Descendant les marches de pierre du perron, Albus se retrouva au coude à coude avec sa sœur, Lily. Et, d'un même mouvement, ils coururent les derniers mètres les séparant de la voiture et de la portière, ouverte sur les sièges arrières. Après encore quelques secondes de combat, ce fut Lily qui réussit à s'y glisser en première et, tandis qu'Albus prenait place à côté d'elle, sa sœur lui adressa un grand sourire.

-J'ai gagné, dit-elle simplement.

-C'était pas une course, grogna Albus en réponse.

Sa sœur eut un rire amusé.

-A peine.

Et puis, ils furent rejoints par Teddy, qui discutait à voix haute avec James, tandis que celui-ci s'asseyait à son tour à l'arrière – c'était de la triche pour certains, mais souvent, on devait admettre qu'agrandir les sièges de voiture par magie étaient bien pratique.

Et puis leur père arriva et prit place devant le volant tandis que leur mère attachait sa ceinture. Ça avait été des vacances tranquilles, pour le moment, et Albus, sortant une bande-dessinée de son sac, sentant le poids de la dernière lettre de Scorpius, dans sa poche, contre sa jambe, n'en attendait pas plus de ce voyage chaque année, à Pâques, ses parents les emmenaient, lui, Lily, James et Teddy, à la campagne, en Ecosse. C'était comme une tradition. Et puis, la voiture se mit en marche.

-Oh, fit la voix de Teddy, par-dessus son épaule. Tu les lis, après tout ?

La BD était un peu usée, les coins cornés, la couverture passée. Comme tout le reste de sa collection, Albus la tenait de Teddy, qui la lui avait légué lorsqu'Albus avait huit ans il la tenait lui-même de sa mère. Lorsqu'il la lui avait donné, Albus était bien trop gêné pour accepter – mais Teddy avait insisté, il les connaissait déjà toutes par cœur, et James n'en voulait pas, de toute manière.

Albus acquiesça, et il vit le sourire de Teddy s'agrandir.

-C'en est une vieille, commenta-t-il alors.

-Il peut te raconter la fin, si tu veux, s'éleva alors la voix de James, de l'autre côté de la banquette.

-Oui, reprit Teddy en se tournant vers lui. Mais je ne ferais pas ça, car je suis un humain décent.

-Oh, excusez-moi, monsieur le préfet-en-chef, fit James en riant.

Albus retourna à sa bande-dessinée. James lui parlait, après tout, c'était bon signe, non ? Mais il ne lui parlait que pour le tourner en dérision... Est-ce qu'il devait s'estimer heureux ? Ça l'énervait, mais, lorsqu'il réfléchissait à comment sortir de cette situation, il ne voyait que deux moyens : le premier, c'était d'ignorer le problème, sa façon préférée, celle dont il avait opté depuis sa répartition. Et puis, la seconde, qui lui venait lorsqu'il se demandait ce qu'en penserait Scorpius, c'était d'aller lui parler.

-Je ne vois pas pourquoi c'est toi qui devrait conduire, c'est tout, perçut-il la voix de sa mère, à l'avant, malgré la discussion de James et Teddy, le bruit du trafic, et le son du jeu vidéo de Lily.

-Car la dernière fois que tu as pris le volant, je crois que tu as failli tuer quelqu'un, répondit son père.

-C'est n'importe quoi.

La maison de campagne était loin, et le trajet lui parut d'autant plus long que chaque nouvelle parole, chaque nouvelle éclat de voix de la par de James qu'il percevait, lui perçait le cœur. Mais, après quelques heures, ils arrivèrent. C'était une grande maison qui se tenait, seule, au milieu des champs, larges étendues de terre dorées, vertes ou marron. Suivant de loin James et Teddy, il entra dans le salon. C'était une salle carrée, plutôt large, qui faisait aussi office de salle à manger. Et puis, dans le fond, l'escalier, et à droite, la cuisine, et à gauche, une chambre – celle de ses parents. Albus se dirigea vers les marches, et arriva dans le couloir du premier étage. Face à lui, une porte la chambre de Lily. A côté, une autre, celle que lui et James prenaient d'habitude. La main sur la poignée, s'apprêtant à entrer, la voix de Teddy, qu'il percevait de l'autre côté du pan de bois, l'en dissuada. Il aurait dû s'y attendre... Machinalement, Albus se dirigea vers la porte, au fond du couloir, l'habituelle chambre de Teddy. Il y entra, et posa son sac sur le lit. Du rez-de-chaussé montaient les voix de ses parents – ils parlaient plutôt forts, d'ordinaire.

