Rating : T pour les propos tenus, plus une scène à tendance un peu slutty.
Note de Wam : Toujours en pleine période de partiels, donc grosse galère. Je ne peux pas promettre que je posterai la semaine prochaine, en partie parce que ma fierté en a pris un sacré coup lorsque j'ai perdu mes moyens au partiel de la matière dans laquelle je suis habituellement la meilleure. Du coup, je me suis mis un bon gros coup de pied, et je me suis mise à travailler bien plus sérieusement les matières où je ne suis justement pas la meilleure. Donc... Moins de temps pour écrire. Mais je promets que je ferai de mon mieux, parce que j'ai horreur de lire des fics dont il n'y a pas de mises à jour régulières. D'ailleurs, vous non plus, ça se ressent dans les reviews qui sont de moins en moins nombreuses. C'est de ma faute, tant pis pour moi ! Sur ces mots, bonne lecture à tous !

407

WHO'S YOUR DADDY ?

Joanne McCherry n'avait pas l'air de bonne humeur. Ses cheveux n'étaient pas spécialement beaux ni soyeux, sa tenue laissait globalement à désirer pour une 09er, et elle avait le regard lointain. Egalement peu de maquillage sur le visage. Veronica se demanda vaguement ce qu'une 09er si riche faisait à Hearst, et pas dans les facs UCLA ou mieux encore dans la Ivy League. Surtout si ses parents la soutenaient.

Elle se souvenait que Robin avait dû aller à Hearst parce que ses parents ne la jugeaient pas capable d'aller ailleurs, et qu'ils voulaient la garder à l'œil au cas où elle décide de se « rebeller ». Lorsque Veronica lui avait demandé où elle voulait réellement aller, où était son rêve, Robin avait haussé les épaules.

« On ne peut pas rêver de ce que l'on ne connaît pas. » Veronica n'avait pas compris alors, mais en voyant Joanne observer autour d'elle, l'air complètement perdue, elle se rendit compte que Robin n'avait jamais pris la peine de rêver, parce que ses parents avaient déjà pris toutes les décisions pour elle.

Joanne avait eu le droit au rêves. Elle avait eu un champ de possibilités énorme, mais elle ne les avait manifestement pas saisies. Pourquoi ? Parce qu'elle n'existait plus sans opposition à sa sœur ? Parce qu'elle voulait garder un œil sur Robin, comme sa famille ? Parce qu'il y avait Brad ?

Depuis quand durait son histoire avec Brad ? Qui avait fait le premier pas vers qui ? Et comment Robin l'avait-elle appris ?

Veronica s'avança vers Joanne, qui regardait un panneau d'affichage, l'air hypnotisée. Elle remarqua pour la première fois les cernes de la jeune fille. Et lorsqu'elle la vit directement de profil, elle nota aussi qu'elle était affreusement maigre. Bien plus maigre que la fois précédente.

Est-ce qu'on pouvait vraiment perdre autant de poids en une semaine ?

« Salut Joanne. » dit-elle. Veronica ne ressentait aucune pitié, ni compassion pour Joanne. Elle s'était mise dans les ennuis seule, et si Robin s'était suicidée, c'était sa faute. A elle, et à Brad. Ils ne pouvaient s'en prendre qu'à eux-mêmes.

Joanne sursauta et eut un mouvement de recul, surprenant Veronica. Lorsqu'elle se fut calmée, Joanne soupira et laissa tomber sa tête sur le panneau, les yeux levés vers le ciel.

Ca promettait d'être bon.

« Je ne savais pas qu'elle était enceinte. Je te le jure. »

« Ca aurait changé quelque chose ? Vraiment ? » demanda-t-elle, sceptique et méprisante.

Joanne releva la tête, et planta ses yeux noirs et froids dans ceux de Veronica. « Bien sûr que oui ! » s'exclama-t-elle.

« Mais si elle ne l'avait pas été, tu n'en aurais rien eu à faire ? C'est un peu facile. » cassa Veronica.

Joanne toisa Veronica avec tant de mépris qu'elle en aurait presque été choquée. Presque. Deux ans à être méprisée par les trois quart de son lycée lui avaient fait les dents.

« Tu ne sais rien de moi, et rien de ma relation avec ma sœur. »

Veronica leva les yeux au ciel. « Oh, parce que tu as une excuse pour coucher avec le petit ami de ta sœur ? C'est ça ? »

« Tu ne pourrais pas comprendre. » murmura Joanne. « Et c'est pas comme si c'était ton problème tout ça. Ma sœur est morte, elle s'est suicidée, il n'y a pas d'enquête à faire. Trouve-toi une vie, et laisse-nous vivre les nôtres tranquilles. »

Joanne essaya faiblement de reprendre son chemin, mais Veronica fut plus rapide et se plaça devant elle, le regard et l'attitude menaçante.

« Robin ne s'est peut-être pas suicidée. Crois-moi, c'est très facile de faire croire à ce genre de choses. »

Joanne éclata de rire. « Oh bah oui, c'est vrai que le meurtre c'est tellement plus courant. Non mais tu t'entends parler ? Pour qui tu te prends ? Qui voudrait tuer Robin ? Elle n'avait aucune importance ! »

« Elle portait le bébé du garçon que tu aimes ! Peut-être qu'il allait tout arrêter pour être responsable ? »

« Je ne suis pas une meurtrière. » se défendit-elle d'une voix tremblante de colère, mais Veronica ne se laissa pas impressionner. « Et si tu crois que Brad est le genre à être responsable… Tu as encore plus d'illusions que Robin. Maintenant laisse-moi tranquille ! »

Elle poussa Veronica et partit sans un regard en arrière, la tête haute. Trois pas plus loin, la jeune fille regardait le sol et marchait plus lentement, les mains dans les poches. Veronica ne quitta pas la jeune fille des yeux un seul instant. Quelque chose lui disait que Joanne McCherry avait des choses à cacher, et qu'elle ne disait pas toute la vérité. Elle savait quelque chose, et Veronica trouverait quoi.

oOoOoOo

Parker se laissa tomber sur son lit et fixa le plafond sans vraiment le voir. En face d'elle, Mac faisait exactement la même chose. Il ne manquait plus qu'une musique déprimante en fond sonore et Parker était presque sûre que ce serait la puanteur de leurs corps en décomposition qui alerterait tout le monde.

Parker soupira, et se leva pour se regarder dans un miroir. Ses cheveux étaient plus longs, mais son regard avait l'air gravement triste. Elle avait des cernes, signe incontestable qu'elle dormait très mal depuis quelques jours. Parker se saisit de sa trousse à maquillage, et appliqua l'anti-cerne sur son visage le plus lentement possible, comme si être lente allait faire agir la crème plus vite. Comme si elle allait pouvoir voir le changement immédiatement.

Elle entendit Mac bouger sur son lit et se tourner vers le mur. Depuis une semaine, Mac ne sortait pas. Elle restait enfermée dans sa chambre, et refusait de décrocher son téléphone. Elle refusait également de parler. Parker avait bien essayé de discuter de ce qui n'allait pas, mais après un long regard, Mac avait haussé les épaules, et était sortie prendre sa douche en disant qu'elle allait bien.

Des fois, Parker se demandait s'il existait ne serait-ce qu'une personne qui était totalement honnête avec elle.

A ce moment précis, elle se demandait simplement ce qu'elle pouvait faire pour quitter cet état de dépression qui l'habitait. Ça ne la menait pas beaucoup plus loin.

Elle vérifia machinalement son portable. Pas de nouveau message. Pas d'appel en absence. Quelle surprise ! ricana-t-elle mentalement. Depuis une semaine, elle était toujours celle qui téléphonait à Logan. Toujours celle qui l'appelait, qui proposait des plans. Oh, il acceptait. Il décrochait toujours le téléphone, il était toujours présent quand elle en avait besoin. Mais quelque chose clochait, et ça la déprimait, et ça l'énervait.

Logan l'énervait.

Calmement, Parker termina d'appliquer précautionneusement son maquillage, fixant son reflet droit dans les yeux. Des yeux bleus. Des cheveux blonds. Parker serra les dents.

Son cœur s'emballa lorsque quelqu'un toqua, et ce fut un sourire radieux aux lèvres qu'elle ouvrit la porte. « Hey ! » salua-t-elle.

« Waw. » répondit-on d'une voix à la fois surprise et hésitante en face d'elle. « Quel accueil ! » Parker baissa les yeux et perdit son sourire.

Des yeux bleus. Des cheveux blonds.

« Salut Veronica. » poursuivit-elle, en réaffichant son sourire, bien moins sincère soudainement. « Tu viens voir Mac, j'imagine. » ajouta-t-elle en s'effaçant.

Parker se tourna vers Mac qui n'avait pas bougé de son lit, et la montra d'un geste dramatique de la main. Elle avait laissé tomber. Mac ne voulait pas parler ? Tant pis. Que Veronica Mars, la Grande Sauveuse de l'Humanité s'en occupe.

Veronica observa quelques secondes Mac, surprise, puis jeta un regard vers Parker qui la fixait. Pourquoi Veronica avait-elle l'air surprise de voir Mac dans cet état ? Elle n'était pas supposée être sa « meilleure amie » ? Enfin, apparemment le sens de l'amitié de Veronica Mars était assez variable. Il dépendait de ce dont elle avait besoin.

Enfin, ça, Parker n'en savait plus grand chose puisqu'elle ne voyait plus Veronica. Sauf lorsque Veronica ne s'y attendait pas. Comme lorsqu'elle se rendait dans la suite de Logan, hors d'elle, pour l'accuser de tout et n'importe quoi. Ou lorsqu'elle voulait voir Mac et qu'elle pensait que Parker serait dehors. Chez Logan. Qui ne l'appelait plus.

Veronica lâcha son sac en bandoulière par terre, et s'approcha de Mac, sans un regard de plus à Parker. Celle-ci observait la scène avec curiosité. Veronica s'agenouilla devant Mac qui était dos à elle. A sa plus grande surprise, Parker vit Veronica compatir, et lever une main douce vers la joue de Mac, comme pour en effacer des larmes. Mac pleurait ?

