Adieu mes amis (Harry Potter)
Pas
taper. Pitié. Mais mise en garde : si vous n'êtes
pas en super forme, passez votre chemin, j'essaie de battre mon
record de larmes sur une song-fic. L'histoire c'est du Harry
Potter, l'enterrement des Potter. La chanson c'est Benabar, « Le
fou rire ». La parole est à Remus Lupin.
Des allées, des chants d'oiseaux, un cortège de
manteaux noirs,
désolé, sans un mot, en silence, en
mouchoirs.
Tu nous manquais déjà et ce n'était
que le début,
il ne manquait que toi, notre cher disparu.
La plupart des gens vous diront qu'il pleut pour les enterrements. Effet de notre imagination ? Ou est-ce simplement que la mort s'obstine à frapper à notre porte n'importe quand, sans prévenir ? Pourtant, il faisait beau quand j'ai appris la mort des mes amis, il faisait encore beau à leur enterrement, comme si le soleil, la vie, s'obstinait à demeurer auprès de nous. Au lieu d'une immense procession où les larmes seraient cachées par la pluie, sous d'immenses parapluies noirs, le soleil étincelait, nous réchauffait … pourtant, les larmes coulaient le long de mes joues, et pas seulement des miennes. J'aimais je n'aurais cru que James et Lily avaient autant d'amis. Ne manquaient que Peter, paix à son âme, et Sirius… cela aussi me donnait envie de pleurer… je ne comprenais plus rien…
Quelques arbres bien vivants
veillaient sur un champ de granit,
monuments pour combattants d'une guerre
qu'on perd tout le
temps et beaucoup trop vite
Ils me manquaient déjà, ma seule famille qui, en une nuit, avait volé irrémédiablement en éclats. Une main se posa sur mon épaule. Minerva me sourit, un sourire triste et pâle, épuisé, mais un sourire tout de même, réconfortant. Pourtant, je n'arrivais pas à être réconforté, je me sentais terriblement seul au milieu de ces gens qui étaient venu leur rendre un dernier hommage. Après la cérémonie, chacun allait retourner auprès des siens, auprès de personnes qui les aimaient… sauf moi. « Pourquoi » tournait dans ma tête, encore, encore et encore. Que s'était-il passé pour que Sirius trahisse James ? La seule réponse qui me venait était inacceptable, Sirius avait toujours été un enfant turbulent, terrible, mais il était digne de confiance… au moins jusqu'à hier.
Je pleurais, sur mon passé, mon avenir, mais encore plus sur l'avenir gâché de mes amis. J'étais le seul condamné de part ma condition de loup-garou à ne pas avoir de véritable vie et, pourtant, j'étais le seul libre et vivant… Que faire de ma liberté ?
Désormais, qu'est-ce qu'on va devenir
si tout est moche,
si tout est triste ;
désarmés qu'est-ce qu'on peut
faire,
j'ai prié Dieu pour qu'il existe.
Le soleil brillait encore quand nous entrâmes dans le cimetière. C'était un bel après-midi d'automne, un ciel sans nuage, pur et limpide comme les aimait Lily. James avait voulu être enterré auprès de ses parents, Lily s'en moquait. Surtout, ils pensaient encore avoir un peu de temps, voir Harry grandir. Je regardais autour de moi, pour la première fois, les personnes présentes. Aux premiers rangs, nos anciens professeurs, quelques membres de la famille, même quelques moldus mais pas les Dursley, j'ai mis des années à savoir pourquoi. Il y avait aussi des collègues aurors de James, le patron de Lily, j'avais encore oublié son nom. Bien entendu, la plupart des membres de l'Ordre, ceux qui avaient survécu et étaient en état de se déplacer, étaient présents… nous étions tous conscients du sacrifice qu'ils avaient fait et qui nous avaient tous sauvé de l'emprise des ténèbres.
Ces messieurs des pompes funèbres,
au recueillement
professionnel,
glissaient à la corde le cercueil
aux
dorures inutiles.