Albus resta un moment assis sur le lit, avant de se diriger vers le bureau. Il sortit la lettre de Scorpius. Si seulement il aurait été là... Il aurait su quoi faire, lui, pour James.

Et puis le bruit de pas dans les marches le détournèrent de ses pensées, et de la lettre. Intrigué, il entrouvrit la porte de la chambre. James et Teddy tenaient des balais, les descendant vers le salon. Et puis, il vit Lily traverser le couloir, et s'arrêter devant sa porte. Alors, Albus ouvrit.

-Tu viens ? On va jouer au Quidditch, lui expliqua-t-elle.

-J'aime pas le Quidditch, répondit-il.

-Moi non plus, avoua Lily en souriant. Mais je crois que si tu ne viens pas jouer, papa et maman vont te déshériter.

Albus leva les yeux au ciel, bien qu'amusé. Alors, il la suivit dans le couloir, et ils descendirent à leur tour les marches. Enfin, ils sortirent. Au fil des années, ils avaient pris l'habitude de jouer au Quidditch, dans les champs, à l'écart des moldus. Et, face à lui et Lily, six balais. Ils faisaient deux équipes de trois un gardien, deux poursuiveurs – ils ne jouaient pas avec le vif d'or, bien sûr.

-Je prends James et Teddy, lança tout de suite leur mère.

Leur père répondit par un haussement d'épaules, comme prit au dépourvu.

-Très bien, comme tu voudras. Toute façon, je joue mieux que toi, donc...

Leur mère répondit par un rire dédaigneux.

-Tu joues mieux que moi, vraiment ? Je te rappelle que j'ai joué avec les Harpies de Holyhead ?

C'étaient des petites pics amicales, Albus le savait mais ça le faisait toujours rire.

L'après-midi passa comme ça. Il y eut un premier match, où l'équipe de James gagna 100 à 30 (ils avaient décidé d'arrêter les points à 100). Et puis, un second, gagné par l'équipe d'Albus. Enfin, ils avaient changé les équipes. James et Lily avec son père, Albus et Teddy avec sa mère, pour obtenir un score à peu près similaire. Teddy et Lily étaient les gardiens de chaque équipe, tandis qu'Albus occupait le poste de poursuiveur.

Enfin, le soleil semblait se coucher sur les champs, à l'horizon, et les derniers rayons pourpres s'éteignaient sur leur visage, poussant Albus à plisser les yeux. Dans la maison, il entendait les voix de ses parents et de Lily, discutant de la Coupe d'Europe de Quidditch, qui aurait lieu pendant l'été. Albus avait décidé de rester encore un peu à l'extérieur, profitant des derniers rayons de chaleur.

-On vous a éclaté.

Albus tourna la tête. C'était à lui qu'on adressait la parole ? Mais la question venait de James, et Albus était le seul encore à l'extérieur. Donc oui, c'était bien à lui que James adressait la parole. Il haussa les épaules.

-J'ai jamais dit que j'étais doué au Quidditch.

-J'ai jamais pensé que tu l'étais, rétorqua James avec un sourire, en s'asseyant sur le sol, à côté de lui.

Le silence s'installa entre eux.

-Qu'est ce que tu veux, James ? demanda alors Albus.

-Passer du temps avec mon petit frère, c'est tout, fit-il.

-C'est pour ça que tu ne me parles pas, quand on est à Poudlard ?

James sembla réfléchir un moment. Il hésita à répondre.

-A Poudlard, c'est pas pareil, fit-il enfin, sur un ton un peu plus grave. A Poudlard, tu es à Serpentard. Là...