« Hey. » chuchota Veronica, si bas que Parker dut tendre l'oreille pour entendre. Mac ne répondit pas. « Ca va aller. Ça va aller, tu sais. » sourit Veronica.

Parker entendit Mac renifler, et se redresser lentement sur le lit. Elle ne sut pas pourquoi, mais la réaction de Mac la vexa au plus haut point. Depuis une semaine qu'elle essayait de lui remonter le moral alors qu'elle avait ses propres problèmes, il suffisait que Sainte-Veronica se pointe et Mac faisait des miracles.

Elle était quoi ? Magicienne ? C'était pour ça que tous les mecs la désiraient ?

Alors que Mac et Sainte-Veronica chuchotaient leurs messes basses, Parker remarqua qu'elle aurait pu disparaître que personne ne s'en apercevrait. Logan ne l'appellerait pas. Mac ne s'en rendrait pas compte, perdue dans son mutisme.

Mue d'un sentiment entre la colère, le désespoir et l'humiliation, Parker attrapa le sac de Veronica, et le posa sur ses genoux. Elle prit son porte-feuille, dont elle extirpa une multitude de fausses cartes d'identité. Elle avait toujours le même nom, mais elle était soit journaliste, soit étudiante à Stanford, soit membre du parti des elle-ne-savait-quoi. Et sur toutes, Veronica Mars n'avait pas tout juste vingt-ans. Elle en avait vingt-deux.

Parker jeta un regard surpris à Veronica qui s'était assise à côté de Mac, toutes deux dos à elle, et secoua la tête. Qui était Veronica Mars ? Parker rangea les cartes, sauf une qu'elle fourra dans sa poche, et remit tout à sa place dans le sac, dans lequel elle continua de fouiner. Il y avait l'ordinateur portable, qu'elle ne pouvait pas fouiller à loisirs malheureusement. Un livre de psychologie. Une enveloppe marron contenant des photos d'une jeune femme blonde qui ressemblait à une prof à Hearst. Une autre, remplie de photos d'une jeune fille brune à l'air triste, de la même jeune fille beaucoup plus jeune à côté de Robin McCherry. Et d'autres sur lesquelles figuraient un jeune homme très beau, auquel Robin était carrément collée.

Veronica enquêtait sur la mort de Robin. Tout comme elle avait enquêté sur la mort de Lilly.

Est-ce que ça voulait dire qu'elle allait se taper le très beau petit ami de Robin ? Après tout, elle était morte, elle n'en avait pas grand chose à faire, si ? Ca ne l'avait pas dérangé de s'envoyer Logan un an après la mort de Lilly d'après ce qu'elle avait compris.

Parker se demanda si cela la dérangerait vraiment. Elle secoua la tête : ce n'était pas ses oignons, de toute façon. Elle réprima un éclat de rire hypocrite. La vie sentimentale de Veronica Mars n'était pas ses oignons, mais ça ne l'empêchait pas de fouiller dans son sac.

Quelque chose de dur frôla ses doigts, et Parker plongea sa main pour se saisir d'un objet en métal. Un taser. Veronica avait un taser. Elle n'en revenait pas d'avoir oublié une telle chose. Elle hésita à appuyer sur le bouton, mais se retint lorsqu'elle se rendit compte que les deux jeunes filles étaient extrêmement silencieuses devant elle.

Parker jeta un petit regard hésitant dans leur direction, mais elles ne s'étaient rendu compte de rien. Elle fixa le taser, la main légèrement tremblante, fixa quelques instant Veronica, puis Mac, puis Veronica, puis son téléphone portable qui ne voulait pas sonner. Finalement, sa décision fut prise, et elle posa le sac de Veronica, soigneusement refermé, sur le sol. Elle avala sa salive bruyamment, puis se leva, raide, pour cacher le taser au fond de son propre sac. Les mains tremblante, elle attrapa au hasard quelques feuilles, un stylo qu'elle fourra au-dessus du taser, enfila une veste légère, et claqua la porte sans un mot de plus.

Ni Mac, ni Veronica ne réagirent.

oOoOoOo

Parker arriva dans son cours de littérature britannique avec une demi-heure d'avance. L'amphithéâtre était vide, et elle s'assit à une table isolée de tout. Elle observa autour d'elle, et se saisit du taser qu'elle alluma. L'espace d'un instant, Parker hésita, mais la curiosité la domina et elle appuya sur le bouton. Une lumière bleue illumina son visage et la fit sursauter. Elle écarquilla les yeux et reposa le taser sur la table, le fixant.

La seule chose qu'elle se demandait, c'était si ça faisait aussi mal que ça en avait l'air.

Elle entendit quelqu'un entrer, et rangea précipitamment le taser, effrayée que ce soit Veronica qui avait découvert son emprunt. Ce n'était pas le cas. Une jeune fille aux cheveux noirs si foncés qu'ils avaient des reflets bleus entrait brusquement dans la salle, ses baskets crissant contre le parquet. Parker se tourna vers elle, et vit la jeune fille, Holly, fouiller la salle du regard, l'air alarmée. Lorsqu'elle vit qu'il n'y avait personne, elle ferma les yeux et soupira.

Parker leva la main vers elle, et l'interpella. Holly leva la tête, et lui sourit en s'avançant vers elle. « Qu'est-ce que tu fais là si tôt ? » demanda Parker.

« Je te retourne la question. » bâilla Holly en posant son vieux sac sur la table.

« Marre de rester dans ma chambre. Toi ? »

« Moi je serais bien restée dans ma chambre. J'ai dû mal lire l'heure, j'ai cru que j'étais en retard. J'ai quasiment pas dormi de la nuit. » confia-t-elle en s'asseyant, non sans avoir d'abord retiré sa veste de la saison passée.

Parker eut un petit sourire compatissant. « Ouais, je connais le sentiment. Ça fait plusieurs jours que je dors pas bien non plus. »

« Oooh. Toi aussi tu es harcelée par des psychopathes qui ne font pas la différence entre toi la strip-teaseuse, et toi l'humaine ? » ironisa Holly, presque méchamment. Elle ferma les yeux, et plissa le nez, puis murmura. « Désolée. Dure semaine. »

« Waw. » avoua Parker, les yeux écarquillés. « Tu es strip-teaseuse? »

Holly eut un petit ricanement sarcastique, et prit un air faussement dramatique. « Etudiante le jour, strip-teaseuse la nuit… C'est vachement moins marrant que ça en a l'air. »

« Ca n'a pas l'air marrant du tout, en fait. » avoua Parker en grimaçant.

« A qui le dis-tu. » soupira Holly. Elle passa une main manucurée sur son visage épuisé, et s'affaissa un peu sur sa chaise. Parker hésita quelques secondes, puis posa la question qui lui brûlait les lèvres.

« Pourquoi tu fais ça ? Strip-teaseuse, je veux dire. »

« Parce que j'adore être traitée en objet sexuel par de gros porcs dégueulasses. » répondit Holly hargneusement. Elle soupira encore, fit la même grimace que la minute précédente, et s'excusa tout en laissant tomber sa tête sur le sac à moitié déchiré par le poids des livres. « Pour l'argent. Ça paye très bien, et c'est la façon la plus rapide de se faire beaucoup d'argent. Mes parents ne pouvaient pas me payer mes études, alors… J'ai fait un régime, j'ai mis ma dignité au vestiaire, et j'ai postulé dans un club. »

Parker ne trouva rien à répondre à ça. Elle ne savait pas si elle l'aurait fait aussi, à la place de Holly. Est-ce qu'elle se serait assise sur sa fierté pour pouvoir payer ses études ? Parker observa son amie. Ses vêtements étaient normaux, propres, mais ne sortaient pas du lot comme ceux de la plupart des étudiantes de Hearst.

« Ouais. » répondit Holly d'un ton blasé. « Ma vie est un putain de conte de fée. Et comme si ça suffisait pas que je doive renoncer à ma dignité, il y a cet espèce de crado qui veut absolument que je couche avec lui. Il me prend pour une prostituée. Mais comme c'est un gros client, le patron le laisse faire quasiment tout ce qu'il veut. »

Parker eut un regard inquiet, qui fit immédiatement réagir Holly. « Ooh, non, il ne m'a pas… Enfin, il a pas été… Tu vois. » Holly était au courant pour le viol de Parker. Les trois quarts du campus étaient au courant, après tout, et Holly était l'une des rares personnes à n'avoir pas couru loin lorsqu'il avait fallu qu'elle se réinsère dans la fac. Reprendre une vie normale après un tel événement… Ca avait été beaucoup moins facile que ce qu'elle avait imaginé.

« J'ai eu peur. » souffla Parker, avec un petit rire nerveux. « La façon dont tu le décrivais… Il a un nom ce gros crado ? »

« Robert Thomson. C'est une machine à fric. Je l'ai googlisé, et il est PDG d'une boîte de préservatif. Apparemment, il en fait lui-même la promotion. »

Parker ne put s'empêcher de grimacer, tout en retenant un petit rire. « Ewwww. C'est dégueulasse. »

« Ouais, apparemment, on peut être riche, avoir de bonnes idées, et être un monstre totalement répugnant. »

« Il est même pas beau ?! » s'étonna Parker.

Holly eut une petite moue. « Tu penses bien que si ça avait été un canon, j'aurais été un peu plus docile. Non, je plaisante. C'est un peu le stéréotype du mec pathétique, qui a réussi professionnellement, mais qui ne sera jamais capable de garder une femme parce qu'il est pathologiquement immonde. »

« Un prince Charmant, en somme. »

« Ouais. Il vient presque tous les soirs, il nous matte vraiment avec un sale regard, et il nous paie pour qu'on lui fasse un peu plus. C'est vraiment gore. M'enfin qu'est-ce que tu veux que j'y fasse, hein ? J'ai besoin d'argent. J'irai pas jusqu'à me prostituer, m'enfin qu'est-ce que je peux y faire… »

Parker cligna plusieurs fois des yeux, et sentit sa main se fourrer inconsciemment dans son sac, pour se saisir du taser. Elle déglutit péniblement, fixa le taser pendant de longues secondes, puis prit une lente inspiration. Elle leva les yeux vers Holly, et lui offrit un petit sourire.

