Titre : Muet comme une tombe

Auteur : The Fool

Résumé : Scorpius Severus Malfoy, journaliste et dans la merde, bien décidé à trouver le scoop du siècle. Il semblerait que Harry Potter soit son sauveur. Mais attention Scorpius, à trop creuser le passé, on déterre des secrets qui feraient mieux de rester sous terre...

Pairing : Drago/Harry (bien entendu, venant de moi...) mais aussi un Albus Severus Potter/Scorpius Malfoy (moins important)

Info : Cette fiction se passe après le tome 7 (et avec l'épilogue, oui, oui), la seule modification que j'ai apportée pour le moment est le deuxième prénom de Scorpius, c'est sensé être Hyperion, mais j'ai décidé que cela serait Severus.

Bonjour à tous, voici le chapitre 6, on est de retours dans le passé, du côté de Harry et Drago.

Merci pour vos reviews et vos lectures, continuez =)

Jenova, Slashylove et Angel : merci beaucoup de vos reviews et de vos petits mots. Jenova, voici un chapitre qui va te plaire =). Bisous à vous trois.

Bonne lecture à tous

Merci à mes deux bétas lectrice : Fraiseabricot et Black-eyed ! Merci les filles... Heureusement que vous êtes là =)

Muet comme une tombe

Chapitre 6

Musique : Good Times Gonna Come – Aqualung (2)

« In the end

We let it go away

We let it float away

On the breeze

Round the bend

The sun is in the sky

It's starting to look like

OOO

Année 1999

Les beaux jours revenaient doucement mais sûrement. La vie continuait pour Harry Potter.

Bientôt un an que la menace Voldemort avait disparu et il lui semblait que c'était hier.

Pourtant, le temps avait fait son devoir. L'Epuration arrivait à son terme, le Gouvernement sortait de sa léthargie post-guerre.

Hermione passait les concours d'administration du Ministère de la Magie courant mai. Ron et George avaient repris l'entreprise des jumeaux et ouvert un nouveau magasin à Pré-au-Lard. Les parents Weasley coulaient une retraite méritée, partagée entre le Terrier et les voyages.

Teddy commençait à parler, Andromeda se remettait de la perte de sa famille. Ginny l'aimait encore.

Et lui ? Il faisait toujours ce qu'on attendait de lui et avec un certain plaisir.

C'était si facile de suivre le mouvement sans s'opposer.

Drago restait égal à lui-même : mordant d'ironie, cyniquement drôle et une vraie bouffée d'air dans son quotidien.

Drago était l'étrangeté même de sa vie bien rangée. A la fois nécessaire et effrayante.

Harry avait besoin de ces soirées en tête-à-tête avec lui du côté moldu. Parfois, il allait même à l'appartement de Drago. Simplement pour boire et regarder des DVD sur la télé moldue du blond.

Dire qu'ils étaient amis aurait été allé trop loin. Harry préférait dire que c'était son camarade d'infortune.

Il trouvait Drago rassurant. Et beau. Sa nouvelle coupe de cheveux, ses yeux bleus identiques à ceux de Sirius, son corps fin, la blondeur de ses cheveux et son port de tête noble. Une beauté froide parfois défigurée par un souvenir sombre.

Harry avait trouvé trouvé bizarre cette soudaine admiration pour le physique de Drago. Il était sûrement jaloux, lui qui était resté un peu maigre et encore avec ses traits d'adolescent.

En le regardant à la dérobée certains soirs, il se surprenait à le détester férocement pour cette attirance.

Mais l'air distant de Drago désamorçait sa colère : il n'aurait pas supporté que Drago remarque son admiration pour lui.

S'il avait su que ça allait mal tourner, il aurait certainement arrêté ce jeu plus tôt. Mais il était déjà pris dans son piège et le pire était que le blond ne s'en rendait pas compte.

Le soir des un an de la Victoire, Harry était encore plus morose que d'habitude. Il avait dû faire bonne figure devant les médias en lisant le discours que lui avait écrit Hermione. Il l'avait récité absent, encore plongé dans ses souvenirs. Il détestait être devenu une figure puissante et importante. Il détestait devoir réciter un discours d'espoir à une population fière.