Près d'un arbre, je remarquais, loin des autres, une silhouette noire, que je n'eus aucun mal à reconnaître. Finalement, il restait une personne de mon passé à avoir survécu … libre. Il avait été accusé d'être un Mangemort mais Dumbledore l'avait protégé, c'était largement suffisant pour moi. Son visage, comme toujours, était de marbre, ne trahissait pas le moindre sentiment. Durant un instant je pensais à la réaction qu'aurait eu Sirius en le voyant, puis je me rappelais les derniers jours. Comment ne pas pleurer sur un tel gâchis ? James lui-même nous avait dit, quelques jours avant sa mort, qu'après la guerre, nous devrions tenter d'oublier le passé et les rancunes, pour ne pas voir les mêmes tragédies se reproduire. Ce soir là, deux de nos amis avaient été tués et Sirius avait voulu se venger, James avait insisté, il nous avait fait promettre de ne jamais chercher à nous venger. Et je renouvelais ma promesse, sous ce soleil resplendissant, noyé par mes larmes.
Une dame à ce moment-là
a dérapé dans
les graviers,
en poussant un râle comme ça "haaa"
qui m'a fait rigoler.
Soudain, je me rendis compte que l'air était irrespirable, trop d'émotions étaient contenues dans l'air. Je pouvais lire une profonde tristesse sur les visages, mais aussi de la colère, de l'incompréhension. Deux jeunes vies gâchées, et un orphelin de plus. Je reportais mon regard sur les silhouettes à ma droite. Je savais que la femme était la sœur de Lily, l'enfant dans ses bras devait être Harry.
Elle était seule et ne pleurait pas. Pourtant, je pouvais sentir sa tristesse sous son masque d'indifférence. Lily m'avait parlé de leurs disputes, alors que nous étions encore étudiants, et je devinais sans peine la douleur pour Pétunia d'avoir laissé partir sa sœur sans qu'elles se réconcilient. Elle avait fait l'effort de venir, seule, ce qui éviterait le même débordement qu'à la cérémonie du mariage. Je ne pus retenir un sourire à cette évocation.
Un fou rire à un enterrement,
je m'en veux, je m'en veux
vraiment,
c'était nerveux sûrement,
en tout cas
c'était pas l'moment.
Je revoyais Vernon Dursley et son épouse, invités à une cérémonie sorcière…ils s'étaient enfuis avant même que les vœux soient prononcés. Il faut dire que Sirius avait tout fait pour cela… un moldu qui détestait aussi visiblement les sorciers, cela l'agaçait presque autant que la présence de Snape à Hogwarts. Des insultes avaient été échangées puis les Dursley avaient claqué des talons, le mari furieux, et Pétunia un peu honteuse, regrettant sans doute la situation mais n'osant désapprouver son époux.
C'est exactement cet instant que choisit Hagrid pour se cogner le pied sur une dalle et s'effondrer parmi les tombes, en jurant. Je ne sais encore pas aujourd'hui comment cela a pu arriver sans que toutes les tombes ne soient irrémédiablement brisées. Je ne pus me retenir, je ris.
Je suis peut-être cruel,
complètement insensible,
au moins je n'étais pas
le seul à rire le plus
doucement possible.
Albus m'emboîta le pas, ou plutôt le rire, et, bientôt, la moitié d'entre nous avaient les larmes aux yeux, retenant un fou rire irrépressible, tandis que les autres riaient franchement. Je crois même avoir remarquer l'esquisse d'un sourire sur les lèvres pincées de Snivel. Pendant ce temps, Hagrid tentait vainement de se relever, tandis que nous tentions vainement de l'aider, oubliant un moment d'utiliser nos pouvoirs pour arriver à nos fins.
Je crois, à ce moment, avoir senti la présence de James à mes côtés qui, sans l'ombre d'un doute, aurait eu la même réaction que moi, il aimait rire… C'était comme une bouffée de chaleur qui réchauffa mon cœur meurtri. C'était aussi une manière de rendre hommage aux Maraudeurs, et à Lily qui étaient si pleins de vie.
Comme une traînée de poudre,
le rire a enflammé
le cortège,
tombé sur nous comme la foudre,
le
plus beau de tous les sacrilèges.
Au bout d'une éternité, l'éclat de rire s'estompa et le sérieux regagna nos visages, nos regards. Minerva nous toisa de son air sévère, ce qui nous calma, comme une bonne douche glacée. Cela ne se fait pas, on pleure aux enterrements, ou alors on affiche une mine grave de circonstance, pourtant, un long rire s'était envolé dans un ciel radieux et, durant quelques secondes, chacun avait sembler oublier le lieux, le moment, même Harry avait cessé de pleurer dans les bras de sa tante.
