Léa se réveilla dans l'infirmerie de l'Entreprise, allongée sur un bio-lit. Elle ne comprenait pas comment elle y était parvenue. La dernière chose qu'elle se rappelait était ce vaisseau blanc qui fonçait vers la navette. Tout était flou, elle se sentait étourdie. Elle entendit quelqu'un dire qu'elle était réveillée et le docteur Crusher arriva. Elle lui fit une injection qui lui remit les idées en place.

- Comment vous sentez-vous, enseigne?

- Mieux, que s'est-il passé?

- Vous avez été attaquées par une force inconnue, votre sang a été contaminé par des radiations bêta. Le docteur Kourn vous a sauvé la vie.

- Et la mission?

Le docteur leva les yeux au ciel.

- Vous avez frôlés la mort, enseigne, laissez tomber la mission et reposez-vous.

À ce moment, le capitaine entra dans l'infirmerie. Le docteur Crusher alla le voir. Ils discutèrent à voix basse pendant quelques minutes. Le capitaine se tourna ensuite vers elle.

- Comment allez-vous?

- Bien. Est-ce que je vais pouvoir étudier les relevés des sondes?

Il lui lança un étrange regard, indescriptible.

- Enseigne, la mission a été annulée, nous n'avons jamais envoyé la sonde. Nous attendons toujours le retour des deux autres navettes.

- Si près du but, murmura-t-elle avec déception.

- J'ai une question à vous poser, elle va peut-être vous paraître étrange. Avez-vous déjà rencontré un Ferengi du nom de Bok?

- Je ne vois pas le rapport avec tout ça.

- Je vous ai dit que c'était une question étrange.

- Je n'ai jamais rencontré de Ferengi, peu importe le nom.

- Capitaine, intervint Beverly Crusher avec autorité, puis-je vous parler dans mon bureau?

- Très bien, docteur.

Elle les regarda s'éloigner, se demandant où était le problème. Elle n'avait jamais vu le capitaine aussi nerveux, ni le docteur aussi pressée de l'interrompre.

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Dès qu'ils entrèrent dans le bureau, elle se tourna vers le capitaine visiblement choquée.

- Tu ne peux rien lui dire!

- Pourquoi? Et si c'était encore un coup de Bok?

- J'ai fait tous les tests que tu m'as demandés et il y a deux choses sures. Premièrement, elle est bien ta fille et deuxièmement, il n'y a eu aucune altération de son ADN, comme dans le cas de Jason Vigo.

Jason Vigo était le fils d'une femme qu'il avait connu peu avant la naissance de Jason. Lors d'une bataille contre un vaisseau Ferengi, le capitaine Picard avait causé la mort du fils de DaiMon Bok. Pour se venger, ce dernier avait modifié l'ADN de Jason pour fausser un test de paternité. Il voulait, en fait, que Picard croie que Jason était son fils, qu'il noue des liens avec lui, pour ensuite le voir mourir.

- Mais DaiMon Bok m'a cherché partout un enfant illégitime et n'en a pas trouvé. Alors, comment un Ferengi aussi déterminé aurait pu passer à côté d'elle?

Beverly sourit.

- Tu es en plein dénie. Sinon, tu aurais peut-être pensé au fait que pour les Ferengis, les femmes n'ont pas beaucoup de valeur. Pour lui, perdre une fille n'est pas suffisant.

- Peux-tu me dire qui est sa mère?

Le docteur Crusher fixa pendant un court instant l'écran de son terminal et son regard revint vers le capitaine.

- Je te dis ça sous le sceau du secret et seulement parce que tu es personnellement impliqué. Elle a été adoptée, mais elle l'ignore. Les règles considérant les enfants adoptés sont précises : ils doivent être déclarés dans les dossiers médicaux, mais si les parents adoptifs ne souhaitent pas le dire à leurs enfants, une note sera mise dans leur dossier à cet effet et le personnel médical est tenu de respecter leurs vœux. Je ne peux donc pas révéler à Léa qu'elle a été adoptée et donc que son père n'est pas celui qu'elle croit.

- Ce qui signifie qu'on ne peut rien lui dire du tout.

- Exactement.

- Y a-t-il au moins des indices sur l'identité de sa mère?

- Tous les antécédents médicaux de sa mère biologique se trouvent dans son dossier, mais je n'ai pas le droit de les révéler.

- J'imagine que ça ne me serait pas utile de toute façon.

Crusher revint encore à son écran et se montra surprise.

- Jean-Luc, tes antécédents médicaux sont aussi dans son dossier, du moins pour l'histoire familiale.

- Quoi!

- Je ne sais pas qui est sa mère, mais elle te connaissait bien.

- C'est impossible! À l'époque où elle a été conçu, j'avais… disons… le cœur volage.

- Pourtant, il y est même question du syndrome de Shalaft.

Le syndrome de Shalaft était une maladie génétique très rare qui affectait les garçons de sa famille. Il avait été traité pour ça étant enfant. Ça ne pouvait être un hasard.

- De toute façon, je ne peux rien lui dire, alors oublions les retrouvailles familiales.

Il se leva et marcha rapidement vers la sortie.

- Jean-Luc, dit Beverly.

Il se retourna.

- Ça ne doit pas t'empêcher de créer des liens avec elle.

- Et je suis sensé faire comment si je ne peux rien lui dire? Si je tente une approche personnelle, elle risque de se méprendre sur mes intentions.

- Pourquoi pas l'approche professionnelle? Cette mission lui tient à cœur.

Il réfléchit un moment.

- Je vais y penser, dit-il en quittant le bureau.

Beverly eut l'impression qu'il fuyait.

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Jean-Luc Picard quitta le bureau de Beverly et traversa l'infirmerie en direction de la sortie. Ce faisant, il croisa le lit où Léa était couchée. Elle ne dormait pas, elle avait les yeux grands ouverts et regardait le plafond avec ennui. Elle le voyant, elle le salua d'un signe de tête. Il lui renvoya ce salut avec une étrange impression de déjà-vu. Pourquoi ce geste, ce visage lui étaient-ils si familier? Puis, ça lui apparut pourtant évidant. Sa mère, Yvette Picard, avait l'habitude de faire ce geste de la tête souvent et il venait de réaliser que Léa était son portrait tout craché. Comment ne l'avait-il pas vu plus tôt? Il ne pouvait plus le nier. Il se tourna vers elle.

- Enseigne, le docteur Crusher vous a-t-elle dit quand vous serez apte au travail?

- Non, capitaine.

- D'ici deux jours, les navettes devraient être revenues. Dès que vous aurez l'approbation du docteur Crusher, reportez-vous au lieutenant-commandeur Data pour analyser les données qu'elles auront recueillies.

Son visage devint radieux.

- Merci, capitaine! Je veux dire : à vos ordres.

Il sourit et se dirigea vers la sortit. Il croisa un jeune homme qui y entrait. Celui-ci le regarda fixement avec un sourire narquois, puis, il le salua et se dirigea vers Léa.

- Chaos, dit-elle, tu es venue me voir!

- Dès que j'ai su. Comment vas-tu?

- Ça va, je vais bientôt sortir d'ici.

- Bien content pour toi, je venais prendre des nouvelles, mais j'ai du travail. Je repasserai plus tard.

Il s'en alla. Elle n'était pas surprise, Chaos avait tendance à agir de façon étrange, voir asociale. Elle le voyait plutôt comme lunatique et excentrique. C'était un ami de longues dates, mais il n'avait jamais été stable dans leur relation. Elle pouvait passer des années sans avoir de nouvelles et il réapparaissait soudainement dans sa vie.