Mais c'était comme ça. Et au gala, il avait bu un peu trop de champagne. Ginny le regardait avec surprise, répétant sans cesse : « Tu es sûr que tu vas bien chéri ? »

Évidemment non, ça n'allait pas ! « Mais oui, Ginny, ça va, ce sont les souvenirs, désolé. ».

Il détesta Ginny pour son air compréhensif et prétexta un mal de tête pour rentrer seul chez lui avant la fin du gala.

Mais il ne rentra pas chez lui. Il aurait peut-être dû. Il sentait sa tête tourner et se maîtrisait de moins en moins.

Il transplana dans une ruelle proche du Big Chill, ayant besoin de calme et de moldus pour se ressaisir. Peut-être y aurait-il également Drago ?

Son instinct ne l'avait pas trompé. Il était là, à leur table habituelle, l'œil vague, certainement plongé dans les souvenirs.

Un an auparavant, jour pour jour, Drago avait tout perdu d'un coup.

-Potter, tu n'es pas au gala-nous-sommes-des-héros ?

Harry eut un petit ricanement et posa son verre sur la table avant de se laisser tomber sur le banc aux côtés de Drago.

Il écarta doucement les jambes dans un soupir d'aise et toucha le genou de Drago avec le sien.

Le blond ne fit aucun commentaire et ne bougea pas d'un poil.

-C'était chiant et tout le monde me dévisageait... marmonna-t-il en buvant une gorgée de cidre écossais.

-Pauvre Survivant... railla Drago.

A ce ton, Harry se figea de colère. Drago réagissait comme d'habitude avec lui mais aujourd'hui, surtout ce soir, il avait besoin de réconfort. Qu'on l'écoute se plaindre et qu'on lui serre doucement la main. Il fut incapable d'expliquer cela à Drago...

-Ta gueule, petit con ! siffla-t-il en sentant les larmes lui monter aux yeux.

Il vit le regard surpris de Drago se tourner vers lui.

-Qu'est-ce qui t'arrive, Potty ? demanda froidement le blond.

-Rien, tais-toi, sale Mangemort ! cria-t-il en se tournant brusquement vers lui, plantant ses yeux dans les siens.

La table d'à côté s'était retournée aux paroles coléreuses d'Harry et les regardaient en fronçant les sourcils.

Drago se pencha vers lui et lui murmura froidement.

-Je sais pas quelle mouche t'a piqué, Potter, mais on est ni seuls, ni entourés de sorciers, alors tu te calmes !

Harry sentait le point de non retour arrivé. Il ne put se contrôler et hurla :

-Non, je me calme pas !

La terrasse maintenant les écoutait avec attention. Drago se redressa dignement et saisit avec force le bras d'Harry pour le soulever.

-Tu me suis, Potter, maintenant !

Devant l'autorité et la pression du blond sur son bras, Harry lui obéit sans sentir sa colère passer.

D'habitude, les élans de colère venaient et repartaient aussi vite. Mais aujourd'hui, il était au bord de la rupture.

Drago le poussa dans les toilettes et les enferma dans une cabine.

-Mais qu'est-ce qui te prend bordel ? demanda-t-il en jetant Harry brusquement contre l'une des parois. Calme-toi ! T'es complètement bourré !

-Toi aussi, gros con ! Et non, je me calme pas ! J'en ai marre de me calmer, j'en ai marre d'obéir comme un chien ! Merde !

Harry se dégagea du bras de Drago qui le retenait bloqué contre la paroi et frappa la porte de son poing.

-Potter, au nom de Merlin, ta gueule et calme toi ! cria Drago en retenant son second coup de poing.

Harry se retourna vers l'ancien Mangemort, la respiration saccadée.

Drago était vraiment sexy en colère, sa bouche pincée, ses muscles crispés. Sans plus réfléchir, certainement parce qu'il était bourré et pas dans son état normal, Harry jeta sa bouche contre celle de Drago et referma ses mains sur ses épaules.

C'était violent et impulsif. Mais il eut une érection dure comme le fer presque de immédiatement.

Drago le repoussa brusquement, rouge de honte et de colère.

-Potter ! Qu'est-ce que tu fous ?

-Tais-toi, murmura-t-il en replongeant sur sa bouche.

Il pressa son corps contre celui du blond, fiévreux et quand il lui mordit doucement la lèvre inférieure, il sentit Drago perdre tout contrôle.

