Chapitre 6
Liverpool Avril 1985
« Quand tu rencontres la douceur, sois prudent, n'en abuse pas, prends garde de ne pas démasquer la violence »
Pierre de Réverdy
Bella
Porter un masque depuis trop longtemps, se dissimuler, étouffer, se cacher. A tel point que tu ne sais même pas à quoi tu ressembles réellement. Le truc est passé sous ta peau, il a remplacé ton vrai visage. Mais un jour, tu sens la minuscule brèche que ton cœur a laissée, alors tu glisses doucement ton doigt dans l'ouverture, tu arraches tout et tu montres ta vraie nature. Et tu te sens exister.
Je prends une grande inspiration et je gravis les trois marches qui me séparent de la porte d'entrée, je prie tous les dieux pour que papa ne soit pas là. Mes doigts tremblent sur la poignée, j'inspire profondément avant d'appuyer dessus. La résistance sous ma paume m'offre un fabuleux soulagement. La porte est verrouillée, il n'est pas rentré. « Youhou » !
Je sors mes clefs en hâte et rentre comme une furie, balançant mes chaussures au travers de la pièce de vie. Pas de manteau à la patère, pas de clefs sur le buffet. « I'm freeeee » ! Je grimpe les escaliers quatre à quatre, je tourne au coin du couloir et cavale jusqu'à ma chambre, je claque la porte d'un geste rapide et me jette sur mon lit en riant, limite hystérique. Je me tortille pour m'extraire de mon jean, mon rire ne s'arrête plus. Ma vie est belle !
J'enlève mon pull, et saute sur mes pieds pour me planter devant le miroir. Un sourire immense s'étale sur mon visage, mes yeux descendent sur mon corps, ma poitrine est magnifiquement ornée d'une marque rouge. Je frissonne de partout, mon ventre se tord agréablement. Le dessin de la bouche parfaite d'Edward juste au-dessus de mon sein droit. Je passe le bout de mes doigts dessus me remémorant exactement la sensation de sa langue à cet endroit. C'est la plus belle marque que mon corps n'a jamais porté.
A moins que ce soit celle-là ? Je caresse le suçon sur l'os saillant de mon bassin. Celui-là aussi est magnifique. Je voudrais que ça ne parte jamais, comme un tatouage à l'encre indélébile, lui appartenir pour toujours. Je suis toute à toi Edward. Je me tourne un peu, continuant l'inventaire de mon corps, je trouve encore une trace de son passage sur le haut de ma fesse. Qu'est-ce qu'il lui a pris de me sucer ici ? Mais y a-t-il un endroit qu'il n'a pas embrassé ? Léché ?
Mais y a-t-il un endroit de son corps que je n'ai pas, en retour, touché ? Je me laisse tomber sur le dos et je ferme mes yeux. Mon esprit recrée l'image de ses larges épaules, de sa mâchoire, de son nez, de ses lèvres. Même son odeur s'insinue dans ma tête et je sens la chaleur de ses mains sur mon corps, à moins que ce soit les miennes qui retracent le chemin des siennes.
La sonnette me fait bondir du lit. J'attrape mes habits et les renfile rapidement, je descends en trombe et une fois devant la porte je demande :
-Qui est-ce ?
-C'est Maggy !
J'ouvre en soufflant de soulagement, elle rentre, me faisant reculer.
-Bella ? Je me suis inquiétée. Où étais-tu ?
-Quoi ? Pardon ? Je panique complètement et je sens les emmerdes me rattraper.
-J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose, ton père m'a dit qu'il partait, que tu restais mais tu n'étais pas là.
-Mon père a appelé ?
-Non, non, mais j'ai failli appeler la police ! Où étais-tu bon sang ?
-Je … j'étais chez une amie. Dis-je incertaine, ma voix tremblante discrédite tout mon propos, je sais que mon visage crie « mensonge ! » mais Maggy m'offre un sourire complice.
-Et tu as passé une bonne soirée ?
-Heu oui, oui, c'était bien.
Elle me scrute plusieurs secondes, cherchant sûrement la vérité dans le fond de mon regard alors mal à l'aise je détourne les yeux.
-Tu veux un thé ?
-Avec plaisir.
Je tourne les talons, elle ferme la porte et me suit dans la cuisine. Je me précipite sur la bouilloire.
-Ton mari est rentré ? Je débite distraitement réfléchissant à comment cacher mes activités nocturnes, crevant d'envie de lui poser tout un tas de questions sur ce que je vis, ce que je ressens.
-Oui, il repart à la fin de la semaine prochaine. Est-ce que tu vas me regarder Bella ?
Je me tourne vers elle, fronçant les sourcils, feignant de ne pas comprendre. Elle rit un peu.
-Alors ? Cette copine, comment s'appelle-t-il ?
-Tu ne le diras pas à papa ?
-Bella ! S'offusque-t-elle, je n'ai jamais rien dis à ton père ! Pour qui me prends-tu ?
-J'en sais rien, si je préfère ne rien te dire est-ce que tu vas mal le prendre ?
-Non, mais tu peux me raconter quand même, est-il beau ?
-Magnifique.
Elle éclate de rire et se lève pour me rejoindre près du buffet elle attrape ma main et la presse.
-C'est génial Bella, tu resplendis et j'aime tellement te voir joyeuse, ta mère serait si heureuse de te voir sourire ainsi. A ses mots, le dit sourire se brise, si maman était là, je suis sûre que je pourrais lui parler d'Edward, lui dire à quel point il est beau, drôle, doux et fort.
Mes bras enveloppent les épaules de Maggy et je la serre fort contre moi, cherchant à retrouver l'odeur de ma mère.
-Elle me manque tellement maintenant ! Maggy, j'aimerais tellement qu'elle soit là !
-Je sais Bella, petite puce, mais moi je suis là, et tu peux me faire confiance.
