Chapitre 7 :

Music mood : Zack Hemsey - Mind Heist

- Samedi 28 octobre, 21h10 –

« - Si j'étais vous, je lâcherais ça gentiment, ordonna Malfoy. »

Il était debout au milieu de la chambre de Lux Black, baguette pointée sur le dos d'un inconnu. L'homme en question tenait vraisemblablement une poignée de parchemins dans la main et une baguette dans l'autre. Lorsque le jeune homme l'interpella, il se raidit d'un coup. Soudain, Malfoy laissa échapper un juron de surprise alors que l'intrus faisait volteface.

« - Dites-moi que je rêve !

- J'ai bien peur que ce ne soit pas le cas…

- Qu'est-ce que vous faites là ? Ne me dites pas que c'est vous qui l'avez agressée ? »

Pour toute réponse, Severus Snape garda le silence.

« - Parlez, bon sang ! rugit Draco, de plus en plus énervé.

- Je pense que Miss Black est très intelligente, mais qu'elle ne vous fait pas assez confiance pour vous mettre dans la confidence.

- Que voulez-vous dire ? »

Snape lui tendit alors le paquet de feuilles qu'il tenait à la main. Draco s'en saisit précautionneusement sans perdre de vue son interlocuteur et se risqua à allumer un chandelier d'un coup de baguette. Grâce à cette lumière, il remarqua qu'une partie du visage de Snape était couvert de bandage, près de son œil droit, ses cheveux tombant lamentablement en mèches noires autour de ses tempes. Il se risqua à détourner son regard un instant pour lire ce qu'il avait entre les mains. Il s'agissait de coupures de presses, pour la plupart anciennes, d'au moins une trentaine d'années.

« - Lisez, ordonna l'ancien Maitre de Potions. »

Malfoy s'exécuta.

« Une adolescente retrouvée morte aujourd'hui, près de son domicile, sauvagement assassinée. Un tueur en liberté. Appel à la plus grande prudence. »

« Nouvelle attaque près de Londres, une jeune sorcière ne survie pas à ses blessures et décède à Sainte Mangouste. Le département des Aurors confirme qu'il s'agit du même mode opératoire. Le pire est à craindre. »

« Un couvre-feu est imposé par le Ministère de la Magie, jusqu'à ce que l'affaire Wilow soit résolue. »

« Le Directeur de Poudlard, Albus Dumbledore, se voit contraint de renvoyer les élèves chez eux jusqu'à ce que le Ministère fasse place nette sur le tueur en série qui défraie la chronique depuis maintenant plusieurs semaines. »

Il en sauta quelques-unes, survolant furtivement les gros titres. Tous les articles disaient quasiment la même chose, sur une période de plusieurs mois.

« L'affaire Wilow connait un tournant inquiétant ! Mise en accusation aujourd'hui même par le Ministère, Jared Dermot, illustre potiologiste, a été transféré à Azkaban jusqu'à son procès. »

Malfoy leva le nez de sa lecture, de plus en plus perplexe. Qu'était-il censé comprendre ? Quel était le rapport entre ces vieux faits divers et la situation actuelle, et pourquoi Lux gardait-elle ces coupures de presse chez elle ?

« - Qu'est-ce que ça veut dire ? demanda-t-il à Snape.

- L'affaire Wilow, pour Angelina Wilow, première victime d'un tueur en série. Près de vingt-deux meurtres en l'espace de sept mois. Jusqu'à l'arrestation de Jared Dermot et son internement à Azkaban. Sa culpabilité n'a jamais pu être prouvée, cependant les meurtres ont cessé après sa capture.

- Y-a-t-il un rapport avec ce qui se passe aujourd'hui ?

- Je serais tenté de dire oui, ironisa Snape. »

Malfoy réfléchissait à toute vitesse. Il eut soudain un frisson.