« Toi, peut-être rien. Mais je pense que j'ai une solution… »

oOoOoOo

Mac attendit que Veronica soit partie pour s'habiller. Elle avait séché une semaine de classe, et n'était pas spécialement sûre que ça allait beaucoup l'aider. Il allait falloir qu'elle rattrape tout, et ça promettait d'être non seulement long, mais en plus très pénible. Heureusement qu'elle aimait son ordinateur et qu'elle pouvait passer des heures dessus sans s'en rendre compte. Pas comme devant une dissertation de philo ou de littérature. Rien que d'y repenser, Mac en avait des frissons.

Elle attrapa son sac, vérifia son portable – six appels en absence de la part de Wallace, plus une dizaine de textos qu'elle effaça tous systématiquement.

Je suis désolé. Appelle-moi.

Je voulais juste t'aider.

Demain matin, on fait ce que tu veux. Glace. Don de sang. D'organes. S'il te plaît ?

Mac, appelle-moi…

Elle ramassa quelques papiers, refit son lit, s'habilla, et sortit en claquant la porte. Marre de déprimer. Marre de laisser les choses la dominer. Elle n'allait pas gâcher sa vie. Pas maintenant. Plus jamais. Et la première chose à faire quand on n'avait pas le moral ?

Acheter des glaces.

Ou aller en cours.

oOoOoOo

« Mec, ton site est génial. »

Logan se frotta les yeux en émergeant de sa chambre. Il s'étira, et s'arrêta un instant. Devant lui, Dick était debout, habillé, et pimpant comme s'il n'avait pas passé les trois dernières semaines à ruminer dans son coin, ivre mort les neuf dixième du temps.

« Mon site ? » grogna Logan. Il lui fallut un instant pour se rappeler qu'il gagnait actuellement pas mal d'argent grâce à son site sur les fabuleux derrières. Aaaah. Il se rappelait encore de la note incroyablement basse qu'il avait eue. Il avait même dû passer au rattrapage dans ce cours, mais la tête du professeur lorsqu'il avait eu son partiel valait tout l'or du monde.

S'il n'était pas si feignant, peut-être qu'il referait la même chose. Mais on se lassait de tout, hein.

« Ouais. Ton site de culs. Littéralement. C'est magnifique. Je peux pas croire que tu te fasses autant de thunes comme ça. Tu sais quoi ? Je vais faire un site comme ça, avec des seins. Ça devrait marcher autant, nan ? »

Logan hésita entre éclater de rire, et chercher la caméra cachée. Il finit par étouffer un petit ricanement, et s'affala à côté de Dick, qui cliquait partout où il pouvait. Il avait l'air de ne plus savoir où donner des yeux.

« C'est merveilleux. » ajouta Dick, comme si son visage de gamin à qui l'on venait d'avouer que Noël serait tous les jours n'était pas un indice assez évident.

« Ouais. Enfin, tu sais, ton idée de site est pas mauvaise. Il te faut un projet. »

« Mec, j'ai plein de projets. »

Logan haussa les sourcils. « Sérieusement ? »

« Ouais ! » s'exclama Dick en posant le portable sur la petite table. « Tu sais quoi ? Je me suis réveillé ce matin, et je me suis dit : « Richard ! TU PUES ! » »

Logan recula légèrement la tête, les sourcils froncés, puis haussés de surprise. « Je sais pas si je dois plus être surpris du fait que tu te parles à toi-même ou que tu te réfères à toi en disant Richard. »

Dick haussa les épaules. « On s'en fout. Richard j'aime pas, c'est pour ça, ça m'a motivé à bouger mon derche. N'empêche que ! Ce matin. Debout. Je me suis secoué, je me suis lavé les cheveux avec ce truc qui file des orgasmes à la télé – d'ailleurs, publicité mensongère, mec – et j'étais trop motivé pour tout. »

Logan cligna des yeux.

« Donc, d'un coup, tu as eu des projets. »

« OUAIS ! » cria Dick, en levant le bras haut pour que Logan lui tape dans la main. Celui-ci ne put s'empêcher de sourire sincèrement en voyant la soudaine bonne humeur de Dick. Il se demanda ce que Veronica avait bien pu lui dire pour qu'il se décide à bouger. Peut-être qu'il avait médité une semaine. Ou peut-être qu'il en avait juste assez de se morfondre.

On sonna à la porte, et Dick se leva immédiatement pour aller ouvrir, si bien que Logan se demanda pendant une minute s'il n'avait pas sniffé un truc. Loin de s'en plaindre, il se contenta d'observer l'ancien camarade de Veronica, Ratner ou quelque chose comme ça, lui apporter son petit déjeuner, puis partir, non sans leur avoir accordé un petit sourire largement ironique.

Logan eut un vague éclair de lucidité et se demanda s'il n'était pas à remercier pour la visite de Veronica la semaine précédente. Après tout, elle lui avait dit que quelqu'un avait vu McCherry sortir de la suite. Et qui mieux qu'un boy pouvait observer ce genre de choses ?

Logan trouverait sûrement un moyen de le lui faire payer. Encore que, après le départ de Veronica, il avait passé un moment exceptionnel avec Parker. Peut-être qu'il devait plutôt le remercier…

Dick referma la porte dans un grand geste de la main, exécuta une petite danse jusqu'au plateau roulant, et retira tout en se dandinant la cloche d'argent pour se saisir d'une frite. Il ferma les yeux, simula un orgasme de manière tout à fait inappropriée et très Dickienne, puis se laissa retomber sur le canapé.

Super. Il était à peine dix heures du mat', et Dick s'enfournait déjà un maxi cheeseburger avec des frites. Il ne manquait plus que la bière, et Logan était sûr que le véritable Dick était de retour.

« Alors, j'écoute ? » lui rappela Logan.

« Oh, mes projets. Cet aprem. Toi. Moi. Des bières. La plage. ET DU SURF. On se tire toutes les nanas qu'on trouve. »

Logan éclata de rire. « Je ne suis pas sûr que Parker apprécie beaucoup l'idée. »

« Qu'elle aille se faire foutre, Parker. »

« Oui, par moi, merci bien. Et, tu vois, c'est ce qui se passe dans une relation. On se fout mutuellement, et du coup, on reste loin des autres, et ça marche. »

Dick fit une grimace, et se releva pour engloutir ses frites. « Ok, bon, je sauterai toutes les nanas, comme d'hab, et toi tu feras ce que tu fais de mieux, tu regarderas ! » Logan lui montra son majeur, et Dick lui lança un baiser.

« Et puis, ça fait un moment que j'ai pas entendu ta blonde faire du bruit. » ajouta-t-il avec de petits haussements de sourcils. Logan soupira, et s'allongea sur le canapé, tout en allumant la télé.

« Dick, commence pas… »

« Roh, je parlais même pas de ça. Mais ça fait un moment que je n'ai eu droit à son agréable compagnie. »

« Ouais. J'étais occupé. » éluda Logan.

Dick éclata de rire, et lui jeta une frite à la figure. « A quoi, mec ? Te palucher le poireau ? »

Logan lui renvoya sa frite, mais Dick l'évita d'un mouvement leste. « Nan, mec. Ça c'est toi. »

« Ouais, c'est ça qu'est misérable. Et c'est pour ça qu'on va aller à la plage. Allez, bouge toi, on se barre, j'en peux plus de cet hôtel. »

Dick lui donna un coup de pied dans les tibias, et le força à se bouger. Logan lui envoya un coussin, et se leva, puis fonça dans sa chambre. Finalement, ça allait peut-être être une bonne journée.

« Eh, au fait ! » entendit-il depuis le salon. « T'as toujours ces fausses cartes d'identité que Miss Taser t'as filé ? Le nouveau shérif m'a chopé en flag y a un moment, je crois. Je sais plus bien. Ça m'énerverait qu'on puisse pas s'acheter des bières. »

Logan ouvrit la porte de sa chambre, et fut accueillit par un coussin en pleine tête. Il jeta son porte-feuille à travers la pièce, et le « Aïe, tu fais chier » qui suivit lui laissa supposer qu'il avait touché sa cible.

Une bonne journée, ouais.

oOoOoOo

Trouver Brad en pleine journée s'avérait finalement beaucoup plus difficile que prévu. Peut-être parce qu'il allait en cours. Détail qui la surprenait, elle n'aurait jamais pensé que Brad puisse être le genre de mec à se lever le matin pour aller en cours. Elle exagérait peut-être. Après tout, il était plus de quinze heures. Même le plus gros feignant de la planète devait être debout.

Grâce aux dons de Mac, qu'elle avait miraculeusement réussi à tirer du lit le matin-même, elle était parvenue à mettre la main sur son emploi du temps. Mac n'avait pas spécialement voulu en parler, mais vu la tête de Wallace cette semaine, Veronica n'avait pas eu besoin d'utiliser ses grands talents de détective privé professionnel pour comprendre qu'il y avait un problème entre les deux.

Faire parler Wallace avait été beaucoup plus rapide qu'elle ne l'avait imaginé. Apparemment, cela le démangeait depuis un bon moment. Il avait voulu aider Mac, et l'avait emmenée au cimetière pour voir Cassidy. Lorsqu'il avait vu la tête de Veronica, qui avait fait une horrible grimace rien qu'en entendant le nom maudit, il avait jeté d'un geste rageur un de ses avions miniatures contre le mur vide de Piz.

oOoOoOo

« Je suis supposé faire quoi ? Elle n'avance pas, Veronica. » grommela-t-il en se laissant tomber sur son lit.

« Il y a des moments où ça fait du bien de ne pas avancer. De garder les choses en soi, juste pour en faire son deuil. » répondit gentiment Veronica en s'allongeant à côté de lui. Elle posa sa tête sur son épaule, et le sentit soupirer.