-Je suis amoureuse Maggy. Vraiment. Il est tellement parfait ! Promets-moi que tu ne diras rien à papa s'il te plaît Maggy, promets-le.
-Je te le promets Bella ! Raconte-moi alors. Elle me tire vers la table après avoir attrapé la bouilloire. Je m'installe en posant deux tasses entre nous et la boite de thé. Elle met un petit moment à choisir un sachet et une fois fait elle m'interroge encore.
-Alors ?
-Je ne sais pas vraiment par où commencer, il est si fabuleux, il s'appelle Edward. Il est grand, il a les cheveux très courts et des grands yeux verts. Je me perds dans son image qui apparaît devant mes yeux. Maggy se racle la gorge et me fait revenir à la réalité.
-Tu as passé la nuit chez lui ?
J'avoue morte de honte et mal à l'aise que oui en hochant la tête, louchant sur le fond de ma tasse.
-Bella, tu vas avoir dix-huit dans quelques mois, c'est de ton âge ! Je ne dirai pas à Charly, ça sera notre secret !
-Maggy… les mots se perdent dans ma gorge tellement je suis émue et reconnaissante.
Elle caresse ma main et murmure.
-De rien Bella, sourit-elle.
Ma mère a dit à Maggy à quel point Charly pouvait être dur, mais jamais elle ne se douterait à quel point il est capable de perdre le contrôle. Je frémis en pensant à ce dont il est capable mais je n'arrive pas à lui en vouloir, il est si malheureux. C'est injuste pour moi, mais la vie a été si dure avec lui.
-Merci Maggy.
-Je t'en prie, est-ce que tu veux dîner avec nous ce soir ? J'ai fait un grand plat de gratin.
-C'est-à-dire que j'ai déjà des projets pour ce soir.
-Oh voyez-vous ça ! Ils consistent en quoi ?
-Maggy !
-Bon bon bon ! Elle lève les mains en signe de capitulation et me sourit adorablement.
- Très bien, je ne pose pas de question. Simplement, donnes-moi son adresse, juste au cas où ton père chercherai à te joindre, où habite-il ?
-Je ne connais pas le numéro, c'est sur Speelow, tu vois le salon de coiffure après le Oak ?
-Oui.
-La porte bleue à gauche, son appartement est au deuxième, la porte de droite.
-Il vit seul ? S'exclame-t-elle.
-Oui dis-je, voulant me baffer le front, je sais exactement la teneur de sa prochaine question.
-Mais quel âge a-t-il ?
-Il est un peu plus vieux. Réplique-je doucement et les yeux de Maggy s'élargissent d'inquiétude.
-Plus vieux ? Bella ? Regarde-moi ! Plus vieux à quel point ?
Je n'arrive pas à lui répondre, je ne sais même pas quel âge il a exactement, je ne lui ai jamais posé la question.
-23 ans ? Dis-je au hasard et une fois de plus Maggy cherche le mensonge sur mes traits.
-Bella ? Comment connais-tu ce garçon ? J'ai cru que c'était un de tes camarades de lycée ! Que fait-il dans la vie ? Ce n'est pas un de ses lascars qui traînent en ville ?
-Non, il… il travaille sur les Docks, il charge les conteneurs.
-Comment le connais-tu ?
-C'est une longue histoire.
-Bella, je n'aime pas ça, je n'aime pas ça du tout. Tu es jeune et influençable.
-Il est gentil Maggy, il est bien avec moi, il se comporte bien !
-Pour l'instant Bella, ne te laisse pas aveugler ! Tu sais certains hommes peuvent être très fourbes. Ils peuvent te faire croire à la lune pour arriver à leurs fins.
-Je suis sure qu'il n'est pas comme ça !
-Qu'est-ce que tu en sais ? Ça m'inquiète Bella !
-Mais pourquoi ? Je ne comprends pas du tout le raisonnement de Maggy, elle ne le connaît pas.
-Parce que je me demande ce qu'un garçon de 23 ans attend d'une jeune fille ! Il n'a pas de copine de son âge ?
-Il n'est pas si vieux ! Et peut-être qu'il n'y a pas de filles de son âge qui l'intéressent, il est spécial !
-Spécial ?
-Oui, il n'est pas comme les autres, il est gentil avec moi, il prend soin de moi.
Je sais que mes arguments n'ont pas beaucoup de poids et Maggy soupire longuement, le regard qui s'ensuit est lourd de sens, elle est résignée.
-Fais attention à toi Bella.
-Je ne risque rien avec lui. Dis-je sûre de moi. Certaine qu'Edward ne me fera jamais de mal. Maggy se lève, elle ne semble pas vraiment convaincue et je n'aime pas ça. Elle pose sa tasse dans l'évier. Je baisse la tête et me frotte le visage essayant d'y voir clair. Je regrette de lui avoir parlé et je prie pour qu'elle ne m'oblige pas à rester ici, mais elle coupe court à mes pensées.
-Bien, je vais voir ce que font mes monstres. Bella, je vais me fier à ton jugement mais si jamais tu as un problème, le moindre doute ou n'importe quoi, promets-moi que tu viendras m'en parler.
-Je te le promets Maggy. Souffle-je soulagée.
-D'accord, alors passe une bonne soirée. Je me lève et la raccompagne à la porte.
-Merci Maggy, merci beaucoup ! Elle me serre dans ses bras et pose un doux baiser sur ma joue.
-Prends soin de toi. Chuchote-t-elle dans mon oreille.