Quelque chose changea dans l'atmosphère. La colère d'Harry fondit comme neige au soleil et une vague de plaisir l'envahit lorsqu'il sentit le pénis tendu de Drago contre sa cuisse.

Le blond ne lutta pas et le serra plus fermement contre lui.

Leurs langues se rencontrèrent voracement, avec envie et empressement. Leurs corps se pressèrent brutalement, sans retenue ni pudeur. C'était bon, inattendu et bestial.

Des gémissements leur échappaient et résonnaient dans les toilettes pour hommes. Leurs mains passèrent sous leurs chemises et leurs ongles griffèrent sans faire attention la peau offerte.

Leurs sexes tendus essayèrent de se satisfaire le plus rapidement possible. Leurs corps et leurs esprits hors de contrôle. Et c'était bon.

Ils vinrent presque en même temps dans un grognement, leurs doigts pressaient sur leur peau.

Une seconde, peut-être dix, passèrent et Drago le poussa violemment.

Harry eut froid d'un coup et dévisagea Drago avec surprise.

L'alcool était rapidement redescendu et il avait du mal à reprendre sa respiration.

Mais que venait-il de se passer ?

On toqua violemment à la porte des toilettes.

-Messieurs, sortez de la là de suite ! Les relations sexuelles sont interdites au sein de l'établissement ! s'exclama le videur du bar.

Le sexe... Harry se sentit devenir plus blanc que la cuvette des chiottes.

Drago détourna son regard de lui et réajusta ses fringues.

Il défit le loquet et sortit des toilettes, laissant Harry planté comme un piquet au milieu de la cabine.

Dehors, quelques mecs achevaient de pisser et regardaient avec curiosité cet étrange couple.

Drago bouscula le videur, actionna avec calme les robinets et se leva les mains avant de quitter les toilettes.

Et Harry se rendit compte de leur erreur.

Oh bordel...

-Monsieur, veuillez quitter cet établissement sur le champ ! annonça froidement le videur devant la cabine.

Harry obéit.

OOO

Il erra un long moment dans les rues londoniennes avant de se décider à transplaner chez lui.

Dans sa tête, une simple phrase se répétait en boucle : « bordel de merde, bordel de merde ».

D'abord, il voulut ne pas y croire mais son boxer souillé de sa jouissance l'en empêcha. La sensation des lèvres et du corps de Drago contre lui était comme ancrée dans son esprit.

Un plaisir si brute, si bon...

Ce fut alors le temps des remords et de l'incompréhension.

Il ne se souvenait plus comment il avait rejoint la tamise mais soudain, elle fut devant lui et ses yeux se perdirent dans l'eau boueuse du fleuve. De l'autre côté, la rive illuminée se reflétait doucement sur l'étendue d'eau.

Comment avait-il pu embrasser et avoir du plaisir avec Drago Malfoy ? Aimait-il les hommes ? Et Ginny ?

Ginny... Il l'avait trahie en jouissant comme un imbécile contre l'entrejambe d'une autre personne. Il ne pourrait plus jamais la regarder en face. Une spirale de remords commença à se contorsionner dans son esprit, le menant au bord du gouffre.

Peut-être pourrait-il sauter dans ce fleuve, histoire qu'on l'oublie et qu'il disparaisse en laissant cela derrière lui. Il n'avait jamais su très bien nager de toutes façons.

Et il se trouva stupide, il était un Gryffondor courageux. Il fallait qu'il réfléchisse à tout cela. Mais pas maintenant. Là, il avait besoin de sommeil.

Voilà, il ferait le point demain matin.

Il transplana devant chez lui, l'œil hagard, le teint cireux. Heureusement, Ginny n'était pas venue le rejoindre à la vieille maison des Black. Elle avait parfaitement compris son besoin de solitude.

Sa culpabilité n'eut alors plus de limites : sa petite amie avait été attentive et compréhensive et lui, comment l'avait-il remerciée ? En éjaculant dans son pantalon en tripotant Malfoy !

Il était stupide...

Depuis le hall, il re-transplana directement dans sa chambre, jeta ses vêtements à terre, se glissa sous les draps et s'endormit sur le champ d'un sommeil agité.

OOO

It's gonna be, yeah, it's gonna be

A bright

Beautiful day

Yeah, the good times gonna come

The good times gonna come, yeah

OOO

Peut-être qu'il avait rêvé...