-Donc, coupa Albus. Tu as un problème avec le fait que je sois à Serpentard. C'est juste une maison, James.

Il répéta stupidement ce que Scorpius n'avait cessé de lui dire depuis qu'il l'avait rencontré, sans y croire complètement lui-même. C'était vrai que Scorpius l'avait aidé à affirmer sa maison – à présent, Albus connaissait quelques anecdotes cool, comme le fait que Merlin y est était, que certaines valeurs, comme la détermination et l'ambition, étaient bien. Mais Albus n'était pas encore arriver au point où il brandirait des drapeaux aux couleurs de Serpentard.

-Juste une maison qui était contre nous pendant la guerre, fit alors James.

-C'était il y a presque vingt ans, James, soupira Albus. J'espérais au moins que tu me soutiendrais là-dessus.

Mais celui-ci ne répondit que par un haussement d'épaules indifférent.

-Tu me blesses vraiment, avoua enfin Albus.

Et il sentit un nœud se formait dans le creux de sa gorge. Albus n'aimait pas parler de ses sentiments – d'après James, c'était un truc de fillette. Mais celui-ci leva son regard vers lui.

-Vraiment ? fit-il.

Albus hocha la tête.

-D'accord, souffla-t-il, un peu gêné, un peu fatigué, aussi. Peut-être bien que je ferais un effort.

-C'est vrai ? laissa alors échapper Albus, incrédule. Genre, tu... tu me parleras à Poudlard comme tu le fais là ?

-Si tu veux, crétin, dit alors son frère.

Albus avait les yeux grands ouverts. Il n'y croyait pas. Ça avait vraiment été si facile ? Si Scorpius voyait ça...

o0o

Il faisait beau, et la table avait été dressé dehors, cette année. En même temps, c'était très délicat de faire entrer l'entièreté de la famille Weasley dans une seule pièce surtout dans une pièce aussi restreinte que le salon du Terrier. Oh, ce n'était pas que le salon était spécialement petit – il était de taille moyenne, en fait – mais, en l'occurrence, les murs étaient trop proches, les meubles pas assez espacés, et les fauteuils pas assez larges.

-Non, trancha Angelina. Magpie Maguire est et restera toujours la meilleure joueuse des Assaillants de Stonewall, quoique t'en dises, George.

-Je pense que tu devrais écouter ta femme, intervint alors la mère de Albus.

Alors, son oncle sembla pris au dépourvu.

-D'accord, très bien, fit-il, avec un petit sourire malgré tout. Si vous êtes toutes liguées contre moi.

Bien qu'Albus n'avait jamais côtoyé plus que ça oncle George et tante Angie, il les appréciait beaucoup. En même temps, c'était sûrement les personnes les plus décontractes de sa famille. Et puis, oncle George tenait toute cette boutique de farces et attrapes, et tante Angie avait joué chez les Flèches d'Appleby. C'était sûrement pour ça que James les aimait autant.

-Je pense que le Ministère devrait créer une sous-division dédiée aux dragons, disait oncle Percy, un peu plus âgé qu'oncle George, et beaucoup moins décontracté aussi, un peu plus loin. C'est déjà assez stupide qu'il n'en existe pas déjà une.

-Amen, commenta simplement tante Audrey, une sorcière asiatique qui travaillait aussi au Ministère, en finissant son verre.

-Je ne sais pas, disait oncle Charlie en réponse. Créer une sous-division uniquement pour les dragons, c'est trop solennel. C'est libre, un dragon.

Oncle Charlie était cool. Il n'était pas souvent là, et c'était déjà bien qu'il fasse le trajet jusqu'au Terrier pour le repas de Pâques. Albus l'admirait. C'était un homme grand, musclé, qui travaillait dans une réserve, pour les dragons, justement.

-Ca tombe bien car j'ai... faisait son grand-père, avant de baisser sa voix d'un ton, pour éviter que grand-mère Molly, assise un peu plus loin, ne l'entende. J'ai réparé un moteur de voiture, dans le garage, et...