Elle s'éloigne tranquillement et je referme la porte une fois qu'elle a disparu dans sa maison en face. Je nettoie les tasses en essayant d'analyser ce qu'elle vient de me dire. J'admets que je connais trop peu Edward mais rien en lui de m'indique qu'il a de mauvaises intentions à mon égard. Il est doux et gentil, tout le temps. Les seules choses qu'il s'accorde, sont me faire c'est rire et me faire sentir bien. Trop bien même. Y a-t-il quelque chose de mal à ça ? Je sais qu'il y a quelque chose en lui que je ne saisis pas. Il y a cette noirceur dans son regard, cette espèce de tristesse et de colère qui m'échappe complètement mais je sais que lorsqu'il est avec moi, il ne pense pas à mal. Je peux pas croire que je me trompe, je n'ai pas envie de le croire de toute façon et ce n'est pas Maggy, ni mon père, ni qui que ce soit qui m'empêchera de le penser.
Je chasse toutes ces pensées moroses de ma tête, Maggy m'a finalement déprimée. Je récupère le petit paquet de viande séchée que je cache sous mon matelas pour le petit chien des poubelles et après avoir retrouvé le petit bout de corde, je file au Tesco pour faire ce que j'ai prévu depuis des semaines, toiletter mon petit pote.
Mon ami se frotte un long moment contre moi en remuant la queue alors que je le caresse pour le mettre en confiance. Après avoir fait un nœud à la taille de son cou avec la corde je le traîne jusqu'à la maison. Il n'a jamais été tenu en laisse et il n'est pas très content d'être traîné ainsi, surtout que ça l'étouffe, mais je l'attire en lui donnant des petits morceaux de viande. Maggy n'est pas derrière sa fenêtre et les garçons ne sont pas au milieu de la route en train de jouer au foot. Ils doivent être en train de dîner, c'est plutôt leur heure. Je fais discrètement rentrer le chien dans la maison et le tire à l'étage, les escaliers lui font peur et je dois ruser avec un paquet de petits gâteaux secs pour qu'il me suive jusque dans la salle de bain. Je ferme la porte pour ne pas qu'il s'enfuit.
-A nous deux mon pote ! Tu ne vas pas me mordre hein ? Je tente de lui parler et de l'apaiser. Je le dépose dans la baignoire et j'attache la corde au robinet. J'attrape la pomme de douche et je commence à lui passer sur le corps. Il est un peu anxieux au début mais rapidement il prend confiance. Je suis certaine que ça lui fait du bien. L'eau qui s'écoule de son pelage est noire et l'odeur est immonde. J'applique une bonne dose de shampoing et je me mets à frotter. Il adore ça, il se tortille et ronronne carrément. Il me fait rire, vraiment rire, il cherche le contact de mes mains et ne cesse de se tortiller alors je m'en donne à cœur joie. Trois fois de suite pour venir à bout de sa crasse. J'attrape les grands ciseaux de cuisine et je coupe les boules de nœuds qui ne passent pas dans le peigne. Je coupe les longs poils qui descendent dans ses yeux, il est vraiment coopératif et gentil. Ses prunelles marron clair m'apparaissent pour la première fois.
-Dis-donc tu as des beaux yeux ! Il me tend sa petite patte avant, l'air de dire « continue ! » Alors je continue de le papouiller en le rinçant. Ça me rend vraiment heureuse de le voir remuer la queue et s'ébrouer ainsi. Je le relâche après l'avoir séché et je débarrasse la salle de bain de tous ses poils. Je nettoie à fond pour ne laisser aucune preuve de mon activité et pendant ce temps-là, il s'est couché près de la porte et m'observe aller et venir dans la salle de bain.
-Qu'est ce qui t'es arrivé petit pote ? Je m'arrête une seconde et l'observe, son museau posé sur ses petites pattes croisées, ses yeux si expressifs et son poil ébouriffé noir et blanc. S'il n'était pas si maigre, je ne pourrai pas deviner que c'est le chien gris des poubelles. Je finis par tomber près de lui, triste de devoir le ramener là-bas. Je gratte son dos, il roule et me propose son ventre. Alors je m'exécute, j'ai envie de pleurer, il est si gentil. Pourquoi les hommes sont si cruels ? Quel genre de famille a pu l'abandonner et le laisser mourir de faim ? Moi je ne le laisserai pas tomber alors je décide de lui faire une vraie gamelle avant de le ramener. J'ai besoin de faire ça, peut-être pour me déculpabiliser de ne pas pouvoir le garder avec moi et lui offrir la vie qu'il mérite. Pourquoi la vie est si injuste ? Plus t'es gentil, plus elle te bousille et s'acharne sur toi. Je hais la vie parfois. Vivement qu'Edward arrive, je ne pense pas à ce genre de choses quand il est là.
Petit pote me suit et me regarde tout le temps que je cuisine. Je sors une épaisse tranche de dinde que je fais revenir dans une poêle pendant qu'une grosse poignée de riz blanc cuit dans de l'eau bouillante. Je voudrais lui donner plus mais j'ai peur qu'il explose, il ne doit pas être habitué à manger en grande quantité. J'attends que ça refroidisse en lui parlant de ma vie. Il ne me lâche jamais des yeux et j'ai presque l'impression qu'il me comprend. Sitôt que je pose l'assiette par terre, il se jette dessus. Il s'empiffre comme un fou et je lui dis d'aller doucement mais il se moque complètement de moi maintenant.
-Ingrat ! Ris-je, heureuse qu'il ait enfin quelque chose à manger. Il ne lève même pas la tête quand la sonnette retentit. Je ferme la porte de la cuisine.
-Qui est-ce ? Demande-je encore une fois devant la porte priant pour que ce ne soit pas Maggy qui a changé d'avis.
-Edward !
Mon estomac fait une vrille à l'entente de ma voix et un immense sourire se dessine sur mon visage. J'ouvre la porte à la hâte. Je le regarde de haut en bas, alors qu'il souffle « salut » d'un air amusé.
-Salut, rentre ! Je ne pensais pas que tu viendrais si tôt !
-Oh ? Je te dérange ? Je peux repasser plus tard.
-Non, non, mais je ne suis pas tout à fait prête ! Je referme la porte derrière lui.
-Je ne suis pas pressé !