Voilà ce que c'était dit Harry Potter quand il avait émergé aux alentours de midi le lendemain. Sa gueule de bois lui affirmait la chose suivante : il avait trop bu. Mais de là à fricoter avec Drago Malfoy, c'était un peu trop gros. Peut-être que son cerveau alcoolisé avait tout inventé de toutes pièces ?

Il bénit le jour férié qui suivait à présent le jour de la Victoire et se servit un café dans la cuisine silencieuse de la maison de Black.

Oui, il avait rêvé, n'est-ce pas ? Mais le boxer souillé au pied de son lit, le souvenir exact de la sensation des lèvres et du corps de Malfoy sur lui, lui disait le contraire.

Ce fut en prenant sa douche brûlante qu'il dut se l'avouer : il avait sauté sur Malfoy la nuit dernière et ce dernier avait répondu avec ferveur. A cette pensée, ou devrait-il dire à ce souvenir, son cœur s'alourdit dans sa poitrine avec tant de force qu'il dut s'accroupir dans le bac de douche, dévasté. Sa respiration lui échappa et un vent de panique déferla sur la gentille petite vie d'Harry Potter.

Qu'avait-il fait ? Pourquoi ? Et Ginny ? Des questions n'en finissaient plus de lui bouffer l'esprit sans relâche et il ne savait plus comment réagir. Envers lui-même et envers les autres. Etait-il gay ? Avait-il trompé Ginny ? Pourquoi Malfoy et pas un/une autre ? Et qu'allait-on penser de lui si ça se savait ?

L'eau continuait à lui tomber dessus comme une cascade et plus le temps passait, plus il avait l'impression que son corps avait plié sous les problèmes et qu'il n'arriverait jamais à se relever de son bac de douche.

-Harry ? Tu es là ? s'exclama la voix de Ginny depuis le couloir.

Il émit un gémissement en l'entendant, il n'était pas prêt à la voir. Pas maintenant.

-Oui ! répondit-il d'une voix étouffée. Je suis sous la douche ! J'arrive.

Un petit silence, Harry entendit les pas de Ginny se rapprocher de la porte et elle hésita. S'ils avaient été un couple de jeunes normaux, elle serait rentrée et l'aurait rejoint sous la douche. S'il avait été un jeune homme normal, il aurait pris une voix coquine et lui aurait demandé de le rejoindre.

Mais ils n'avaient jamais été un couple normal. Ni pendant la Guerre, ni après ; comme s'ils n'avaient jamais su s'aimer comme tout le monde, ils étaient juste des gosses. Et lui, il l'avait trahie.

Avec soulagement, il l'entendit s'éloigner, elle l'attendrait probablement dans la cuisine. Il coupa l'eau et se pinça les lèvres en fixant son gel douche, d'un air absent.

Et maintenant ? Il était quelqu'un d'honnête, mais fallait-il qu'il lui dise ? Mais il perdrait du même coup toute cette vie rangée qui le rassurait pour le reste de ses jours. Déclencher un ouragan maintenant ou laisser un avis de tempête ouvert?

Harry avait besoin de stabilité, il n'avait plus envie de courir partout, de s'interroger sur tout. Il avait besoin de Ginny car elle symbolisait la voie calme de son avenir. Celle qui le prédestinait à un mariage heureux, un métier ad vitam et des enfants à aimer.

Harry Potter avait besoin de ça. Alors ce qui c'était passé avec Drago Malfoy passa en arrière-plan.

Pour aujourd'hui.

Ginny était resplendissante dans sa nouvelle robe moldue rouge, elle lui offrit un sourire heureux quand il entra dans la cuisine.

-Je t'ai préparé des œufs au plat et du bacon, dit-elle en l'embrassant délicatement sur les lèvres.

Harry en aurait presque regretté le baiser passionné de Drago mais il enfouit cette pensée et offrit un sourire à Ginny, sa future femme, en prenant place face à elle, à table.

Ils débutèrent leur repas et Ginny parla sans réellement attendre de réponse. C'était devenu courant : Harry parlait peu et préférait largement laisser Ginny mener la danse. Au lit, à table, pendant leur temps libre, pour leur avenir. Il avait pris de grosses décisions dans sa vie, trop pour un enfant et là, il profitait de ce calme pour se reposer entièrement sur Ginny.

