Une rencontre fut vite organisée dans la salle de conférence et tout le staff, incluant le lieutenant-commandeur Byrd, y était présent. Dès que le capitaine leur eut relaté les faits, ce fut le premier à parler.
- Réalisez-vous que vous avez fait une grave erreur, capitaine?
- Que voulez-vous dire?
- Maintenant que vous lui avez répondu, vous nous avez impliqués dans cette ligne du temps.
- Ce n'est pas si simple, dit-elle. Nous sommes impliqués dans cette ligne depuis le moment où nous avons été repérés. Il était déjà trop tard quand j'ai répondu.
- C'est ce que vous aimeriez croire, reprit-il. Vous avez laissé vos sentiments personnels prendre le pas sur votre jugement.
- Commandeur Byrd, dit alors White, vous frôlez l'insubordination.
- Pourquoi? C'est la vérité et elle le sait. Nous ne devons pas nous impliquer dans les époques que nous visitons, passées ou futures.
- La vraie question, dit alors Tomal, est pourquoi nous sommes-nous retrouvés à la mauvaise époque? Ce n'était pas le capitaine qui opérait la console temporelle.
Byrd lui lança un regard de braise.
- Ça suffit, s'écria Léa! Rien n'a encore été décidé en ce qui concerne cette ligne temporelle. Nous devons d'abord savoir exactement ce qui s'est passé. Je ne veux plus entendre d'accusations gratuites, ni contre moi, ni contre un autre membre de l'équipage. Compris?
- Compris, bredouilla Tomal.
- Compris, répondit Byrd avec aplomb.
- Le problème, dit alors le docteur, est que le prisonnier que nous avons trouvé à l'infirmerie ne peut y avoir été mis que par nous, ce qui est pourtant illogique. D'ailleurs, onze officiers manquent à l'appel, ce qui est aussi illogique.
- Docteur, dit alors Léa, quand il est question de mécanique temporelle, il faut parfois assouplir le concept de la logique. Vous avez raison, nous l'avons sûrement capturé. Il s'est passé quelque chose et nous l'avons tous oublié. Il faudra d'abord passer le vaisseau et l'ordinateur au peigne fin et reporter toute anomalie. Occupez-vous de transmettre ces ordres à vos départements. Le temps nous est compté. Cette réunion est terminée.
Tout le monde quitta la salle de conférence, sauf Tomal que Byrd regarda du coin de l'œil, alors qu'il sortait. Quand la salle fut vide, il parla.
- Est-ce que ça va aller?
- Je viens de dire au revoir à mon fils et je le retrouve, vingt-deux ans plus vieux. J'ai manqué presque toute sa vie. Et toi?
- Je me demande ce qui reste de ma famille. Mes cousins sont tous beaucoup plus vieux et ma mère ne doit plus être de ce monde.
- Je suis désolée.
- Mais nous allons pouvoir retourner à notre époque, n'est-ce pas?
Elle soupira.
- C'est là le problème. Ils nous faut d'abord comprendre comment nous nous sommes retrouvé à la mauvaise époque. Si nous ne pouvons cibler la bonne époque, nous serons coincés ici. Il sera trop risqué de faire des essais à l'aveuglette.
- Ce n'est pas de ta faute, dit-il.
Elle avança vers lui.
- Je n'aurais pas du accepter d'impliquer l'équipage dans ce genre de mission. Nous sommes partis à l'aveuglette sans savoir à quoi nous nous frottions.
- N'est-ce pas ça l'exploration? Avancer à l'aveuglette et prendre des risques?
- Merci d'essayer de me réconforter, Tom, dit-elle en l'enlaçant.
Il mit ses bras autour d'elle et déposa un tendre baisé sur ses lèvres, puis, ils se séparèrent.
- Je vais y aller, dit-il, je dois aussi diriger les recherches à l'ingénierie.
Elle hocha la tête et il sortit.
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Douze hésita et entra dans la pièce circulaire. Il y avait cinq cellules, mais une seule dont le champs de force était activé: un seul prisonnier. Un officier de sécurité était installé à une console et surveillait le prisonnier.
- J'aimerais parler au prisonnier, dit le Trentien.
- Allez-y!
- Seul.
- Pas sans l'autorisation du chef de la sécurité, du capitaine ou du premier officier. C'est le règlement.
- Ce n'est pas grave, dit Douze en souriant. Je suis curieux, je n'avais jamais vu de reptilien avant.
Il avança vers la cellule. Le reptilien était assis sur la banquette et fixait le jeune pilote. Le gardien était concentré sur sa console.
- Bonjour, je suis l'enseigne Douze-Cent-Trois. Comment vous appelez-vous?
Le reptilien se leva et le regarda sans dire un mot.
Douze avança d'avantage.
- J'ai fait ce que vous avez demandez, chuchota-t-il, pourquoi êtes-vous encore ici?
- Je suis ici pour pour nous assurer que vous tenez votre part du marché, répondit le reptilien à voix basse.