« - Vous ne pensez tout de même pas que c'est elle qui fait ça ? Elle copierait ce Dermot ? »

- Samedi 28 octobre, 22h25 –

Hermione était en train de parler avec l'équipe de nuit qui prenait place pour les relever de leur garde. Comme elle était l'une des deux responsables, elle restait souvent plus longtemps que ses collègues. Pour une fois, Jeremy Anddle était rentré plus tôt chez lui car c'était l'anniversaire de sa fille, et il espérait la voir avant que tout le monde ne dorme.

Laura Slow et Filipe Dalager, les deux responsables de la deuxième équipe, étaient en train de redistribuer les postes à chaque membre du personnel. La nuit commençait tranquillement. Après le léger stress de la soirée, ils n'avaient pas eu d'autres blessés trop graves.

Soudain, alors que la jeune femme se servait un dernier café dans la salle de repos, une infirmière fit irruption dans la pièce en la pressant de la suivre. Vu le ton qu'elle avait employé, Hermione ne demanda pas d'explications et lui emboita le pas. Elles traversèrent au pas de course les urgences vers la salle 3. Lorsqu'elle entra, Hermione fut accueillie par un fabuleux brouhaha de voix qui haussaient de plus en plus le ton. Elle mit quelques secondes à comprendre ce qui se passait.

Filipe Dalager hurlait sur un homme qui faisait une bonne tête de plus que lui, tandis que celui-ci le menaçait avec une baguette. Un autre inconnu avait empoigné Lux Black par un bras et semblait vouloir se débarrasser du médicomage le plus vite possible.

« - Qu'est-ce qui se passe ici ? aboya Hermione, de fort mauvaise humeur.

- Ces abrutis viennent nous voler des patients !

- On se calme mon petit gars, tempêta un des « abrutis ». Nous sommes envoyés par le Ministère pour récupérer cette femme, point.

- Comment-ça ? demanda Hermione en bondissant devant lui. Cette femme est ma patiente, elle est sous ma responsabilité ! Elle n'est pas en état d'aller où que ce soit ! C'est inadmissible !

- Vous êtes soulagée de votre responsabilité, répondit le collègue qui tenait Lux Black. Maintenant, soyez intelligents et ne nous forcez pas à être désagréables.

- C'est une menace ? grogna Dalager. »

Pour toute réponse, il se fit écarter du chemin sans ménagement. Dépassée, Hermione n'en croyait pas ses oreilles. Quelle pouvait être la raison d'un tel comportement ?

« - Si vous vous faites éventrer, je vous suggère de trouver un autre hôpital ! hurla Dalager à travers le hall, tandis que les deux hommes disparaissaient vers la sortie. »

Le personnel se regarda un instant sans comprendre, ne sachant comment réagir. C'était bien la première fois que ce genre de chose se produisait. Et pourtant, ils en avaient vu des choses. Hermione se demandait si elle devait prévenir quelqu'un. Comme Malfoy, par exemple. Cette réquisition lui semblait de la plus mauvaise augure. En outre, elle était inquiète pour la santé de sa patiente et quelle que soit la raison de tout ça, rien ne pouvait justifier le fait qu'elle laisse quelqu'un mettre sa vie en danger. D'abord ils soignaient, ensuite ils posaient des questions. C'était ça la raison d'être d'un hôpital, peu importe les circonstances, même si parfois c'était très dur, voir inhumain.

Quelque chose ne tournait pas rond, elle le savait. Récupérant ses affaires dans son casier, elle se changea rapidement et sortit par la porte qui donnait sur le terrain de transplanage des urgences. En un clin d'œil, elle se retrouva devant la porte d'entrée de son unique idée. Elle frappa vivement, ignorant délibérément tout usage de politesse et bientôt, un petit elfe de maison lui ouvrit, pas le moins du monde perturbé.

« - Miss ?

- Il faut que je voie ton maitre, dit-elle en entrant sans attendre d'invitation. »

La petite créature tenta de l'intercepter en lui baragouinant quelque chose, mais la jeune femme n'en écoutait pas un seul mot et elle se dirigea machinalement vers la pièce la plus proche d'où montaient des voix. Elle ouvrit la porte d'un geste et se retrouva dans un petit salon faiblement éclairé, au sol couvert de tapis anciens.

