Les p'tits chapeaux
Paroles et musique : Jean-Jacques Goldman
Histoire : Daidalos
Elle met pleins de p'tits chapeaux bizarres
Elle sourit quand elle marche dans la rue
Aux indiens, aux livreurs, aux motards
C'est pas la plus jolie, ça tombe bien moi non plus
Il l'avait déjà remarquée… comment la rater d'ailleurs, avec son collier de bouchons de Bièraubeurre, sa baguette sur l'oreille, son air constamment ahuri et ses stupides chapeaux qu'elle mettait pour les match de Quidditch de Gryffondor et Serdaigle. Elle était pour lui une véritable énigme. Il savait que personne ne l'aimait, à part Potter et la sœur Weasley. Pourtant elle affichait toujours un sourire candide, même à ceux qui l'insultaient ouvertement. Était-elle donc si stupide qu'elle ne savait pas reconnaître une agression quand elle lui était adressée ? Elle était vraiment particulière. Contrairement à la plupart des filles, elle semblait ne se soucier aucunement de son image. Elle était négligée. Et en quelque sorte, et même si cela lui coûtait, il devait bien avouer que ça lui plaisait. Lui-même n'avait jamais cherché à plaire à qui que ce soit. En ce sens, ils se ressemblaient
Elle ramasse les paumés, tout c'qui traîne,
Les vieux, les chats, dans l'tas y avait moi
Les plaies, les bosses, ceux qui saignent, elle aime
Quand on lui d'mande "Pourquoi ?", elle répond "Pourquoi pas ?"
Et puis un jour, il s'était retrouvé entre ses mains… il n'aurait jamais pensé que ça puisse arriver. Tout ça à cause de ces deux trolls de Crabbe et Goyle.
Cette septième année ne s'annonçait pas sous les meilleurs augures. Voldemort imposait de plus en plus la terreur dans le monde sorcier. On n'osait plus sortir de chez soi qu'en groupe de sept ou huit personnes. Tout le monde se méfiait de tout le monde, et plus encore des Serpentard. Lui avait toujours refusé de marcher au pas. Mais de plus en plus, on le pressait de choisir son camp. Il l'avait pourtant dit à plusieurs reprises : il refusait de choisir. La vérité était que même si comme beaucoup de ses congénères Serpentard il pensait que les sorciers issus de longues lignées méritaient certaines prérogatives, il était tout à fait opposé à l'élimination et le bannissement systématique des Sangs-Mêlés et des "Sang de Bourbe", une expression qu'il n'aimait pas trop. Malefoy et les Mangemorts étaient aveugles. Ils ne voyaient pas que les sorciers de "Sang Pur" se faisaient de plus en plus rare, et que si leurs idées étaient appliquées, ils entraîneraient le monde à l'anéantissement pur et simple. Il n'y avait plus assez de sorciers pure souche pour assurer leur pérennité. Et c'est en exprimant pour une fois ce qu'il pensait haut et fort, qu'il s'était attiré les foudres de ses camarades. Ils l'avaient passer à tabac et abandonné dans une vieille armoire d'une salle de cours désaffectée du sixième étage.
C'est là qu'elle l'avait trouvé. Il était encore trop dans le cirage et ignorait qui était cette personne qui le traînait péniblement sur ses épaules. Qui que ce soit, cette personne était plus petite que lui, et ses formes… c'était une fille. Elle l'entraîna à l'étage du dessus et le fit entrer dans une pièce, l'installant sur un lit. Elle s'était mise à le soigner.
C'était agréable d'être ainsi soigné. Ces mains étaient douce, ce contact réconfortant. Ca n'avait rien à voir avec la brusquerie de cette vieille chouette de Pomfresh. Et puis, il la reconnue. C'était cette Loufoca Lovegood. Il aurait voulu se récrier, mais n'en avait pas la force. Il se laissa faire.
Quand il fut un peu remis, il lui demanda pourquoi elle s'était occupée de lui. Elle lui avait simplement répondu qu'elle n'aurait laissé personne dans cet état.
- D'accord, mais pourquoi m'avoir soigné toi-même ? demanda-t-il excédée de la voir répondre à côté. Tu aurais pu m'amener à l'infirmerie.
- C'est hors de question ! Il y a pleins de bacillonimbus là-bas ! Ca t'aurais fait plus de mal que de bien !
- Des bacilloquoi ?
Il renonça. Elle était vraiment trop bizarre. Elle l'obligea à rester alité jusqu'au lendemain, et veilla sur lui tout la nuit. Il refusa, mais elle su se montrer persuasive. Ils restèrent silencieux un long moment, puis il finit par lui demander si ça lui arrivait souvent de faire ce genre de chose : ramasser un blessé et le soigner dans ce qui semblait être une infirmerie secrète. Elle répondit que ça lui était arrivé deux ou trois fois. Elle avait soigné Justin Finch-Fletchey qui avait été atteint par un sortilège raté de Goyle, et Mandy Brocklehurst qui s'était retrouvée affublée d'une paire d'antennes un jour qu'elle sortait d'un cours de potions. Elle avait aussi soigné quelques animaux maltraités qu'elle avait trouvé dans les couloirs.