En femme bouillonnante d'énergie et de joie, la jeune Weasley adorait le materner et le guider là où elle voulait qu'il aille. Autoritaire et patiente. Une mère. Ginny ferait une merveilleuse mère.

Même si le visage pâle obscurci par le plaisir de Malfoy vagabondait devant les yeux d'Harry, le Survivant décida d'enfermer ses désirs à double tour dans un coin de son cœur.

Elle ne saurait jamais ce qu'il avait fait la nuit dernière, il ne voulait pas la blesser.

Et il voulait qu'elle reste près de lui. Pour toujours.

OOO

Un mois passa et il ne chercha pas à reprendre contact avec Drago. Il préféra fuir que d'affronter ses yeux aciers et surtout il préféra oublier ce qu'il s'était passé. Il pria pour que ce désir absurde pour Drago ne prenne pas le dessus sur sa raison. Mais les semaines passant, englué dans son quotidien morose, les soirées et la présence du blond lui manquèrent comme jamais il n'avait ressentit un manque. Ces soirées d'immersion dans le monde moldu lui parurent alors nécessaire à sa stabilité. Et il se surprenait à lâcher des larmes d'impuissance amères la nuit, au fond de son lit.

Il déraillait. Ginny s'en rendait probablement compte, elle essaya à plusieurs reprises de savoir ce qui lui arrivait mais il préférait ignorer ses questions et l'embrassait à pleine bouche quand ces moments d'interrogations surgissaient des lèvres de sa fiancée.

Hermione le regardait du coin des yeux avec suspicion, elle n'était pas dupe de ses tangentes mais savait -contrairement à Ginny- que le moment de la confrontation n'était pas venu. Ron, quant à lui, semblait dans sa bulle, l'esprit occupé par la boutique de farces et attrapes et l'organisation de son mariage avec Hermione cet été. Harry parvint à mentir à son entourage et à lui-même pendant un mois. Mais un soir, la solitude et le manque furent trop puissants. Il prit la direction du bar moldu, le Big Chill, le cœur battant en se demandant comment il réagirait en voyant Drago.

Mais Malfoy n'était pas là ce soir-là, il fut déçu et presque vexé par cette absence. Cette réaction involontaire le fit sortir de sa léthargie. Il serra ses poings avec force, courageux et se comporta de nouveau comme le Gryffondor qu'il était. Entre stupidité et courage, la limite est fine comme du papier de riz et Harry plongea dans le nid de serpent sans réfléchir : il décida de rendre visite à Drago Malfoy.

Le bâtiment où Malfoy vivait était clairement insalubre. Gris, morne, bruyant car situé dans une rue passante et puante. Un quartier assez malfamé mais à la hauteur des finances (presque inexistantes) de Drago. Harry l'avait deviné en venant la première fois chez le blond. Quand ils étaient arrivés dans cette rue et que Drago lui avait annoncé habiter ici, le visage du blond s'était crispé et il avait mis Harry au défi d'un regard de faire le moindre commentaire déplacé. Harry n'avait rien dit, il avait caché sa surprise sous un masque et avait regardé Drago chercher ses clés dans sa poche. Mais au fond, il avait pitié. Son meilleur ennemi était au plus bas. Il vivait du côté moldu, travaillait dans un supermarché minable et continuait à garder sa démarche et son attitude d'aristocrate sorcier.

Le blond paraissait ne pas appartenir à son nouveau quotidien. Et Harry l'admirait de garder sa fierté de Serpentard même plus bas que terre. Il payait les crimes de ses parents et son insouciance d'enfant. Malfoy surmontait les épreuves avec classe et courage alors que lui se laissait guider voire même contrôler dans sa nouvelle existence. Qui était véritablement libre dans cette affaire ? Le Serpentard, ancien Mangemort, payant ses crimes ou le Gryffondor, héros d'une nation, qui attendait que la vie passe ?

C'était la deuxième fois en un an qu'Harry prenait véritablement une décision contraire à son désir d'être ordinaire : la première quand il avait embrassé Malfoy, la deuxième en venant le voir aujourd'hui.

Harry mit ses mains dans les poches de son jean et resta un long moment figé sur le trottoir en regardant la façade lugubre du bâtiment où vivait Malfoy.