« - Draco, il faut que… »

Elle hoqueta de surprise, s'arrêtant dans sa phrase, en se retrouvant nez à nez avec Draco et son invité spécial. Debout près d'une cheminée, les deux hommes étaient vraisemblablement en grande conversation jusqu'à ce qu'elle arrive. Désormais, ils la dévisageaient tous les deux. Enfin, surtout le grand blond, étant donné que Snape était toujours désavantagé sur ce terrain-là.

« - On ne t'as jamais appris à frapper ? s'énerva Malfoy.

- Lux Black vient d'être sortie manu militari des urgences et emmenée au Ministère, annonça-t-elle, blanche comme un linge.

- Quoi ? s'étrangla son hôte.

- Je vais aller la chercher, annonça Snape.

- Non ! Vous, vous ne bougez pas d'ici ! Tout le Ministère vous coure après. Et toi, dit-il à l'intention de la jeune femme, tu ne sors pas d'ici tant que je ne suis pas revenu, est-ce que c'est clair ? On n'a pas idée de se foutre dans un tel merdier !

- Mais je n'ai rien…

- Oh non, tu soignes les ennemis publics du Ministère par pur hasard.

- Qu'est-ce que ça veut dire ?

- Je papoterais avec toi une autre fois, mon ange. Vous ne bougez pas d'ici. »

Aussi rapide qu'une tornade, Malfoy eut disparu dans la seconde. Hermione avait l'impression d'avoir manqué une grande partie de l'histoire ! Elle ne comprenait pas sa réaction, ni le pourquoi du comment. Et encore moins comment Snape avait atterri chez lui.

Severus Snape à qui elle s'était efforcée de ne pas penser une seule seconde depuis des semaines. Et elle y était arrivée plutôt bien, elle devait le reconnaitre. Elle avait réussi à étouffer toutes ses questions et ses remords. A donner le change pendant un temps, en faisant comme si de rien n'était. Mais maintenant qu'il était à nouveau devant elle, elle avait l'impression que le sol se dérobait sous ses pieds.

« - Je suis désolée, commença-t-elle, pour la dernière fois…

- Vous l'avez sauvé ? demanda Snape d'une voix neutre.

- Non, il n'a pas survécu. »

Elle se tut un moment, nerveuse.

« - Qu'est-ce que vous faites ici ? Et que se passe-t-il avec cette femme ?

- C'est une longue histoire, et vous n'avez pas envie de la connaitre.

- Au contraire ! s'énerva-t-elle. Vous savez qui a agressé Black ?

- En effet. »

Elle allait ouvrir la bouche pour exiger de plus amples informations lorsque l'elfe de Malfoy entra dans le salon, serrant nerveusement le bas de sa « toge ».

« - Vite, vite ! Il faut que vous alliez vous cacher ! Des Inquisiteurs arrivent ! »

Hermione frissonna. Des Inquisiteurs, vraiment ? Là, elle savait qu'ils étaient revenus en plein cauchemar. Le Ministère venait de réhabiliter la traque et les interrogatoires. Elle comprenait mieux d'où sortaient les deux types qui étaient arrivés à Sainte Mangouste. Ils avaient dû la suivre, ou placer la résidence de Malfoy sous surveillance. Ou les deux. Et elle n'avait pas la moindre idée de ce qui pouvait lui arriver, puisqu'elle ne comprenait pas les trois quarts de la situation. Mais elle était persuadée que rien d'agréable ne l'attendait. Sans parler de Snape !

« Oh, bon sang… murmura-t-elle en se saisissant de sa baguette. »

- Dimanche 29 octobre, 04h32 –

Snape redressa une chaise poussiéreuse qui tenait à peine sur ses quatre pieds et la tira en direction de la jeune femme. Elle s'y laissa tomber sans ménagement, cachant à peine son soulagement. Ils étaient tous les deux trempés jusqu'aux os après leur cavalcades pour sortir de chez Malfoy discrètement. Hors de propos d'utiliser le transplanage bien évidement, sous peine de se faire repérer. Ils avaient donc dû utiliser des moyens plus communs, à savoir leurs pieds, pour arriver jusqu'au trou sordide où l'homme avait provisoirement élu domicile.