-Je suis désolée, je dois en plus ramener… Je n'ai pas le temps de finir ma phrase qu'il m'a plaquée contre la porte et sa bouche est sur la mienne. Mes bras s'enroulent autour de son cou et dans mon être c'est l'euphorie. Je lui rends son baiser profondément, je respire très fort, je ne m'étais pas rendu compte qu'il m'avait autant manqué. Je m'abandonne contre son corps si bien que je tombe presque, mes jambes sont molles et mon attention est trop absorbée par sa bouche, sa chaleur, son odeur, pour que je pense même à me tenir debout.
-Hum… quel accueil ! Sourit-il contre ma bouche, moqueur.
Je ne réponds rien et lui rends les petits bisous qu'il distille délicatement sur ma bouche.
-Et si tu allais te préparer ? Finit-il par suggérer et j'imagine qu'il est impatient qu'on retourne chez lui. Je le suis aussi à vrai dire.
Je vole jusqu'à la cuisine, petit pote m'attend juste derrière la porte et il n'y a plus une miette de nourriture dans l'assiette que je ramasse rapidement pour la mettre dans l'évier. Je nettoierai demain.
-Eh t'as un chien ? s'exclame Edward surpris et sa sublime voix me fait fondre.
-Non, c'est le chien… je me tourne vers lui et le découvre accroupi près de la porte caressant mon petite pote un grand sourire aux lèvres. Il lève les yeux vers moi, le vert de ses prunelles est incroyable.
-Il est marrant ! Dit-il. Il s'appelle comment ?
-Bah il n'a pas de nom ce n'est pas vraiment mon chien, c'est le chien des poubelles.
-Celui qui traîne toujours derrière le Tesco ? Lance-t-il étonné.
-Oui ! Ris-je.
-Mais qu'est-ce que tu lui as fait ?
-Je l'ai lavé !
-Il est trop beau ! Regarde ça ! Ses poils sont blancs !
-C'est dingue hein ? Qui aurait cru qu'une douche le transformerait à ce point. Je m'accroupis près d'eux et moi aussi je caresse sa petite tête poilue et l'animal à l'air aux anges et ça gonfle mon cœur de joie.
- Tu sais, je ne l'aurais pas reconnu !
-Je me disais la même chose.
-Bah dis-donc sacré veinard ! Continue Edward en le caressant encore. Toi aussi tu as eu droit à une douche avec Bella ! Elle est douée pour ça hein ?
Je m'étouffe pratiquement avec ma salive et je sens le feu dans mes joues. Edward me regarde avec son petit sourire en coin, il finit par éclater carrément de rire.
-J'espère ne pas devoir dormir dans les poubelles pour y avoir droit encore.
Je retiens un petit rire moi aussi.
-Non, pas besoin.
-J'étais prêt à le faire. Assure-t-il et je secoue la tête me demandant si son numéro de charmeur marche sur toutes les filles ou si c'est moi qui en pince beaucoup trop pour lui.
-Il faut que je le ramène avant de venir avec toi Edward, il ne peut pas rester ici.
-D'accord, Edward se redresse et fourre ses mains dans ses poches en murmurant qu'il m'attend.
Je grimpe au premier pour prendre quelques affaires, qui se résument à ma brosse à dent, des sous-vêtements propres et de quoi me peigner. Je remets un peu d'ordre et je redescends rapidement. Edward s'est assis sur le canapé, mon petit pote est à ses pieds et il lui gratte distraitement l'oreille. Ils me regardent tous les deux descendre.
-On y va ? Dis-je et Edward m'enlève mon petit sac des mains, pour me le porter et je trouve ça vraiment adorable. Il est trop parfait, j'ai envie de couiner.
-C'est parti !
Je passe la corde autour du cou du chien et veille à ce que ça ne l'étrangle pas. Je verrouille la porte et rejoins Edward sur le trottoir. Tout le long du chemin j'agite un paquet de gâteaux pour faire avancer le chien. Ça amuse beaucoup Edward qui me regarde comme si j'étais un genre d'extra-terrestre.
-Arrête de me regarder comme ça ! Il secoue la tête et me regarde encore plus étrangement.
-Mais quoi ? Je m'agace alors qu'on arrive finalement près du supermarché. Je relâche mon captif après l'avoir un peu caressé. Edward ne répond rien et mon attention se porte sur mon petit pote qui reste près de nous.
-Bah allez petit pote, vas-y ! T'es libre. Il remue un peu la queue, nous regarde tour à tour, Edward puis moi.
-Allez ! File ! Je l'encourage mais il ne semble pas décidé à regagner le fond du parking. Ça me déchire assez le cœur de devoir le laisser là, alors quand il me regarde avec ses yeux adorables et suppliants, ça me donne envie de pleurer.
-Bella ? Viens! Il va partir.
Je lui jette un coup d'œil alors qu'Edward m'attire vers la rue. Le chien jappe plusieurs fois alors qu'on s'éloigne et je sens le poids un peu plus fort dans ma poitrine. La main d'Edward se resserre sur ma taille.
-Bella ? Un jour, tu auras une maison à toi et tu pourras récupérer tous les chiens errants d'Everton.
-Il me fait tellement de peine. Ça me brise le cœur de le laisser ainsi. Quel genre de monstres ont pu l'abandonner ? Tu as vu ? Il est gentil, vraiment, gentil.
-Ouais, mais les humains sont cruels, c'est comme ça.
-Je déteste ça, ça me rend malade de ne pas pouvoir… Je sens un sanglot dans ma voix.
Edward s'arrête une fois qu'on a tourné à l'angle de Carisbrook et que mon petit pote n'est plus dans mon champ de vision. Il presse mes mains dans les siennes et me dit très sérieusement, d'une voix basse et tranquille.