La tante d'Albus, la mère de Rose, Hermione, sembla s'étouffer avec son verre.

- Arthur, laissa-t-elle échapper en riant. Je connais quelques trucs en mécanique – et encore, je n'ai lu qu'un manuel... Je n'y connais absolument rien en moteur.

Elle croisa le regard amusé de tante Fleur, elle-même sang-mêlée. Tante Fleur travaillait à Gringotts, où elle avait rencontré oncle Bill, des années plutôt. D'ailleurs, celui-ci était assis à ses côtés, de longues et larges cicatrices sur le visage, qui lui donnait un air cool, d'après Albus. Lui-même discutait avec oncle Ron, à l'autre bout de la table, sur qui gagnerait un match de Quidditch, entre les Canons de Chudley, ou les Busards de Heidelberg – le fait est que ces deux équipes étaient pitoyablement nulles. Et puis enfin, les deux nouveaux arrivés à la table, Victoire et Teddy, discutaient, un peu à l'écart de ces conversations. Victoire était grande, de longs cheveux blonds semblables à ceux de sa mère, et des yeux verts et limpides. Elle était très belle, elle était aussi à Serdaigle, en quatrième année. Et Teddy, des cheveux roux, pour l'occasion, riait face à elle. Albus ne savait pas de quoi ils parlaient, mais ça devait être passionnant, pour les voir tous les deux aussi intéressés. Ils souriaient tous les deux, c'était si... bizarre.

-Ils flirtent, fit la voix de James, à côté de lui.

Albus sursauta et se retourna vers lui. Enfin, il détacha ses yeux de Teddy.

-Q-Quoi ? balbutia-t-il, prit par surprise.

Son frère eut un sourire amusé face à sa réaction.

-Vicky et Teddy, répéta-t-il. Ils sont en train de flirter.

-Vraiment ? fit Albus, dubitatif.

James le regarda d'un air à la fois malicieux et amusé – oui, il semblait sûr de lui. Est-ce que Victoire et Teddy flirtaient l'un avec l'autre ? Albus ne savait pas. Après tout, il y avait pleins d'autres possibilités, non ? Et puis voilà que la main de Teddy se glissait sur la table à son tour, à l'endroit même où se trouvait celle de Victoire. Bon, peut-être bien qu'ils flirtaient, en fin de compte.

Ils étaient assis autour de la seconde table qui avait été dressé pour l'occasion. Autour de cette table, tout ceux qui avaient moins de quatorze ans – soit tout le monde naît après Victoire. Face à lui, il y avait Rose, dont le regard allait de lui à James, les sourcils froncés, suspicieuses. Et puis, à côté d'elle, Lily et Hugo, le frère de Rose, qui discutaient à voix basses. Hugo était un peu gauche dans sa façon de parler, un peu en décalage avec eux. Aux côtés de James, c'était Fred et sa sœur, Roxanne, de l'âge de Lily et Hugo, qui semblaient en pleine dispute, comme ça leur arrivait souvent. Et puis, un peu plus loin, Louis, le fils le plus jeune d'oncle Bill et de tante Fleur, que tout le monde reconnaissait beau, avec ses cheveux blonds, qui parlait à Lucy, la fille de Percy et Audrey. Celle-ci était assise à côté de sa sœur, Molly, faisant ressortir le contraste de leur physique. Molly avait hérité des traits des Weasley, des cheveux roux, une peau un peu pâle, des yeux bruns, tandis que Lucy, sa petite sœur, prenait le physique de sa mère, des cheveux noirs et lisses, des yeux bridés. Molly parlait à Dominique, calmement. Celles-ci discutaient, un peu à l'écart du reste.

Lentement, le repas s'acheva, et Albus resta seul, avec Rose, près de la table désertée.

-Vous vous parlez ? fit-elle tout de suite.

Albus lui-même n'en était pas sûr.

-Je ne sais pas... Je crois ? Je ne sais pas s'il me parlera toujours à Poudlard, fit-il.

