Cartographies

Chapitre 7

- La Mort dans l'Ame -

- On va s'arrêter faire le plein.

- Ok, on vous attends? S'enquit Louise, un talkie walkie à la main.

- Non, c'est bon, la rassura Vincent. Mais il va falloir que Julien et moi trouvions une autre bagnole, celle ci n'est vraiment pas performante.

- Ok! On risque de sortir de la zone du talkie, on se retrouve au point de rendez vous! À tout!

Louise reposa l'appareil, et jeta brièvement un regard à Damien dans le rétroviseur, se mordait la lèvre, anxieuse, puis se concentra sur sa conduite. Elle était inquiète. Elle n'aimait pas être séparée des autres. La même angoisse à chaque fois. À l'arrière, Benoît dormait, la tête sur l'épaule de ce dernier. L'homme tenait sa main. Il s'était attachée à ce gamin. Même s'il il ne l'avait pas voulu. Il ne devait pas. Il...

La voiture buta contre un pneu abandonné sur la route, réveillant le garçon, qui re-sombra presque aussitôt, après avoir doucement gémit.

Damien regardait dehors. Des carcasses de voitures. D'animaux. D'hommes et de femmes. Bloqués dans leur voiture. Ils avaient eut tout le temps de voir arriver la horde de zombies. De voir leur mort. Ils étaient arrivés par l'Est, gigantesque raz de marée, vague de monstres qui avait déferlé sur le pays. La France avait pourtant tenté de protéger les habitants, dans des pseudo bunkers, en attendant la fin hypothétique de cette attaque. Quelle connerie! Ils avaient tellement mal préparé leur annonce! Des émeutes, des embouteillages énormes, et un manque de place évident dans les refuges. La disparition des denrées non périssable. Les meurtres. L'impossibilité de différencier un porteur d'un individu sain. Les suicides. L'hystérie collective en fait. Voilà où cela les avait tous mené. Il suffisait d'un malade, dans un bunker, et c'était 200 à 500 personnes contaminées qui attendaient patiemment qu'on rouvre les portes. Sinon, les autres devaient être morts. Mais à quoi avaient-ils pensé en enfermant la population dans ces prisons? Damien enrageait. Combien de mort de faim et de soif, prisonniers dans ces geôles, sans nouvelles de l'extérieur. Il fallait un code pour ouvrir les portes. Code que seuls des fonctionnaires haut placés avaient. Ils s'imaginaient que les zombies allaient passer, et qu'ils pourraient revenir libérer tout le monde? Quels cons! Ses parents étaient morts à cause de ces cons. Morts. L'horreur face au choix entre un ami ou un autre. Entre partir, se sauver, survivre plus que vivre, ou rester, risque sa vie, tenter de sauver le plus de personnes possible. La survie ou son humanité

- On est arrivé!

C'était un lycée, perdu en pleine cambrousse. Louise l'avait choisit avec Julien car toutes les fenêtres étaient pourvues de barreaux et que la porte semblait assez solide pour retenir un horde de malades. Enfin, le temps de trouver mieux. Ils avaient trouvé un descriptif de l'établissement dans une brochure trouvée dans leur dernier squat.

- Allez Benoit. Debout, le secoua gentiment Damien. On est arrivé.

Le garçon se frotta ses grands yeux gris, et secoua ses mignonnes petites boucles noires.

- C'est notre nouvelle maison?

- Non, il faut qu'on en trouve une encore mieux, sourit Damien.

Voilà une heure que la première voiture était rentrée. Et qu'aucun n'avait de nouvelles de la seconde. Aucun message sur le talkie. Toute la petite bande semblait inquiète. Les heures passaient. Lentes. Égrenant doucement ses secondes. Dans le salon, Louise attendait, faisant les cents pas. De l'autre pièce leur parvenait le rire de Benoît.

Plus le temps passait, plus Louise se résignait. Il était trop tard. De toute façon, ils partiraient demain. C'était les ordres. La jeune femme se leva plusieurs fois. Frustrée. Elle aurait aimé pouvoir évacuer tous ces sentiments oppressant mais n'en avait pas la possibilité.