Et soudain, dans le silence, ce petit enfant se mit à rire. Un rire innocent, cristallin, qui rendit un peu de vie au cimetière, si je peux oser ce nouveau sacrilège. Enfin, le silence s'installa durablement, quelques pleurs reprirent dans les secondes qui suivirent.
Dos voûtés, têtes baissées,
j'ai honte
à le dire,
on poussait des petits cris étouffés,
on était morts de rire.
Je crois que, si j'ai jamais cru aux miracles, à l'espoir, c'est dans le rire d'Harry qu'il m'est apparu clairement. Un groupe de moineaux s'envola à quelques pas de moi et je les suivis du regard, je n'étais pas le seul.
Larmes de rire. Larmes de douleurs. Je serais incapable de dire en quoi elles peuvent être distinctes, tant elles sont liées dans ma mémoire à cet après-midi ensoleillé si particulier. C'est difficile d'avouer qu'une vague de bonheur a touché plusieurs d'entre nous, parmi les plus proches de James et de Lily, alors même que leur vie venait de prendre fin.
Nos larmes alors,
n'étaient plus des larmes de chagrin,
et c'était pas par pudeur
si on cachait nos visages
dans nos mains.
Pourtant, l'enterrement n'était pas achevé. Je le compris soudain en voyant un éclat doré, celui d'une des poignée du cercueil. La douleur m'a de nouveau terrassé, mais en un sentiment plus complexe. J'étais à la fois atterré de mon attitude, et apaisé, comme si une part de moi avait accepté de continuer à vivre, malgré l'injustice qu'ils soient partis en premier.
Une main effleura mon épaule à ce moment précis. C'était Minerva qui tentait, de cette manière, de calmer ma douleur, de me montrer que je n'étais pas complètement seul… Ce simple contact me réconforta plus que si quelqu'un m'avait serré sur son cœur.
À petits pas la procession,
l'indigne file d'attente,
a
retrouvé l'émotion
devant la tombe béante.
J'empêchais mon esprit de penser à Sirius, à Peter, à la longue route qui m'attendait, et que je parcourrais seul. Je restais concentré sur cet unique moment où une étincelle d'espoir m'avait redonné le goût de vivre, tout comme, des siècles auparavant me semblait-il, la douceur et la compréhension de mes amis m'avait sauvé la vie.
Ce n'est d'ailleurs pas leur mort qui était la plus douloureuse mais, plus simplement, leur absence, l'absence des seules personnes que j'ai jamais aimées au monde, en dehors de mes parents qui, eux aussi, ont disparu depuis longtemps.
Je suis redevenu sérieux,
où avais-je la tête
?
À nouveau malheureux,
c'était quand même
un peu plus correct.
La fin de la cérémonie fut d'un calme "religieux". Les larmes, les hoquets de tristesse avaient fait place à un silence paisible. Paradoxalement, notre rire nous avait permis d'accepter que la mort nous avait frappé de plein fouet. Ces deux morts avaient mis fin à une guerre sanglante, et, malgré notre tristesse, nous savions que nous allions, en fin de compte, vivre quelques années de paix, même si les blessures et les trahisons seraient difficile à guérir et oublier…
A défaut d'autre chose, nous avions gagné en sérénité, puisque nous étions persuadés que nous avions un avenir. Pour certains d'entre nous, nous désirions croire que d'avoir gagné cette bataille nous laisserait assez de temps pour préparer la prochaine guerre.
J'ai pleuré à ton enterrement,
je n'avais pas le
choix,
tu n'étais plus là comme avant,
pour
rire avec moi.
En quittant le cimetière, je remarquais que deux personnes restaient en arrière : Albus, qui devait vouloir discuter, et Severus, qui n'avait osé approché en notre présence. Il était déjà surprenant que Severus soit venu, non tant à cause de l'antagonisme avec James qu'à cause de l'accusation qui avait été formulé la veille à son encontre.
Albus, me voyant, me fit signe de me joindre à eux, et c'est ainsi que j'appris une partie de la vérité… mais, c'est aussi à cause de cela que je ne remarquais pas ce rat, avec un doigt de moins à la patte, que j'aurais pu reconnaître entre mille tellement j'avais passé de temps avec lui.
Peut-être que nos destins en auraient été changé, tout comme l'issu de cette guerre pour laquelle James et Lily s'étaient sacrifiés.