Ses longs cheveux coulaient le long de son visage, ruisselant sur son dos. Il ne se souvenait plus exactement de la dernière fois où il les avait coupés, et se demandait bien pourquoi il avait cette stupide pensée dans la tête à cet instant ?

Sa vision s'était améliorée depuis sa dernière entrevue avec la sorcière. Son œil gauche avait quasiment retrouvé toute sa fonction, le droit néanmoins était encore inutile. Mais il pouvait à nouveau la distinguer sans grande difficulté, sa petite silhouette ratatiné sur l'assise usée. Elle jetait cependant des regards interrogateurs à la ronde, et il se préparait mentalement à subir un assaut en règle. Pourquoi donc devait-il à nouveau se retrouver en sa compagnie ? Elle n'aurait même jamais dû se montrer chez Malfoy. Si quelqu'un l'avait vu, ç'en était fini d'elle. Et il avait d'autres problèmes à gérer pour le moment, par Morgane !

Et comme une insidieuse musique, elle vint retentir à ses oreilles.

« - Où sommes-nous ? demanda Hermione en relevant un instant la tête. »

Il la fusilla de son œil valide.

« - Ne vous taisez-vous donc jamais ? mordit-il.

- N'êtes-vous donc jamais plus sociable ? réplica-t-elle, de mauvaise humeur. »

Il lui tourna le dos et s'éloigna à grand pas, histoire de ne pas laisser sa colère s'alimenter. Il sortit sa baguette en face du grand âtre noir de la cheminée et y alluma un feu. Pendant quelques instants, ses pensées se perdirent dans le crépitement des flammes, attirant son regard inlassablement dans une danse chaleureuse.

« - Je vous ai posé une question, assena la jeune femme sans se démonter. Qui n'était d'ailleurs pas la seule ! »

Il l'entendit s'agiter dans son dos et se retourna pour la voir délacer sa cape de voyage et la jeter sur la chaise qu'elle venait d'abandonner. Le tissu s'écroula dans un bruit mat, continuant d'égoutter sur le sol.

« - Mais qu'est-ce que vous faites ? s'énerva-t-il, tandis qu'Hermione entreprenait de retirer son léger pull marron.

- Je me sèche, rustre !

- N'êtes-vous donc plus une sorcière ? Avez-vous besoin de vous dévêtir alors qu'un sort suffirait ?

- Vous avez peut-être envie de garder cette sensation d'humidité permanente sur vous, mais pas moi. Et si la vision que je vous offre en chemisier est trop insoutenable, vous pouvez toujours prendre la porte ! claqua-t-elle, en retirant ses chaussures.

- Je n'ai pas à prendre la porte ! Vous êtes chez moi, insolente !

- Ah, nous y voici ! Nous sommes donc chez vous ? »

Elle jeta un regard désapprobateur alentours. Snape l'observa lorsqu'elle émit un claquement de langue agacée alors qu'elle retroussait le bas de son pantalon sur ses jambes. Elle se saisit ensuite de sa baguette et assena un sort de séchage rapide sur les vêtements qui lui restaient sur le dos. Puis s'occupa de ceux qui trônaient sur la petite chaise.

Une fois fait, elle se retourna vivement vers Snape, baguette en main et le menaça.

« - Vous ! tempêta-t-elle. Vous avez osé disparaitre sous mon nez, après m'avoir jeté un sort ! »

Snape crut qu'il allait sortir de ses gonds et la désintégrer sur place. Il fit cependant montre de sa plus parfaite maitrise de lui-même, ressortant son ton le plus glacial pour répliquer.

« - Et vous êtes aussi incompétente dans ce domaine que pour vous mêler de vos affaires, visiblement. Nous n'avons rien à faire en commun, et j'espère ne plus vous croiser après ce soir.

- Je ne sais pas ce qui me retient de vous arracher les yeux, souffla Hermione, rouge de colère. Mais pour commencer, vous allez me dire exactement ce qui se passe ici !