« Ouais, bah pas toujours. Pourquoi tu crois que ça n'a pas marché avec Bronson ? Et Max ? »

Veronica leva les yeux au ciel. « Pour Bronson, c'était presque positif. Elle voulait Max. Pour une fois qu'elle montrait de l'intérêt pour des garçons, c'était plutôt génial, tu trouves pas ? »

Wallace lui envoya un regard en coin qui signifiait clairement que « génial » n'était pas exactement la définition qu'il donnerait. « Et pour Max ? Qu'elle a lâché il y a quelques semaines parce que j'ai évoqué le sujet tabou ? »

« Tu as fait quoi ? » murmura Veronica sans desserrer les dents, soudainement tendue. Elle se redressa sur un coude, et regarda Wallace, qui n'avait pas l'air de vouloir continuer sa phrase.

Wallace ne détourna pas le regard et répondit franchement. « Je lui ai demandé comment était Cassidy. »

Veronica resta bouche bée, entre colère et incrédulité. « Pour quoi faire ? » finit-elle par prononcer.

Wallace eut un petit ricanement. « Pour faire un éloge funèbre dans le journal de la fac. A ton avis ? Toi et elle, vous avez… Vous… Je peux pas croire qu'un mec ait été profondément cruel à ce point… »

Il n'avait pas fini sa phrase, mais Veronica se levait soudainement, l'air outrée. Wallace se redressa et lui attrapa le bras. « Je ne cherche pas à l'excuser Veronica. Je n'excuse pas ses actes. Je voulais juste… Savoir. Qui il était. En-dehors du tueur d'adolescents, de maire et du violeur de ma meilleure amie. »

Il fit semblant de ne pas voir les larmes qui remplissaient les yeux de Veronica. Elle s'efforçait de regarder ailleurs. « Et ça t'a apporté quoi ? »

« C'était un mec paumé. Sans amour. Sans rien pour le retenir à la vie. Je ne lui pardonne pas, je ne l'excuse pas. Mais une partie de moi… Une partie de moi comprend ce qu'il a fait. Et une partie de moi veut que Mac se pardonne d'avoir aimé le garçon qui a détruit tant de vies. Dont la tienne. »

Veronica n'avait rien dit, mais elle était sûre qu'aucune partie d'elle ne comprendrait jamais aucune partie de Beaver. Aucun de ses actes n'était justifié. Elle comprenait la démarche de Wallace, qui avait plus de recul sur les choses qu'elle, mais le fait était que Veronica ne voulait pas de ce recul. Elle ne voulait pas perdre cette colère, cette rage de vaincre, et de prouver sa force. Elle ne voulait pas que qui que ce soit puisse encore penser qu'on pouvait se servir d'elle.

Plus jamais.

oOoOoOo

Mais elle comprenait Wallace, et elle espérait que Mac ne devienne pas comme elle. Qu'elle garde sa bonne humeur et son humour sarcastique. Elle voulait retrouver sa Mac, la Mac qui avait acheté sa première voiture en se servant des pires défauts des élèves de Neptune. Celle qui l'avait aidée, tout en sachant qu'elle était responsable du grand fiasco.

Veronica lui avait dit qu'elle était allée sur la tombe de Cassidy. Et qu'elle se sentait mieux. Elle ne lui avait bien évidemment pas parlé de sa crise de nerfs, de sa quasi-perte de connaissance (techniquement, puisqu'elle ne se souvenait pas de grand-chose, ça devait bien en être une), et de sa soirée passée dans une douche brûlante à se récurer chaque millimètre de la peau.

Mac avait fini par dire qu'elle y réfléchirait mais qu'elle n'était pas prête pour l'instant. Elle avait vaguement évoqué le sujet de Beaver, mais Veronica s'était sentie tellement mal qu'elle ne s'imaginait pas capable d'en parler avec elle. Veronica n'avait aucune idée de comment aborder un tel sujet. Mac ne savait pas que Cassidy l'avait violée, il n'y avait jamais eu de jugement, et de toute façon, elle n'avait aucune preuve tangible de ce qu'elle avançait. Veronica était grandement soulagée par la mort de Cassidy.

Elle aussi, ses secrets étaient bien gardés.

Veronica ne savait plus trop comment, mais d'une manière ou d'une autre, elle avait réussi à faire se lever Mac, et à trouver l'emploi du temps de Brad. Elle lui avait promettre de l'appeler pour prendre une glace, et même si ce n'était pas vrai, même si elle sentait que Mac ne l'appellerait pas, elle savait que Mac ne resterait pas enfermée dans sa chambre ce jour-là. Qu'elle se lèverait, et qu'elle irait en cours. En mode robot, peut-être. Elle ne se souviendrait pas forcément de toute la journée.

Mais ça irait mieux.

Brad l'aperçut avant qu'elle ne le voie. Il attira son attention lorsqu'il se détourna brusquement pour l'éviter. Veronica eut un petit rictus moqueur, et utilisa un raccourci pendant qu'il regardait derrière lui pour vérifier qu'elle n'était pas derrière lui, si bien qu'il finit par la percuter de plein fouet.

« Oh, je suis désolé, je… »

« Tu essayais d'éviter quelqu'un ? » ricana Veronica. « C'était hyper discret. Tu ferais un super agent secret, Brad. »

Brad leva les yeux au ciel, et essaya de continuer sa route. Heureusement qu'elle avait l'habitude, puisque Veronica lui emboîta le pas. Elle ne savait pas trop pourquoi elle tenait absolument à voir Brad, mais apparemment il avait l'air d'aller mieux que Joanne. Oh, il ne ressemblait pas non plus à un Clown sous ecsta, mais il semblait mieux tenir le choc. Quelque chose fit tilt dans la tête de Veronica, qui l'arrêta en lui prenant le bras.

« Tu savais qu'elle était enceinte. » déclara-t-elle simplement, d'un ton perfide. Elle ne put s'empêcher de sourire, parce que c'était tellement évident maintenant qu'elle disait les mots tout haut qu'elle se trouvait idiote d'avoir pu croire une seule minute que Brad n'était pas au courant. « Tu le savais. »

« Fous-moi la paix, Mars. » grommela-t-il en continuant d'avancer.

« Non, non. » recula Veronica au même rythme que Brad, la main toujours sur son bras. « Tu restes-là, et tu parles. »

« Parler de quoi ? A cause de toi j'ai perdu Joanne ! » s'exclama-t-il, et sa voix se cassa légèrement lorsqu'il évoqua la sœur de sa petite amie morte. Quelque chose dans son ton dérangea Veronica, mais sa résolution ne faiblit pas.

« A cause de moi ? » cracha-t-elle. « Parce que c'est ma faute si Robin est tombée enceinte ? Mmmh, je crois que tu as loupé quelques cours de biologie. Ou alors tes parents t'ont mal raconté les choux et les roses. »

Une véritable colère emplit le visage de Brad, qui s'avança vers Veronica. « Elle n'était pas censée savoir. Je savais que ça lui ferait du mal ! »

« Pourquoi, parce que tu comptais l'assumer ? » s'étonna Veronica. Elle ne s'attendait pas du tout à ça de la part d'un garçon comme Brad.

Celui-ci leva les yeux au ciel, et Veronica fut subitement rassurée que ses jugements sur les personnes ne soient pas si erronés que ça. Pas que pour une fois elle n'aurait pas aimé être détrompée, mais malheureusement, elle avait souvent raison lorsqu'il s'agissait d'attendre le pire de tout le monde.

« Je n'étais même pas sûr qu'il soit de moi. » siffla-t-il, son habituelle arrogance parfaitement en place sur son visage. Il était en mode attaque, et Veronica s'en félicita. S'il n'était pas sur la défensive, elle pouvait obtenir beaucoup de réponses.

« Oh oui, parce que c'était Robin qui trahissait votre couple. Pas toi. Avec sa sœur. » répondit Veronica du tac au tac.

Brad ne put s'empêcher d'éclater de rire, et écarta les bras d'un geste théâtral. Il s'abaissa pour être bien face à face avec Veronica, et eut un petit ricanement. « Mais qu'est-ce que tu sais de Robin, Veronica Mars, hein ? Qu'est-ce que tu sais de son enfance, de son caractère ? Tu ne sais que ce qu'elle t'a dit, que ce qu'on a bien voulu te montrer. Elle détestait ses parents, et Joanne. Mais tu sais pourquoi ils étaient si durs avec elle ? Non, bien sûr que non. Tu la trouvais drôle et insouciante. Mais si tu savais, Mars, si tu savais… »

« Eh bien dis-moi. » Veronica ne reculait pas. Elle ne reculerait pas. Elle ne reculerait plus. Personne ne pouvait l'atteindre.

« C'est pas moi le détective privé. Tu veux trouver ? Cherche. » sourit méchamment Brad. « Jusque-là… Oublie-moi. »

Il reprit son chemin, mais Veronica fut suffisamment rapide pour le retenir encore une fois en tendant le bras. « Hop, hop, hop, Beep-Beep. Tu dis que tu ne pensais pas être le père. Développe. »

« Mais qu'est-ce que tu cherches, nom de Dieu ?! » finit-il par s'énerver. « Qu'est-ce que tu cherches ? Elle est morte ! Qu'est-ce que tu vas chercher un complot ou une tentative de meurtre ? Hein ? Dans quel monde tu vis, sérieusement ? »

Veronica ne répondit pas, les dents serrées. Ce qui ne sembla pas spécialement déranger Brad, déjà parti dans ses élucubrations. « Tu as si peu de vie pour avoir à t'intéresser à celles de tes amies mortes ? »

« Robin ne se serait jamais suicidée. Je crois au moins ça. » clama Veronica fougueusement. Comme si c'était le seul argument valable. Parce que c'était manifestement le seul et unique argument valable, et qu'elle commençait à l'apercevoir.

Encore un éclat de rire de la part de Brad, qui secoua la tête. « Ouais. T'es bien la seule à le croire, tu sais. » Il regarda Veronica, et quelque chose dut se passer en lui, parce qu'il s'avança doucement vers elle, toute colère perdue.

