Auteur : Drusilla
Paring : HG/SS, on ne se refait pas.
Rating : R
Disclaimer : Severus et Hermione seront restitués à leur heureuse propriétaire à la fin de cette histoire. La chanson est L'injustice de Garou.
Résumé : Au début, c'est amusant. Puis c'est sa vie. Ensuite ça ne le regarde pas. Enfin ce n'est qu'une coïncidence. Mais finalement Severus ne peux plus fermer les yeux.
Chapitre 7 : Allez en enfer
La réunion de pré-rentrée avait apporté une satisfaction à Severus. Ils avaient discuté de la poignée de 7ième années qui auraient droit de devenir assistants de professeurs. Et le nom d'Hermione Granger était ressorti de la liste, en tête loin devant les autres, et disputé par tous. C'était bien sûr à elle de choisir, et personne ne doutait que Minerva aurait le loisir d'enseigner à cet esprit brillant, mais cela avait donné à Severus l'information qu'il cherchait depuis la bataille finale. Elle était en vie.
A quoi pouvait-elle bien ressembler maintenant ? Elle avait passé ses examens dans la session de rattrapage, avec ceux grièvement blessés. Ses poumons avaient eu du mal à retrouver leur volume normal, et elle avait eu de longs mois de rééducations. Il ne l'avait donc plus revu en cours, mais ses notes aux examens confirmèrent l'inutilité de l'enseignement sur elle. Elle avait surement encore grandi, et Severus repoussa la petite voix qui lui chantait d'un air moqueur qu'elle était majeure.
Il se haïssait bien assez d'avoir ces pensées. Ce n'était qu'une jeune femme, son élève. Une gosse qu'il avait vu grandir. Mais bien avant déjà que son corps ne l'enivre, son esprit l'avait attiré, comme un papillon se dirige vers la lumière. Pouvait-il espérer ? Merlin, elle avait perdu son âme sœur. Le seul papillon ici c'était elle, sortie de sa chrysalide, encore aveugle, se cognant partout, sans savoir où aller. Se blessant sans le voir, souffrant plus qu'il ne pouvait l'imaginer.
Il aurait voulu rester loin d'elle, pour ne pas subir la tentation, pourtant il se porta volontaire pour surveiller le train cette année encore. C'était idiot bien sûr, ce besoin de la voir, de s'assurer qu'elle allait bien. Il se retrouva sur le quai 93/4, cherchant une masse de cheveux bruns dans une marée rousse, ne trouvant que le vide. Dans ce quai bondé, les septièmes années étaient rares. Les sixièmes aussi d'ailleurs, heureusement que les autres n'avaient pu combattre.
Il ne restait que cinq serpentards, mais il fut soulagé de voir qu'ils discutaient avec les autres maisons sans subir l'habituel rejet. On les traitait enfin pour leurs choix, non par des préjugés centenaires. Il salua Malfoy fils, sachant que l'emprisonnement du père était la seule raison qui avait empêché le fils d'être marqué. Ce dernier resterait un salop, mais un salop qui ferait tourner le monde. Tel père, tel fils, la position de ce petit crétin arrogant était déjà assurée.
La jeune serdaigle blonde, complice du trio d'or, était toute seule dans un coin du quai. Orpheline, sans amie – la gamine Weasley était la seule de son année à lui parler – elle n'attendait rien. Un coup de sifflet la fit monter dans un wagon, sans empressement. Ici ou ailleurs était devenu pareil. Il se promit de lui proposer une place d'assistante l'année suivante. Elle était brillante en potion, et avait besoin de quelqu'un pour la guider.
Il monta à son tour dans le train, cherchant le compartiment du trio d'or. Il le trouva assez rapidement. Neville Londubat jouait aux échecs avec Ron Weasley, pendant qu'Harry lisait un livre de défense appliquée. Personne ne remarqua qu'il s'était arrêté devant la porte ouverte. Il fixa Hermione, enfin son dos. Elle regardait par la fenêtre. Elle dut tout de même sentir son regard car elle se retourna vers lui.
La première chose qu'il nota était qu'elle avait encore maigri. La seconde était que son visage était figé dans un mélange de douceur et de colère. Leurs regards s'affrontèrent, le sien semblant lui reprocher sa souffrance. C'est ta faute, criait-il. Ta faute si je suis en vie, ta faute si chaque jour qui vient me poignarde au cœur. Ta faute. Il détourna les yeux et passa son chemin. Elle le haïssait. Elle l'aimait. Il était le seul à lui faire ressentir quelque chose, à lui rappeler à la fois qu'elle était seule et à la fois qu'elle ne l'était pas. Il était là. Il la voyait réellement, et non l'image que ses amis voulaient avoir d'elle.
T'as déjà fait le tour de c'qui t'a fait souffrir
Pour le meilleur souvent récolté que le pire
Quand tu n'as plus la force ni même le désir
Et tellement chialé et tellement maudit
Le lendemain de l'affichage des listes de choix d'apprentis, on frappa à sa porte. Cela devait être Felps, le serdaigle qui venait en second sur sa liste. Miss Granger, première sur toutes les listes était surement déjà dans le bureau de Minerva. Du moins c'est ce qu'il pensait, et il manqua tomber de sa chaise en la voyant entrer. Ca c'était de l'inattendu.
