

Et il y avait aussi le fait que Potter allait avoir une autre de ses crises un public un jour, et que ça se refléterait sur Draco, en particulier s'ils perdaient un duel à cause de ça.

Il semblait à Draco que Potter suivait ses vieilles habitudes et fonçait aveuglément, ignorant les évidences qui pourraient mettre en lumière d'autres perspectives sur la situation. Il avait accepté la magie compatible parce qu'il n'avait pas eu le choix, mais il devenait clair qu'il n'accepterait rien de plus que ça. Il ne pesait pas les implications. Il ne pensait pas à ce qui pourrait se passer si l'un d'entre eux faisait quelque chose pour faire renvoyer l'autre, et comment leurs instructeurs les considèreraient comme liés, une paire, même s'ils essayaient de toutes leurs forces de ne pas l'être. L'amitié à laquelle conduisait la magie compatible était si profonde et si célèbre qu'il était impossible de ne pas les considérer comme une paire.

Et Draco savait, parce que Dearborn le lui avait dit, que certains de ses instructeurs avaient pour ambition d'aider à former une nouvelle paire de héros.

Sa vie pourrait être merveilleuse. Il pourrait devenir célèbre. Il pourrait être admiré. Il pourrait avoir un coéquipier avant la fin de sa première année, alors que la plupart des autres élèves devaient attendre leur troisième année. Il pourrait montrer à tout le monde que, peu importe son nom, il avait le talent et l'ambition de réussir tout ce qu'il entreprenait.

Mais ce futur potentiel dépendait de Potter, qui semblait peu disposé à le saisir. Le simple fait d'y penser le faisait grincer des dents. Il se releva et fit quelques pas dans sa chambre, se demandant si cela l'aiderait à se sentir mieux.

Quelqu'un frappa à la porte. Draco s'y dirigea avec soulagement. C'était certainement Potter, et Draco pourrait mettre des mots sur ses pensées.

A la place, quand il ouvrit la porte, il découvrit un ancien Serpentard grand et nerveux appelé Aurelius Kensing, attendant en portant un étrange paquet dans les bras. Draco recula précautionneusement, une main sur baguette. Kensing avait quitté Poudlard trois ans avant Draco, et y était célèbre pour ses farces il avait même osé les essayer durant les cours de Rogue.

Cette fois, cependant, Kensing se contenta de le regarder de ses yeux bruns sereins, avant de le saluer d'un hochement de tête et de lui tendre le paquet. « C'est pour toi, » dit-il. « J'ai vu que le hibou avait du mal à s'en sortir, alors j'ai décidé de le prendre. »

Draco chercha immédiatement un quelconque accroc dans le paquet, puis se rappela que Kensing était un expert quand il s'agissait de faire paraître les choses intouchées, et qu'il ferait mieux d'utiliser un sort de détection à la place. « Le hibou n'attendait pas de réponse ? » demanda-t-il en jetant le sort informulé.

« Non, » répondit Kensing. Il semblait se lasser, bien qu'il ait eu un bref sourire en voyant la baguette de Draco bouger pour détecter un maléfice. Il l'avait sans aucun doute reconnu. « Je ne sais pas qui est l'expéditeur, mais je n'ai trouvé aucune trace de Magie Noire dessus. Tu connais la liste des objets que les élèves n'ont pas le droit de garder dans leur chambre ? » Sa voix était sévère, et Draco se demanda s'il se préoccupait réellement des règles ou non.

« Oui je la connais, » répondit-il. « Tu as plus de chance que moi de ne pas la respecter. »

Kensing lui répondit par un sourire paresseux, comme pour montrer à Draco qu'il avait choisi le bon moment pour faire remonter de vieilles histoires, mais qu'il saurait s'en souvenir, et se tourna pour partir d'un pas tranquille. Draco s'assura qu'il tournait bien au coin du couloir avant de refermer la porte et de poser le paquet sur une table. Il était lourd, et contenait sans doute quelque chose en métal.

Il recula précautionneusement et jeta un sort pour déballer le paquet que sa mère lui avait enseigné et qui s'avérait très utile pour écarter le danger provoqué par une désagréable surprise ou un cadeau inattendu.

L'emballage du paquet se déchira. Draco n'était pas sûr de ce qu'il s'attendait à voir, mais ce n'était certainement pas ça.