-Bella ? Ne culpabilise pas, tu as fait beaucoup pour ce chien. Je suis sûr qu'il est reconnaissant. Un jour, tu pourras t'occuper de lui, mais pour l'instant ce n'est pas possible et tu fais le maximum, c'est très généreux de ta part !
Edward essuie du bout du pouce la larme qui a roulé sur ma joue.
-Il va falloir que tu t'endurcisses ma belle, la vie est cruelle et ce chien est juste un exemple de plus.
-Je hais les êtres humains ! Crie-je à moitié et Edward me sourit, m'éblouit.
-Tu as bien raison! Allez viens! Il enroule son bras autour de mon épaule et m'entraîne vers Speelow. Qu'est-ce que je vais bien pouvoir inventer pour te remonter le moral ? Demande-t-il en me tenant étroitement contre lui et je me dis que rien que sa présence physique suffit à me faire du bien, mais je n'ose pas lui en faire part alors je hausse les épaules.
-J'ai un milliard d'idées mais je ne voudrais pas heurter ta sensibilité. Ajoute-t-il.
-Je ne suis pas sensible !
-Oh ouais… dit la fille qui s'amourache d'un chien errant ! Je devrais être jaloux !
-Oh quoi ? Tu veux vraiment que je te lave les cheveux ?
-Pourquoi pas ? Allez après toi !
Edward m'ouvre la porte et je le remercie en passant devant lui. Il m'attrape par la taille et me décolle du sol.
-Hé ? Qu'est-ce que tu fais ?
Il grimpe les escaliers en riant alors que je me débats, il perd l'équilibre et s'effondre brusquement, m'entraînant avec lui. On se retrouve emmêlés dans les marches.
-Bella ? Ça va ? S'inquiète-t-il immédiatement en repoussant mes cheveux de mon visage. Je ris comme une idiote.
-Je ne t'ai pas fait mal ?
-Non ! Dis-je en attrapant son visage penché au-dessus du mien, je l'attire à moi pour capturer ses magnifiques lèvres. Il se laisse faire et sa bouche s'ouvre doucement pour moi et j'adore ça. J'ai la sensation qu'il est à moi. Je voudrais qu'il soit à moi.
L'angle de la marche me rentre dans le dos quand il soupire et se laisse aller contre moi.
-Edward ? Là tu me fais mal ! Couine-je en poussant un peu ses épaules.
-Pardon, excuse-moi. Il attrape mes bras et me remet sur mes pieds en un rien de temps. Qu'est-ce qui te prends aussi de te rouler dans les escaliers ? Un peu de tenue quand même ! Rit-il et il déverrouille sa porte et je le suis avec un peu trop d'empressement.
-As-tu dîné ? Demande-t-il en lançant son blouson de cuir sur le dossier du canapé.
-Non, je n'ai pas eu le temps.
-Et tu as faim ? Il me prend dans ses bras et je sens ma veste quitter mes épaules, elle rejoint la sienne.
-Pas vraiment, souffle-je quand sa bouche glisse dans mon cou. Un gémissement m'échappe et les mains d'Edward glissent dans mon dos pour me serrer étroitement contre lui. Il me pousse jusqu'au canapé et on tombe dedans, lui sur moi, pesant de tout son poids et j'adore ça. Il embrasse plusieurs fois mon cou avant de murmurer :
-Bon, je crois qu'on en était là, mais il me semble…
-Oui ?
-Tu avais beaucoup moins de vêtements sur toi, non ?
-Il me semble oui, mais toi aussi, si je me souviens bien. Il fait immédiatement sauter son sweat et son tee-shirt, m'offrant son torse sublime et mes mains s'empressent de passer sur la douceur de ses épaisses épaules et ses pectoraux. Je souligne le tatouage sur son cœur. Je me rappelle avec quel étonnement j'ai découvert ces quelques mots inscrits en italique sur sa peau. Je sais qu'il en a un dans le dos mais je ne l'ai pas vraiment vu à la lumière.
-ça veut dire quoi ? Nil Satis, Nisi Optimum ? Je déchiffre péniblement l'inscription avant de distiller quelques baisers au-dessus de son cœur.
-Seul le meilleur est suffisant, répond-il calmement, en se frottant à moi et tout mon corps se réchauffe au contact du sien, j'ai même l'impression de bouillir.
-C'est ta philosophie de vie ?
-C'est la devise d'Everton espèce d'inculte !
-Désolée, souris-je.
Il se redresse d'un coup et l'étonnement se lit sur ses traits.
-Putain mais tu viens d'où sérieux ? Je ne peux pas croire que tu vives ici et que tu ne saches pas ça !
-Et je ne suis pas d'ici à la base et ensuite le football ne m'intéresse pas ! Je suis déjà étonnée d'avoir reconnu ton drapeau là ! J'aurai pu croire que tu étais pour Liverpool !
-Pouah ! Mais qu'est-ce que tu racontes ? Ne redis jamais un truc comme ça Bella ! Moi un Red ? Plutôt crever la bouche ouverte ! Je déteste ces types du plus profond de mon être.
-Ce sont juste des joueurs de foot.
-Non ! T'es folle ! C'est qu'une bande de bâtards ! Edward attrape son tee-shirt et le renfile rapidement. Il semble hyper tendu maintenant. Il fourre une cigarette dans sa bouche avant de reprendre, cette dernière bien coincée au coin de ses lèvres.
-Les mecs de Liverpool sont des fiotes, ils ne jouent pas au football, ils paradent ! Ils ont trop la grosse tête ! Ils se prennent pour des stars ! Pire que les Beatles ! Et leurs gars sont vraiment pas réglo, c'est des rigolos ils se mettent à dix pour coincer un gars le samedi soir quand il rentre tranquille chez lui. Le mec est là, il a rien demandé et se fait défoncer par plein de mecs qu'il a croisés l'après-midi même ! Mais bon, il était avec ses potes alors ils n'ont rien tenté mais dès que le mec se retrouve tout seul, ces espèces de baltringues lui tombent dessus ! C'est pas réglo !