Il était tard, peut être 23h ou minuit, quelques fenêtres laissaient filtrer le son d'un film, des bribes de conversations voire des soupirs amoureux de couples en train de faire l'amour. La fenêtre de Drago, au dernier étage, ne laissait rien voir à cause de son épais rideau. Mais Harry le devinait encore éveillé, à réviser ses futurs ASPICS, penché sur sa table de cuisine, unique table de son studio. Il devait fumer une clope et boire de temps à autre une gorgée de son café devenu froid.

Il devinait car il l'avait vu faire une fois ou deux. Parfois, après avoir regardé un film, Harry faisait semblant de dormir sur son canapé. La fin du film symbolisait la fin de la soirée et son départ mais Harry se sentait bien dans ce petit studio propre et par dessus tout, il aimait voir Drago se redresser du canapé et s'installer en silence à sa chaise pour commencer à travailler en buvant son café et en fumant. Il ne savait pas pourquoi Drago le laissait dormir quelques heures sur son canapé et ne faisait pas le moindre commentaire quand Harry faisait mine de se réveiller.

Harry se ressaisit et le cœur battant, il poussa la porte du bâtiment et gravit les marches qui l'amenaient sur le palier de Drago Malfoy.

OOO

This is just one of those

Lonely night

The good times gonna come, oh,

The good times gonna come, oh yeah

The good times gonna come, ohh

The good times gonna come, yeah.

Need to know if you're letting go

It's alright, it's alright, it's alright

OOO

Drago parut tout d'abord étonné de le voir sur le pas de sa porte mais son expression resta seulement une demi-seconde sur son visage. Après, son regard redevint dur et froid comme la glace. Harry eut l'impression de se décomposer devant lui, il se mit à bredouiller comme un imbécile, à se triturer les doigts pour masquer sa nervosité.

-Qu'est-ce que tu veux Potter ? Demanda simplement Malfoy en s'appuyant sur sa porte entre-ouverte, mais ne faisant aucun mouvement pour le laisser passer.

Harry ne savait pas ce qu'il voulait ni pourquoi il était là exactement. Drago lui manquait, il avait besoin de lui ? Absurde.

-Je... enfin...

Il était ridicule et ne savait pas quoi rajouter. Les yeux acier du Serpentard continuait à le fixer sans expression alors que les yeux d'Harry se faisaient fuyants. Il n'arrivait pas à le regarder en face après cet épisode au bar.

-Je peux entrer ? Arriva-t-il enfin à marmonner les yeux rivés sur la pointe de ses chaussures.

-Non, répondit Malfoy rapidement.

Trop rapidement. Sans le vouloir, il laissa une voie à Harry, un petit espoir de le convaincre. Malfoy était trop calme pour l'être véritablement.

Il leva les yeux vers Drago et répéta sa question.

-Je peux entrer, s'il te plait ? Je crois qu'il faut qu'on discute tous les deux, ajouta-t-il.

Il savait qu'il avait visé juste en voyant Drago se crisper d'un coup. Ses doigts devinrent blancs en serrant plus durement sa porte d'entrée.

Il profita de son silence et de sa surprise pour le pousser légèrement du passage et pénétrer dans le petit studio de Drago. Le Serpentard ne fit aucun geste pour l'arrêter et il l'entendit soupirer faiblement dans son dos alors qu'il retirait sa veste avec angoisse.

Il entendit la porte d'entrer se refermer et les clés tourner dans la serrure. Harry n'osa pas se retourner pour le voir approcher, il regarda le studio impeccablement rangé et les quelques feuilles et livres sur sa table. Comme d'habitude.

Il entendit Drago s'asseoir sur le canapé sans aucune douceur laissant échapper un énorme soupir. Harry osa enfin le regarder.

Habillé en moldu, le corps de Drago était définitivement bien mis en valeur. Jean ajusté, chemise grise repassée, cheveux courts bien coiffés. Et ce côté sauvage, sexy. Assis nonchalamment sur son canapé, Drago dégageait un sex-appeal auquel Harry succombait presque à chaque fois.

Au fil des jours, il s'était surpris à regarder de plus en plus le blond et à ressentir une étrange vague de chaleur à sa vue.

Si on lui avait demandé s'il aimait les hommes alors qu'il regardait Drago, il aurait dit oui sans aucuns scrupules et regrets. Mais ce n'était pas le cas, il s'était surpris à ne désirer que Drago.