« Elle disait qu'elle m'aimait, mais ce n'était plus ça. Je la voyais traîner avec plein de mecs, depuis des mois. Je ne mentais pas l'autre jour quand je te disais que je comptais la quitter. Je voulais vraiment le faire. »

« Mais ? » demanda Veronica, avec une once d'espoir.

« Mais elle a tout découvert avant que j'en aie eu le courage. » répondit piteusement Brad.

Veronica n'arriva pas à retenir le rire jaune qui lui échappa des lèvres. « Le courage ? Tu as couché avec la sœur qu'elle hait et elle l'a découvert. Tu savais qu'elle était enceinte. »

« Je lui avais dit que je voulais un test de paternité ! » s'irrita Brad, qui manifestement regrettait de plus en plus de s'être ouvert. « Elle ne savait pas si elle voulait le garder ou non, mais pour moi c'était net : je ne l'aimais plus, je ne voulais pas être le père de son bâtard ! »

Veronica ouvrit la bouche, outrée, prête à répondre, mais Brad lui coupa la parole. « Oh, arrête avec tes airs de sainte-nitouche. Qu'est-ce qu'elle aurait fait avec un bébé, Robin ? Elle aurait fait chier pendant neuf mois, ça l'aurait beaucoup amusée. Ça aurait rendu ses parents dingues de rage, ils l'auraient envoyée à l'étranger pour la faire avorter ou je ne sais pas quoi, et puis elle aurait eu le bébé et en deux mois elle aurait perdu tout intérêt pour lui parce que ça demande trop d'attention. Or, Robin ne supporte pas de ne pas être le centre de l'attention. »

Veronica voulut encore répondre, mais Brad ne la laissa pas réagir. « Et puis, tu as découvert comment sa grossesse ? Parce que j'imagine qu'elle ne te l'a pas dit, sinon tu serais venue me voir beaucoup plus tôt. Pour une fille qui tenait absolument à être mère, je trouve qu'elle n'en a pas parlé à beaucoup de monde. Marjorie non plus n'avait pas l'air au courant. »

Il y eut une dizaine de secondes de silence, pendant laquelle Veronica laissa le temps à Brad de reprendre son souffle, puis elle soupira. « Comment est-ce qu'elle a tout découvert ? »

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« Tu es magnifique. » sourit Brad en léchant le cou de Joanne.

« Oh, la ferme. » répondit l'intéressée très romantiquement, le gratifiant d'un coup dans le bras. « Pas la peine de me flatter, tu sais pertinemment que tu vas me sauter dans moins de dix minutes. »

« Hey, j'ai mis des bougies. » soupira-t-il en levant les yeux au ciel. « Tu vois, je fais des efforts pour te séduire ? »

« Waw, t'es un vrai gentleman, toi. » se moqua Joanne en retirant sa jupe pour se retrouver en bas-résilles. Brad observa ses longues jambes, la bouche entrouverte, incapable de se souvenir de sa dernière phrase.

Joanne claqua des doigts devant ses yeux, un sourire très fier d'elle illuminant son visage. « T'auras tout le temps de les admirer quand tu seras entre elles, en train d'utiliser ta langue pour quelque chose auquel tu es bon. »

Brad haussa les sourcils tout en l'attirant vers lui. « Faudra vraiment travailler sur ton romantisme, Jo. »

« Romantisme ? » Joanne éclata de rire. « Ca fait bien longtemps que j'ai renoncé au romantisme, connard. C'est pas quelque chose qui vous intéresse, j'ai remarqué. Vous, c'est plutôt je rentre, je sors, je rentre, je sors, je crache, et hop. Emballé c'est pesé. »

Brad se laissa tomber sur le lit derrière lui, les yeux fermés, alors que Joanne grimpait à califourchon sur lui. « T'es vraiment crade, dans ta façon de parler, c'est abusé. »

Joanne leva les yeux au ciel. « Joue pas les vierges effarouchées, connard. Et ne cherche pas à le nier non plus. »

Brad ouvrit les yeux, retourna la situation en la plaquant contre le matelas, et repoussa le dernier bout de couette qui prenait définitivement trop de place sur la surface moelleuse. Joanne eut un petit rire fou et lui souffla au visage. « J'ai jamais été comme ça avec toi. » murmura-t-il en embrassant tendrement son cou.

Là encore, Joanne éclata de rire et le repoussa pour être au-dessus. Ils étaient au bord du lit, et le moindre mouvement pouvait faire tomber Joanne. Elle se pencha en avant et lui mordilla le lobe de l'oreille tout en se mouvant légèrement, tirant un gémissement du jeune homme. « Non. Toi tu t'acharnes aux préliminaires. »

« Je ne t'ai jamais entendue t'en plaindre. D'ailleurs, c'est pas toi qui voulais que j'admire tes jambes de plus près y a pas une minute ? » grommela-t-il en essayant de l'enlacer, mais Joanne repoussa ses mains.

« J'ai envie de t'attacher. » répondit-elle simplement en remuant ses sourcils, un sourire carnassier illuminant son visage. « Et de te faire plein de choses crades. »

« N'oublie pas de t'attacher aussi. » retentit une voix derrière eux. Ils sursautèrent, et se redressèrent en même temps. « Je saurai aussi vous faire plein de choses crades. Y aura du sang et de la cervelle partout, on rigolera bien, je vous promets. En tout cas, moi je sais que je rigolerai. »

Silence.

« Ca veut dire que tu ne veux pas nous rejoindre ? » demanda Joanne, l'air faussement ennuyée.

Robin les fixait tous les deux, comme pour mieux graver l'image dans sa tête, comme pour la rendre plus réelle. « Vous êtes écœurants. » cracha-t-elle. Puis : « Comment tu peux me faire ça ? » poursuivit Robin à l'adresse de Brad, et c'était tellement cliché qu'elle avait l'air nauséeuse rien que de prononcer ces mots.

Joanne éclata de rire. « Tu comprends pas que c'est fini depuis des lustres, grande sœur ? Tu as passé ton tour, maintenant c'est moi qui prends soin de lui. » Elle passa sa langue sur sa lèvre supérieure, couleur rouge sang. Joanne avait l'air sûre d'elle, et de vraiment s'amuser. Son sourire ne s'éteignait pas, et Robin regarda longuement Brad. Lorsqu'elle comprit qu'il ne réagirait plus, qu'il ne tenterait pas de la rattraper, elle ferma les yeux.

Lorsqu'elle les rouvrit, toute colère avait disparu de son visage. Elle avait l'air sereine. Elle lui offrit même un petit sourire, et leva sa main droite vers lui. « Je garderai ça en souvenir. » La bague qu'il lui avait offerte l'année précédente, poussé par ses parents et les McCherry brillait à son doigt. Joanne serrait manifestement les dents.

« C'est ça, garde-la et carre-la-toi où tu veux, j'ai quelques idées au cas où tu sois en rade. On était occupés, là. » répondit-elle du tac au tac en montrant le torse nu de Brad.

Robin eut un petit sourire guilleret, et agita les doigts en signe d'au revoir. « Oh, au fait, tu fais bien de le traiter de connard. Il jouit plus vite quand tu l'insultes. En y repensant bien, évite de l'insulter, déjà qu'il dure pas bien longtemps… » Brad se tendit. Elle avait entendu le début de leur conversation. Elle avait assisté à tout.

« T'en fais pas pour nous. » répondit Joanne. « Maintenant shoot. »

Robin lui fit un doigt d'honneur et balança une lampe hors de prix contre le mur au-dessus du lit. Elle se fracassa juste au-dessus de leur tête, et Joanne poussa un cri horrifié suivi d'une insulte monumentale. Mais Robin était déjà partie.

Et Brad ne savait pas s'il se sentait soulagé, ou dégoûté.

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« Est-ce que je suis supposée être impressionnée par ton courage ? » railla Veronica, ouvertement dégoûtée.

Brad leva les yeux au ciel. Ça semblait être son geste fétiche. Il avait l'air de ne rien savoir faire d'autre, et Veronica eut une soudaine envie de lui arracher les yeux pour qu'il arrête avec son je m'en foutisme quand il était si responsable dans la mort de sa petite amie.

« Mais comment tu peux te regarder dans un miroir ? » continua la jeune fille. « Si, comme tu le dis, j'imagine les complots et les meurtres, tu es responsable de son suicide. Comment tu arrives à vivre comme ça ? »

Brad fronça les sourcils, et soupira. « Je lui ai pas dit d'aller s'over-doser. »

« Waw, ça fait toute la différence. » continua Veronica. Ça la dépassait. Tant d'indifférence quant à la vie de quelqu'un la dépassait. Elle n'en revenait pas qu'on puisse se moquer autant du sort d'une personne qu'on avait aimée un jour.

« Elle était majeure, » insista Brad, « et elle savait parfaitement ce qu'elle faisait. Là-dessus ? Tu peux me croire. Maintenant que tu as toutes tes réponses, tu me fous la paix ? »

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Autrefois, Parker passait son temps en boîte. Avec sa fausse carte d'identité mal faite, et surtout son charme naturel, elle n'avait aucun problème pour entrer dans une boîte de nuit, et danser jusqu'à l'aube. Pour fêter la fin de leur année de terminale, elle et ses copines s'étaient même saoulées et s'était rendues dans une boîte de strip-tease pour s'amuser. Elle en avait gardé un excellent souvenir.

Elle n'avait alors eu aucune idée de ce que pouvaient bien vivre les strip-teaseuses. Pas que ça l'avait spécialement intéressée, après tout une strip-teaseuse dans un bar de strip-tease, c'était normal. Elle se rendait compte que, finalement, elle les avait traitées comme des objets. Pas comme des personnes qui effectuaient un travail pour se nourrir.

Elle se sentait d'autant plus dégoûtée qu'elle entrait par la porte des professionnels. Professionnelles. Elle ne savait plus trop. Convaincre Holly de proposer sa candidature n'avait pas été très difficile lorsque Parker lui avait expliqué qu'elle avait déjà fait ça plusieurs fois. Gros mensonge, évidemment, mais Veronica Mars était le genre de fille à mentir effrontément pour parvenir à ses fins. Elle était également du genre à s'introduire et jouer les espionnes.