- Je croyais que nous avions déjà eu cette conversation. »

Snape se déplaça, abandonnant son poste près de la cheminée et s'asseyant sur un canapé en velours vert, passablement élimé et troué. La seule lumière de la pièce provenait de la cheminée et donnait à Hermione une allure d'esprits.

« - Non, non, corrigea-t-elle. Vous avez eu cette conversation avec vous-même. Expliquez-moi ce que vous faisiez chez Malfoy pour commencer !

- Nous nous sommes rencontrés très fortuitement, et nous avons décidé de poursuivre notre conversation dans un lieu plus approprié, jusqu'à ce que vous arriviez.

- Vous étiez chez Lux Black, n'est-ce pas ? C'est vous qu'elle voulait que Malfoy rencontre cette nuit. Pourquoi ? »

Malgré lui, il ne put s'empêcher de noter la vivacité avec laquelle elle tirait les conclusions de ses observations. Fidèle à elle-même malgré les années, pensa-t-il amèrement. Il réfléchit un long moment sur la manière appropriée de répondre à cette question. Il savait pertinemment que c'était une mauvaise idée, de la mêler plus qu'elle ne l'était déjà à cette sordide histoire. Il voulait éviter les détails autant que possible, et il n'avait pas la moindre envie de dépeindre son rôle dans tout ça. Pour voir du mépris et de l'horreur dans le regard de quelqu'un d'autre, non merci, il avait déjà donné de ce côté-là. Et il ne voulait pas revivre ça, encore.

Mais par tous les diables, pourquoi fallait-il précisément que Black se fasse soigner par le seul médicomage de toute l'Angleterre qu'il faille qu'elle évite ?

« - Snape, rappela-t-elle à l'ordre alors qu'il mettait du temps à répondre.

- Je me suis rendu chez Black lorsque j'ai su qu'elle s'était faite agressée dans la soirée, pour voir si je ne trouvais pas de choses intéressantes.

- Agressée par qui ?

- Vous vous souvenez, lorsque je vous ai dit que je revenais de Russie ? (Hermione hocha la tête.) Eh bien, je suis revenu pour suivre la même personne qui a failli supprimer Black.

- Donc vous vous êtes rendu chez elle pour tenter de trouver cette personne ?

- Exact.

- Et pourquoi donc ?

- Pour la tuer, bon sang ! Que croyez-vous ? Que je cours la moitié du globe pour prendre le thé ? aboya-t-il, le regard en feu. »

Hermione garda le silence, se déplaça sur la gauche. Se faisant, elle ne tourna plus le dos au foyer de la cheminée et eut tout le loisir de contempler le visage de son interlocuteur. Visiblement, il était très agacé. Mais étrangement, ce n'était pas de la colère qui s'était exprimé lors de sa dernière phrase, elle était prête à en jurer, et ça la déstabilisa.

« - Maintenant, si vous avez fini de jouer les investigatrices, je vais aller dormir quelques heures, grogna-t-il en se levant pour quitter la pièce. »

Hermione le laissa faire, sachant qu'il valait mieux abandonner certaines batailles. Elle entendit de lourds pas se déplacer jusqu'au fond d'un couloir et entendit une porte claquer. Elle n'avait pas la moindre idée de l'endroit où elle se trouvait, ni de ce qu'elle allait faire désormais. Elle se réfugia dans le cercle de lumière qu'offrait la cheminée et s'assit sur le plancher poussiéreux. L'endroit semblait ne pas avoir abrité âme qui vive depuis des décennies. Mais son esprit était tout absorbé ailleurs.

Snape revenant de Russie pour traquer un ennemi, ennemi qui attaquait Black. Black qui était de mèche avec Snape. Malfoy qui aidait Black.

« - Ah ! s'énerva-t-elle. Qu'ils aillent tous au diable ! »

- Dimanche 29 octobre, 06h07 –

Hermione s'éveilla en sursaut. Aussitôt, elle sentie une vive douleur se répandre dans tout son corps. Elle grimaça en se redressa sur les coudes. Elle s'était endormie sur le plancher devant la cheminée à force de réfléchir à d'improbables solutions. Elle ferma les yeux un moment en s'asseyant, essayant de faire abstraction de sa fatigue.