-Mais j'ai lu dans les journaux que…
-Ah ! Me dis pas non plus que tu lis ces ramassis de conneries ! Bella, ce qu'ils marquent dans les journaux c'est de la merde, les journalistes sportifs ne comprennent rien ! RIEN !
Je ne réponds rien, Edward s'énerve et je me fais toute petite, je ne comprends pas pourquoi il réagit aussi vivement, je ne pense pas que ce soit contre moi mais je n'aime pas quand il devient agressif.
-C'est vrai quoi ! Regarde, ils disent qu'on est genre des sauvages, dangereux, qu'on n'a aucune morale. Sérieusement, est-ce que j'ai l'air d'un mec dangereux ?
-Non, pas du tout.
-Alors, tu vois, ne lis pas ce qu'ils écrivent dans leurs conneries de journaux ! C'est juste des bagarres entre mecs qui ont envie de se défouler et c'est juste pour montrer aux autres clubs qu'on est là quoi ! Mais les journalistes ils essaient de faire croire à la population qu'on est les ratés de la société, incapables de se tenir correctement. Comme si on devait être exterminé. La merde de l'Angleterre voilà comment ils nous traitent !
Je comprends en l'écoutant qu'il y a bien plus de vécu dans ce qu'il dit qu'un simple ressenti et je comprends qu'Edward fait partie de ceux-là, de ceux qui remplissent les colonnes du journal du dimanche. Et ça m'intrigue vraiment, je ne peux pas croire que ce garçon si gentil prenne part à ça. Alors je lui pose timidement la question, pendant qu'il allume sa cigarette.
-Et toi tu te bats souvent ?
Il recrache sa fumée avant de répondre et même si j'ai envie de savoir ce qu'il va dire, le regarder fumer est un spectacle absolument merveilleux. Lorsqu'il éloigne le filtre de sa bouche, une volute de fumée bleue vient caresser ses lèvres avant d'être engloutie par son souffle, ce quart de seconde est fascinant.
-Ouais, ça m'arrive. Dit-il simplement, mais j'ai jamais coincé un type seul avec des gars pour lui refaire le portrait. Ça n'a aucun intérêt !
Il reprend une grande bouffée de tabac et ses yeux se perdent un peu dans le vague. Comme s'il était perdu bien loin. Quand il revient dans la réalité il me demande avec curiosité.
-Tu viens d'où Bella ? Il tapote sa cigarette contre le bord du cendrier.
-Je suis née à Plymouth, on a déménagé à Liverpool quand j'avais onze ans.
-Tu vis quand même à Everton depuis un moment, tu devrais connaître la devise quand même !
-Ça ne m'intéresse pas beaucoup, j'ai découvert l'existence de la « rivalité » entre Everton et Liverpool quand j'ai changé de lycée l'année dernière. Dans mon ancien lycée, à Warbreck, il était tous pour Liverpool.
-Normal, c'est le quartier des bourgeois !
-A Everton c'est moitié-moitié. C'est un peu la guerre entre les deux, je n'ai jamais vraiment compris pourquoi.
-Ça remonte au début du siècle, avant Everton et Liverpool jouait à Anfield, les deux équipes, et il y a eu une grosse querelle entre le propriétaire du stade et le président du club. Depuis, c'est resté et ça a toujours été la guerre, ça le sera toujours, c'est comme ça. Et mais pourquoi t'as changé de Lycée ? Le lycée d'Everton est carrément pourri !
-C'était moins loin de chez moi et puis à Warbreck c'était vraiment très cher, mon père ne travaille plus et il n'a pas une grosse pension donc j'ai dû changer.
-Et ça va ? Tu te plais à Everton ?
-Oui ça va. Dis-je sans vraiment le penser mais bon, qu'est-ce que je suis supposée lui dire ? Que je suis la fille de l'ancien capitaine de la police, que mon père a déjà arrêté au moins un membre de la famille de chacun des élèves, que les gens me détestent et que personne ne me parle. Non, je vais garder ça pour moi, pas vraiment envie qu'il me prenne pour une naze. Et puis ma réponse semble lui suffire parce qu'il poursuit avec une autre question.
-Qu'est ce qui s'est passé exactement pour ton père ? On ne se fait pas virer facilement de la police.
-Il ne s'est pas fait virer ! Je suis surprise qu'il pense ça. On lui a simplement proposé un départ anticipé parce qu'il commençait à saturer.
-Ouais donc il s'est fait virer !
-Mais pas du tout ! Disons, qu'il a eu quelques problèmes et valait mieux pour lui qu'il arrête avant de faire une bêtise je pense.
-Quel genre de bêtise ?
-J'en sais rien ! Peut-être qu'il aurait fini par blesser quelqu'un ou même se faire du mal à lui-même, il était vraiment pas bien et il avait beaucoup de mal à se contrôler.
-On dirait que ça n'a pas beaucoup changé !
-Non, ça va, il va beaucoup mieux maintenant.
-Ce n'est pas l'impression que j'ai eu il y a deux mois ! Edward fait référence à notre première rencontre et rien que d'y repenser j'ai mal aux côtes et au nez. Mais c'est loin maintenant et je sais exactement ce qui s'est passé ce jour-là et je l'avais bien mérité.
-C'était exceptionnel, il était complètement ivre, ça n'arrive pas si souvent. Tu sais, mon père n'est pas méchant, c'est quelqu'un….
-Non tais-toi ! Me coupe-t-il brutalement en se levant. Je ne veux surtout pas entendre ça !
Je regarde Edward incrédule, c'est la première fois qu'il me demande de me taire.
-Je sais que tu vas le défendre ! Lui trouver des excuses ! Il n'a aucune excuse pour ce qu'il t'a fait !