Le lendemain, il fallut repartir. Louise laissa tout de même une indication à du reste du groupe, sur le lieu de leur prochain arrêt. Sûrement très dangereux si un groupe humain mal intentionné venait à le trouver. Mais elle voulait garder l'espoir. Merde à la fin! Trois semaines sans mort, ni attaques, c'était donc le maximum qu'ils pouvaient espérer!? Elle s'inquiétait, mais ne voulait pas croire à leur mort. C'était trop brutal. Ils ne pouvaient pas disparaître ainsi. C'était trop brutal, trop abrupte. Raaaah! Elle en aurait hurlé de frustration. Combien d'amis allait-elle encore perdre, avant de devenir folle? L'être humain avait-il la capacité de subir autant de souffrance sans en pâtir? Sans changer? Devenir un monstre lui même?


L'église qu'ils avaient choisit était en bonne état. De la poussière, beaucoup, partout. Ils avaient trouvé des cierges, pour s'éclairer, et le vin de messe. Hugo n'était pas amateur d'alcool, ce qui n'était pas le cas des autres qui ne cracheraient pas dessus. Sûrement dans le but inavoué d'oublier. Cela ne leur ferait pas de mal.

Martin montait la garde, les joues rougies par le froid et l'alcool.

- On va les rattraper, t'inquiète pas, le rassura le strasbourgeois.

Le plus petit ricana.

- Ça ne sert à rien de se bercer d'illusions, ils sont surement déjà partis.

- Ne dit pas ça!

- Pourquoi? Je ne fais que me préparer à l'inévitable... Au départ, on n'était pas ensemble. Eux deux sont arrivés. C'est normal qu'ils ne nous attendent pas.

- Mais... Mais...

- Mais quoi? J'ai bien le droit de ne pas vouloir souffrir! La voir ne cesse de me rappeler Yann...

Hugo se mordit la lèvre. Il ne pouvait en vouloir a Martin... Vincent arriva, interrompant leur conversation.

- Julien? Demanda le petit brun. Tu l'aimes?

- Lui? Non. Pas en tant qu'amant du moins.

Il avait répondu sans hésiter, ce qui glaça le sang de ses amis.

- J'ai fait ça pour le sauver, continua-t-il. Certains ont besoins de liens humains pour survivre. Etienne était de ceux là. Julien aussi. Je lui ai sauvé la vie. Tout simplement.

- Mais lui t'aime! Tu lui mens! C'est immoral!

- J'ai du mal à accepter ce reproche venant d'un homme qui était prête à se suicider pour un mort...

- C'est n'est pas sur tout pareil! Je suis avec Hugo maintenant, et...

- Tu vas me faire croire que tu ne l'aimes plus?

- ... Non... Et alors?!

- Tu aimes un mort, je n'aime pas un vivant. Il n'y a pas de problème.

- Si. Un de taille.

Martin se leva, époussetant son pantalon et alla se coucher.


- Une question, quelle serait ta réaction si je mourrai demain? Demanda Damien, se tenant dans l'entrebâillement de la porte. Serais tu triste? Ou toute les sentiments que tu me portais à bien disparu?

- La mort est une fatalité aujourd'hui, il faut savoir l'accepter.

- Où est passé la Louise que je connaissais? Celle que j'aimais? Souffla l'ancien professeur, horrifié de son brusque changement.

- Elle est morte. Et il faut accepter sa disparition, car c'est le seul moyen d'évoluer, de survivre.

- Non... Je préférai encore mourir...

Damien disparu, la laissant seule. Avec ses pensées. Ses certitudes. Elle faisait le bien. C'était la solution. La seule et unique solution.

Ils hésitaient à partir. Au final, il fut décidé qu'ils partiraient à midi, et laisseraient une note. La dernière cependant. Après quoi, ils seraient déclarés comme mort.


Hugo serra Martin contre lui, content de sentir son souffle soulever ses fines épaules et ses cheveux bruns, lui chatouiller le cou et le visage. Martin se dégaga faiblement de l'étrinte de son amant, sa barbe lui piquant les joues.

- Désolée, je n'ai plus vraiment le temps de me raser.

En effet, le jeune homme avait une petite trace rouge sur la joue.

- Personne ne t'en voudras! Si tu veux, j'ai peut être un rasoir ?

Hugo fronça les sourcils, sérieux, et se retourna pour lui faire face.

- Pourquoi est de que tu gardes autant de truc du temps d'avant? C'est un peu... Glauque non?