Et à donner de très bonnes leçons.

Parker se sentait extrêmement sale, lorsqu'elle passa dans le couloir qui menait aux « loges ». L'endroit était plus propre qu'elle ne l'imaginait, ce n'était pas exactement la Maison Blanche, mais ce n'était pas non plus un bordel infecté. Lorsqu'elle entra dans la loge, personne ne fit attention à elle. Holly la remarqua rapidement, et lui attrapa la main, pour l'emmener dans un coin.

« Ton plan est quand même hyper bizarre. » la gratifia-t-elle. « J'ai ta tenue, ici. Tu m'expliqueras ce que tu comptes faire après, d'accord ? »

Holly lui fit un clin d'œil accompagné d'un petit sourire, et Parker réalisa seulement à cet instant-là qu'elle s'était foutu dans des ennuis pas possibles. Elle était derrière un paravent, des bas résilles dans une main, des bottes à talons aiguilles dans l'autre, et une « robe » qui n'avait de robe que le nom pendant à l'un de ses bras.

Ce ne fut que lorsqu'elle réussit à enfiler la robe et qu'elle se retrouva avec le taser dans les mains que Parker paniqua réellement. Où allait-elle bien pouvoir le cacher ? Ce n'était pas comme si la tenue d'une strip-teaseuse était une doudoune avec des chaussures de ski. Elle fit les cents pas, les mains dans les cheveux, cherchant à trouver une solution au plus vite. Où pouvait-elle cacher le taser ?

Parker finit par le fourrer dans sa botte. La chaussure ne fermait plus, du coup, et elle ne savait absolument pas comment elle allait faire si elle devait retirer ses chaussures lors du strip-tease. Mais elle aviserait à un autre moment, ce n'était qu'un détail. Son mollet droit la torturait déjà, mais elle se mordit la langue et se redressa, fière.

Lorsqu'elle sortit, « habillée », elle se regarda dans le miroir et cligna des yeux plusieurs instants. Elle passa une main hésitante dans ses cheveux, et résista à la nausée qui vrillait son estomac. Holly lui attrapa la main, et l'assit sur une chaise en face d'un miroir, puis entreprit de la maquiller tout en blablatant sans arrêt. Parker se demanda comment elle arrivait à être aussi légère alors qu'elle allait se montrer toute nue face à des regards pervers.

Holly finit par croiser son regard, et reposa le tube de mascara qu'elle avait dans la main. « Tu n'as jamais été dans une boîte de strip-tease. » comprit-elle. « Tu n'as jamais infiltré quoi que ce soit. »

Parker déglutit difficilement, et ferma les yeux. « Tu as raison pour le strip-tease. Et j'ai déjà infiltré des petites entreprises, mais… Je ne m'attendais pas à ça. » mentit-elle, tout en enfilant une perruque noire. « Tu peux me faire confiance. »

Confiance. Elle était forte. Elle pouvait le faire. C'était sa force. Elle n'était plus cette victime, et elle regarda la carte d'identité de Veronica qu'elle serrait fort dans sa main. Elle avait utilisé cette carte pour prouver qu'elle pouvait travailler dans la boîte. Holly sembla à moitié rassurée, et reprit le maquillage. « Alors, c'est quoi le plan ? »

« Il vaut mieux que tu ne le saches pas, au cas où ça tourne mal, tu ne pourras rien dire. » sourit Parker. Elle avait une vague idée de ce qu'elle comptait faire, mais sentait également qu'Holly verrait immédiatement les failles dans son plan pas si génial que ça.

« Je sais pas si c'est une très bonne idée… » murmura Holly. « Ce mec est vraiment grave, et puis je commence à flipper. Après tout c'est pas ton problème… »

Parker posa sa main sur celle de Holly, et lui offrit son regard le plus sûr d'elle. « J'ai les choses en main. Je sais ce que je fais. Il va te foutre la paix. »

Holly n'avait pas l'air sûre d'elle, mais un homme entra dans les loges sans frapper et appela Veronica Mars. Parker ferma les yeux, rangea la fausse carte d'identité de Veronica dans son petit sac à main, puis sortit de sa démarche la plus assurée et la plus chaloupée. Elle essaya de se rappeler comment elle se sentait quand elle était elle-même. Avec la fac, avant Mercer, avant Veronica Mars.

Elle essaya de se rappeler quand elle savait qu'elle était belle et qu'elle était sûre d'elle.

Et à sa plus grande surprise, l'ancienne Parker n'était pas si loin en elle. Pas si brisée, pas si perdue. Non, elle était toujours là, toujours aussi inconsciente, toujours prête pour les défis.

Elle entra sur scène, et fut aveuglée un instant par la lumière flashy. Elle ne savait pas trop à quoi elle s'attendait, mais elle fut rassurée de voir qu'elle n'était pas seule sur scène. Elle commença par copier les autres, puis finalement se rappela de ses soirées en boîte, à danser sur les podiums comme si le monde allait s'arrêter le lendemain. Elle se laissa envahir par la musique, et réussit presque à oublier les regards, à ne pas entendre les cris et les appels.

Ce ne fut qu'au bout d'une heure qu'elle aperçut Thomson s'asseoir, avec ses sbires, sur un fauteuil bien en face du podium. Le cœur de Parker s'emballa lorsqu'elle croisa son regard. Il avait les mêmes yeux que sur la photo de google. Un regard dur, froid, faussement intéressé. Tout dans son attitude dépeignait sa richesse et sa fierté de l'être. Il avait la cinquantaine, ses cheveux blancs ne trompaient pas, et même si l'on ne pouvait lui nier un certain charisme, ses yeux gâchaient tout.

Parker ne quitta pas son regard, alors que son estomac la torturait autant que le taser lui brûlait le mollet. Elle ne savait pas comment personne n'avait pu voir qu'elle cachait quelque chose, mais elle comptait sur sa chance. Peut-être penseraient-ils que c'était une bouteille ou quelque chose du genre. Sa respiration s'accéléra lorsque Thomson leva la main vers l'un des serveurs, et lui chuchota quelques mots à l'oreille, sans quitter Parker du regard.

Le serveur la regarda aussi, et le cœur de Parker manqua un battement.

C'était le moment où jamais.

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Logan ne savait pas comment Dick avait réussi à le tirer dans une boîte de strip-tease, mais ça avait sonné comme une bonne idée au départ. Ça faisait longtemps qu'il n'avait plus mis les pieds dans un endroit pareil, mais rien n'avait changé depuis sa dernière visite.

Sans être spécialement ravi d'être traîné dans une boîte de strip-tease dans un coin pas spécialement très réputé de la ville, Logan ne pouvait pas dire qu'il n'était pas content d'avoir retrouvé son meilleur ami. Ils avaient passé l'après-midi à surfer, et pour une fois Dick n'avait pas abusé sur la bière, juste assez pour être de bonne humeur, et un peu de courage liquide pour aller aborder une rousse plantureuse.

Il était reparti avec son numéro, et Logan avec un coup de soleil, mais ça n'avait aucune importance. Dick n'arrêtait pas de parler, de crier, de lever la main en l'air pour qu'on lui tape dedans, et Logan était plus que ravi de passer un moment avec lui.

Il n'avait pas eu de nouvelles de Parker depuis la veille, et il nota mentalement de l'appeler en rentrant. Il ne comptait pas rester très longtemps de toute façon. Dick s'en sortirait manifestement très bien tout seul, motivé comme un grand.

Lorsqu'il rentra dans la pièce, il y avait déjà quatre danseuses, dont une qui avait l'air manifestement moins experte que les autres. Elle avait une perruque noire, et quelque chose dans sa grande silhouette lui rappelait quelqu'un, mais il n'arrivait pas à voir son visage, et il avait rapidement appris que toutes les prostituées/strip-teaseuses avaient le même visage. Il savait également que beaucoup de strip-teaseuses de ce club étaient des étudiantes de Hearst qui avaient besoin d'argent. Il allait sûrement en cours avec l'une d'entre elles.

Rien que savoir cela lui donnait envie de quitter cet endroit au plus vite, mais Dick était excessivement heureux à l'idée de pouvoir boire de l'alcool tout en observant des jeunes filles retirer une à une les pièces de leur dignité. D'une façon ou d'une autre, il se retrouva avec un verre de vodka dans la main, Dick cria « OUAIIIIIIIIIIIIIS », et Logan finit par hausser les épaules.

Il avala d'une traite son verre de vodka, et alla s'asseoir non loin d'un homme d'une cinquantaine d'années alors que Dick buvait des yeux une strip-teaseuse blonde au regard sombre. Il sortit une liasse de billets de cinquante et les agita devant elle. Logan eut un ricanement, et tira son portable de sa poche, pour voir si Parker n'avait pas cherché à le joindre.

Aucun message. Il fronça les sourcils. Depuis une semaine, elle le harcelait de messages et de coups de téléphone. Qu'est-ce qui lui prenait soudainement ? Il appuya sur la touche message, et lui envoya un texto.

Hey. Tu viens au Grand dans deux heures :-)

Une seconde après, son portable vibra pour lui afficher l'accusé de réception. Il fronça les sourcils lorsque plusieurs minutes plus tard, il n'eut pas de réponse. Peut-être qu'elle avait simplement laissé son portable allumé et qu'elle n'avait pas encore eu le temps de le lire. Il essaya de l'appeler, mais il tomba sur sa messagerie.

Dick l'interpella pour lui montrer les seins refaits d'une strip-teaseuse définitivement professionnelle, avec le même air qu'il arborait depuis le matin-même, et Logan rangea son portable. La jeune strip-teaseuse pas du tout professionnelle descendait les marches vers l'homme d'une cinquantaine d'années, et Logan ne put s'empêcher de grimacer et de la plaindre. Il la fixa alors qu'elle s'avançait d'une démarche chaloupée vers l'homme, et Logan fronça les sourcils.