Elle comprit pourquoi elle s'était réveillée lorsqu'elle tourna la tête et vit une petite forme grise s'agiter devant un carreau poussiéreux, à l'autre bout de la pièce. Se lever fut une autre épreuve pour la jeune femme qui tituba maladroitement jusqu'à la fenêtre et l'ouvrit pour se saisir de l'enveloppe que tenait le hibou entre son bec.

Hermione se demanda un instant si elle devait l'ouvrir mais se rappela que vu le contexte de la situation, un peu d'indiscrétion pouvait être excusée si la missive ne la concernait absolument pas. Mais elle reconnut rapidement l'écriture penchée et nerveuse de l'expéditeur.

« Nous retournons à Poudlard sur le champ. Dites à l'insolente de se rendre à son travail pour ne pas attirer l'attention. Prière de ne pas faire de vagues pour le moment. Cette affaire sera réglée, mais la situation est trop délicate présentement. D.M. »

Bien qu'elle n'appréciait guère de se faire traiter d'insolente, elle fut soulagée d'apprendre que Malfoy avait vraisemblablement sorti Lux Black du Ministère et que ce nous retournait à Poudlard. Il serait plus difficile de faire un scandale là-bas, et la jeune femme savait que McGonagall ne laisserait pas passer ça. Quant à l'autre point, retourner au travail ? Cela laissait à penser que pour le moment personne ne lui prêtait une quelconque implication dans les derniers événements. En un sens, c'était un soulagement.

En un sens seulement. Elle se sentait un peu coupable de se cacher sous couvert de l'anonymat alors qu'elle voyait pertinemment que quelque chose de dangereux se tramait sous ses yeux et que certains de ses proches – si tant est que Malfoy fusse qualifié de proche – y étaient impliqués.

Elle déposa la lettre sur le rebord de la cheminée en récupérant son pull et se rhabilla sommairement. Ses cheveux devaient être dans un drôle d'état, aussi décida-t-elle de remonter le tout sur sa nuque et d'en faire un chignon négligé avec un élastique qu'elle avait au poignet par habitude. Lorsque ce fut fait, elle se demanda soudain si elle devait partir sans bruit ? Cela ferait probablement plaisir à Snape de découvrir qu'elle s'était évaporée durant la nuit, à voir avec quel vigueur il se défendait de tout contact avec elle. Mais elle ne pouvait s'y résoudre. Pire, elle allait aller le réveiller, c'était certain.

Elle s'aventura dans le couloir où il avait disparu la veille. La plupart des volets étaient clos et il n'y avait guère plus de lumière que lors de leur arrivée. Mais elle se repéra tout de même assez pour ne pas trébucher et continua jusqu'à la porte du fond. Elle localisa dans la pièce d'à côté un simulacre de bureau laissé à l'abandon, comme le reste de la maison. Hermione se demanda soudain à qui avaient appartenu les lieux.

Puis son attention se reporta sur la porte fermée en face d'elle. Elle leva le bras pour frapper, puis se ravisa. Quelque chose l'en empêchait. A la place, elle tourna lentement la poignée, consciente de son total manque de savoir-vivre.

A l'intérieur de la pièce – confirmée chambre -, un léger rayon de lumière pâle entrait par une des lattes cassées du volet extérieur. Au centre, un lit à l'armature en fer noir, à peine assez grand pour deux personnes. Le reste du mobilier était en bois, ne portant quasiment aucun effet personnel. Elle nota une lampe à huile posée sur une commode et un tas de papier. La silhouette de Snape reposait au centre du lit, négligemment allongé sur une couverture mitée. Il n'avait même pas pris la peine de se dévêtir, tout juste d'enlever sa robe de sorcier.

Elle s'approcha à pas feutrés du lit, hypnotisée par le sommeil de cet étrange personnage. Son visage était complétement inexpressif. Mais pas de la même manière que lorsqu'il se voulait détaché ou impénétrable. Elle aurait presque dit qu'il ne pensait à rien, c'était intriguant, inhabituel. Elle fut soudain consciente d'être vraiment impolie.