- Bonsoir professeur.
- Miss Granger. Je dois avouer être étonné.
- Et bien cela compensera l'absence totale de surprise de la part du professeur McGonagall.
- Sachez Miss que cette vieille chouette n'est pas la future remplaçante du bouc pour rien. Mais je n'ai pas encore leur don de vision, alors expliquez moi.
- Je veux me spécialiser en potion, dans la recherche. La métamorphose a bien assez de chercheur, mais les maîtres en potion sont rares pour un domaine pourtant bien prometteur.
Quand t'en as raz le bol de ceux qui font semblant
Qu'avant d'parler d'amour, ils te parlent d'argent
Et d'regarder partir ceux qu't'as protégé toujours
En osant un sourire sur tes chances de retour
- Est-ce une manière de me dire que vous voulez devenir mon assistante ?
- Oui. Mon projet d'étude cependant ce fera en métamorphose, avec le professeur McGonagall.
- Un projet séparé de votre poste d'assistance ? Vous placez la barre haut. Enfin, venant de vous… vous nous avez montré votre détermination à tout savoir.
- M'acceptez-vous comme assistante ?
- Votre nom est en tête de liste, votre place vous est acquise.
- Très bien. Mais je pense qu'il est nécessaire de mettre quelques points au clair.
Il ne répondit pas, mais s'installa plus confortablement dans son fauteuil, de manière à ce qu'elle comprenne qu'il acceptait une discussion rendue inévitable par leur proximité. Lui laisser fixer les limites lui permettrait de voir où elle en était avec son deuil. Et peut-être comprendre cette colère sourde qu'il percevait en elle, sans se l'expliquer.
- J'ai pris ce poste parce qu'il me sera d'une aide précieuse dans mes études à venir. En aucun cas pour un autre prétexte sorti de votre esprit. J'attends de vous que vous m'enseignez, et si vous n'êtes pas en mesure de répondre à mes demandes, que vous m'indiquiez où trouver la réponse. De l'enseignement, un point c'est tout. Pas de pitié, pas de cajolerie, pas de séance de psychanalyse. Vous êtes mon professeur et vous apprendrez à le rester.
L'injustice tu la prends comme un poignard au cœur
Quand une femme te quitte, une amitié se meurt
Quand la beauté chez toi n'a jamais eu ta place
L'injustice se vit seule devant sa glace
- Non.
- Pardon ? Ce n'était pas une question monsieur. Si vous ne respectez pas ces règles, alors je suis sûre que le professeur Flitwick sera enchanté de m'avoir comme assistante.
- Libre à vous de partir, mais quel intérêt présente-t-il ? Miss Granger, je vous enseignerai, et au-delà même, je vous montrerai comment chercher. Je vous apprendrai tout ce que vous devez savoir pour être un maître efficace. Je n'aurais aucune pitié. La pitié, je la réserve pour les lâches, et vous n'en êtes pas une. Mais je ne vous laisserai pas oublier la beauté de la vie, je n'abandonnerai pas de vous faire comprendre au nom de quoi vous devez vivre. Je ne cesserai de chercher pourquoi il y a tant de colère en vous. Je ne suis plus votre professeur Miss parce que j'ai cessé de vous voir comme une élève depuis longtemps.
- Je vous hais, souffla-t-elle. Vous m'avez condamné à tout ça, sans vous souciez un instant de ma volonté. Dites-moi professeur, est-ce que vous arrivez à mieux vous regarder dans la glace le matin, en sachant que vous avez sauvé une pauvre petite fille de la guerre atroce qu'elle n'aurait pas du mener ? Répondez, professeur, répondez parce que moi, moi je ne peux pas. Je ne peux plus me regarder. Vous avez libérer mes poumons, pourtant je n'arrive plus à respirer. Une demi-vie. C'est tout ce que je vous dois. Vous attendez surement un merci ?
Quand tu as sur le cœur, qu'on te donne tous les tords
Qu'il te reste la pudeur de pardonner encore
On en revient grandit comme du pays des morts
L'injustice ne se vit qu'à force d'être fort
- Je n'attends rien Miss, je n'allais pas rester immobile à vous regarder mourir, et je ne vais pas le faire maintenant.
- Allez en enfer.
Son hurlement le fit sursauter légèrement, autant que la rage qu'elle mit à signer le contrat qu'il venait de lui tendre. Raté pour sa décision de pas l'approcher cette année. Il garda les yeux sur le parchemin, faisant mine de ne pas entendre ses reniflements. Elle n'avait pas besoin qu'il la console, pas maintenant.
- Si c'est pour vous en ramener, volontiers Miss.
La porte claqua sans qu'il quitte du regard le contrat.
- Mais j'y suis déjà, murmura-t-il dans le silence.