Il connaissait cette démarche. Il connaissait cette silhouette. Il essaya de voir le visage de la jeune fille, mais les cheveux de sa perruque le cachaient. La jeune fille s'avança vers l'homme, et commença à danser près de lui. Logan ne pouvait s'empêcher de fixer le spectacle, entre dégoût et curiosité. Il mourait d'envie de savoir qui était l'inconnue, pourquoi elle lui disait quelque chose.

Le pire, c'était qu'il avait un très mauvais pressentiment. Quelque chose en cette fille lui inspirait un mal-être incroyable. Les mains de l'homme s'avancèrent, et touchèrent les fesses de la strip-teaseuse. Logan eut un mouvement choqué lorsqu'il s'aperçut que personne ne réagissait. Tyron, le patron qui était également barman, et que Logan connaissait de loin, fixait la scène avec froideur, et résignation.

Logan se leva soudainement, et s'avança jusqu'à Tyron qu'il attira d'un mouvement de billet. L'homme attrapa le billet et lui remit une vodka dans la main. « C'est qui la fille là-bas ? » demanda Logan sans préambule.

Tyron quitta la strip-teaseuse des yeux pour observer Logan, et répondit simplement : « Une nouvelle. »

« J'avais deviné. » grommela Logan, agacé. « Depuis quand tu laisses les filles se faire toucher ? »

« Depuis qu'un connard fait pression sur moi. » répondit Tyron du tac au tac.

« Elle me rappelle quelqu'un. » poursuivit Logan. « C'est quoi son nom ? »

« J'ai pas le droit de donner les vrais noms, Echolls. » dit le barman, avec un petit sourire mesquin. « Ou je pourrais aller vérifier ta date de naissance sur aaronecholls(dot)com. »

Logan soupira et sortit un nouveau billet. Tyron l'attrapa et essuya un verre après l'avoir empoché. « Veronica Mars. »

Logan recracha son verre de vodka et se tourna vers Tyron pour vérifier s'il était sérieux. « Je te demande pardon ? »

« Veronica Mars. » répéta Tyron. « Tu la connais, apparemment. »

Logan tourna violemment la tête vers la strip-teaseuse, mais secoua la tête. Elle était trop grande. Ses jambes étaient beaucoup plus longues que celles de Veronica, et sa façon de se mouvoir n'était pas du tout celle de son ex-petite amie.

« Cette fille n'est pas Veronica Mars, Tyron. »

En fait, s'il devait la comparer à quelqu'un, ce serait à Lilly. Non, pas à Lilly. Lilly s'amuserait carrément de ce genre de situation, or la jeune fille n'avait pas l'air de s'amuser.

« C'est qui alors ? »

Logan fronça les sourcils, et fixa les jambes de la jeune fille. Il la vit glisser sa main vers sa botte dans un geste mauvais de séduction. Il ne remarqua qu'à cet instant que quelque chose était dans sa botte et la gênait. La strip-teaseuse essaya d'attraper l'objet dans sa botte, alors que l'homme caressait ses bras, et ses jambes.

Logan réalisa il ne sut pas comment, qui était en train de se faire tripoter par un pervers, et son sang ne fit qu'un tour. Il n'eut pas le temps de quitter le bar, que Parker avait saisi ce qu'elle cherchait, et le plaquait contre l'homme. Mais elle ne fut pas assez rapide, car il attrapa l'objet qu'il retourna contre elle. Logan avait parcouru la moitié de la salle lorsqu'il vit Parker s'effondrer sous le choc d'une lumière bleue.

Un taser.

Les danseuses avaient arrêté de danser, et fixaient Parker tressauter sur le sol. L'homme s'apprêtait à recommencer, mais Logan attrapa son bras et lui balança une droite contenant de toute la peur qui l'emplissait à ce moment-là. Le taser tomba par terre en même temps que l'homme, et Logan hésita un instant entre s'acharner sur le connard qui tripotait sa petite amie, ou sauver ladite petite amie. Il l'entendit gémir à côté de lui, et se décida à simplement gratifier l'homme d'un coup de pied.

« BASTOOOOON ! » cria-t-on derrière lui, et Logan se rappela miraculeusement que Dick était là. Il vit vaguement deux hommes se jeter vers lui, mais Dick fut plus rapide et se jeta dans la bagarre en même temps que les hommes de la sécurité. Rapidement, la situation dégénéra, et tout le monde s'arrachait les cheveux.

Logan profita de la débandade pour attraper le bras de Parker, la relever, et la tirer vers la sortie. Il la sentait trembler sous ses doigts, et avança plus vite. « Mes… Mes affaires. » l'entendit-il murmurer.

Logan regarda derrière-lui. Il lui plaqua les clés de la Range Rover dans la main. « Va m'attendre dans la voiture, je reviens. »

Parker releva la tête, et croisa son regard. Apparemment, elle ne l'avait pas reconnu. Une vague de culpabilité s'afficha sur son visage, mais Logan la poussa délicatement vers la sortie. Il courut rapidement jusqu'aux loges qui n'étaient pas difficiles à trouver, et repéra rapidement le petit sac à main de Parker, ainsi que ses vêtements à côté. Il se saisit des vêtements d'une main, et attrapa le sac par la fermeture éclair, qui s'ouvrit et répandit son contenu sur le sol.

Logan jura, et se pencha pour tout ramasser en vitesse. Il s'arrêta une seconde lorsqu'il remarqua une carte d'identité qu'il connaissait très bien, avec un visage souriant qu'il connaissait également très bien. Que diable faisait Parker avec la fausse carte d'identité de Veronica ?

Il remit ses questions à plus tard, et sortit par la porte des membres du club. Il courut jusqu'au parking qui n'était qu'à une centaine de mètres, et vit Parker, sa perruque retirée, assise, le regard vide, sur le siège passager. Logan entra dans la voiture, sans jeter un regard à Parker, puis tira son portable de sa poche pour composer le numéro de Dick. Il tomba sur la messagerie.

« Mec, je t'attends vingt minutes sur le parking. Si t'es pas sorti d'ici-là, tu finiras ta soirée à l'hosto tout seul. »

Il raccrocha, et laissa tomber sa tête contre son siège en soupirant. A côté de lui, Parker essuyait son nez, et baissait le pare-soleil pour s'observer dans le miroir. Elle ferma les yeux douloureusement, la main gauche plaquée sur son avant-bras droit, et la colère submergea Logan de nouveau.

« Tu peux m'expliquer ce que tu foutais là ? » s'énerva-t-il.

Parker déglutit, et refusa de le regarder. Elle tourna la tête vers la fenêtre, mais Logan lui attrapa le menton et la força à le regarder. « Je t'ai posé une question, Parker ! Qu'est-ce que tu foutais à jouer les strip-teaseuses et à te faire… » Les mots ne sortaient même plus.

Parker dégagea son menton. « J'aidais une copine. » murmura-t-elle piteusement.

« Ah ouais ? Avec le taser et la carte d'identité de Veronica ? Qu'est-ce que tu fous avec ça ? » cria-t-il. « Parce que ça m'étonnerait qu'elle te les ai prêtés avec un sourire ! »

Parker poussa un grognement de frustration et se tapa la tête contre l'appuie-tête de son siège. Elle regarda Logan, et une réelle colère habitait son regard. Quelque chose de fougueux et de sauvage la dominait. C'était la première fois que Logan voyait ça chez elle.

« Je les lui ai volés. » répondit-elle effrontément, bien que la voix tremblante. « Je voulais voir ce que ça faisait d'être elle. Je pensais que si j'étais elle, je te plairais plus, tu vois. Parce qu'il semble qu'il n'y ait que ça qui te plaise. Une fille qui se met en danger, qui veut aider les autres ? Non ? Ne me prends pas pour bête que je ne suis Logan. »

Logan détourna les yeux, et regarda devant lui. « Je voulais me mesurer à elle. » continua-t-elle, les larmes aux yeux. « Je voulais voir ce que c'était qu'être elle. Je voulais voir pourquoi elle méritait autant de respect, autant de considération, autant d'admiration, autant de crainte. »

« Parker… » soupira Logan en se tournant de nouveau vers elle.

« Mais tu sais quoi ? » le coupa-t-elle, les larmes étalant le maquillage sur son visage. « Je n'y arriverai jamais. Je ne serai jamais Veronica, Logan. Je lui ressemble, mais je ne serai pas elle, et je ne veux pas être elle. » Sa voix se fit plus forte. Il la vit se tendre, pleine d'assurance et de détermination. « Je ne veux pas être elle. » répéta-t-elle, comme une promesse.

Il y eut un long silence pendant lequel Logan médita sur les paroles de Parker, son cœur prêt à exploser. Il se sentait si coupable, et il eut presque envie de rire en pensant que la journée avait si bien commencé. Pour une fois, il s'était levé et ne s'était pas senti coupable de quelque chose. Il pensait passer une soirée inutile avec Dick, à faire des choses inutiles parce que Dick allait mieux et que c'était une bonne chose. Il pensait voir Parker le soir-même et faire des choses plus utiles (ou pas, question de point de vue) avec elle.

Résultat des courses, sa copine se prenait pour son ex parce qu'il ne lui accordait pas l'attention à laquelle Veronica avait eu droit. Il ne valait pas mieux que le connard qui avait essayé de la tripoter. Il ne valait pas mieux que Mercer. Il ne violait peut-être pas Parker, mais il la torturait mentalement. Ce n'était pas mieux.