Elle a comme une p'tite douleur dans l'regard
Cette ombre qui rend les gens fréquentables
Elle m'est tombée d'sus sans trop crier gare
J'voudrais qu'elle me garde un p'tit peu plus tard
Ils discutèrent toute la nuit. Il n'imaginait pas que cette fille puisse avoir une discussion si agréable. Oh ! Bien sûr, elle sortait parfois des choses étranges qu'il ne comprenait pas. Mais d'abord dérouté, il finit par prendre le parti d'en rire. Il s'aperçu qu'elle était bien plus fréquentable que nombre de filles qui avaient déjà essayé de l'approcher. Les copines de Parkinson étaient toutes plus stupides les unes que les autres, et toutes prêtes à se voler dans les plumes pour les beaux yeux d'un garçon. Elle était différente. Elle n'avait jamais d'arrière-pensées, et si son visage affichait toujours un sourire optimiste, ses yeux lui montrait une peine lointaine qu'il avait l'impression de comprendre.
Elle me trouve beau et puis je la crois
Elle dit "Ca m'saoûle", "C'est pas laid", "C m'pêle"
Elle a trop chaud, toujours, ou trop froid
Le monde lui fait pas peur, elle trouve la vie mortelle
Ils discutèrent longtemps, de tout et de rien. Elle lui raconta son aventure avec Potter et compagnie au ministère, et l'attaque des Mangemorts à Poudlard en juin dernier. Il fut surpris d'apprendre qu'elle n'avait pas eu peur un seul instant, pourtant, il ne doutât pas une seconde de sa sincérité. Elle lui expliqua qu'elle voyait la mort comme une dernière grande aventure qui venait terminer la vie. Son franc parlé sur des sujets aussi graves l'étonna et lui plut en même temps.
Elle a comme une p'tite douleur dans l'regard
Cette ombre qui rend les gens fréquentables
Elle m'est tombée d'sus sans trop crier gare
J'voudrais qu'elle me garde un p'tit peu plus tard
Elle lui parla alors de la mort de sa mère… finalement ils avaient peut-être plus de point communs qu'il ne l'avait cru de prime abord. Il se surpris lui-même à confier qu'il avait vu son père tuer sa mère alors qu'il avait dix ans. Que depuis ce jour, il avait maudit cet homme et ses idées fascistes. Ils parlèrent de la guerre, de Voldemort, de ce qui risquait d'arriver. Elle lui ouvrit de nouveaux horizons. Non, il n'adhèrerait jamais aux idées de Voldemort, et il pensait qu'il en allait de même des doux idéaux de Potter et Dumbledore. Pourtant, cette nuit-là, imaginer un monde où tous les sorciers et toutes les créatures magiques vivraient libres et en harmonie lui sembla une idée si plaisante. Il approcha son visage d'elle, il sentait son souffle dans son cou, et posa ses lèvre sur les siennes.
Et j'aime aussi comme elle se passe de moi
Comme elle est fière, et secrète parfois
Comme elle donne tout, à chaque fois
Elle mets des p'tits chapeaux et moi ça me va
Moi ça me va !
Ils se retrouvèrent le lendemain soir, mais cette fois, ils parlèrent très peu. Ils étaient trop occupés à autre chose. Quelques jours plus tard, Zabini le pressa de lui dire ce qu'il allait faire chaque nuit depuis quelques jours. Il esquiva la question, mais Zabini lui révéla qu'il savait, et qu'il le dégoûtait de se compromettre ainsi avec une partisane de Potter. Ce soir-là, il n'alla pas la retrouver. Le lendemain, il lui jeta des regards en coin à chaque fois qu'il la croisait, elle semblait ignorer jusqu'à son existence. Piqué au vif, il la coinça dans une pièce vide et lui demanda pourquoi elle le snobait ainsi. Elle lui expliqua qu'elle avait compris qu'elle n'était pour lui qu'une aventure et qu'elle ne s'en formalisait pas. Elle repartit, toujours souriante.
Il pensa longuement à cette entrevue. Était-ce ça ? Une simple aventure, un égarement passager ? Oui, sans doute. Après tout, il avait toujours mis un point d'honneur à ne s'attacher à rien ni personne. Pourtant, il ne pouvait oublier ces quelques nuits passées avec elle. La chaleur de ses mains, la douceur de sa peau, le parfum de ses cheveux. Et alors il compris. Lui, Théodore Nott Jr, Serpentard et fier de l'être, fils d'un mangemort notoire était amoureux de Luna Lovegood. C'était décidé. Le lendemain, il irait lui expliquer qu'elle n'était pas qu'une simple aventure.