-Il a mit du temps à accepter le fait que tu ne sois pas à Gryffondor, dit Rose avec prudence.

-Comme tout le monde, non ? répondit simplement Albus. C'est une bonne chose que je n'ai dit à personne que j'étais ami avec Scorp...

Il s'interrompit soudainement face à l'expression indignée qui grandissait sur le visage de Rose. Le silence se fit, quand soudain, elle éclata :

-Attends. Tu ne leur as pas dit pour Scorpius ?!

-Oh ! Parce que toi, peut-être, tu l'as dit à tes parents ? répondit-il.

Rose parut gênée, et répondit, avec hésitation :

-Non... Mais... ça allait venir. Et puis... je ne suis pas aussi proche de Scorpius que toi tu l'es !

-Comment ça ? marmonna Albus.

Rose sembla réfléchir un instant.

-J'aurai pas connu Scorpius si tu aurais pas été ami avec lui, fit-elle enfin.

-Mais j'ai pas demandé à être son ami, moi ! C'est lui, qui... ! éclata-t-il avant de s'arrêter.

C'est vrai qu'Albus n'avait jamais demandé à être l'ami de Scorpius – c'est pour ça qu'il était si heureux de l'avoir comme ami, justement. Albus n'était pas vraiment sociable, un peu trop sarcastique pour son propre bien, et c'est pour ça que le fait que Scorpius, si sociable et empathique, l'ait choisi pour être son ami parmi toutes les autres personnes de leur année, le comblée d'une fierté si... inexplicable. Oui, son amitié avec Scorpius le comblait d'une si grande fierté, il en était si heureux, que le fait qu'il doive la garder secrète le tuait encore plus.

-Je pense que Dominique leur a dit – aux adultes – que Scorpius était avec elle à Poufsouffle, fit alors Rose, après un instant de silence.

Albus haussa les épaules. Ce n'était pas vraiment la question, dans le fond.

-Et alors ? répondit-il. Attends... tu penses que Scorpius a dit à ses parents qu'on était amis ?

-Honnêtement, Al'... marmonna Rose. Scorpius a l'air d'avoir dit à tout le monde que vous étiez amis.

C'était la fin. Donc... Scorpius disait à ses parents qu'ils étaient amis. Pourquoi Albus ne pouvait pas faire pareil ? Bon, c'est vrai qu'il y avait la presse. Et puis James. Surtout James. Être à Serpentard, c'était une chose. Mais être ami avec Scorpius Malefoy ? Non. C'était inconcevable. Alors, Albus se tourna vers Rose.

-Qu'on soit d'accord, commença-t-il. Scorpius ne doit jamais être au courant que nos parents ne savent pas. Sinon...

-Sinon, il le prendrait personnellement et refuserait de nous parler tant qu'on ne l'ait pas dit à nos parents, coupa Rose.

Albus hocha la tête. Elle commençait à bien le connaître, elle aussi. Cependant, dans un coin de sa tête, Scorpius le manquait. Albus devrait lui envoyer une lettre, une fois rentrée.

o0o

La fin de l'année approchait, et ça se voyait. La bibliothèque était emplie d'élèves. Des septième année en pleine détresse, des cinquième année qui marchaient en vitesse d'une bibliothèque à l'autre, des bras chargés d'une pile de livres et de parchemins. Et puis, tournant en vitesse les pages des manuels, dans l'espoir d'enregistrer tout son contenu, les sixième année semblaient tout aussi perdus qu'eux, malgré le fait qu'ils n'aient aucun examen important cette année. Même certains quatrième, troisième année, étaient à la bibliothèque, en prévision des examens qui approchaient dans un mois.

Mais, malgré l'échéance des premiers contrôles qui approchaient, Albus n'y pouvait rien. Les mots se mélangeaient devant lui, les phrases n'avaient aucun sens, et il n'y avait aucun moyen. Il était foutu.

A côté de lui, Anson contemplait la page de son manuel de potions et, face à lui, Rose semblait concentrée sur sa notion de métamorphose. A côté d'elle, Phebe Cropper avait la tête entre les mains, relisant son cours de Sortilèges. Et puis, Scorpius remuait silencieusement les lèvres, mimant des incantations. Seul Augustus semblait calme, assis sur une chaise, souriant paisiblement.

