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Chapitre VI
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Quelques jours avaient passé à New York et Emma, qui souhaitait profiter de ses quelques jours de congé, choisit d'y prolonger son séjour pour y visiter les monuments. La 5ème avenue, l'Apollo Theater, le jardin botanique de Brooklyn, l'appareil photo dernier cri de la blonde s'amusait à paparazzier ces beautés jamais explorées, bien qu'elle n'habite qu'à quelques heures de la ville. Si sa colère s'était apaisée, les sms de Regina avaient cessé de se faire fréquents. A présent, la brune était inquiète de la réaction d'Emma quant à Faux-Semblants. Bien sûr, cette dernière n'était pas dupe et, persuadée que la grande star littéraire ne craignait qu'un procès lui tombe dessus en exposant une vie réelle, persistait à ne pas répondre.
Cependant, dès le second jour, elle se sentit épiée. Légèrement soucieuse, Emma annula sa réservation et choisit un hôtel en plein centre de Manhattan.
Alors qu'elle se promenait le soir-même dans Central Park, une voiture se gara près des barrières du parc. Le véhicule lui était familier car il ressemblait fortement à celui qui avait débouché devant elle en sortant du Soho Grand Hotel ou encore celui qui avait stationné une nuit entière devant son premier hôtel.
S'éloignant des bordures du parc pour s'enfoncer dans la verdure flamboyante, à l'ombre des ormes, les habitants venaient déambuler dans les allées pour décompresser de leur journée harassante. Au loin, un trio de petits teckels jappait tout en courant sur les pelouses tandis que leurs maîtres bavassaient sur des bancs. Bientôt, un lac s'étendait devant Emma. Tous les jours, de nombreux amoureux se plaisaient à louer une barque pour naviguer sur The Lake et profiter de ce petit coin de paradis niché dans la cacophonie new-yorkaise. En ces lieux, toutes les strates de la société se côtoyaient. Les bourgeois batifolaient devant un concert en plein air tandis que des clochards fouillaient les poubelles à la recherche de leur pitance journalière. D'aucuns flânaient en famille, plus ou moins nombreuses, poussette en main ou marmot sur les épaules, autour de la fontaine de Bethesda. Ce fut auprès de ceux-ci qu'Emma se joignit. Cet endroit était à présent animé par les cris des enfants qui jouaient à chats parmi les arbres ou se jetaient de l'eau de la fontaine au visage en riant aux éclats.
Toutes ces personnes erraient entre les allées sans même observer les lieux avec plus de curiosité. Quatre magnifiques chérubins ornaient cette décoration. Emma Stebbins, - une Emma de plus dans l'histoire- le sculpteur leur avait donné une signification à chacun : tempérance, pureté, prospérité et paix. Quatre vertus désirées par toute âme. Mademoiselle Swan tournait autour de la fontaine, intriguée par cette merveille artistique. Son œil analysait le chérubin de la Prospérité quand une voix chanta près de son oreille :
— Il fait nuit : voici que s'élève plus haut la voix des fontaines jaillissantes : et mon âme, elle aussi, est une fontaine jaillissante.
A sa droite, se tenait une femme très élégante. Les volants de sa robe Alexander Mac Queen anthracite ondulaient au gré du vent comme s'il s'agissait d'une apparition. Sa peau blanche était mise en valeur par une superbe veste « Rockstud » décorée d'un foulard à fleurs tout droit sorti du rayonnage chiquissime de la marque Valentino. Un parfait genre bobo chic.
La femme ôta ses lunettes ovales Thom Browne dévoilant des yeux contrastant avec sa magnificence : des yeux marrons foncés striés de lignes de fatigue rouges. Des cernes creusaient son regard d'épuisement. Des larmes embrumaient son regard.
Un sourire en coin, tout en maintenant un regard méfiant, Emma poursuivit le « Chant de la Nuit »*.
— Il fait nuit : c'est maintenant que s'éveillent tous les chants des amoureux.
— Et mon âme, elle aussi, est un chant d'amoureux, poursuivit Regina, essayant de masquer un large sourire de bonheur.
A ce moment-même, son regard se porta vers l'astre orangé qui répandait avec bonté ses derniers rayons. Cela aurait pu être romantique. Si cette femme n'avait pas été Régina. Si Régina n'avait pas l'air aussi malheureuse. Si cette rencontre n'avait pas eu lieu des années plus tard. Beaucoup trop de si qui ravivaient de nombreuses émotions chez les deux femmes au moment où leurs regards se croisèrent : craintes, tristesses, amour.
— Je ne pense pas que ce soit vraiment le moment, Régina, pour réciter le poème que tu as utilisé pour me déclarer ton amour.
Devant elle, Regina restait muette comme une tombe. Elle scrutait son « Ange » comme si elle venait de voir un revenant.
— Et c'est un peu vieux jeu de t'annoncer ainsi avec un…
Emma n'eut le temps de répondre que la brune avait déjà collé ses lèvres sur les siennes. C'était un baiser forcé qui faisait ressentir toutes les remontrances accumulées au fil des années.
Ses lèvres.
Cette tendresse charnelle, cette chaleur doucereuse, tout cela lui avait manqué. Jusqu'à présent, elle n'avait pas réalisé à quel point Regina lui avait manqué. Si son âme lui avait crié toutes ces années de revenir vers son amour d'enfance, son cœur désormais lui hurlait de rester à ses côtés. Toutes deux se rapprochèrent tout en poursuivant leur baiser. L'une et l'autre s'enlacèrent. Ce fut une explosion de sentiments, de souvenirs, d'émotions longtemps oubliés.