- Je me rappelle avoir lût un livre un jour. Un livre tout con, sur comment faire son deuil. Le mec, ou la femme, je sais plus trop, racontait qu'il y avait des millions de façons de faire son deuil, et qu'en fait, ce n'était pas oublier, ou accepter la disparition d'un être cher, mais juste continuer à vivre. Alors, il donnait des exemples. Certains niaient l'existence même de cette personne. D'autres, pour éviter de souffrir refusaient de renouer avec d'autres personnes. Il y en a qui cherche des coupables, qui veulent mourir, qui cache leurs émotions sous des faux sourires, qui pleurent et son omnibulés par la mort, d'autres qui entassent méthodiquement tous les souvenirs du mort... Au final, l'important, c'est de vivre. Alors ouais, vivre dans le regret du passé, ce n'est pas génial. Mais c'est déjà ça.

Hugo sourit.

- C'est vrai que je n'ai pas à te juger. Moi même, j'ai un peu merdé au départ, non?

- L'important, c'est de vivre.

- L'important, rectifia-t-il, c'est de rester soi même. De ne pas s'obliger à changer.

- Je t'aime.


Midi moins le quart. La voiture était déjà chargée, malgré les plaintes de Benoit.

Damien l'avait attaché sur son rehausseur tachait de l'occuper.

Soudain, parmi les chants d'oiseaux, qui profitaient de la température qui remontait en ce mois de mars un bruit se fit entendre. D'abord lointain. Presque inaudible. Puis, le vrombissement s'intensifia. Louise sortit de la voiture, dans laquelle elle casait une dernière valise, et courut vers la rue.

Damien se précipita et ralluma sa radio.

- ... N'est là! Julien a besoin de soin, pas de zombies à notre poursuite!

Une voiture inconnue déboula, comme une fusée, et dérapa maladroitement, emplafonnant l'arrière contre un arbre, et tous virent le visage rouge de Hugo heurter violemment le volant, dans un mouvement incontrôlé.

Il sortit, titubant, écartant brutalement Louise qui courait le prendre dans ses bras.

- Pas le temps. Julien!

On sentait la fatigue qui rendait difficile son élocution.

Celui ci était à l'arrière, allongé par terre, entre les sièges. Il avait dut rouler là durant leur arrivée mouvementée.

- Pas mordu, accident. Autres humains.

Louise prit Hugo, l'aidant à marcher, et l'emmena dans l'église, le couchant sur un des bancs pour qu'il dorme. 2 jours sans sommeil, occupé à fuir.

Vincent porta Julien, aidé de Damien, qui prenait les pieds. Martin avait courut chercher leur trousse de soin au fin fond d'un des bagages soigneusement entassés dans la voiture. Benoît voulut suivre Damien mais il lui ordonna de ne pas bouger. De ce qu'il avait vu, Julien était salement amoché, le petit garçon n'avait pas à voir ça.

Il l'avait posé sur ce qui devait servir d'attelle. Julien gémissait. Une plaie béante sur l'abdomen. Son souffle saccadé secouait sa poitrine, faisant couler un peu plus de sang de son ventre, tandis que sa figure blanchâtre palissait un peu plus.

Damien sentit la panique lui nouer les entrailles, et les larmes lui vinrent aux yeux. Il avait perdu du sang. Beaucoup. Et ils n'avaient aucun moyen de faire des transfusions, et même s'ils avaient eut tout le matériel, il n'aurait pas sut l'utiliser. Il allait mourir. Comme la mère de Benoît. Sa vie dépendait de lui, alors qu'il n'avait même pas réussit à la sauver elle, et...

- Putain Damien! Qu'est ce tu fous?!

Les cris de Vincent le réveillèrent.

- Il faut recoudre. Rapidement, se reprit-il. C'est... Profond. Mais... Mais je ne sais pas faire. Je peux à la rigueur tenter de... Recoudre les... L'intérieur. Mais-mais... Je ne sais pas si...

- Fais comme tu le sens, le rassura Louise, posant une main sur son épaule.

- O-Ok.

Vincent était dehors, pâle. Derrière un buisson, il était sortie pour vomir.

- C'est finit?

- Il va bien, l'informa le médecin en herbe.

Sans un mot, Vincent retourna voir son petit ami.


La première vision que Julien eut en se réveillant ne fut pas le sourire d'un docteur en blouse blanche, ni la vue d'une machine bruyante vérifiant qu'il n'était pas mort. Non, il ne vit que les hautes voûtes d'une chapelle en ruine, et le visage épuisé, noir de crasse, et blanchâtre à la fois, de l'homme qu'il aimait plus que tout. Sa raison de vivre. Il lui sourit, comme à son habitude. Il ouvrit la bouche pour parler mais aucun son ne sortit. Parler était trop épuisant. Il tenta de lever le bras. Sans succès. Puis de serrer sa main. La contractant au maximum et... Rien. Il avait pourtant toujours l'impression d'avoir ses membres, il ressentait encore leur présence ainsi que celle d'une main plus petite dans la sienne.