Je ne réponds rien, je sais au fond de moi qu'Edward a raison, que mon père n'a pas d'excuse. Me taper dessus comme il l'a fait était juste horrible mais je n'arrive pas à lui en vouloir. Et je ne sais pas quoi dire à Edward, il fait partie de ceux qui ne comprennent pas ce genre de choses. Ses parents sont sûrement très heureux. Mon père n'a plus été heureux depuis de nombreuses années. Ma mère lui manque beaucoup trop et il n'arrive pas à vivre sans elle, c'est aussi simple que ça, mais personne ne comprend que ça puisse lui faire perdre les pédales. Je sens mes yeux se mouiller, la détresse de mon père est ce qui me fait le plus mal. Edward ne peut pas comprendre ça et ça me met en colère, je déteste qu'il le juge alors qu'il ne le connaît même pas. Il ne sait rien de sa vie.
-Bella ? La main d'Edward caresse ma joue. Regarde-moi Bella. Chuchote-t-il doucement et je sens son souffle sur ma joue. Je n'ai pas envie d'ouvrir les yeux, je sais que je vais pleurer si je le fais. Ses bras s'enroulent autour de mes épaules et je serre un peu plus fort mes paupières, inspirant du plus profond que je peux pour me shooter à son odeur de savon et de tabac et essayer de ne pas lui en vouloir.
Faut que je pense à autre chose, faut qu'on change de sujet, je ne veux pas le contrarier et je ne veux surtout pas pleurer encore devant lui. Je ne suis pas en sucre et c'est peut-être injuste mais ce n'est pas si grave, je suis en vie et papa me traite bien le reste du temps. Et puis bientôt, je partirai et il pourra faire ce que bon lui semble, je ne serai plus un poids pour lui. Mais en attendant, je suis contre le torse d'Edward, je m'y sens bien et faut juste que je me focalise là-dessus. En plus je voudrais qu'il se détende lui aussi. Je presse mes lèvres sur le tissu de son tee-shirt, quand il le sent, sa main glisse dans mes cheveux.
Avec douceur, il embrasse mon front et descend sur mon nez, je me penche en arrière pour qu'il prenne mes lèvres, et je ne pense plus à rien. Je savoure juste ses mains qui montent et descendent dans mon dos, lentement, délicatement, un très long moment. Je voudrais lui rendre cette douceur mais je ne sais toujours pas comment m'y prendre, je me sens gauche et stupide. Il étouffe un gémissement dans ma bouche quand je caresse l'arrière de sa tête et je fais des tests comme ça sur son corps, essayant de deviner les endroits où il apprécie les caresses mais du coup, je suis tellement focalisée sur son corps que j'en oublie ce qu'il me fait et c'est quand je suffoque que je me rends compte qu'il m'embrasse furieusement et que j'en oublie de respirer.
-Détends-toi Bébé, murmure-t-il.
-Je ne suis pas tendue, souris-je en laissant mes mains traîner encore sur lui, et je ne pense pas pouvoir me lasser de la sensation que ça provoque en moi quand ses muscles roulent sous mes doigts. J'aime vraiment tout de son corps, j'aime tout de lui pour être vraiment honnête, sa voix grave et douce en même temps, son regard profond, son corps dur, sa façon de bouger hypnotisante.
Mes doigts se crispent une nouvelle fois sur ses joues, comme un réflexe, pour ne pas qu'il s'éloigne et je l'embrasse encore. Je sens ses mains sur mes fesses quand il me décolle du canapé pour m'attirer sur lui. Je me retrouve à califourchon sur ses cuisses et il profite de cette position pour me serrer contre lui et nicher son nez dans ma poitrine. J'aime quand il fait ça, je me sens grande et désirable mais surtout ça me donne l'impression de le protéger. Et je veux le protéger, de quoi je ne sais pas mais j'aimerai qu'il se sente autant en sécurité avec moi, que moi je me sens avec lui. Je le berce sans vraiment m'en rendre compte et je voudrais le tenir au creux de moi pendant des heures.
Mais visiblement le destin a décidé de s'acharner contre nous aujourd'hui puisque des coups contre la porte d'entrée interrompent de nouveau notre câlin. Edward soupire et se laisse tomber en arrière.
-Putain c'est qui ça encore ? Demande-t-il mais je me doute bien qu'il s'adresse plutôt à lui-même. Moi je pense à Emmet mais n'ayant aucune certitude, je ne me prononce pas et me contente de hausser les épaules et de quitter son corps pour qu'il puisse aller ouvrir. Il se lève mollement, je sens l'agacement dans chacun de ses pas mais surtout dans les longs soupirs qu'il pousse. Encore deux coups contre le bois et Edward crie :
-Ça va j'arrive ! Il n'est vraiment pas content d'être dérangé, moi non plus d'ailleurs mais c'est chez lui donc je n'ai pas vraiment mon mot à dire. Il ouvre la porte et la voix qui me parvient me glace le sang.
-Salut ! S'exclame la fille de l'autre soir, celle qu'Edward tenait dans ses bras dans la cage d'escalier. Je la reconnaîtrais entre mille, sa voix me fait l'effet d'ongles qui crissent sur un tableau noir.
-Jessica ? Qu'est-ce que tu fais là ? Demande Edward surpris.
-J'étais au Oak, il n'y avait personne et Rosalie Halle m'a dit que tu n'étais pas à Manchester parce que ton boss t'avais refusé ton après-midi hier. Bref, je me suis dit que j'allais venir te tenir compagnie. Tu veux venir boire un verre ?
-Et bien… en fait…
Edward se met à bafouiller je voudrais qu'il lui dise d'aller se faire voir ailleurs.
-Je n'ai pas envie de sortir.
-Si tu préfères, je peux m'occuper de toi ici.
Sa voix d'aguicheuse me donne envie de mordre dans un bout de bois pour ne pas crier, je serre les poings fort pour ne pas me faire remarquer mais Edward me jette un coup d'œil gêné et je sais qu'il voit la colère dans mes yeux.