La Pensine qui était désormais posée au centre de la table était remplie de souvenirs liquides et argentés. Ils avaient être ensorcelé pour ne pas se renverser Draco n'avait aucune illusion sur leur sort après un voyage en hibou, autrement. Il s'approcha lentement de la table, attentif, mais rien ne permettait d'identifier la Pensine. Il aurait pu penser que c'était un cadeau de sa mère, mais elle l'aurait mentionné, et l'aurait envoyée vide.

Une seconde. Il y avait quelque chose tout près du rebord de la Pensine, du côté auquel Draco faisait désormais face, après avoir scruté la moitié du récipient. Il s'approcha encore et se pencha pour voir plus clairement. C'était une gravure, et il était difficile de la déchiffrer à côté de l'argent brillant.

Propriété de Severus Rogue.

Draco déglutit et ses yeux se posèrent lentement sur les souvenirs qui paraissaient sur le point de déborder. Puis il recula instinctivement, mettant un peu de distance entre lui et ce dangereux présent.

Le Professeur Rogue était mort, évidemment. Draco s'était rendu dans la Cabane Hurlante et avait tenté quelques sorts sur le corps pour s'en assurer. Il avait même essayé un bézoard, même s'il n'était vraiment pas sûr de son efficacité contre les blessures sanglantes infligées par un serpent géant, qui avaient détruit le Directeur de sa Maison aussi sûrement que le poison.

Mais il avait pu se débrouiller pour envoyer cette Pensine à Draco avant sa mort, spécifiant qu'elle devrait être délivrée à une certaine date.

C'était Halloween aujourd'hui. Draco n'avait jamais su que c'était une date significative pour Rogue.

Hésitant, il s'approcha de la Pensine et regarda dedans. Bien sûr, il ne pouvait voir aucun des souvenirs clairement quand il les regardait depuis l'extérieur. Des ombres et des couleurs le narguaient à la surface, mais il savait que ses yeux et son cerveau étaient les seuls à y trouver un sens.

Il voulait plonger dans les souvenirs autant qu'il le craignait. Il connaissait une partie de l'histoire de Rogue maintenant. Et c'était sans aucun doute une histoire atroce.

Un autre coup retentit à la porte, et celui-ci avait l'arrogance que Draco attendait de Potter. Il conjura une couverture assez large pour couvrir la Pensine et la dissimula dessous. Potter serait intrigué, mais avec Draco dans la pièce, il ne s'immiscerait pas.

Potter se tenait dans l'encadrement de la porte quand Draco ouvrit et le salua d'un bref hochement de tête. « Je pensais qu'on pourrait reprendre la pratique du Patronus, » dit-il.

Draco, sur le point de répondre, plissa les yeux. « Comme c'est étrange, » répondit-il. « J'étais sûr qu'on combattrait. » C'était ce qu'ils avaient fait pendant les deux semaines précédentes, depuis le jour où Dearborn les avait forcés à révéler leur magie compatible.

« Eh bien je n'en ai pas envie aujourd'hui. » Potter lui fit face en relevant le menton et en croisant les bras. Draco renifla dédaigneusement.

« Pourquoi ? Est-ce que Weasley t'as finalement dit que tu n'étais plus autorisé à combattre avec moi ? » Draco fit un pas en avant, les yeux sur le visage de Potter, prêt à insister si cela s'avérait exact. L'idée que Weasley ose interférer avec lui le rendait encore plus furieux que d'habitude.

« Il n'y a pas que ça, » fit Potter au lieu de répliquer, même s'il avait pris une teinte rouge brique à la remarque de Draco. « Mais ça ne te concerne pas et tu n'as pas besoin de savoir. » Il leva sa baguette et gratifia Draco d'une œillade impatiente. « Vas-tu finalement apprendre à produire un Patronus correct ? »

Draco envisagea d'insister. Les lèvres de Potter étaient serrées, ses yeux trop brillants. Il fixait le mur derrière Draco comme s'il aurait préféré l'avoir comme élève à la place.

En vérité, il avait exactement le même air qu'après sa crise en Combat.

Draco décida de ne pas le forcer. Potter allait refuser de discuter, et ils perdraient une leçon. Peut-être qu'un jour, Potter se souviendrait chaleureusement de sa patience, en particulier quand ses amis finiraient par insister pour tout savoir sur ses crises.

« Très bien, » fit-il avant de fermer les yeux et de se concentrer sur un souvenir heureux.

Il ne les ferma pas complètement, cependant, et les avait suffisamment ouverts pour voir l'éclat de surprise, de suspicion et de spéculation dans les yeux de Potter – une émotion bien plus intense que Potter ne le pensait.

Draco sourit et commença à jeter le sortilège du Patronus.