Ça n'avait pas de sens.

-Bon, Potter, qu'est-ce que tu fais là ? grogna Malfoy depuis sa place.

Harry reprit contact avec la réalité et commença à paniquer. Il avait voulu entrer, certes, mais pourquoi ? Lui parler, l'embrasser, le frapper ?

-Et bien, commença-t-il la voix tremblante, c'est compliqué.

Malgré son air assuré et sa position décontractée, Harry savait que Drago était dans le même état que lui. Il avait toujours su dissimuler ses sentiments aux yeux des autres mais cette main qui battait la mesure fébrilement sur son genou prouvait qu'il était stressé. Exactement comme lui.

-C'est à propos de ce qui s'est passé au bar, continua Harry en se sentant pris au piège.

Ça y'est, il l'avait dit à voix haute, jamais plus il ne pourrait le nier. Drago se mordit les lèvres et sa deuxième main commença à s'agiter elle aussi.

-Je ne vois pas de quoi tu parles... marmonna-t-il en détournant les yeux de Harry.

Le cœur d'Harry faillit arrêter ses battements infernaux et irréguliers. Si Drago niait, c'était fini et Harry le regretta d'un coup. Son inconscient avait-il rêvé secrètement qu'ils pourraient approfondir cet étrange début de relation ? Lui qui avait fermement enfermé ses émotions, la boîte de pandore une fois ouverte lui offrait des secrets auxquels il n'avait pas pensé.

-Bien sûr que tu sais de quoi je parle, Drago, tu as éjaculé dans ton pantalon toi aussi, affirma Harry sèchement.

Il se surprit lui même de sa répartie et de sa vulgarité. Il provoquait Drago mais il ne savait pas encore vers quoi ça allait le mener. Son inconscient parlait seul.

Malfoy se redressa d'un geste brusque et s'avança vers Harry, en colère.

-Petit con... grogna-t-il d'une voix dangereuse. Je t'interdis de dire ça...

-Tu m'interdis de dire la vérité ? Que tu as aimé autant que moi ? J'étais là, je sais ce qu'il s'est passé, ton corps n'a pas pu mentir.

-Tais-toi, marmonna Drago de moins en moins sûr de lui.

Il était proche d'Harry, il suffisait qu'il tende son bras pour le toucher et Harry sentit sa main attirée comme un aimant vers la peau blanche de sa joue. La beauté de Drago lui paraissait tellement irréelle qu'il eut envie de le toucher pour s'assurer de sa réalité.

Sa main, tremblante, s'avança doucement vers lui, comme pour ne pas effrayer une bête sauvage. Sa respiration était saccadée mais celle de Drago était encore plus erratique.

Sous ses doigts, il sentit alors la peau fine, un peu rugueuse de sa masculinité, sous ses doigts. Il eut l'impression de se brûler à ce contact tellement c'était bon.

Leurs yeux s'ancrèrent l'un dans l'autre et ils surent tous les deux que l'erreur du bar se reproduirait encore une fois.

Désordonnés, sans un mot, leurs corps se pressèrent l'un contre l'autre, leurs bouches se rencontrèrent avec un soupir de soulagement.

Il était trop tard pour lutter à présent, la machine infernale avait déjà démarré depuis longtemps.

Drago et Harry se laissèrent emporter par leur désir comme des adolescents pré-pubères en manque.

Leur envie avait surgit comme un mauvaise herbe dont les racines étaient à présent trop profondes pour être arrachées sans dégât.

Mais à l'heure qu'il était, alors qu'ils étaient quasiment nus au milieu du studio de Drago, ils ignoraient encore les répercussions qu'auraient leurs actes.

Fin du chapitre 6

Et voilà... Un autre chapitre de terminer. Si tout va bien, au prochain, on revient voir Scorpius et Albus.

Ce chapitre vous a plu ? N'hésitez pas à me donner vos commentaires... Ils m'encouragent vraiment à écrire, c'est un truc de fou.

Le prochain tardera certainement un peu à venir, je n'ai pas commencé la rédaction et j'ai pas mal de boulot ces derniers temps... J'espère pouvoir vous le livrer dans deux semaines max.

Bonne journée à vous et à bientôt

The Fool.