« Je ne veux pas de Veronica. » dit-il. Il ne savait pas par où commencer. Parker tourna la tête vers lui, surprise qu'il dise quelque chose. « Ça n'a pas marché avec elle, c'est pourtant pas faute d'avoir essayé. Mais… Mais je me suis fait une raison. Je ne suis pas avec toi parce que tu lui ressembles. » ajouta-t-il en plantant ses yeux dans ceux de Parker. « J'ai toujours aimé les blondes avec un sale caractère. Mais celui de Veronica, il est trop mauvais. Je… Je ne veux pas te perdre, Parker. Je sais que j'ai merdé, et je ne sais pas quoi te dire à part que je suis désolé. »

Parker renifla, et essuya les larmes qui coulaient sur ses joues. « Je suis désolé que tu aies cru que je ne voulais pas de toi parce que tu es toi. Je suis désolé que t'avoir laissé croire que je voulais que tu ressembles à Veronica pour avoir mon attention. Je suis désolé de ne pas t'avoir téléphoné de la semaine, je suis désolé de m'être conduit comme un connard avec toi. »

Veronica lui aurait demandé ce qu'il faisait là. Elle l'aurait accusé de la tromper, de lui mentir. Elle lui aurait fait une scène alors qu'elle était elle aussi en faute, et il aurait dû se traîner à ses pieds pour l'accord d'un pardon injustifié. Parker n'avait même pas mentionné sa présence. Elle se contentait d'être rassurée, et de le regarder avec plus d'espoir que Veronica avait jamais affiché devant lui.

Il approcha doucement sa main de la joue trempée de Parker, par peur qu'elle ne le repousse. Il prépara son cœur à se serrer, mais à sa plus grande surprise, Parker laissa aller sa tête contre sa joue. Il ferma les yeux de soulagement. « Je ne veux pas de Veronica. Je ne veux plus être inquiet comme je l'ai été quand je t'ai reconnue. C'est derrière moi, ces histoires glauques, ces questionnements nocturnes sur ce que l'autre fait, où il est. Je te veux toi. Toi, Parker Lee. Avec ta légèreté, tes sourires, tes coups de fil pour rien, tes rendez-vous. Je ne veux pas d'une détective privée trop brisée pour faire confiance. »

Parker étouffa un sanglot, et il se pencha vers elle pour l'embrasser. Il n'eut pas à bouger beaucoup, car Parker avait déjà parcourut une bonne partie de la distance. Ils s'embrassèrent longuement, les mains de Logan humides des larmes de Parker parcourant le visage de la jeune fille, et lorsqu'ils s'interrompirent pour reprendre leur respiration, il entendit clairement Parker murmurer : « C'est ta dernière chance. »

Logan l'embrassa de nouveau. « Je sais » répondit-il. C'était la vérité. C'était sa dernière chance. Il en avait bien conscience, et il ne comptait pas la louper celle-là.

oOoOoOo

Veronica n'avait pas passé une bonne journée. Pas une journée exécrable, mais une journée qui restait dans le domaine du « mauvais ». Et son humeur ne s'améliora pas lorsqu'elle vit, en montant les escaliers, Jane Braun embrasser son père à pleine bouche. Veronica grimaça, le cœur serré, et s'avança en faisant le plus de bruit possible. Le couple se détacha, et si Keith eut l'air légèrement mal à l'aise, Braun affichait un sourire absolument ravi.

Veronica eut envie de lui arracher la tête.

« Bonsoir, Veronica ! » la salua Braun. Veronica se contenta de hocher la tête, et passa devant elle pour entrer dans le salon. Elle ne s'arrêta pas pour saluer Back-Up qui lui fit la fête, et alla s'enfermer dans sa chambre.

Elle entendit son père l'excuser auprès de Braun qui eut un petit rire ironique. « Ne t'en fais pas, Keith. Elle s'en remettra, elle m'a l'air d'être une jeune fille très forte. »

« Très forte à faire la tête, oui. » grommela Keith contre ses lèvres.

« Fais-lui confiance. » dit Jane avec un clin d'œil.

Keith attendit quelques minutes après avoir refermé la porte pour toquer à celle de Veronica. Il obtint pour seule réponse une augmentation du volume de la musique qu'elle avait mise. Il regretta un instant de lui avoir offert le CD de Tom Waits pour son anniversaire, car Little Drop of Poison résonnait dans tout l'appartement désormais.

Il entra malgré le message subliminal de cette augmentation de volume. Veronica était allongée sur son lit, dans le noir. Ses chaussures étaient posées au pied de son lit, son sac rangé à côté de son siège, et il remarqua à quel point sa chambre était rangée. Il alluma la lumière, et put observer avec bonheur le regard sombre et colérique de sa fille.

« Elle n'est pas bonne psychologue, tu sais. » railla Veronica, dégoulinante de colère. « Je ne crois pas que je m'y ferai jamais. »

Keith soupira, et s'assit sur son lit. « Tu sais, je pensais qu'en grandissant tu comprendrais. »

Veronica leva les yeux au ciel. « Oh je t'en prie. Je comprends parfaitement. Tu choisis juste des femmes inappropriées. Après la femme mariée, tu te tapes la lesbienne ? Qu'est-ce qu'il y avait de mal avec Alicia ? »

« Mes choix en matière de femmes ne te concernent pas. Tu es à peine à la maison, tout le temps en vadrouille chez ton petit ami, chez Wallace ou chez Mac. Depuis quand as-tu passé ne serait-ce qu'une semaine entière à la maison ? »

« Alors quoi ? Tu remplaces ton manque de vie sociale par une vie sexuelle de débauche ? »

« Arrête Veronica. » tonna Keith. Il en avait assez. Il ne faisaient que se battre depuis des semaines. Il n'avait pas eu de moment père/fille depuis une éternité, et oui, sa fille lui manquait. Leurs discussions lui manquaient. Tout en elle lui manquait.

« Je t'aime. » dit-il. « Mais, pour une fois, pour une fois, Veronica. Laisse-moi ça. Je ne te demande pas de l'aimer. Juste d'accepter que je puisse vouloir passer du temps avec elle. »

Veronica laissa couler les larmes le long de ses tempes, et ferma les yeux. « Je ne l'aime pas. » murmura-t-elle, d'une voix qui lui rappela celle qu'elle avait quand elle n'était qu'une petite fille. Elle se rassit et enlaça son père. Celui-ci lui rendit son étreinte, et embrassa sa tête, soulagé que, ne serait-ce que pour une soirée, ils arrêtent de se disputer.

oOoOoOo

Le lendemain matin, Veronica frappa à la porte de Mac et Parker de bonne heure, histoire de vérifier si Mac était enfin prête à dominer le monde. Elle dut attendre plusieurs secondes avant que quelqu'un lui ouvre la porte. Veronica s'apprêtait à saluer Parker, grimaçant intérieurement de la voir présente, mais s'interrompit lorsqu'elle remarqua un détail.

« Waw. » se contenta-t-elle de dire au bout d'un moment.

Parker la regardait avec assurance, un sourire déterminé affiché sur son visage. « Hey Veronica. »

« Eh bée. Quel changement… Ca te va plutôt bien, cette couleur. » Parker passa une main dans ses cheveux châtain foncé, et son sourire s'élargit.

« J'imagine que j'en avais marre d'être conne. » répondit-elle sans quitter Veronica du regard. Celle-ci resta légèrement interloquée, ne sachant pas si elle devait le prendre pour elle ou si Parker avait juste dit ça comme ça.

« Tant mieux. » félicita Veronica. « Même si je suis pas sûre qu'une teinte fasse gagner des neurones. Mac est par là ? »

« Non. Elle est partie tôt ce matin après m'avoir fait ma couleur. Quelque chose à faire avec Wallace. »

Veronica ne put s'empêcher de sourire largement. Mac avait décidé de dominer le monde, finalement. « Ok ! » acquiesça Veronica, réellement joyeuse. « Bon, bah à bientôt alors. »

« Oh, attends. » Parker disparut un instant, et réapparut quelques secondes plus tard, son taser et sa carte d'identité dans les mains, et un grand sourire aux lèvres. Veronica fronça les sourcils. « Tu avais fait tomber ça, hier. »

oOoOoOo

Mac avait voulu conduire. Elle voulait être maîtresse complète de la situation. En se réveillant, elle n'avait pas spécialement eu envie de se lever, mais Parker se tenait devant elle, une boîte de teinture dans la main, et elle lui avait demandé de l'aide. Mac lui avait demandé d'où lui venait ce soudain désir de changer sa couleur de cheveux.

« Je veux être moi. Je veux me retrouver, et arrêter de me comparer. Je veux reprendre ma vie en main. Me teindre les cheveux ne me rendra pas cette nuit avec Mercer, ça ne me changera pas en profondeur. Mais quand je me regarderai dans le miroir, je saurai que j'ai réussi. Je me suis reconstruite. »

Il y avait eu tant de détermination et d'assurance dans les mots de Parker que Mac s'était sentie ébranlée par cette décision. Parker avait été violée, et pourtant elle reprenait sa vie. Elle la menait, et elle refusait d'être une victime.

Mac avait alors réalisé qu'elle ne pouvait plus se morfondre, qu'elle n'avait plus d'autre excuse que la peur. Il était temps de se confronter à la réalité, même si cela voulait dire voir la tombe de Cassidy, même si cela voulait dire l'insulter, ou le pleurer.

Elle avait donc terminé la couleur de Parker, s'était lavé les mains, avait fouillé dans une vieille boîte sous son lit, en avait extrait une longue mèche bleue qu'elle avait soigneusement attaché dans ses cheveux. Satisfaite du résultat, elle avait mis ses plus jolis vêtements, et était partie acheter des fleurs. Puis elle était allée réveiller Wallace, qui fut étonnamment ravi de la voir à sept heures du matin sur son pallier.

Elle n'avait pas eu à parler, il s'était habillé en silence et l'avait suivie.

Mac regarda les grilles du cimetière, ouvertes, et partagea un regard serein avec Wallace. Elle attrapa les fleurs sur la plage arrière, et les posa sur ses genoux, silencieuse.

« Tu veux que je reste ici ? » demanda doucement Wallace.

Mac regarda encore longuement le cimetière, comme perdue dans ses pensées, puis secoua légèrement la tête.

« Je ne veux pas être seule. »

Wallace posa sa main sur celle de Mac, et ils partagèrent un sourire faible. Puis Mac ouvrit sa portière, et sortit de la voiture.

Elle ne serait pas seule.

A SUIVRE…


Merci à missgege93, Sabrina, Vamala, Cassotis, Bloody Merry et Babar-inHogwarts pour leurs gentilles reviews !

A la semaine prochaine j'espère !


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