-Je n'ai pas besoin qu'on s'occupe de moi ce soir.
-Comment ça se fait ? Demande-t-elle bêtement.
-Ne me touche pas s'il te plaît ! Demande Edward sèchement.
-Bah qu'est-ce qu'il te prend ? Viens allez ! On bouge !
-Lâche-moi !
Comme je ne la vois pas parce qu'elle est encore dans la cage d'escalier je ne sais pas par où elle le tient et comment elle tente de l'attirer. J'essaie d'imaginer, mais que ce soit par la main, le bras, la taille, le cou, la jambe même, pas question qu'elle le touche. Je me lève d'un bon, je suis en colère pour de bon. Ce soir, c'est mon soir, et il est à moi ! Je ne veux pas qu'il parte avec elle surtout pas.
-Edward ? Tu restes avec moi ? Il me regarde affolé quand j'approche.
-C'est qui ça ? Demande la fille sèchement en poussant Edward et je devine son teint rouge et ses cheveux châtains avant sa tenue vestimentaire. Mes yeux s'écarquillent à la vue de sa microscopique jupe grise et de sa veste cintrée. Ok je ne fais pas du tout le poids. Elle est juste hyper féminine quand moi je suis en jean et pull. Ses cheveux sont parfaitement lissés et moi j'ai l'air d'un plumeau usé.
Mais j'en ai ras le bol de me faire marcher dessus, pour une fois que j'ai un truc bien dans ma vie je ne vais pas le laisser partir.
-C'est Bella, lui dit simplement Edward. Et la fille le regarde sans comprendre.
-Je sais que c'est Bella ! Qu'est-ce qu'elle fout là ?
-Bah … elle passe la soirée avec moi. Dit-il comme une évidence et elle me jette un regard si noir que j'en frémis. Mais je suis soulagée qu'il n'aille pas avec elle.
-Quoi ? Non mais c'est une blague ? Depuis quand tu fais du baby-sitting ? Allez viens !
-Edward ? Non s'il te plaît ! Ne va pas avec elle ! Dis-je subitement et je comprendrais tellement qu'il préfère aller avec cette fille plutôt que de rester avec moi.
-Eh mais oui je reste avec toi ! M'assure-t-il et la fille semble consternée et moi je fulmine qu'elle insiste encore.
-Non mais n'importe quoi, je rêve ? Qu'est-ce que tu fais avec elle ?
-Te justifie pas Edward ! Je me rends compte que j'ai parlé tout haut quand elle me lance avec hargne :
-Pas besoin de lui dire ce qu'il a à faire !
-Hé on se calme ! Rit-il. Puis il reprend plus sérieusement en se tournant vers la fille :
- Rentre chez toi Jess.
-Non tu plaisantes ? Edward lui fait signe que non et elle hurle carrément.
-Putain je rêve ! T'es vraiment un gros con Cullen ! Mon sang ne fait qu'un tour quand je l'entends l'insulter et je me précipite vers la porte avec l'envie furieuse de la gifler. Edward attrape mon bras et me tire en arrière.
-C'est ça, va le dire à ma mère ! Rit-il, alors qu'elle s'éloigne dans l'escalier.
-T'a pas de mère abruti ! Ses talons résonnent dans les marches quand Edward ferme la porte. Il finit par me lâcher et je recule de plusieurs pas. Mes poings sont tous crispés et je ne comprends pas vraiment ce qu'il m'a pris de vouloir la frapper.
-On ne va jamais réussir à être tranquille ! S'exclame Edward en venant vers moi. Et comme je suis très énervée je recule d'un pas, comme un réflexe.
-Hé bébé ? Ça va ? Demande-t-il inquiet en se figeant, ses yeux m'observent avec curiosité. Et j'essaie de me calmer, j'inspire un grand coup.
-Elle m'a énervée !
-Je vois ça !
-Elle t'a insulté !
-C'est pas grave, sourit-il, finalement tu as ton petit caractère !
-C'est pas marrant ! Ne ris pas !
-Oh si c'était drôle ! Tu allais vraiment la frapper ? Demande-t-il en me prenant pour de bon dans ses bras
-J'en sais rien, j'en avais vraiment envie en tout cas. Je n'ai pas aimé qu'elle t'insulte, pas du tout !
-C'est trop gentil de prendre ma défense. Ça me fait craquer, murmure-t-il dans mon oreille. Et j'ai l'impression qu'il se moque carrément de moi.
-Mais elle est qui pour te parler comme ça ?
-Laisse tomber Bella, c'est pas grave !
-Si ça l'est ! Ce n'est pas bien comment elle t'a parlé !
-Et tu voulais que je fasse quoi ? Que je la frappe ? C'est une femme je te rappelle et je ne frappe pas les femmes !
-T'aurais dû me laisser faire, je ne l'aurais pas ratée !
-Hum ! Bella… ma tigresse ! S'extasie-t-il en caressant mes joues et en plantant ses yeux dans les miens. Grogne pour voir ? Se moque-t-il et je finis par rire moi aussi.
-Grrrrr ! Ah ! Mais quelle… grrrrr !
Edward éclate de rire et me serre contre lui. Enfouissant son nez dans mes cheveux. Je me laisse aller contre son torse et ça me détend.
On finit par retomber dans le canapé et reprendre là où l'on s'était encore arrêtés. Edward me câline un bon moment et je finis par être complètement relaxée, cependant les mots de Jessica me turlupinent et je me demande ce qu'elle a voulu dire en partant. « T'as pas de mère ! » c'est exactement ce qu'elle a dit. Je me demande ce qu'il a bien pu lui arriver et si comme la mienne, elle est morte. Je me niche un peu plus contre son torse, c'est peut-être pour ça que c'est si fort ce que je ressens pour lui, on est peut-être pareils, lui et moi.