Contre toute attente, ce fut Regina qui s'éloigna la première. Elle se mordilla les lèvres comme pour se délecter du goût d'Emma.
— Je te laisse réfléchir. Tu as toutes les cartes en main, Emma.
La brune tourna rapidement la tête et vit un jeune adolescent, bouche grand 'ouverte, sur le point de lever son portable pour prendre une photo. Deux hommes arrivèrent alors sur la place, habillés en noir, et parlèrent au garçon qui blanchit. Un troisième « men in black » fit son entrée et prit Regina par le bras en la sommant de la suivre.
Abasourdie et ne sachant quoi faire, Emma resta sur place. Regina ne lança même pas un regard dans sa direction. Il y avait de quoi douter de la scène qui venait de se passer.
Alors que les lumières des lampadaires du parc s'allumaient et que les gardiens annonçaient la fermeture des lieux, la blonde prit son portable pour appeler la seule personne qui pourrait la rassurer. Celle qu'elle avait toujours considéré comme sa seconde maman : Mary-Margaret Blanchard. Il s'agissait de sa grand-mère. Là où un père manquait, Mary-Margaret offrait ses services. Suite à la mort de Blanche, elle avait en quelques sortes élevé Emma comme sa propre fille et leur relation s'était approfondi au fil des années. Et bien que ce soit un malheur, la mort de Blanche avait lié plus encore ses deux âmes. Après l'enterrement de sa mère, Mary-Margaret et Emma avait continué de vivre sous le toit de Blanche Swan, jusqu'à ses dix-huit ans.
— Mamie ? , dit Emma quand elle entendit son correspondant décrochait.
— Emma, Emma c'est toi ?
— Oui.
— Je ne t'ai pas entendue depuis une éternité.
— Ça fait une semaine seulement, sourit Emma.
Mary-Margaret commençait à se faire vieille et perdait quelques fois la mémoire.
— Tu es un peu sortie ?
— Oui, je suis allée voir Granny à l'hôpital. Les médecins ne lui donnent que quelques mois, elle souffre énormément.
La voix de la vieille femme se brisa et Emma perçut un sanglot. Etant donné qu'elle-même se faisait vieille, son entourage disparaissait peu à peu laissant place à la solitude. Les joyeuses parties de belotes se transformaient peu à peu en visites fréquentes du cimetière. Emma n'aimait pas laisser Granny dans cet état et s'en voulait quasiment tous les jours de ne pas avoir trouvé de logement dans Storybrooke-même.
Mary-Margaret se ressaisit aussitôt et demanda des nouvelles à sa tendre petite fille. Cette dernière lui raconta son escapade à New-York et sa rencontre avec Regina. Bien que la marraine s'en fut toujours douté, ni l'une ni l'une ne s'exprima sur la « complicité amoureuse » entre les deux femmes. Emma tut d'ailleurs la scène du baiser ou même les quelques phrases de tendresse de Regina.
Mais la vieille femme n'était pas dupe et par respect, pas une seconde, elle ne poussa Emma à lui dire la stricte vérité. L'amour entre deux femmes était tabou. Plus encore dans les contrées où la petite avait vécu. On hurlait à l'abomination face à l'homosexualité. Des siècles auparavant, des fourches auraient été brandies et des bûchers mis en place. Mais, même si cette violence collective s'était atténuée, cette sexualité était réduite au silence. Mary-Margaret était de ses femmes d'ailleurs réduites au silence et, plus que quiconque, elle pouvait comprendre les sentiments d'Emma.
— Et tu ne l'as pas retenu quand elle est venue te parler ? , demanda Mary-Margaret. Vous étiez si amies. Tu devrais la revoir pour que renouer des liens. Je suis persuadée que votre amitié reprendrait là où elle s'est arrêtée.
— A-t-elle vraiment besoin de moi ? Regina a fait sa vie. Bientôt, elle va se marier…
Durant quelques secondes, ce fut le silence.
— C'est ta fierté qui parle, Emma, dit sagement la vieille femme. Rien ne t'empêche de la recontacter. Qu'y perdrais-tu ? Au contraire, je pense que Regina a fait le premier pas et attend ta décision maintenant.
Qu'y perdrais-tu ?
Sa marraine la Bonne-Fée, comme elle se plaisait à appeler sa mamie, avait parfaitement raison. Durant des années, elle avait vécu seule. Sans rien, ni personne pour la rendre concrètement heureuse. Elle avait déjà tout perdu.
Pendant près de trente minutes, tout en se dirigeant vers la sortie, Emma et Mary-Margaret parlèrent de la pluie et du beau temps, de la vieillesse et de l'actualité, de tout et de rien.
C'est en rentrant à l'hôtel qu'elle prit alors la décision.
Les mains tremblantes, le cœur battant à tout rompre, elle prit son téléphone et ouvrit les messages. Une fois le numéro de Regina sélectionné, elle tapa son message.
- …Il y a en moi quelque chose d'inapaisé et d'inapaisable qui veut élever sa voix…
RDV 782 Washington Avenue, Brooklyn… -
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Me sentant un peu dans le coltard, je répondrai aux reviews dans la semaine.
Je vous remercie beaucoup de suivre cette fiction.
A Samedi !