-Attendez... marmonna Anson, lentement. Un mortier ?

La dyslexie. C'était la dyslexie. Il y avait échappé tout au long de l'année, recopiant ses cours sur ceux de Rose, prenant l'aide de Scorpius pour rattraper les notions qu'il ne comprenait pas. Mais elle le rattrapait. Et il était foutu.

-Anson, fit Rose, ayant relevé les yeux vers lui, l'air désemparée. Un mortier. C'est ce qui sert à écraser les ingrédients. On s'en sert depuis le premier jour.

-Ah, fit-il simplement en retournant à sa contemplation.

C'était facile, avant, chez les moldus. Il avait de l'aide, c'était adapter, il comprenait les cours, les phrases écrites au tableau. Mais les sorciers ? La dyslexie devait vraiment leur être étrangère, car bien que ses parents aient prévenu les professeurs, rien n'avait été fait pour l'aider. Albus était laissé pour compte, abandonné, tandis qu'on attendait de lui des choses qu'il ne pouvait pas faire.

Un brusque éclair le fit relever la tête et ils se tournèrent tous vers un livre, posé sur la table, à l'autre bout de la salle, qui sauta en l'air, tandis qu'il recevait l'éclair. Et puis, ils se retournèrent vers l'origine du sort. Scorpius semblait plus que gêné, les joues rouges, cloué à sa chaise. Et puis, maladroitement, il rangea sa baguette.

-Oops, laissa-t-il échapper. C'était... un accident.

Albus laissa sa tête retomber sur la table. Il n'y avait aucun moyen qu'il ne réussisse ses examens. Il n'avait pas les capacités – on ne lui laissait pas les capacités.

Rose avait relevé les yeux vers lui, cependant, et ferma son livre.

-Albus... appela-t-elle. Al'.

Il releva la tête.

-Tu préfères qu'on révise à l'oral, peut-être ? fit Rose. Genre... je t'interroge, tu réponds, je te dis si c'est bon.

Albus eut un soupir de soulagement en acquiesçant. Rose était la seule, ici, à savoir pour sa dyslexie, à savoir qu'il était actuellement en train de désespérer devant son manuel.

Et ils commencèrent. Albus n'avait qu'à répéter ce qu'il avait écrit dans son cours – il avait bien relu son cours, écrit de son écriture penchée, chiffonnée. Il écrivait mal, tout le monde le lui avait toujours dit.

-Un sortilège pour faire voler des objets ? demanda Rose, et ce devait être la vingtième question.

-Wingardium Leviosa, répondit-il.

Scorpius hocha la tête.

-C'est tout à fait correct, garantit-il.

Albus acquiesça. Ça allait bien se passer. Ça devait bien se passer.

-C'est des examens de première année, reprit Scorpius après un silence. Ça va être difficile d'avoir en dessous de Effort Exceptionnel – et je plaisante pas. Ces examens, c'est une blague.

A la fois, ce qu'il disait rassuré Albus, et à la fois, ça l'inquiétait. Comment il ferait, lors des BUSEs et des ASPICs ?

-Au pire, si on se rate, on pourra toujours revenir l'an prochain, fit Augustus en riant, comme si ce qu'il disait était hilarant.

Albus voulait retourner à l'école primaire. Là, au moins, les moldus prenaient en compte le fait qu'il était dyslexique. Ici... ici, il avait l'impression qu'on voulait qu'il échoue.

-Si vraiment on se rate, reprit Scorpius plus sérieusement. Ce sera pas grave, si ? Je veux dire, on peut difficilement avoir en-dessous de Acceptable.

Albus espérait que ce soit le cas – que ce soit si facile. Il espérait vraiment qu'il ait, lui aussi, que des Efforts Exceptionnels que ce ne soit pas une note réservée à ceux qui avaient le privilège de ne pas être dyslexique.

Oui, il espérait que les examens se passent bien.