- Pourquoi ne voulez-vous pas répondre, dit le pilote à voix haute à l'intention du gardien?
- Ce n'est pas nécessaire et vous le savez, ajouta Douze à voix basse. Je ne peux rien faire sans que vous le sachiez.
Le reptilien se contenta de grogner. Douze-Cent-Trois sortit sans saluer le gardien.
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Matthew s'était embarqué sur le USS Pegasus-B en destination du Hawking avec sa femme et son fils. Il n'avait pas l'intention d'attendre les bras croisés qu'un imprévu empêche ses retrouvailles avec sa mère.
Ça avait été si difficile au début. Quand sa grand-mère Amanda l'avait contacté pour lui apprendre la disparition du Hawking, il s'était montré brave. Il n'avait pas versé une larme, mais à l'intérieur, il se sentait perdu. Il était maintenant un orphelin et il ne pouvait compter que sur lui-même.
Ses grand-parents avaient bien essayé de le prendre en main et de le soutenir. Ses grand parents Elliott l'avaient hébergé après qu'il eut abandonné ses études. Son grand-père Allan l'avait amené à la pêche, son grand-père Jean-Luc l'avait emmené faire de l'équitation. Ses autres grand-parents l'avaient contacté à tour de rôle, multipliant les invitations et les visites, mais pendant tout ce temps, il se sentait vide à l'intérieur. Il ne cessait de penser qu'il aurait du rester sur le Hawking. Sa place n'était pas sur la Terre.
Après des années de recherche, Starfleet avait abandonné. Il y avait eut une cérémonie funèbre. Il y était allé, mais il refusait d'accepter l'idée que sa mère puisse être morte.
Il l'avait cherchée pendant toutes ces années, après être entré dans Starfleet, épluchant des tonnes de rapports et étudiant les données des senseurs de nombre de vaisseaux, sans rien trouver.
Et maintenant, elle était là, elle était vivante et il se sentait encore vide. Il était étrange qu'elle n'ait pas vieilli après tout ce temps.
Tout cela lui semblait irréel. Il devait la voir. Il devait être sûr que c'était bien elle.
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Léa était à l'ingénierie avec Tom, l'enseigne Giona et Myriam White. Ils regardaient comment récupérer les données perdues. Les données n'avaient pas été effacées de façon systématique, elles avaient plutôt été saccagées, victimes d'une explosion virtuelle. Il s'agissait cependant de données récentes, concentrées sur les dix derniers jours. Et c'est pourquoi, il y avait des chance de récupérer une partie de l'information, en analysant les débris et en les réorganisant.
- J'ai quelque chose, ici, dit alors Giona qui pianotait sur sa console depuis un bon moment. Ce n'est pas grand chose, mais je crois que c'est significatif.
- Montrez-moi, ordonna Léa.
Sur l'écran de Giona, on voyait la planète Mars, mais elle était rouge, comme avant sa colonisation et il n'y avait pas de satellite artificiel en orbite.
- Est-ce bien la Mars du 22e siècle, demanda Myriam?
- Je crois bien, dit Giona, si on agrandit ce secteur, commença-t-elle en agrandissant le secteur de sa console, on voit qu'il y a des zones de verdure. Ce qui est consistant avec le début du terra-formage de Mars.
- Nous y sommes bien allés, murmura Léa.
- Mais pourquoi en sommes-nous repartis pour venir ici, demanda Myriam?
- Nous étions peut-être pourchassés, suggéra Tomal.
- C'est une possibilité, mais ça n'explique pas que nous ayons perdu la mémoire, ni ce qui est arrivé à nos banques de données.
- Ça explique que nous ayons un prisonnier, par contre.
- Passerelle à Roberge, dit la voix de Simon Byrd, nous avons de la visite.
Elle appuya sur son communicateur.
- J'arrive.
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Orbite de Mars, 22e siècle
Ils avaient mis le bouclier d'invisibilité et ils attendaient leur proie avec impatience. Toutes les simulations temporelles convergeaient vers cette date. Léa Roberge y ferait sa première mission et ce serait les débuts de leur ennemi le plus coriace, l'Agence de surveillance inter-temporelle. C'était à ce moment que cette ligne du temps était la plus fragile : e meilleur endroit pour intervenir.
Le Kork, le vaisseau envoyé sur Sol IV, aussi appelée Mars, pour ralentir le terra-formage, y avait été envoyé dans les débuts de leurs errances temporelles avant les premières escarmouches avec l'Agence. C'était écrit dans cette trame temporelle qu'il devait s'y retrouver et être trouvé par les humains du 24e siècle, mais tout ce qui devait arriver après devrait être changé pour que l'empire Xur triomphe de l'Agence et de la Fédération.
Toujours occultés près de la planète rouge, ils attendaient, patients comme des prédateurs et concentrés sur leur proie.
Une faille spatio-temporelle apparut et un vaisseau en émergea: le Hawking.