Mais alors que cette pensée faisait son chemin dans son esprit, Snape se redressa d'un coup vers elle, l'agrippant à la gorge. Entrainée par son poids, elle bascula au sol et il atterrit lourdement sur elle, baguette pointée sur son visage. Elle eut le souffle coupée par la peur et la chute. Il se figea soudain lorsqu'il reconnut la jeune femme dans un sursaut de lucidité. Maintenant tout à fait éveillé, il serra la mâchoire et la lâcha en se redressant. Il était en train de fulminer, c'était évident.

« - Ne refaites jamais ça, déclara-t-il lentement en détachant bien ses mots. »

Hermione se releva lentement, le cœur battant la chamade. Pour sûr, elle n'était pas prête de recommencer ! Puis ils se trouvèrent tous les deux à se contempler en chiens de faïence pendant quelques instants. L'atmosphère devint pesante.

« - Heu… Malfoy vous a envoyé une lettre. Ils retournent à Poudlard.

- J'en conclue que vous lisez les lettres qui me sont adressées, bien…

- Oh ! Pas la peine de prendre ce ton-là, s'énerva-t-elle. Je vous rappelle que j'ai recollé tous vos petits morceaux ensemble, dit-il en le pointant du doigt, alors un peu plus de considération serait la bienvenue ! »

Snape eut un mouvement de surprise, puis se reprit aussitôt.

« - Exact, considérez alors que vous ne me devez plus rien, et partez d'ici.

- Je vous préférais aveugle et sarcastique. J'aime beaucoup moins ce personnage que j'avais oublié vous correspondre. Je suppose qu'il était idiot de ma part de rechercher votre compagnie, et peut-être ai-je même songé votre amitié, ne fut-ce qu'un instant. »

Hermione se tut un instant, amère.

« - Fus-je sotte ! Cela se saurait si Severus Snape avait jamais pu partager de l'amitié avec quelqu'un ! assena-t-elle pour le blesser. Je vous laisse à votre glorieuse solitude et vos vengeances malsaines, et j'espère bien ne plus jamais vous revoir ! »

Elle sortit de la chambre d'un pas décidée, complétement submergée par des sentiments contradictoires. La jeune femme n'avait pas l'habitude de perdre le contrôle d'elle-même, mais à cet instant précis elle était incapable de se reprendre. Elle était outragée, révoltée, blessée par un tel comportement. Cette inflexible indifférence la mettait hors d'elle. Elle avait l'impression d'être tombée face à un bloc de glace, alors même qu'elle avait entrevu une faille quelques semaines avant. Etait-ce le même individu ? Depuis qu'elle ne faisait plus semblant de ne pas être elle, tout avait brutalement basculé dans une familière insensibilité. Et c'était encore plus blessant. Elle passa rapidement au salon pour récupérer sa cape et s'arrêta une dernière fois sur le seuil du couloir.

« - Jamais ! hurla-t-elle à l'autre bout. »


NdlA: Voilà comme promis le chapitre suivant! Et plus tôt que prévu puisque j'ai finalement réussi à l'écrire! J'ai eu beaucoup de mal sur la fin, j'ai recommencé plusieurs fois les interactions Snape/Hermione. Je suis plutôt indécise quant à cette version mais ce que j'ai pu faire de mieux pour le moment! Qu'est-ce que vous en pensez? Vous mourrez tous d'envie qu'elle revienne pour s'excuser hein? :p Peut être que le chapitre vous apporte plus de questions que de réponses, après relecture, mais patience, ça va venir! Si, si, promis vous aurez le fin mot de l'histoire!

Si vous n'avez pas fait attention, j'ai finalement décidé de changer pour un rating M; donc, il y aura des scènes en conséquences, j'espère que ça ne dérangera pas la majorité d'entre vous! :) Je suis actuellement en train de bosser sur le chapitre 8 (oui, j'ai définitivement perdu mon avance *rires*) et ça va être... agité!

J'attends vos impressions avec plaisir et bon week-end à vous! ~~