Puis, dans une dernière tentative désespérée, il tenta de se remémorer les événements qui l'avait conduit ici. Sans succès. Il gémit. De frustration d'abord, puis de douleur lorsque sa poitrine se souleva plus rapidement.

- Ça va?

Julien ouvrit la bouche, la referma, et sourit, pour le rassurer. Cependant Vincent ne fut pas dupe.

- T'as perdu pas mal de sang, il va falloir que tu te reposes et te nourrisses pas mal. Mais t'inquiète, ça ira bien, tant que ta blessure ne s'infecte pas.

Julien jeta un regard interrogateur a son torse.

- Oh! Et bien... Selon Hugo, une balle. On a été attaqué quand on avait repris la route... Elle traversé totalement ton ventre, heureusement, mais a quand même fait pas mal de dégât.

- S... Soif?

Il lui sourit, et porta à ses lèvres desséchées et craquelées un gobelet.

Puis, sentant le moment propice, il l'embrassa, ses mains toujours dans la sienne.

Julien l'aimait.

Damien allait entrer, mais se stoppa, apercevant le baiser de ses deux amis. Un ami un peu lourd aurait débarqué en riant, un ami discret serait repartit, un ami un peu scrupuleux n'aurait pas eut de remords à rompre leur étreinte. Un amant repoussé hésitait. Il hésitait. Une petite voix lui criait de rentrer, de les empêcher de trouver un bonheur qu'il ne pourrait jamais partager avec Louise. Damien s'éloigna, attendant son heure. Attendant. Oubliant. Ne s'attacher à personne, sauf a Benoit. Pour ne pas souffrir. Il avait déjà perdu une ex-femme, un fils, une famille. Devait-il très sincèrement se lier à d'autre, au risque de subir de nouvelles pertes? Non. Tant pis.


- Des soldats. Ils faisaient le plein de leur camion. En nous voyant arriver, ils ont commencé à canarder dans tous les sens.

- Hein?! Mais..

- J'ai redémarré en vitesse, mais les tirs avaient attiré des zombies. La voiture est tombée en panne, on a dut sortir et se frayer un passage à pieds. Il y avait une voiture à une centaine de mètres. C'est là que je me suis rendu compte que Julien était blessé. Ça a compliqué les choses. J'ai vidé mon chargeur sur eux pour laisser le temps à Julien d'entrer dans la voiture. Il s'est évanoui avant d'arriver à la démarrer. J'ai heureusement réussit à rejoindre la voiture. Un des zombies, une femme, a faillit m'arracher la joue. La portière lui a littéralement sectionné des doigts. Pas totalement au départ. Lorsque j'ai démarré, elle est restée accrochée à la voiture, courant derrière. C'est... C'était... Julien perdait du sang. La horde nous poursuivait. Et je ne savais pas où était passé les autres humains. J'ai... J'ai eu peur. Tellement peur.

Martin se blottit dans les bras d'Hugo.

- On est obligé de partir?

- Julien ne semble pas très bien, en effet.

- Non, Louise, on pourrait pas s'installer ici?

- Tu crois?

- Hugo a raison, intervint Damien. Je pense qu'il serait préférable de rester ici. On sera plus en sécurité dans un territoire qu'on connaît, surtout si on l'aménage.

- Comme dans le château? Souleva Vincent.

- On sera plus prudent.

- Ok.

- Qui est d'accord?

La totalité des mains se levèrent, et Benoît éclata de rire.

- Ça veut dire qu'on habite ici maintenant? C'est notre maison?

- Yep! Tu veux choisir ta chambre?

Damien le pris par la main et entra dans l'église.

Julien partit à leur suite.

- Faudrait qu'on se dépêche nous aussi, sinon on aura jamais une chambre pour nous tout seul, ria Martin.

- Pas question de la partager avec vous! Se récria Louise.

Damien secoua sa tête, la mine défaite. Quelle belle bande de gamins puériles. Pourtant, il ne pût s'empêcher de sourire lui aussi plus longtemps.


Coucou bande de polyglottes ! Bon un court chapitre ici présent hein, mais vous allez aimer la suite huh.

Clemeill, et Oberdienne

A. La Relève de Yann.